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Le Parc d’Enghien était considéré au 17e siècle comme un des plus beaux jardins d’Europe. Du Pavillon des Sept Etoiles au Conservatoire du dahlia, visite guidée.

 

Enghien, ville d’art et d’histoire

Aux portes de la Wallonie picarde, à 30km de Bruxelles, Enghien est une magnifique ville d’art et d’histoire. Au début du 17e siècle, la seigneurie et le domaine d’Enghien sont la propriété d’Henri IV roi de France. La ville médiévale et son château-fort sont entourés de remparts. Au delà des douves, en bordure de la ville, se développe un parc seigneurial avec des viviers, des prés, des vergers, des terres cultures et des parcs à gibier.

Tapisserie d'Enghien

Prince Charles d’Arenberg

En 1606, le prince-comte Charles d’Arenberg et son épouse Anne de Croÿ achètent la Seigneurie d’Enghien. Ayant pour parrain Charles-Quint, le prince Charles d’Arenberg est chargé de mission auprès du Saint Empire Romain Germanique. Le prince est passionné de botanique et il entretient une correspondance suivie avec des botanistes renommés tels Charles de l’Ecluse et Matteo Caccini.

Prince Charles d'Arenberg, Anne de Croÿ et leurs enfants, Frans Pourbus le Jeune Anne de Croÿ

Duc Philippe-François d’Arenberg

La création du Parc d’Enghien et des jardins clos est initiée par son petit-fils, Philippe-François, premier duc d’Arenberg d’après les plans de son oncle, le Prince Antoine d’Arenberg. Rentré en religion chez les Capucins et confesseur de l’Infante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas, le Révérend Père Charles de Bruxelles est un intellectuel, architecte, historien et théologien. Comme son père, il aime les plantes, les arbres et les jardins. Son neveu lui donne carte blanche pour agrandir et embellir le parc que l’on qualifiera bientôt d’un des plus beaux jardins du monde.

Duc Philippe François d'Arenberg

 

Les plans et gravures du 17e siècle nous donnent une idée assez précise du Parc d’Enghien qui couvre alors une centaine d’hectares.

Carte du Parc d'Enghien

 

Le Portail des Slaves

Dans l’axe du château à l’entrée du parc se dresse le Portail des Slaves, un arc de triomphe monumental. C’est un édifice en pierre bleue taillée couronné des sculptures en bronze représentant huit esclaves enchaînés! Ses quatre arcades ouvrent la vue à gauche sur le vivier de la Motte et à droite sur un premier jardin clos. Au delà, la perspective centrale conduit en une longue allée bordée de hêtres au Cabinet de l’Etoile.

Portail des Slaves Domaine d'Enghien

 

Des viviers et canaux

Pour tirer parti des eaux naturellement présentes sur le terrain, Antoine d’Arenberg a créé un vaste réseau hydraulique avec un réservoir qui va alimenter des bassins, canaux et jeux d’eau. A l’Est se trouve l’île du Vivier de la Motte, un étang carré bordé de lignes d’arbres et de haies. La partie ouest du parc est occupée par une longue allée pavée de marbre réservée au jeu de Mail et un Grand Canal.

Ile du Vivier de la Motte Domaine d'Enghien

Cinq jardins Renaissance

Situés près du château, des jardins clos de style encore Renaissance sont tracés dans un quadrilatère. Ils sont divisés en cinq sections elles-mêmes fermées par partiellement par des charmilles. Elles ont chacune une fonction différente. Parterre des Fleurs et des Fleurons, Labyrinthe, Jardin des Nains et Orangers sont reliés par des passages pratiqués dans les charmilles. Les Parterres de Fleurs et des Fleurons sont encadrés par quatre Pavillons.

Domaine du Parc d'Enghien

 

Les jardins clos sont décorés à foison d’arbres en pots, de broderies de buis, de parterres de fleurs et de topiaires. De nombreuses statues sont nichées dans les charmilles. Il y a aussi une balustrade, un escalier royal, des fabriques, des bassins de marbre et des fontaines animés par des jets d’eau.

Jardins des Fleurs Parc d'Enghien

Le Pavillon des sept étoiles

Au centre du Parc d’Enghien se dresse un pavillon heptagonal vers lequel convergent sept allées bordées d’arbres. Ce belvédère appelé aussi Temple d’Hercule est situé au point le plus élevé du parc. Il est entouré d’un cercle d’eau et de charmilles circulaires qui servent d’écrin à des statues. Un escalier escamotable conduisait à une terrasse à balustrade. Depuis ce belvédère, on pouvait apprécier le plan en étoile avec une composition savante d’allées rayonnantes et concentriques.

