L’herbier du Jardin botanique de Meise en Belgique contient environ 4 millions de spécimens de collection.

 

Jardin botanique de Meise

A l’entrée, un bâtiment austère construit à la fin des années cinquante abrite l’herbier du Jardin botanique de Meise. Représentatif du moderniste d’après-guerre avec ses poutrelles en béton, le bâtiment en forme de cercle garde la trace de l’influence de Le Corbusier. Un bel escalier hélicoïdal me mène à l’étage où travaille une dizaine de techniciens et botanistes, tous fans de plantes. (voir mon reportage sur le Jardin botanique de Meise)

Index Herbariorum

L’herbier du Jardin botanique de Meise est reconnu internationalement sous l’acronyme BR, en référence à son emplacement initial à Bruxelles. Selon le répertoire international de l’Index Herbariorum, l’herbier du Jardin botanique de Meise est le quinzième plus grand herbier du monde. Il contient environ 4 millions de spécimens de collection, c’est à dire 4 millions de planches de plantes séchées dont près de 3 millions sont aujourd’hui numérisées.

Tous les continents

L’herbier est une technique ancienne encore largement utilisée aujourd’hui pour conserver les plantes. Elle implique le pressage, le séchage et le montagne minutieux des tiges, feuilles, fleurs et racines sur du papier. A la Renaissance, les plantes séchées étaient principalement utilisées pour illustrer les plantes dans les livres d’herboristerie. Plus tard, avec l’exploration des nouveaux continents par les chasseurs de plantes, les herbiers ont permis l’étude de cette nouvelle flore dans les universités et les jardins botaniques.

Des siècles de collection

Les collections de l’herbier du Jardin botanique de Meise ont été acquises au cours des deux derniers siècles grâce à des dons d’universités, de chercheurs, d’échanges avec d’autres herbiers et à des collections propres. L’herbier de Meise est une collection de référence pour la flore de la Belgique et du sud-ouest de l’Europe. Pour l’Afrique centrale, la collection rassemble un million de spécimens provenant de l’Afrique subsaharienne, principalement le Congo, Rwanda et Burundi.

Plectranthus sp. Lamiacées

D’importantes collections remontent au 19e siècle. L’herbier contient une collection constituée par la Société Royale d’Horticulture comprenant les spécimens de la flore mexicaine d’Henri Galeotti et la collection brésilienne de Peter Claussen. En 1870, le gouvernement belge a acheté le célèbre herbier du botaniste allemand Carl Friedrich von Martius, spécialiste des palmiers et de la flore du Brésil. Une autre collection a été acquise en 2014. Il s’agit de l’herbier du 19e siècle du botaniste anversois Henri Van Heurck.

Saba comorensis, Apocynacées

Les fous de plantes

De nombreux collecteurs de plantes ont contribué à la richesse de l’herbier du Jardin botanique de Meise. Botanistes, mycologues, professeurs, missionnaires, agronomes, instituteurs, géologues, dessinateurs, pépiniéristes, amateurs passionnés amoureux de la nature, ils ont parcouru le monde afin de collecter des échantillons de plantes. Lorsqu’il prélève un échantillon pour lui, le collecteur peut en prélever jusqu’à dix pour les autres. Ces échantillons sont ensuite expédiés aux scientifiques répartis aux quatre coins de la planète. Cette dissémination est une sécurité, un gage de pérennité.

La mémoire végétale du monde

Rangé dans des kilomètres de casiers métalliques, un herbier peut être comparé à une bibliothèque d’informations sur les plantes. Les herbiers sont devenus une source de matériel et d’études pour de nombreuses disciplines scientifiques telles que l’évolution, la génétique, la chimie, la pharmacognosie, la linguistique et les recherches climatiques. Les herbiers sont une source importante et irremplaçable pour comprendre l’évolution et l’écologie des plantes, mais aussi comment la nature a évolué au cours de l’histoire.

De précieuses étiquettes

Chaque planche se lit comme un livre d’histoire. Les données figurant sur les étiquettes de chaque spécimen de l’herbier contiennent une foule d’informations utiles aux scientifiques. Elles leur permettent de connaître le lieu et la date de la collecte, le nom du collecteur, les caractéristiques et la dénomination des plantes. Ces informations permettent aux chercheurs de déterminer l’origine et la dynamique d’un peuplement végétal, sa diversité, sa variabilité au sein d’une même espèce, son comportement, sa morphologie, son évolution, sa répartition, son adaptation ou sa disparition.

Herbier Jardin botanique Meise

Tour du monde végétal

La plus grande collection de l’herbier du Jardin botanique de Meise est constituée de plantes vasculaires, c’est-à-dire les plantes à fleurs, les conifères, les fougères et les prêles, toutes les plantes qui possèdent des vaisseaux conducteurs pour acheminer l’eau, les minéraux et les nutriments. Il y a aussi des mousses, champignons, algues, lichens et myxomycètes. Une course contre la montre est engagée. Sur les trois cent mille espèces de plantes vasculaires supposées exister à travers le monde, plus de 20% reste encore à découvrir.

