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Le Jardin botanique de Kew fêtera en 2019 son 260e anniversaire. L’occasion de redécouvrir le parc paysager et les serres classés par l’Unesco.

Kew Gardens, près de Richmond

Au bord de la Tamise, à quelques kilomètres du centre de Londres, Kew Gardens est probablement le jardin botanique le plus important au monde. Le parc qui s’étend sur 121 hectares accueille avec le même panache les promeneurs curieux et les botanistes les plus pointus. Début juillet, ses pelouses sont éclaboussées de soleil. Les tilleuls terminent leur floraison. Quand on passe sous les arbres, leur parfum est envoûtant. Je vais me balader dans ce parc magnifique durant trois heures. Je suivrai la grande boucle qui passe par la serre tempérée qui vient d’être restaurée, la pagode chinoise, les bords de la Tamise, la longue bordure de plantes herbacées, la rocaille et le jardin potager pour terminer par la serre tropicale.

Kew Arboretum

Un mariage princier

C’est le mariage en 1736 de Frederick, prince de Galles, et de la Princesse Augusta de Saxe-Gotha qui est à l’origine du jardin botanique de Kew. Le jeune couple s’installe dans un domaine voisin du Kew Palace, propriété du roi Georges II et la reine Caroline. Curieux et avides d’art, de littérature et de sciences, Frederick et Augusta se passionnent aussi pour la flore. Ils ont l’ambition de créer dans leur propriété située au bord de la Tamise un jardin qui «contiendrait toutes les plantes connues dans le monde». Un vaste projet qu’Augusta va mettre en oeuvre après de décès de son mari avec l’aide de son jardinier en chef, John Dillman.

Kew Royal Botanic Gardens

The Old Lions

En 1759, une parcelle de 4 hectares de sable et de graviers située près de l’Orangerie accueille les premières plantations du jardin botanique. Témoins de cette époque, «The Old Lions», les arbres les plus anciens de Kew: Ginkgo biloba, Platanus orientalis, Robinia pseudoacacia, Zelkova carpinofolia et Styphnolobium japonicum (syn. Sophora japonica) plantés aux alentours de 1760.

Kew Pagoda Tree Styphnolobium japonicum

William Aiton (1731-1793) devient superintendant de Kew. Il a travaillé au Chelsea Physic Garden, jardin de la société des jardiniers et pépiniéristes de Londres, célèbre dans toute l’Europe pour ses plantes rares. Aiton restera toute sa vie attaché à Kew. En 1769, il dresse un catalogue des plantes cultivées à Kew, mais aussi dans l’Angleterre. Il décrit en trois volumes, cinq mille cinq cents espèces classées selon le système de Linné et insiste sur les débuts de la culture de ces plantes dans le parc, donnant la date et le nom de l’introducteur.

Kew Arboretum

La mode anglo-chinoise

En 1760, la mode est à l’exotisme, tant pour les végétaux que pour les arts décoratifs. Les récits de voyageurs, diplomates, militaires, missionnaires et marchands font connaître les paysages des colonies. Les Anglais manifestent tout de suite un immense intérêt pour les jardins de la Chine qui répondent à leur conception du paysage et de la nature.

Au service de la princesse douairière de Galles, une jeune architecte ambitieux, William Chambers (1726-1796) revient de Chine avec une nouvelle conception du paysage. Selon lui, à force de copier la nature, les jardins anglais finissaient par ressembler à de simples champs. Il convenait de prendre les jardins chinois comme modèles car ceux-ci réussissaient à capter l’attention et à éveiller la curiosité du promeneur en lui offrant des spectacles et des impressions variés.

Chambers agrémente ainsi les jardins de Kew de diverses «fabriques» et pavillons excentriques, une orangerie, un temple grec, un arc romain, une mosquée turque et surtout une pagode chinoise octogonale dont on aperçoit encore la haute silhouette dressée dans un angle du parc.

