Oasis au coeur de Londres, le Chelsea Physic Garden est l’un des plus anciens jardins botaniques de Grande-Bretagne.

 

Apothecaries’Garden

Dans le quartier de Chelsea à Londres, bordé sur trois côtés de belles maisons édouardiennes en brique rouge, le Jardin botanique de Chelsea, Chelsea Physic Garden, s’étend sur un terrain de 1,6 hectares enclos de murs. Il a été créé en 1673 par la société des Apothicaires sous le nom de ‘Apothecaries’ Garden’. C’est le deuxième plus ancien jardin botanique de Grande-Bretagne, après le jardin botanique de l’université d’Oxford. (voir mon reportage sur les Parcs et Jardins de Londres, Kew Gardens et Garden Museum)

Apothecaries’ Garden,

Chelsea Physic Garden

En 1673, la ‘Worshipful Society of Apothecaries of London’ loue au bord de la Tamise un terrain à Charles Cheyne. Un mur est construit autour du terrain afin de créer un micro-climat bénéfique à la création d’un jardin de plantes médicinales permettant ainsi aux jeunes apothicaires d’apprendre à les identifier et à les utiliser. Un programme international d’échange de semences est mis en place dès 1682.

Chelsea Physic Garden

Chelsea Physic Garden

Chamaerops humilis

Jardin botanique

Au début du 18ème siècle, Chelsea était l’un des plus célèbres jardin botanique d’Europe. Dans ce paradis pour amateurs de végétaux sont rassemblés près de quatre mille cinq cent espèces différentes dont de nombreuses espèces rares et menacées. Grâce à son microclimat doux, des plantes exotiques y poussent avec vigueur tel un pamplemoussier de plein air le plus septentrional du monde ou le plus grand olivier de Grande-Bretagne à porter des fruits en extérieur.

Sir Hans Sloane

Sir Hans Sloane

Au beau milieu du Chelsea Physic Garden trône la statue de Sir Hans Sloane (1660-1753), médecin, physicien, féru de nature et mécène du jardin. Il se forma au Chelsea Physic Garden. Il fait un séjour en Jamaïque en 1687 et 1688 comme médecin personnel du duc d’Albemarle. Avec l’aide de planteurs anglais et de leurs esclaves africains, Sloane ramena huit cents nouvelles espèces de plantes, la flore de la Jamaïque n’ayant jamais été étudiée auparavant.

Chelsea Physic Garden

Sir Hans Sloane acquit le manoir de Chelsea en 1712. Le domaine s’étendait sur 67 hectares, incluant le Chelsea Physic Garden. En 1722, Sir Hans Sloane cède 1,6 hectares à la Worshipful Society of Apothecaries en location à perpétuité pour une somme de 5 £ par an afin de protéger le jardin botanique pour les générations futures. Ce loyer est toujours payé chaque année à ses descendants.

Sir Hans Sloane

Philip Miller

Le botaniste Philip Miller (1691-1771) est nommé directeur du Chelsea Physic Garden, poste qu’il occupera pendant cinquante ans, de 1722 à 1770. Il en fait un des principaux sites d’acclimatation de plantes exotiques provenant du monde entier. Miller mit au point l‘Index Seminum, un catalogue qui permet l’échange de semences entre les jardins botaniques.

Carl von Linné (2)
Carl von Linné (3)
Carl von Linné (1)
Chelsea Physic Garden (15)

Pionnier de l’horticulture, Philip Miller rédige en 1724 le ‘Gardeners’ Dictionary’ qui demeure aujourd’hui encore un livre de référence. Il refuse tout d’abord la nomenclature bionominal (genre et espèce) du taxonomiste et naturaliste Carl von Linné (1707-1778) qui est venu plusieurs fois dans le jardin. Mais, dans sa dernière édition, Miller adopte le système linnéen.

Rocaille Chelsea Physic Garden

Pond Rockery

Le successeur de Miller, William Forsyth (1734-1804) fut le jardinier en chef du Chelsea Physic Garden de 1771 à 1784. Il est un des fondateurs de la Royal Horticulural Society et il donna son nom au Forsythia. Il construit au coeur du jardin en 1773 le premier jardin de rocaille connu en Europe. C’est la première fois que l’on créait de manière artificielle une rocaille avec des pierres d’origine diverses.

Pond Rockery

Pour édifier la rocaille, Forsyth utilisa 40 tonnes de pierres. On y trouve des fragments de maçonnerie de la Tour de Londres, des briques provenant d’un four de Chelsea et des morceaux de lave que Sir Joseph Banks utilisa comme lest sur le navire St Lawrence lors de son voyage en Islande. Il y a aussi d’énormes coquilles de palourdes rapportées d’un voyage à Tahiti avec le capitaine James Cook.

Pond Rockery

La rocaille est installée autour d’un petit bassin où prospèrent des plantes aquatiques. L’îlot central accueille des plantes carnivores du genre Sarracenia et Nepenthes. Ces plantes de climat tropical humide apprécient les conditions acides et marécageuses de cet îlot. Ces curiosités botaniques connurent un succès grandissant au 19e siècle.

