20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

La nature s’est montrée généreuse avec la “Grande Ile”. Balade passionnante en compagnie d’un des meilleurs guides de Madagascar, à la découverte de la flore malgache et de sa culture ancestrale.

Une leçon d’humanité et d’humilité

Un bon guide est la pièce maîtresse pour la réussite d’un voyage. Mamy Razakamanantsoa faisait partie des meilleurs guides de Madagascar. Il s’en est allé cet été vers d’autres cieux mais il continue de vivre dans le coeur des gens qui ont eu la chance de croiser sa route. Mamy était passionné par son pays et sa passion était communicative. Il était cultivé et attentionné. Sa gentillesse, son humour, son écoute, sa discrétion et son grand respect des autres s’adressaient à tous, Malgache ou étrangers.

 

Mamy Razakamanantsoa

Le rythme de la terre et des traditions

La botanique de Madagascar n’avait aucun secret pour mon guide. Il connaissait l’histoire des plantes de son pays et leurs usages. Le peuple malgache vit dans une précarité extrême. Proche de la nature, il a gardé le sens du sacré, du partage, de la communauté, avec une connaissance extraordinaire de son environnement.

La population a développé un savoir-faire remarquable pour fabriquer tout ce dont elle a besoin à partir des plantes. Le bois, les troncs, les stipes, les tiges, les feuilles servent à la charpente, à la menuiserie, à la vannerie, à la médecine traditionnelle, à la sorcellerie…

Parmi toutes les merveilles végétales de Madagascar, Mamy s’était pris de passion pour le Pachypodium, une humble plante succulente que nous avons pu admirer dans la savane aride du Sud-Ouest. Il était heureux d’approfondir ses connaissances en collaboration avec le Jardin botanique de Prague. Il était le guide préféré des botanistes qui s’intéressaient aux plantes succulentes à Madagascar. (www.palkowitschia.cz).

Madagascar botanique

Madagascar, un “hotspot” de la biodiversité

La diversité de la végétation de Madagascar saute aux yeux. C’est un des pays les plus riches en biodiversité puisqu’il abrite 10% de tous les organismes vivants sur la terre, avec un taux d’endémisme qui atteint 90% dans ce qui subsiste des forêts primaires.

Madagascar était autrefois recouvert d’une forêt impénétrable. Dès la période coloniale qui a débuté en 1896, le pays a pratiqué une déforestation massive pour exporter le palissandre, le bois de rose, l’acajou et l’ébène qui ont presque disparus de l’île.

En raison des déforestations, de l’orpaillage et de l’érosion des collines, l’île verte est en train de devenir une île rouge, écarlate comme la latérite qui s’effondre des plateaux en larges plaies, entraînant des boues jusque dans les rizières, les rendant infertiles.

 

Madagascar
Madagascar
Madagascar
Isalo Madagascar

 

Des peuples venus d’Indonésie et d’Afrique

Séparée du continent africain il y a environ 165 millions d’années, cette île étrange a évolué longtemps en vase clos, loin de toute présence humaine et de tous grands prédateurs.

Les premiers hommes sont arrivés dans l’île il y a moins de deux mille ans. Les peuples venus d’Indonésie ont introduit leur système d’irrigation des rizières et les cultures en terrasses, les pirogues à balancier et les maisons sur pilotis.

Les peuples d’Afrique ont apporté le tissage et la culture du coton ainsi que l’élevage du zébu. La présence des commerçants arabes qui fondent au XIIe siècle des comptoirs sur la côte Nord-Ouest se traduit par des liens commerciaux mais aussi par des influences dans le domaine de la magie, de l’astrologie et de la religion.

Aujourd’hui, le pays compte dix-huit ethnies qui se distinguent par la couleur de la peau, les chants, les rythmes et les danses, les spécialités culinaires et l’artisanat.

Madagascar
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Madagascar

Un continent en miniature

La richesse en espèces végétales de Madagascar montre aussi la diversité des milieux, des sols et des climats qui favorisent la spéciation. Entre le Nord, situé non loin de l’Equateur, et le Sud, situé en dessous du tropique du Capricorne, les variations climatiques sont importantes.

