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Hildegarde de Bingen vécut au 12e siècle. Pour cette femme remarquable, écologiste avant l’heure, l’être humain est au coeur du cosmos et tous les remèdes sont dans la nature.

Soigner le corps et l’esprit

Issue d’une famille de la petite noblesse rhénane, Hildegarde de Bingen (1098-1179) fut moniale dès l’âge de 8 ans. Elle deviendra à la fois abbesse, écrivain et prophétesse, engagée dans les combats de son temps. Atteinte de visions dès son plus jeune âge, elle les transcrit dans un ouvrage, le ‘Scivias’, à partir de 1146. Ce texte, approuvé par le pape Eugène III et saint Bernard contribue au développement immédiat de sa notoriété. Elle rédige ensuite deux autres livres visionnaires, le ‘Livre des mérites’ et le ‘Livre des oeuvres divines’. Elle a été canonisée par le pape Benoit XVI en 2012 et a été élevée au statut de Docteur de l’Eglise. Sa fête est fixée au 17 septembre.

Hildegarde de Bingen

Une source d’inspiration

En correspondance épistolaire avec les moines de l’abbaye de Villers, Hildegarde reçut des visions qu’elle transcrivit dans de nombreux ouvrages. Elle propose un art de guérir qui tient compte de l’homme en son unité d’âme et de corps. Elle parle d’une juste mesure pour maintenir l’équilibre et éviter la maladie. Dans le contexte actuel de développement des médecines dites ‘naturelles’ ou ‘douces’, les préceptes nutritionnels et médicaux d’Hildegarde de Bingen suscitent un intérêt croissant auprès du public. Livres, colloques, études consacrées aux recettes de santé d’Hildegarde se vendent comme des petits pains, tout comme les produits naturels, épeautre, pierres aux vertus curatives, préparations diverses proposées sous le label de l’abbesse.

Symphonia Hildegarde de Bingen

Les plantes cultivées et sauvages

Dans le ‘Livre des subtilités des créatures divines’ (Liber subtilitatum diversarum naturarum creaturarum), Hildegarde passe en revue les plantes, cultivées ou sauvages, voire exotiques, dont plusieurs, comme la piloselle et l’arnica, sont signalées par elle pour la première fois. Elle indique celles qui sont nuisibles et donne de multiples conseils pour utiliser celles qui peuvent faire du bien à l’homme ou aux animaux. Elle présente aussi certaines plantes que les auteurs anciens, Pline, Dioscoride, Théophraste, ignoraient et dont l’usage a été introduit en Occident par les Arabes.

Hildegarde de Bingen
Hildegarde de Bingen
Villers la Ville
Camomille

La théorie des humeurs

Vous connaissez la bonne ou la mauvaise humeur. La terminologie de la théorie des humeurs est passée dans le langage courant pour décrire nos états d’âme et nos émotions. Toute la médecine du Moyen-Age est basée sur la théorie des humeurs. Placé au coeur du cosmos, l’homme vit de ses quatre humeurs à l’instar de l’univers. Il est constitué des quatre éléments, air, terre, eau, feu. Ces sortes de fluides qui traversent le corps combinent des qualités premières, chaud ou froid, humide ou sec, et déterminent la santé, le bien-être, l’énergie et l’harmonie de l’individu. Tant qu’elles se trouvent en équilibre, l’homme est en bonne santé. Un déséquilibre engendre la maladie. Les végétaux sont aussi composés de qualités premières: ils sont chauds ou froids, secs ou humides. L’harmonie peut être rétablie par un régime alimentaire approprié et des préparations à base de plantes.

Théorie des humeurs selon Hildegarde

Le lien entre l’homme et la nature

Les remèdes d’Hildegarde ne sont toutefois pas des médicaments. Certaines descriptions de maladies ou de plantes sont de l’ordre de la magie ou de l’imaginaire et ne remplacent pas un traitement médical ni une consultation chez le médecin. Certaines des plantes citées par Hildegarde sont hautement toxiques. A côté de ces énoncés farfelus, il y a pourtant dans les ouvrages d’Hildegarde, des connaissances d’une actualité remarquable. Son enseignement, empli de sagesse, rejoint en certains points l’art traditionnel chinois du Feng shui et suscite un intérêt croissant dans le domaine de la médecine.

Foeniculum vulgare
Hildegarde de Bingen
Hildegarde de Bingen
Calendula officinalis

Une question d’harmonie

Les naturopathes soignent de plus en plus de patients en s’inspirant de sa vision de l’homme dans sa globalité. Pour vivre en pleine santé, il faut être en harmonie avec les divers courants de notre vie: l’environnement, le corps, la nourriture, l’esprit, les émotions, l’âme… Pour Hildegarde, il est très important de rétablir le lien entre l’homme et la nature. Elle insiste également sur la prévention. L’homme doit prendre soin de son corps de manière préventive, mener une vie saine, disciplinée et équilibrée. Un tel système global représente une clef d’or pour l’homme moderne.

Malva sylvestris
Calendula officinalis
capucine
Origanum vulgare

Quelques remèdes d’Hildegarde

Pour les maladies de l’estomac: «Si quelqu’un laisse échapper beaucoup d’humeurs et de flegme venant des viscères et s’il a l’estomac froid, il faut qu’il prenne, avant et après les repas, de l’aigremoine trempée dans du vin. Cela purifie et diminue les excrétions et réchauffe l’estomac.» Contre la colère: «Si on est enclin à la colère, prendre de la rose et à peine moins de sauge, réduire en poudre et, au moment où la colère jaillit en soi, présenter cette poudre devant les narines. En effet, la sauge apaise et la rose réjouit.»

Pour éclaircir la vue: «Recueillir de la rosée sur de la mauve, du liseron, des feuilles de poirier, de chêne ou de hêtre, car elles sont douces. Cette rosée que l’on aura recueillie la nuit ou le matin, quand les nuits sont claires, pures et douces, qu’on en frotte les paupières avant d’aller dormir.»

Contre les pertes de mémoire: «Piler de l’ortie brûlante pour en extraire le suc, ajouter un peu d’huile d’olive. Quand on va se coucher, s’en frotter la poitrine et les tempes. De la sorte, les oublis seront plus rares.»

Pour retrouver le bon sens: «Faire cuire de l’aigremoine dans de l’eau et, quand l’eau est chaude, s’en servir pour laver la tête. Puis, avec un linge, attacher cette herbe encore chaude sur son coeur. Il sentira aussitôt son égarement s’apaiser. Placer ensuite l’herbe encore chaude sur le front et les tempes. De la sorte, on lui rend le savoir et le bon sens, en faisant disparaître sa folie.»

 

Sources:

Hildegarde de Bingen, Le livre des subtilités des créatures divines (Physique), traduit par Pierre Monat, Grenoble, 1996.

Centre documentation de l’Abbaye de Villers, Moulin de l’Abbaye, rue de l’Abbaye 55 à Villers-la-Ville. Prendre rendez-vous avec Anne Burette a.burette@villers.be. www.villers.be

Vous découvrirez le jardin des plantes médicinales de l’abbaye de Villers-la-Ville, dans la rubrique Jardins Belgique. L’univers de Marie Fripiat, herboriste à Villers, dans la rubrique Découverte Portrait. Les stages d’herboristerie de Marie Fripiat dans la rubrique Jardinage Jardin Bio.

Crédit photos Agnès Pirlot et archives de l’Abbaye de Villers-la-Ville

Reportage publié dans Les Jardins d’Eden 2016 (www.edenmagazine.be)

 

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