Helichrysum ambiguum

A l’origine, la rocaille abritait des plantes alpines. En raison du changement climatique, la rocaille rassemble aujourd’hui des plantes méditerranéennes qui supportent la chaleur et la sécheresse tels Helichrysum ambiguum à fleurs jaunes et feuillage gris, Limonium cosyrense, la statice à fleurs très légères bleu mauve, Lavendula dentata à feuilles dentées et Santolina chamaecyparissus subsp. magonica, la santoline petit-cyprès qui forme un coussin au feuillage gris très parfumé.

Sir Joseph Banks

Sir Joseph Banks

Un buste émerge de la rocaille. Il s’agit du naturaliste et botaniste Sir Joseph Banks (1743-1820). Passionné de botanique, il rendait souvent visite à Philip Miller au Chelsea Physic Garden. Banks participa au premier voyage de James Cook autour du monde, de 1768 à 1771. Conseiller du roi George III pour les Jardins botaniques royaux de Kew, il envoya des botanistes à travers le monde pour collecter des plantes. C’est lui qui introduisit en Europe l’eucalyptus et le mimosa. Il a donné son nom au genre Banksia.

Sir Joseph Banks

Wardian Case

Dès la fin du 15e siècle, des explorateurs ont parcouru le monde pour récolter des espèces plantes inconnues en Europe. Pour transporter leurs précieux végétaux, les chasseurs de plantes ont pu utiliser au 19e siècle le ‘Wardian Case’. Pouvant servir de châssis ou de terrarium, cette petite serre portable fut mise au point vers 1829 par le Dr Ward, passionné de botanique. Une invention qui allait révolutionner l’horticulture.

Wardian Case, Chelsea Physic Garden

Robert Fortune

Conservateur du Chelsea Physic Garden de 1846 à 1848, Robert Fortune (1812-1880) est l’un des plus célèbres botaniste chasseurs de plantes britanniques. Plusieurs plantes portent son nom comme l’Hosta fortunei, l’Euonymus fortunei ou Trachycarpus fortunei. En 1848, la Compagnie britannique des Indes orientales l’envoie en Chine afin de dérober 20.000 pieds de théier, Camellia sinensis. Il réussit à les introduire en Inde ce qui fit la richesse de la colonie britannique.

Robert Fortune

Glasshouses

Une première serre chauffée par un poêle est construite dans le Chelsea Physic Garden en 1680 pour abriter des plantes tropicales comme l’ananas, le caoutchouc, le café ou le cacao. En 1688, revenant de Jamaïque, Sir Hans Slaone y mit en culture le Cinchona pubescens, ‘l’arbre des fièvres’ produisant la quinine qui soignait la malaria. Devant la serre, un Cycas revoluta originaire du Japon cultivé en pot reste dehors toute l’année.

Serre Chelsea Physic Garden

 

A l’époque victorienne, de nouvelles serres en teak furent installées. Une serre abrite une collection de plantes carnivores et une autre de Pelargonium au feuillage aromatique provenant d’Afrique du Sud, d’Australie et de Turquie.

Serres (2)
Pelargonium fragrans
Serres (3)
Pelargonium

Thomas Moore

De nombreux jardiniers en chef et conservateurs du Chelsea Physic Garden ont profondément marqué la botanique. Thomas Moore (1821-1887) fut jardinier en chef de 1848 à 1887. Il rassembla la plus importante collection de plantes médicinales de Grande-Bretagne. Il supervisa la construction de la serre aux fougères, une plante qu’il affectionnait particulièrement et à laquelle il consacré de nombreuses études et publications.

Serre aux fougères

World Woodland

Quelques arbres remarquables ornent le Chelsea Physic Garden. Il y a un Eucalyptus leucoxylon ‘Rosea’ à fleurs roses. Son feuillage juvénile est riche en eucalyptol utilisé comme antiseptique. C’est un des rares exemplaires vivant dans un jardin en Angleterre.

Eucalyptus leucoxylon Rosea

On peut aussi citer des Pterocarya fraxinifolia, Paulownia tomentosa, Catalpa bignonioides, Taxus baccata, Ginkgo biloba de 120 ans, un très bel Ilex x altaclerensis ‘Camelliifolia’ sélectionné dans le parc du château de Highclere ou un laurier de Californie, Umbellularia californica.

Paulownia tomentosa

Taxodium distichum

Garden of Medicinal Plants

Les plantes constituent la base d’environ un quart de la médecine occidentale moderne. Chaque parterre du jardin des plantes médicinales regroupe des plantes utilisées pour soigner les maladies du coeur, de la peau, rhumatisme, cancer, yeux, psychiatrie, etc… (voir mes reportages sur les Plantes médicinales non toxiques et sur les Plantes médicinales toxiques)

Garden of World Medecin

Ce jardin rassemble aussi des végétaux utilisés dans la médecine traditionnelle à travers le monde. On y retrouve des plantes récoltées par les guérisseurs, les chamans et les sorciers dans les anciennes ethnies et cultures traditionnelles d’Amérique, Australie, Asie, Afrique et Europe. (voir mes reportages sur les Plantes de la sorcellerie et sur les Recettes de santé d’Hildegarde de Bingen)

Ammi visnaga

Garden of World Medecin (1)
Agapanthus South Africa Monocotyledon
Garden of World Medecine
Acanthus mollis var. niger

Garden of Edible Plants

Le Chelsea Physic Garden possède une longue tradition de culture de plantes comestibles. Le jardin des plantes comestibles présente une collection d’arbres fruitiers et de légumes. Il y aussi des parterres d‘herbes aromatiques, d’épices rares ainsi que des plantes utilisées pour la production d’huile et d’alcool.

