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Hougoumont, la Haye Sainte, la Belle Alliance, le Caillou, la Papelotte, Mont-Saint-Jean… le site du champ de bataille de Waterloo nous offre au fil de ses fermes une promenade émouvante. Un endroit sacralisé par cette lutte meurtrière du 18 juin 1815.

La “morne plaine” en 1815

Depuis ce dimanche du 18 juin 1815, le visage du champ de bataille a peu changé. «Dans un cirque de bois, de coteaux, de vallons», de vastes terres de culture de seigle, d’avoine, d’orge et de trèfle détrempées par la pluie forment de douces ondulations. Elles sont parsemées de fermes en carré et de chemins creux, avec pour toile de fond, au nord, la masse sombre de la forêt de Soignes. La topographie du terrain autour des fermes de la bataille de Waterloo a toutefois été légèrement modifiée car l’érection de la butte qui eut lieu cinq ans plus tard a nécessité une immense quantité de terre. Elle fut essentiellement prélevée entre la butte du Lion et la ferme de la Haye Sainte.

Lion de Waterloo

Les troupes de Wellington et de Napoléon

Le site du champ de bataille de Waterloo et de ses fermes s’étend sur un peu plus de 2500 hectares. Le Quartier général de Wellington se trouvait dans un ancien relais postal au cœur du petit village de Waterloo. Les troupes de Wellington se tenaient à l’arrière du chemin creux entre la chaussée de Charleroi et la Butte du Lion. La ligne de crête fut l’observatoire du duc de Wellington, commandant en chef de l’armée des Pays-Bas, durant la première phase de la bataille. Les troupes de Napoléon se tenaient en face, du côté de Plancenoit et de la Ferme de la Belle Alliance. Au milieu, sur un front de trois kilomètres tout au plus, s’étalait le plateau de Mont-Saint-Jean, théâtre des combats sanglants.

Quartier général de Wellington (c) Musée Wellington

Waterloo, The Duke of Wellington’s Head Quarter, Charles Turner (c) Musée Wellington

Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815

Plan de la Bataille de Waterloo

Les fermes de la Bataille de Waterloo en 1815

Du sommet de la butte du lion, le visiteur découvre le site du champ de bataille de Waterloo. On reconnaît dans le paysage les fermes de la Haye Sainte, d’Hougoumont, de la Belle Alliance et de la Papelotte. Par contre, les dénivellations mises à profit par Wellington n’apparaissent guère. Il convient donc de voir le champ de bataille, debout dans la plaine, comme les soldats l’ont vu. En revanche, l’impression principale, retenue du sommet de la butte est que le terrain d’action où 188.000 hommes livrèrent d’acharnés combats est de dimension assez réduite.

Ferme de la Haye Sainte Waterloo

Le chemin creux de La Marache

Pour admirer les moindres plissements de la plaine que Victor Hugo compare à «une onde qui bout dans une urne trop pleine», il suffit de faire quelques pas sur la route champêtre qui se dirige vers Ohain. Elle n’a guère changé sauf qu’elle est pavée et qu’ont disparu les arbres et les haies qui la bordaient. Le chemin creux mène à La Marache puis forme une boucle à droite et remonte vers Plancenoit à travers des bosquets et des champs, longeant le domaine de l’ancien Château féodal de Fichermont, aujourd’hui disparu. C’est la partie la plus pittoresque et la mieux conservée du champ de bataille.

Chateau de Fichermont (c) War Heritage Institute Musée Royal de l'Armée à Bruxelles

Château de Fichermont (c) War Heritage Institute Musée Royal de l’Armée à Bruxelles

Ferme château de Fichermont

Château de Fichermont lithographie de Gérard, 1849

Le A majuscule de Victor Hugo

Comme l’a si bien décrit Victor Hugo, le périmètre du champ de bataille forme un A majuscule avec la pointe au nord. «Le jambage gauche est la route de Nivelles à Bruxelles; le jambage droit est la route de Charleroi et Genappe à Bruxelles; la corde est le chemin creux d’Ohain à Braine l’Alleud. Le sommet est Mont-Saint-Jean, là est Wellington; la pointe gauche inférieure est Hougoumont, là est Reille avec le roi Jérôme; la pointe droite inférieure est la Belle Alliance, là est Napoléon. Un peu en dessous de l’endroit où la corde de l’A rencontre et coupe le jambage de droite est la Haye-Sainte. Au milieu de cette corde est le point précis où s’est dit le mot final de la bataille.»