Une belle surprise

Le plus ancien spécimen de l’herbier de Meise date de 1724. Les plantes séchées ont une durée de conservation pratiquement illimitée et presque toutes les caractéristiques importantes pour l’identification et l’étude sont conservées. Un herbier réserve parfois de belles surprises. Le Grand Polycnème, Polycnemum majus, est une espèce végétale de la famille des Amaranthacées. Cette plante herbacée était considérée comme éteinte depuis longtemps en Belgique. En août 2018, un spécimen de Polycnemum majus de l’herbier datant de 1866 attire l’attention d’un botaniste.

Polycnemum majus Rocherfort

L’étiquette de la planche comporte des informations sur la plante et sa localisation, un lieu dit Le Tige dans la région de Rochefort. Une autre planche d’herbier montre la même plante collectée par François Crépin, célèbre botaniste de la région rochefortoise. Grâce à des recherches géographiques dans la région, une population de Polycnemum majus est découverte!  Au moment de la visite, les plantes étaient en train de fructifier. Des graines ont été prélevées et conservées dans la banque de graines du Jardin botanique de Meise. Elles pourraient être utilisées pour réintroduire l’espèce si par malheur elle venait à disparaître du site.

Thunbergia sp. Acanthacées

L’ADN des plantes

En botanique, les plantes sont classées par familles, genres, espèces, sous-espèces et variétés. Depuis le célèbre botaniste suédois Carolus von Linné au 18e siècle, la classification des plantes s’est basée sur leur morphologie. L’analyse des séquences d’ADN présentes dans les cellules des plantes a complètement transformé la taxonomie qui établit la classification des plantes au niveau botanique. Au fur et à mesure des recherches sur la filiation, certaines plantes sont renommées ou reclassées. (voir mon reportage sur le Nom latin des plantes)

S’il est possible d’isoler l’ADN à partir de plantes séchées dans un herbier, il est plus nettement plus performant de travailler sur du matériel frais. Depuis 2002, lors de la collecte de matériel frais pour l’herbier, les chercheurs du Jardin botanique de Meise prélèvent un échantillon supplémentaire de feuilles. Grâce à un séchage rapide, l’ADN est très bien conservé et utilisable pour retracer la généalogie des espèces et leur évolution dans le temps. (voir mon reportage sur la Taxonomie)

Psychotria laurentii De Wild. Rubiacées

Curiosités botaniques

La plus grande partie des collections de l’herbier de Meise se compose de planches de plantes séchées. Mais l’herbier rassemble aussi une collections de tissus végétaux, de fruits, de graines, de racines, d’écorces, de bois, de résines et d’huiles, appelés produits secs ou curiosités botaniques. Trop volumineux pour être conservés sur une feuille de papier, ces matériaux sont conservés en milieu liquide dans des bocaux en verre ou dans des boîtes.

La bibliothèque

Les ouvrages de la bibliothèque du Jardin botanique de Meise sont au service des chercheurs du monde entier et de tout amateur de plantes. Herbiers imprimés, anciens traités de botanique et d’horticulture, études sur l’écologie, l’histoire de la botanique, l’ethnobotanique et l’horticulture font partie de ce patrimoine exceptionnel riche de plus de 200.000 volumes, héritage de la longue tradition botanique et horticole de la Belgique. Parmi les pièces maîtresses de la collection, on découvre une réédition de 1644 du Cruydeboeck de Rembert Dodoens riche de 1492 illustrations.

Cruydeboeck de Rembert Dodoens

Illustrations botaniques

Les armoires de l’iconothèque du Jardin botanique de Meise abritent des milliers de gravures sur bois, sur cuivre, lithographies ainsi que des dessins originaux et des aquarelles. La bibliothèque a constitué une importante collection de plus de 20.000 illustrations de botanique. Véritable fusion de l’art et de la science, la tradition du dessin botanique est encore bien vivante aujourd’hui. Le Jardin botanique emploie quatre illustrateurs botaniques. Ils fournissent les dessins ou aquarelles nécessaires pour clarifier le travail des scientifiques.

La banque de graines

Un autre trésor du Jardin botanique de Meise se trouve dans les locaux de la banque de graines. Celle-ci joue un rôle très important pour la conservation de longue durée du potentiel génétique des espèces. Si elles sont correctement séchées avant d’être congelées, les graines peuvent conserver leur pouvoir germinatif pendant des décennies, voire des centaines d’années. Les graines et semences de la collection de plantes vivantes du jardin botanique sont également collectées dans le but de propager et de distribuer les espèces. Ces graines sont échangées avec d’autres jardins botaniques et institutions scientifiques dans le monde via l’Index seminum.

Crédit photos : Agnès Pirlot et Jardin botanique de Meise

Jardin botanique de Meise. Neuwelaan 38, 1860 Meise Belgique. Accès par la A12 Bruxelles-Anvers, sortie 3 Meise, Belgique. https://www.plantentuinmeise.be/fr/

Rendez-vous dans la rubrique Jardins botaniques pour découvrir mes reportages sur le Jardin botanique de Meise et sur le Palais des Plantes de Meise, et dans la rubrique Jardinage, mes reportages sur la Taxonomie et le Nom latin des plantes, ou cliquez sur les liens.

 

 

Pin It on Pinterest