Sur la côte Est, la végétation reçoit directement les pluies et les cyclones de l’océan Indien. C’est dans cette atmosphère tropicale chaude et humide que l’on retrouve les derniers vestiges de la forêt primaire, forêt sempervirente très riche en espèces animales et végétales.

Une chaîne de montagne parcourt l’île du Nord au Sud, culminant à 2876 mètres. Dans les hauts plateaux de la région centrale de l’île qui descendent en douceur vers l’Ouest, le climat est tempéré. De gros rochers de granit encadrent des plaines herbeuses et des bosquets de pins et d’Eucalyptus.

Vers le Sud-Ouest, le paysage devient plus aride. On se croît dans la pampa avec une savane, des buissons épineux et des forêts de Baobab. Ces grands arbres aux troncs renflés sont parfaitement adaptés à la sécheresse qui peut durer huit mois consécutifs sans la moindre goutte de pluie.

Madagascar
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Madagascar

Baobab, l’arbre bouteille

Madagascar est la patrie des baobabs, les Adansonia. Sept espèces sont présentes sur son territoire dont six sont endémiques. La septième espèce croît aussi en Afrique et la huitième est australienne.

Le nom de cet arbre signifie en dialecte africain «arbre de mille ans», mais certains de ces géants sacrés ont été estimés à près de trois mille ans!

La légende raconte que les dieux, vexés de voir pousser si superbement les baobabs, les arrachèrent pour les replanter à l’envers.

Ce sont des arbres de tailles très diverses à port monstrueux ou majestueux en forme de cruche, de bouteille, de théière, de gobelet, de bougeoir ou de cheminée d’usine. De l’altier Adansonia grandidieri qui forme la fameuse allée royale de Morondava, au petit Adansonia fony, à l’allure trapue et chiffonnée, la famille des baobabs malgaches se répartit dans le Sud-Ouest de l’île.

Dans certaines régions de l’île, le baobab est un véritable totem qu’il est sacrilège de couper tandis que de nombreux rites traditionnels s’accomplissent à son pied. Son tronc renflé en réserve d’eau lui permet de supporter les sécheresses les plus sévères. Son bois tendre et spongieux n’est pas suffisamment solide pour servir de matériau de construction mais son écorce, qui a la faculté de se régénérer rapidement sans que l’arbre meure, fournit une fibre qui sert à la fabrication de chapeaux, sacs, cordes et autres produits de vannerie.

Les jeunes feuilles peuvent être consommées comme légume vert ou en tisane. Surnommés «pain de singe», les gros fruits de couleur marron sont comestibles mais seuls ceux de l’ A. grandidieri sont appréciés des humains et des animaux. Ils contiennent une pulpe aigre-douce qui sert à préparer des boissons rafraîchissantes mais aussi des graines noires riches en protéines et en huile.

Baobab Madagascar
Baobab Madagascar
Baobab Madagascar

L’arbre du voyageur

L’emblème national du pays est le Ravenala madagascariensis. Il pousse en lisière des forêts de la côte Est. Il ne s’agit pas d’un arbre au sens botanique du terme mais d’une plante herbacée érigée sur un stipe de plus de dix mètres de hauteur qui le fait ressembler à un palmier. Ses larges feuilles sont disposées en un éventail, caractéristique repérable de très loin.

On le surnomme «l’arbre du voyageur» car il est bon à tout faire! Un coup de machette sur la base du tronc fait couler une sève particulièrement liquide dont le goût est proche de l’eau, ce qui permet au voyageur assoiffé de se désaltérer.

Le stipe fournit des piliers et des planches tandis que les pétioles fendus et les feuilles servent de panneaux muraux et de toitures des cases.

Des fleurs blanches apparaissent à partir de septembre, la pollinisation étant assurée par les chauves-souris et les lémuriens. Elles sont suivies d’un fruit comestible de la forme d’une petite banane jaunâtre et fibreuse.

Ses graines farineuses sont gainées d’une enveloppe d’un très beau bleu électrique qui attire les oiseaux. Broyées finement et cuites dans du lait, elles constituent un bon aliment tout comme le cœur du tronc encore jeune qui est cuisiné en accompagnement de riz.