Pavillon d'Hercule Parc d'Enghien

Le Pavillon des sept étoiles présente six faces identiques, la septième est précédée d’un pont. Pourquoi le chiffre sept? Il y a sept notes de musique, sept péchés capitaux, sept jours dans la semaine. Jusqu’au début du 17e siècle, on considérait que la terre occupait le centre de l’univers et que sept planètes tournaient autour d’elle.

Mont Parnasse Parc d'Enghien

Le Mont Parnasse

Les allées qui rayonnent à partir du Pavillon des Sept Etoiles divisent l’espace en bosquets contenant des jardins secrets. Une des curiosités est une étrange butte artificielle appelée Mont Parnasse. Cette montagne de terre peut être montée à pied ou à cheval par des allées qui vont en serpentant et bordées de haies de cyprès taillés. Au sommet trône en cabinet de verdure.

Carte Ferrari sParc d'Enghien

Parc d’Enghien au 18e siècle

Les douves et les deux jardins clos sont supprimés. La porte des Slaves est déplacée du lieu dit la Patte d’Oie vers l’entrée du domaine. La cour d’honneur est bordée par trois Pavillons et des Ecuries qui peuvent accueillir 78 chevaux et des attelages complets. Le duc d’Arenberg fait construire en 1786 près de la Chaumière un nouveau château qui malheureusement prend feu le jour de son inauguration!

Parc d'Enghien

Suivant la mode des jardins romantiques anglais, le Parc d’Enghien se transforme en un paysage plus naturel. Près de 300.000 arbres sont replantés en 1768. Les charmilles, le Mail et le Canal laissent place à des bosquets et à un étang offrant aux visiteurs de belles perspectives paysagères.

Parc d'Enghien

Parc d’Enghien au 19e siècle

L’ancien château adossé à la chapelle castrale ayant été ravagé pendant la Révolution française, le duc d’Arenberg va désormais loger dans le Pavillon des Ducs qu’il fait aménager. L’orangerie est restaurée et le parc entièrement clôturé et reboisé. Les cultures sous serres d’orchidées, de nénuphars exotiques et de palmiers contribuent à la renommée du domaine. Mais l’entretien du parc coûte cher, trop cher avec plus de deux cents ouvriers. Il faudra ramener le personnel à une trentaine pour réduire les dépenses. Les serres sont démantelées et l’on se bornera désormais à l’entretien du parc.

Château du Parc d'Enghien

Parc d’Enghien au 20e siècle

La famille d’Arenberg qui réside à Enghien depuis trois siècles doit se séparer de son domaine au début du 20e siècle. Le baron François Empain qui le loue déjà depuis dix ans se porte acquéreur. A la place de l’orangerie qui tombait en ruine, il a fait construire en 1913 un nouveau château de style Louis XVI selon les plans de l’architecte français Alexandre Marcel. Les deux ailes latérales datent de 1926. Il redessine quelques parterres en y intégrant de très nombreuses statues encore visibles aujourd’hui. L’intérêt pour l’antiquité égyptienne a inspiré le baron Empain pour le choix de certaines sculptures. Par exemple les deux sphinges grecques en bronze sur le perron du château et quatre autres statues égyptiennes dans les jardins.

Sculpture Parc d'Enghien

Parc d’Enghien aujourd’hui

En 1973, le Parc d’Enghien sera sérieusement amputé par l’autoroute A8 sans heureusement subir d’altération de sa partie historique. La ville d’Enghien qui devient propriétaire du domaine en 1986 entreprend la restauration du domaine incluant la restitution d’une partie des jardins du 17e siècle. La Porte des Esclaves qui a été déplacée au 18e siècle donne désormais accès à la cour d’honneur. Elle a perdu ses sculptures en plomb qui ont été fondues pour en faire des canons.

Portail d'entrée du Parc d'Enghien

En avançant vers le parc, on longe le Pavillon des Princesses qui a gardé son toit à la Mansard.

Pavillon des Princesses Parc d'Enghien

Le Pavillon aux Toiles est l’un des quatre pavillons qui marquaient l’angle du jardin des Fleurons, le premier des cinq jardins clos du 17e siècle créés par les d’Arenberg.

Pavillon des Toiles Parc d'Enghien

Le Jardin des fleurs a été restauré, y compris la balustrade en pierre bleue et un escalier aux marches circulaires concaves et convexes. Des broderies de buis ornées de topiaires redessinent le tracé géométrique du jardin. Le centre du jardin est une restitution du bassin d’origine redécouvert lors de fouilles, un dessin qui correspond à celui que l’on admire sur les gravures du 17e siècle.