Kew Grande Pagode

Le roi Georges III et la reine Charlotte

Héritier de Kew et de la propriété voisine de Richmond, le roi Georges III réunit les deux domaines, profitant des aménagements réalisés par en 1764 par Lancelot Brown (1716-1783) dont on complète le nom d’un «capability» en hommage à son don de transformer un site en jardin paysager. Surnommé pour sa part le «fermier Georges», le roi transforme des parcelles en culture arable, faisant paître des moutons pour couper toutes les grandes étendues de pelouses. Le roi s’installe dans le Palais de Kew, résidence de campagne assez modeste où il aime passer les étés avec son épouse et ses quinze enfants.

Kew Palace
Kew Palace
Kew Palace
Kew Palace

L’héritage de Banks

Sous l’impulsion et les conseils enthousiastes de Joseph Banks (1743-1820), les collections de Kew s’enrichissent de végétaux ramenés des quatre coins du monde, de l’Amérique à l’Australie en passant par la Chine et l’Afrique du Sud. Président de la Royal Society, Banks est un homme brillant et fortuné, protecteur des sciences et collectionneur de plantes.

Compagnon de voyage de James Cook dans son tour du monde sur l’Endeavour en 1768-1771, Banks s’entoure de compagnons, botanistes, artistes et secrétaires pour récolter, dessiner et classifier les végétaux. Parmi les plantes que Banks ramena lui-même de son voyage, peu furent capables de s’adapter au climat anglais. Nommé par le roi directeur des jardins de Kew, Joseph Banks restera toutefois une figure marquante du jardin botanique, jouant un rôle essentiel dans le développement des collections.

Kew Arboretum

William et Joseph Hooker

De 1820 à 1840, Kew connaît un déclin, en partie dû au désintéressement de Georges IV pour les choses de la nature. En 1840, Kew est offert à la nation. L’ensemble devient le jardin botanique national en 1841 et le parc est ouvert pour la première fois au public avec près de 9000 visiteurs. La renommée des jardins de Kew, dont William Hooker (1785-1865) assume la direction, acquiert alors une dimension internationale. Sous la direction de son fils Joseph Hooker (1817-1911), les collections de plantes s’étendent encore, avec plus de 13000 espèces dont 3000 espèces d’arbres et d’arbustes dans l’arboretum et près de 4500 plantes herbacées en culture.

Kew Arboretum

Kew Rocaille
Kew Arboretum
Kew Arboretum
Kew Arboretum

Un parc de 121 hectares

Kew, c’est aussi aujourd’hui un parc de 121 hectares dont les grandes perspectives ont été tracées au milieu du 19ème siècle par William Nestfield (1793-1881). Les plantations en pleine terre réunissent des myriades de buissons, de fleurs, de graminées, toutes affublées d’une étiquette plantée dans le sol ou accrochée à une branche. Partout, que ce soit dans le jardin de bambous, de rhododendrons, dans la roseraie, dans la longue bordure de plantes herbacées, le potager ou le jardin de rocaille, c’est l’émerveillement, la recherche de la plante la plus belle, la plus rare, la plus surprenante.

Kew The Great Border
Kew The Great Border
Kew The Great Border
Kew The Great Border
Kew The Great Border
Kew The Great Border
Kew potager Delphinium
Kew potager
Kew potager Phlox
Kew The Great Border
Kew The Great Border
Kew The Great Border

The Palm House

Chef d’oeuvre d’élégance fonctionnelle, la grande serre aux palmiers, the Palm House, est construite en 1844 par Richard Turner et Decimus Burton. Elle est terminée en 1848, ravissant la reine Victoria et son mari, le prince Albert, eux-mêmes fervents de modernité. Le bâtiment en fer forgé et en verre présente la silhouette d’une coque de navire retournée. Offrant des conditions de culture similaires à celles que l’on trouverait dans une forêt tropicale humide, elle abrite de nombreuses plantes exotiques dont la plante en pot la plus vieille au monde, un cycas en forme de palmier, l’Encephalartos altensteinii apporté à Kew en 1775. Les plantes sont regroupées selon leur origine géographique, les plantes les plus hautes étant regroupées au centre de la serre.