Ravenala Madagascar
Ravenala Madagascar
Ravenala Madagascar

Bois d’ébène, de palissandre et bois de rose

La petite ville d’ Ambositra est la capitale de l’artisanat malgache de sculpture sur bois et de la marqueterie. Une centaine de familles s’adonnent à la confection d’objets en bois sculptés, découpés ou travaillés au tour. Ils utilisent le palissandre, l’ébène, le bois de rose et d’autres essences de couleurs différentes pour créer des mosaïques avec des motifs de fleurs ou de paysage.

Dans le village d’ Antoetra, toutes les habitations sont édifiées en bois de palissandre par tenons et mortaises. Les constructions mais aussi et surtout leurs sculptures en bas relief des portes et fenêtres sont ornées de motifs géométriques et rosaces qui s’entrelacent à fortes valeurs symboliques. Cet art séculaire du travail du bois a été classé au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco mais il est menacée par la déforestation.

Lorsque les maisons ne sont pas construites en briques ou en torchis, elle sont édifiées à partir des arbres que les villageois trouvent sur place. Dans le Sud de l’île, les maisons sont fabriquées à partir de planches débitées à la hachette dans le bois de l ‘Alluaudia procera. Ce bois léger et imputrescible est utilisé aussi pour faire des masques ou les aloala, poteaux décorant les tombeaux. Dans les mangroves, en bord de mer et des cours d’eau, très riches en biodiversité, pousse le Barringtonia butonica dont les graines toxiques sont utilisées pour la pêche des poissons et le bois pour la confection de pirogues.

 

Madagascar
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Palmier, bambou, sisal, raphia et papyrus

De croissance rapide et résistant aux feux de broussailles, le Medemia nobilis est un palmier décoratif très utile. Son stipe sert à construire les cases et ses feuilles servent à leur couverture. Il est également possible d’en tirer de la pâte à papier.

Près des rivières de la côte Est, les grandes touffes de bambou, Dendrocalamus giganteus sont utiles à tout un artisanat: échafaudages, piquets, paniers, vannerie… Son utilisation est infinie dans les mains des artistes malgaches.

Les feuilles du palmier Raphia farinifera sont les plus grandes du monde végétal. Dans le Nord, leur base est utilisée pour confectionner les planchers, parois et toits des maisons sur pilotis. Dans l’Ouest, on fait appel pour la toiture à un autre palmier, l’ Hyphanaea coriacea.

Des feuilles de l’ Agave sisalana, surtout exploitée dans la région de Fort-Dauphin, on extrait le sisal. Très résistante, cette fibre sert à la fabrication de cordages, de tissus grossiers et de tapis.

Avec la paille de riz, le raphia et les papyrus qui poussent dans les rizières, on tresse des paniers, des sacs et des chapeaux. A chaque ethnie sa forme de chapeau et sa teinture végétale.

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Les esprits des ancêtres

L’univers des Malgaches est placé sous le signe du surnaturel. Les relations de la population malgache avec les dieux passent par l’intermédiaire des esprits et des ancêtres.

Les membres de la famille qui sont sortis par la porte de bois (la maison des vivants) pour entrer par la porte de pierre (le tombeau) restent en relation étroite avec leurs parents.

Les esprits des ancêtres habitent les tamariniers, Tamarindus indica, et autres arbres sacrés. Une palissade isole ces lieux de culte. Des offrandes de miel, de rhum, de bananes sont placées dans des récipients au pied de ces arbres aux esprits en échange de leur protection. Il est interdit de couper une branche ou d’arracher des feuilles car l’arbre sacré souffrirait et saignerait comme un humain, déclenchant les représailles des aïeux.

Les Malgaches s’adressent aux sorciers et aux devins pour connaître la volonté des ancêtres. Autour du devin s’entassent écorces, racines, morceaux de bois et plantes médicinales. Sur une pierre plate à même le sol, le devin dépose des braises ardentes et jette dessus de l’encens naturel. Un nuage de fumée relaxante parfume agréablement la pièce. Elle facilite aussi la clairvoyance et purifie les lieux après le passage de chaque visiteur.