Bataille de Waterloo le A de Victor Hugo

Bataille de Waterloo 1815 Bivouac
Bataille de Waterloo 1815 Bivouac
Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815 Napoleon

La Ferme du Caillou

Située le long de la chaussée de Charleroi, la Ferme du Caillou à Vieux-Genappe abrita le dernier quartier général de Napoléon. C’est dans cette ancienne exploitation rurale construite à la fin du XVIIe siècle que l’empereur passa la nuit précédant la bataille. Le matin du 18 juin 1815, Napoléon se met à table en compagnie de son état major. C’est au cours de ce déjeuner que le prince Jérôme Bonaparte rapporte la rumeur d’une réunion des armées anglaise et prussienne sur le plateau de Mont-Saint-Jean. Méprisant ses adversaires, l’empereur hausse les épaules. Pour Napoléon, les Prussiens étaient en pleine retraite, avec Grouchy à leurs trousses. La suite des événements allait montrer toute son erreur.

Ferme du Caillou par André Craps

Le matin du 18 juin 1815 à la Ferme du Caillou, peint par André Craps (c) Ville de Genappe

Ferme du Caillou (c) Musée Wellington Waterloo

Ferme du Caillou (c) Musée Wellington Waterloo

 

Ferme du Caillou Genappe
Napoléon Ferme du Caillou
Aigle blessé maquette
Ferme du Caillou 1815

 

La Ferme de la Belle Alliance

Implantée au carrefour de la route qui mène à Plancenoit, la Ferme de la Belle Alliance était un modeste relais de poste en 1815. Il servait aussi de cabaret. La veille des combats, le 17 juin 1815, l’avant-garde française à la poursuite des Anglais en retraite vers Mont-Saint-Jean arrive à la hauteur de la Belle-Alliance. La nuit tombe. Il a plu toute la journée et le ciel est sombre et bouché. Napoléon donne ses ordres et regagne la Ferme du Caillou pour y passer la nuit. Le lendemain matin, l’Empereur passe ses troupes en revue avant le combat au son des tambours et des clairons.

Ferme de la Belle Alliance

Ferme de la Belle Alliance lithographie de Gérard 1849

La Belle Alliance Waterloo (c) Musée Wellington

La Ferme de la Belle Alliance (c) Musée Wellington à Waterloo

Ferme de la Belle Alliance Waterloo

Plan de la Bataille de Waterloo

Plan de la bataille de Waterloo le 18 juin 1815. Les troupes françaises en bleu et les troupes alliées en rouge. A droite, la Ferme-Château d’Hougoumont entourée de bois.

La Ferme-château d’Hougoumont

Dissimulée dans un vallon en bordure du ring et de la chaussée de Nivelles, à la frontière de Braine-l’Alleud, la Ferme-château de Goumont, ou Ferme d’Hougoumont comme on l’appelle aujourd’hui, est un endroit secret et émouvant. Récemment restaurée, on peut la rejoindre à pied depuis la Butte du Lion par la promenade des Vertes Bornes. En 1815, les bâtiments entourés de 5ha de bois étaient disposés autour d’une cour rectangulaire avec un château et une chapelle. Des meurtrières avaient été percées dans les hautes murailles qui entouraient le jardin, des échafaudages dressés contre les murs et toutes les issues étaient fermées, excepté la lourde porte en bois restée ouverte pour l’arrivée du ravitaillement.

Ferme d'Hougoumont maquette
Château de Goumont Waterloo
Château d'Ougoumont (c) Musée National des Armées de Londres

Ferme d'Hougoumont maquette

Les premiers combats à Goumont

C’est dans cet avant poste de Wellington, à mi chemin des lignes françaises et anglaises, que commencent les premiers combats le 18 juin 1815 vers 11h30. L’endroit est défendu par des soldats de la Garde anglaise tandis que dans le bois, aujourd’hui disparu, se trouvent des détachements hanovriens et nassauvriens. Désirant commencer la lutte par une diversion, Napoléon donne l’ordre à son frère cadet, le prince Jérôme Bonaparte, d’attaquer la ferme sur laquelle s’appuie la droite anglaise. Même si la place ne fut jamais prise, les combats furent acharnés pendant toute la journée, faisant de Goumont un des endroits les plus meurtriers de la bataille de Waterloo.

Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815
Bataille de Waterloo 1815
Hougoumont vue des ruines (c) Musée Wellington

Ferme d’Hougoumont vue des ruines (c) Musée Wellington à Waterloo

Ferme Château d'Hougoumont

Ferme et Château d’Houdoumont lithographie de Gérard, 1849

L’incendie de la Ferme d’Hougoumont

Un incendie détruisit la majorité des bâtiments. En entrant dans la cour, l’importante grange est à votre droite. Le château était sur votre gauche. Brûlé durant la bataille, il n’en reste que quelques ruines attachées à la chapelle castrale qui subsiste toujours, tout comme la maison du jardinier du domaine. A l’intérieur de la chapelle, un grand Christ en bois, célèbre par son évocation dans les Misérables de Victor Hugo, se dressait sur sa croix de bois, les pieds carbonisés dans l’incendie du 18 juin.

Ferme d'Hougoumont Waterloo
Ferme d'Hougoumont Waterloo
Ferme d'Hougoumont Christ en croix
Ferme de la Haye Sainte (c) Musée Wellington

Ferme de la Haye Sainte (c) Musée Wellington à Waterloo

La Ferme de la Haye Sainte

Pendant que la Ferme-château de Goumont brûle, les Français attaquent la Ferme de la Haye Sainte située au centre du plateau de Mont-Saint-Jean. Disposés autour d’une vaste cour rectangulaire, les bâtiments n’ont que peu souffert des combats et l’on peut toujours admirer le corps du logis à fenêtres à meneaux qui date de la fin du XVIIe siècle. Défendu par Wellington, l’endroit était stratégique. La porte qui devait ouvrir le Mont-Saint-Jean et la route de Bruxelles à l’armée française. Aussi le duc y plaça-t-il 360 solides vétérans de la King’s German Legion commandés par le major britannique Georges Baring. Des meurtrières furent percées dans les murs, offrant une excellente vue sur les mouvements de l’ennemi. La ferme en carré transformée en fortin est attaquée une première fois vers 14h mais seul le verger est pris. Le maréchal Ney finit par emporter la ferme après une lutte sanglante. Il est 18h30 et l’issue des combats commence à se dessiner en faveur des Français.

Ferme de la Haye Sainte

Ferme de la Haye Sainte lithographie de Gérard 1849

Ferme de la Haie Sainte Waterloo
Ferme de la Haye Sainte Waterloo
Ferme de la Haye Sainte Waterloo
Ferme de la Papelotte (c) Musée Wellington Waterloo

Ferme de la Papelotte (c) Musée Wellington à Waterloo

La Ferme de la Papelotte

Servant d’appui au flanc gauche de l’armée de Wellington, la Ferme de la Papelotte est défendue par un régiment de Nassau. Tout l’après-midi, sur les hauteurs de La Marache, les armées belligérantes se disputent âprement la ferme qui tombe tour à tour dans les mains des alliés et des français. Vers 18h, grâce à leur acharnement, les Français emportent une nouvelle fois la Papelotte et s’y maintiennent jusqu’à l’arrivée du corps prussien du général von Zieten qui pénètre sur le champ de bataille, après de longues tergiversations qui faillirent coûter la victoire à Wellington. Incendiée durant les combats, la ferme et son belvédère imposant datent de 1860.

Ferme de la Papelotte

La Ferme de Mont-Saint-Jean

En arrière des lignes anglaises, la Ferme de Mont-Saint-Jean borde de sa masse blanche la chaussée de Charleroi, aujourd’hui sise le long du ring qui contourne la capitale. Ancien domaine des Templiers, la ferme fut reconstruite en 1778 par un Commandeur de l’Ordre de Malte et a conservé l’aspect général qu’elle avait en 1815. Durant la bataille, la ferme sert d’hôpital de campagne aux troupes alliées. Des milliers de blessés transitent dans ce campement de fortune, avant d’être évacués sur Waterloo, Braine-l’Alleud ou Bruxelles. Parmi eux, le prince d’Orange, blessé à la fin de la bataille, y reçoit les premiers soins. Au soir de la bataille, des milliers de morts, de mourants et de blessés jonchent la plaine.