Kew Palm House

Kew Palm House
Kew Palm House
Kex Palm House
Kew Palm House

The Temperate House

D’autres constructions vont suivre pour abriter un nombre de plus en plus important de végétaux. Ainsi la serre aux nénuphars, the Waterlily House, est construite en 1852. Son atmosphère chaude et humide permet la culture de lotus, papyrus et de Nymphaea. Considérée comme la plus grande serre victorienne au monde, the Temperate House est édifiée de 1860 à 1899. Un escalier en fer forgé mène à une galerie d’où l’on peut admirer toutes les plantations. Les plantes peuvent atteindre des dimensions étonnantes, comme le Jubaea chilensis, un palmier du Chili, probablement la plus haute et la plus grosse plante cultivée sous serre dans le monde. On y cultive précieusement des sujets rarissimes comme l’Hibiscus liliiflorus des Iles Rodrigues ou le Trochetiopsis erthroxylon de Sainte-Helène. Cette serre vient d’être magnifiquement restaurée.

Kew Temperate House
Kew Temperate House
Kew Temperate House
Kew Temperate House
Kew Temperate House
Kew Temperate House
Kew Temperate House

Princess of Wales Conservatory

Le jardin d’hiver de la Princesse de Galles vaut le détour. Inauguré en 1987 par Lady Diana, cette petite merveille au niveau technique présente des toits pentus répondant parfaitement aux besoins des plantes rassemblées par biotope, cactus des déserts, orchidées de la forêt vierge, fougères délicates, nénuphars géants, plantes carnivores… Dernière née parmi les serres, The Davies Alpine House se dresse comme une tente de verre, équipée d’un système d’aération particulièrement pointu, avec des températures variant entre 0° et 28°C, afin de répondre aux exigences de culture des plantes poussant dans des conditions extrêmes. A noter enfin The Hive, une structure spectaculaire qui fait le bonheur des visiteurs. Elle célèbre l’importance des abeilles pour la planète.

Kew Princess of Wales Conservatory
Kew Davies Alpine House
Kew Davies Alpine House
Kew The Hive

Un patrimoine classé par l’Unesco

Les jardins de Kew ont été inscrits en juillet 2003 à l’inventaire du patrimoine mondial de l’Unesco. Une citation honorant ses collections botaniques, plantes conservées, vivantes et documents, et son influence dans l’art des jardins. Voués à la recherche scientifique avant toute chose, les jardins de Kew contribuent de manière significative à l’étude de la diversité des plantes et à l’économie botanique. Les collections de l’Herbarium rassemblent plus de 8 millions de specimens, représentant 95% des espèces végétales connues dans le monde. Kew travaille en partenariat avec des organisations du monde entier pour veiller à ce que certaines des espèces en voie de disparition et des habitats les plus menacés aient un avenir assuré, au lieu de se perdre à jamais.

Kew Royal Botanic Gardens

Royal Botanic Gardens, Kew

Accès: métro District Line (ligne verte) ou par le train qui part de Waterloo Station et s’arrête à Kew Bridge (entrée par Elizabeth Gate) ou à Richmond puis prendre le bus 65 (entrée par Lion Gate ou Victoria Gate). Les jardins de Kew sont ouverts toute l’année de 10h à 18h. Un petit train, le Kew Explorer Land Train, vous propose le tour du parc en 7 stations. Comptez une demi journée pour visiter le parc et les serres.

Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, Surrey, TW9 3AE, www.kew.org

Reportage publié en 2007 dans les Jardins d’Eden (www.edenmagazine.be)

Pour découvrir mon guide pratique sur Londres et les parcs et jardins de Londres, rendez-vous dans la rubrique Voyage, Europe. Pour découvrir les fêtes des plantes du Chelsea Flower Show et de Hampton Court Palace Flower Show, rendez-vous dans la rubrique Découvertes, Fêtes de Plantes

 

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