Initiée par tradition orale à la pharmacopée locale, la voyante soigne avec des plantes médicinales cueillies en fonction du calendrier lunaire.

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La médecine traditionnelle

Les botanistes versés dans la médecine traditionnelle malgache ont recensé près de mille plantes médicinales utilisées dans l’île.

Le bush du Sud épineux et sec rassemble un nombre d’espèces endémiques très élevé, avec de grands Kalanchoe pinnata, utilisés en pharmacopée, ainsi que des Aloe divaricata et Aloe vahombe, précieuses plantes médicinales.

C’est souvent la dose qui fait le remède ou le poison. Ainsi le tangena, Cerbera venenifera, produit une noix très toxique. Du temps des grands rois, les juges l’utilisaient pour pratiquer l’ordalie, sorte d’épreuve de vérité par le poison, pour déterminer la culpabilité ou l’innocence de personnes accusées de sorcellerie.

Certaines plantes ont de multiples vertus. L’écorce et les feuilles du katrafay, Cedrelopsis grevei, sont plongées dans l’eau pour soigner les douleurs lombaires, le rhumatisme articulaire et la fatigue.

Couramment vendu sur le marché de Tananarive, le karimbola, Croton sp., est employé pour combattre les constipations ou pour remettre en place le placenta après un accouchement. Il sert aussi à préparer un shampoing contre les pellicules!

D’autres plantes intéressent les scientifiques du monde entier. Les alcaloïdes de la pervenche de Madagascar, Catharanthus roseus, sont aujourd’hui utilisés pour les traitements contre le diabète, la leucémie infantile et certains cancers.

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Pierre Boiteau, Lucile et Maxime Allorge

La connaissance de la flore et de la pharmacopée traditionnelle malgache doit beaucoup à Pierre Boiteau.

Ce botaniste français arrive sur la “Grande Ile” en 1932 et apprend le malgache. Il commence un herbier et est émerveillé par la richesse et la diversité de la flore de Madagascar, d’autant plus que la majorité des espèces y sont endémiques. Il fait des recherches sur des plantes utilisées en médecine traditionnelle.

Parmi elles, il remarque le Centella asiatica qui permet la cicatrisation des plaies chez les lépreux. Ses études aboutissent à la mise au point d’un médicament cicatrisant, le Madécassol.

Pierre Boiteau a publié de nombreux ouvrages dont un ouvrage inachevé sur les Plantes médicinales de Madagascar qui a été terminé par sa fille Lucile Allorge-Boiteau. Chercheur au CNRS et détachée au Museum d’histoire naturelle de Paris, Lucile Allorge a également publié «Biodiversité. Madagascar. L’Eden fragile» aux éditions Privat. Ce remarquable ouvrage de vulgarisation m’a servi de guide pour compléter mes notes prises lors de mon voyage à Madagascar.

La relève est aujourd’hui assurée par son fils, Maxime Allorge, qui a créé avec passion l’Arboretum Pierre Boiteau le long du lac d’Ivato, près de l’aéroport de Tana. Une grande allée d’Araucaria et de pins longe un ancien verger où ont été plantés environ 650 espèces végétales dont 80% sont endémiques.

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Carnet de route

Pour en savoir plus sur mon circuit à Madagascar sur la Route Nationale 7, de Antananarivo à Tuléar, voir le reportage publié dans la rubrique Voyages Afrique

– Madagascar Discovery Agency organise des circuits sur mesure haut de gamme classiques ou à la carte. Indispensable, la présence d’un guide qui veille sur votre sécurité et vous introduit dans les villages. www.madagascar-discovery.com

– Gassy Tour propose des circuits solidaires et authentiques tournés vers un éco-tourisme responsable pour découvrir Madagascar hors des sentiers battus. www.gassytour.com

– A lire «Biodiversité. Madagascar. L’Eden fragile», textes de Lucille Allorge, photographies de Régine Rosenthal. Editions Privat  www.ilerouge.org

“Madagascar, l’Ile aux sorciers”, Nicole Viloteau, Arthaud

http://www.madagascar-tourisme.com

Reportage publié dans Les Jardins d’Eden 2015 (www.edenmagazine.be)

 

 

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