Ferme de Mont-Saint-Jean

Ferme de Mont-Saint-Jean (c) Musée Wellington Waterloo

Ferme de Mont-Saint-Jean (c) Musée Wellington Waterloo

Ferme de Mont Saint Jean Waterloo 1815

Le lendemain de la bataille

La Ferme de la Belle Alliance ne fut pas endommagée durant les combats car il n’y eut pas d’action de ce côté, sinon la charge finale des cavaliers britanniques. Le chirurgien en chef de la Grande Armée y avait installé une ambulance de campagne. Il opéra jusqu’au soir, cédant ensuite la place aux chirurgiens anglais qui opérèrent pendant toute la nuit. Incendiée le lendemain de la bataille, la Ferme du Caillou fut reconstruite quelques années plus tard. Aménagée en musée, elle rassemble des souvenirs de Napoléon ainsi que des collections liées à l’Empire. Près du parking se dresse une statue de Napoléon, don des Chevaliers de Malte en mémoire des soldats italiens et polonais ayant combattu sous les aigles de l’Empereur Napoléon Ier. C’est entre la Belle Alliance et Plancenoit, le 18 juin 1815 vers 21h30, que se rencontrent les généraux Wellington et Blücher se saluant mutuellement en vainqueurs.

Bataille de Waterloo

 

Troupes de Waterloo Monument de l'Aigle blessé Waterloo 1815

Carnet de route

Pour découvrir le site du Champ de Bataille de Waterloo, la butte du Lion et ses monuments, et la Route Napoléon en Wallonie, rendez-vous dans la rubrique Voyages Europe

Les fermes du champ de bataille de Waterloo. Elles se situent de part et d’autre de la route nationale 5, Bruxelles-Charleroi, sur le territoire des commune de Braine l’Alleud, Genappe, Lasne et Waterloo. Ring ouest, sortie 25 Butte du Lion

Hameau du Lion. Route du Lion à 1420 Braine l’Alleud. Butte du Lion, Panorama et Mémorial avec un centre d’exposition et de documentation et un parcours interactif descriptif de la bataille avec audio guide et spectacle en 4D. www.waterloo1815.be

Ferme-Château d’Hougoumont. Square d’Hougoumont 1 à 1420 Braine l’Alleud. La ferme restaurée offre 4 salles d’exposition et un spectacle multimédia.

Ferme de Mont-Saint-Jean. Chaussée de Charleroi 591 à 1410 Waterloo. Monument classé où Wellington installa son hôpital de campagne en juin 1815. La ferme restaurée en 2015 a été inaugurée par le Duc de Wellington, Prince de Waterloo. Un musée retrace l’histoire du site. Micro brasserie et produits du terroir. http://www.fermedemontsaintjean.be

Dernier Quartier Général de Napoléon. Chaussée de Bruxelles 66 à 1472 Vieux-Genappe. C’est dans l’ancienne ferme du Caillou que Napoléon et son état-major passèrent la nuit du 17 juin 1815. Le musée présente armes, mobilier de campagne, décorations et autres souvenirs de l’armée impériale. www.dernier-qg-napoleon.be

Musée Wellington. Chaussée de Bruxelles 147 à 1410 Waterloo. Ce musée est installé dans l’ancien relais postal qui hébergea le Duc de Wellington les 17 et 18 juin 1815. Les salles rassemblent des collections uniques dédiées à chaque armée. www.museewellington.be

Le «Pass 1815» vous permet de revivre l’histoire du 18 juin 12815 à travers 7 attractions et musées: Butte du Lion, Mémorial 1815, Panorama, Ferme d’Hougoumont, Musée Wellington, Dernier Quartier général de Napoléon, Ferme de Mont-Saint-Jean. Visites guidées à pied ou à vélo    http://www.waterloo1815.be    www.guides1815.org

Valérie Pirlot Waterloo 1815

Valerie Pirlot Waterloo 1815
Valérie Pirlot Waterloo 1815
Valérie Pirlot Waterloo 1815

Peintures à l’huile du Champ de bataille de Waterloo lors des reconstitutions du Bicentenaire en 2015 par Valérie Pirlot   www.valeriepirlot.com

A lire sur les fermes du champ de bataille de Waterloo:

‘Waterloo. La campagne de 1815’, Jacques Logie, 2003, Editions Racine

‘Waterloo 1815, Découverte du champ de bataille’, Guide officiel du Comité de Waterloo, édition 2016, Editions Jourdan

‘Vestiges et Monuments commémoratifs des combats de 1815 en Belgique’, ‘Relics and Memorials of the Battles of 1815 in Belgium’, Georges-Patrick Speeckaert et Isabelle Baecker-Renard, 2006, éd. ARC.

http://www.destinationbw.be   http://www.visitwaterloo.be   www.waterloo-tourisme.com     www.brainelalleud.be

Crédit photos Agnès Pirlot, Musée Wellington à Waterloo, Musée Royal des Armées à Bruxelles, Musée National des Armées à Londres, Valérie Pirlot painting

Reportage publié dans L’Eventail 2015 (www.eventail.be)

 

 

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