Garden of Edible Plants

Garden of Useful Plants

La collection du jardin des plantes utiles vise à illustrer la diversité des usages que nous faisons des plantes depuis des siècles et encore aujourd’hui. On retrouve le Cannabis sativa pour la production de papier, l’Isatis tinctoria pour la teinture, la Calendula officinalis en cosmétique ou le Pelargonium ‘Attar of Roses’ pour son parfum. Au centre de cet espace se trouve un jardin mellifère composé de plantes qui attirent les insectes pollinisateurs. (voir mon reportage sur les Plantes de Madagascar)

Lavendula

British Native Plants

Le long d’une pièce d’eau, une parcelle créée par le curateur Robert Fortune est consacrée aux plantes originaire des îles britanniques. On y retrouve l’Hypericum androsaemum, un petit arbuste utilisé pour ses baies rouges par les fleuristes, le chou marin, Crambe maritima, qui pousse sur la côte ou la vipérine, Echium vulgare, et le coquelicot, Papaver rhoeas, des plantes présentes dans de nombreuses prairies d’Europe.

Atlantic Islands Border

A gauche de l’entrée de la Swan Walk Gate, le long du mur le plus chaud du jardin, une plate-bande rassemble des plantes endémiques de l’archipel de Macaronésie, Madère, Tenerife et Canaries. On y trouve l’impressionnant Echium pininana, une plante bisannuelle originaire de La Palma dressée en haute chandelle, sa cousine l‘Echium wilpretii endémique à Tenerife, le Laurus azorica des Açores, le Phoenix canariensis ou le Pinus canariensis, endémiques des îles Canaries. D’autres plantes plus fragiles originaire de ces îles sont mises à l’abri dans la serre des îles de l’Atlantique. (voir mes reportages sur la Flore des Açores et sur la Flore de la Palma dans les Canaries).

Echium pininana

Phoenix canariensis

Dracaena drago

South American Plants

Du désert à la forêt tropicale, l’Amérique du Sud a produit de nombreuses plantes ornementales ou utiles. On y retrouve le Petunia, le Zinnia peruviana et le Fuchsia cultivés chez nous comme plantes saisonnières, le Brugmansia suaveolens, une beauté toxique et mellifère ou l’Araucaria angustifolia aux graines comestibles. Plus loin, il y a une belle agave à fleurs rose, Beschorneria yuccoides, originaire du Mexique.

Beschornaria yuccoides

Dicotyledon & Monocotyledon Order Beds

Les plantes ont été classées à la fin du 19e siècle dans le Chelsea Physic Garden selon un système établi par les botanistes George Behtham (1800-1884) et Joseph Hooker (1817-1911).

Euphorbia Dicotyledon

Parmi les plantes qui produisent des fleurs et des fruits (Angiosperme), on distingue les Dicotylédones comme les asters ou les euphorbes qui présentent à la naissance deux feuilles (cotylédons).

Ferula communis Dicotyledon

Les Monocotylédones comme les crocus, hosta, bambou ou graminées ne présentent qu’une feuille.

Hosta Monocotyledon

Grâce aux recherches sur le séquençage de l’ADN des plantes, la classification des plantes se fait désormais selon les similarités génétiques plutôt que physiques.

Chelsea Physic Garden (19)
Chelsea Physic Garden (14)
Chelsea Physic Garden (17)
Chelsea Physic Garden (18)

Chelsea Physic Garden

Jardin pédagogique

Le Chelsea Physic Garden est un jardin pédagogique depuis 350 ans. Il rassemble aujourd’hui plus de 4500 espèces de plantes qui illustrent l’histoire de la relation entre l’humanité et le monde végétal. Il a été ouvert au grand public pour la première fois en 1987. Sa mission: démontrer l’importance médicinale, économique, culturelle et environnementale des plantes pour la survie et le bien-être de l’humanité.

Chelsea Physic Garden

Chelsea Physic Garden

Chelsea Physic Garden, visite des jardins, boutique, tea-room, 66 Royal Hospital Road, Chelsea, London SW3 4HS. Le jardin est bordé par la Tamise, le Royal Hospital Road et le Swan Walk. Métro District et Circle lines, arrêt Sloane Square. https://www.chelseaphysicgarden.co.uk/

A lire:

  • The Apothecaries’ Garden, Sue Minter, Sutton publishing, 2003
  • Chelsea Physic Garden, Nick Bailey, 2015

 

Chelsea Physic Garden

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