Jardin des Fleurs Parc d'Enghien

Le Pavillon chinois a été magnifiquement restauré. Ses stucs polychromes d’inspiration chinoise datent du milieu du 18e siècle. Il s’agit de décors en plâtre incrustés dans un fond de stuc noir, une technique en vogue à la renaissance à Florence.

Pavillon chinois Parc d'Enghien

La Tour de la Chapelle castrale est isolée au milieu d’un bosquet d’arbres. C’est le dernier vestige du château des ducs d’Arenberg qui fut ravagé dans les années 1790 par les révolutionnaires français.

Enghien chapelle castrale

Le Pavillon des sept étoiles et le tracé  des allées rayonnantes existent toujours. Conçu au milieu du 17e siècle, il servait d’observatoire dans le parc. Cette synthèse de géométrie, d’hydraulique, de mythologie, d’horlogerie et d’astronomie en fait un chef d’oeuvre de l’intelligence humaine.

Pavillon des Sept Etoiles Parc d'Enghien

Trônant sur un magnifique socle de marbre qui date de l’époque des d’Arenberg, le sanglier serait une copie de bronze du Sanglier de Florence.

Sanglier de Florence Parc d'Enghien

A l’entrée du Parc d’Enghien se dresse Le Dénicheur d’Aigles, une oeuvre du sculpteur Jef Lambeaux. La statue en bronze a été achetée par le baron Empain vers 1890 et placée sur son socle en pierre bleue en 1925.

Le Dénicheur d'Aigles Enghien

On doit également au baron Empain les 9 bronzes qui entouraient le Pavillon des sept étoiles. Ils représentaient  Montaigne, Pascal, Molière, Musset, Philippe le Bon, Henri VI, Bonaparte, Jules-César et Léopold II. Seuls les deux derniers sont encore en place.

Léopold II Parc d'Enghien
Jules César Parc d'Enghien

Sur la butte artificielle où se trouvait le Mont Parnasse on découvre l’ancien pilori seigneurial d’Enghien qui fut amené à son sommet en 1811. Un peu plus bas une statue représente La Louve avec Romulus et Remus fondateurs légendaires de la ville de Rome, copie de la célèbre Louve du Capitole.

La Louve et Romulus et Remus Enghien

Le Pavillon des Princesses et le clocher de l’église Saint-Nicolas se reflètent dans l’Etang du Miroir. Le Grand Canal a repris un aspect naturel lors de la transformation du jardin en parc paysager. Il a servi de lieu de tournage à la scène finale du film de Gérard Corbiaux «Le Maître de Musique» lorsque les barques mortuaires poussées par des personnages masqués emportent le Maître vers a dernière demeure.

 

Parc d'Enghien
Parc d'Enghien
Parc d'Enghien
Parc d'Enghien

Il faut longer l’étang du Miroir pour arriver dans l’ancien potager du château qui accueille depuis 1994 le Conservatoire européen du dahlia.

Conservatoire du dahlia Enghien
Conservatoire du Dahlia Enghien
Conservatoire du dahlia Enghien
Conservatoire du dahlia Enghien

Une collection d’un millier de variétés anciennes et nouvelles de dahlias a été rassemblée par la Ville d’Enghien pour la plus grande joie des visiteurs. Parfaitement étiquetées, on y reconnaît les dahlias pompon, cactus, décoratifs et top mix. Un tableau impressionniste de couleurs et de formes oubliées que l’on peut admirer chaque année de juillet à fin octobre. (voir mon reportage sur les Dahlias)

Domaine du Parc d'Enghien

Domaine du Parc d’Enghien

Classé au Patrimoine Majeur de Wallonie, le Domaine du Parc d’Enghien est ouvert au public et son entrée est gratuite. Le château peut être loué pour des événements. Accès Autoroute A8 Bruxelles Tournai, Domaine d’Enghien, Parc 5 à Enghien, Belgique. https://www.enghien-edingen.be/fr/loisirs/tourisme/parc-enghien

Sources iconographique: Les 17 planches dessinées et gravées sur cuivre qui représentent les jardins d’Enghien par Romain de Hooghe proviennent d’un album intitulé «Villa Angiana vulgo het Parc van Anguien» édité à Amsterdam, vers 1685. Cercle Royal Archéologique d’Enghien http://www.crae.be/

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Parc d'Enghien

 

 

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