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Situé au coeur de la cité de Binche, le Musée International du Carnaval et du Masque rassemble une collection unique de masques en provenance du monde entier.

 

Un musée unique en Europe

Blottie au coeur du Hainaut, Binche est une cité médiévale qui devint au début du 16e siècle résidence royale pour la Régente des Pays-Bas espagnols Marie de Hongrie et son frère l’empereur Charles-Quint. C’est au pied de la Collégiale Saint-Ursmer, dans un ancien collège des Augustins du 18e siècle, que je découvre le Musée International du Carnaval et du Masque, un lieu original et unique en Europe.

Les collections du Musée

Provenant du monde entier, les collections du Musée International du Carnaval et du Masque comprennent plus de dix mille objets, masques mais aussi costumes, marionnettes, parures, instruments de musiques et objets rituels. Le fond documentaire du musée contribue à contextualiser ces objets notamment via un fonds d’archives, une bibliothèque scientifique, des films, des photographies et des airs de musique.

La magie du masque

Les masques et les costumes au sens large peuvent représenter des humains, adultes ou enfants, hommes ou femmes, des animaux, des êtres hybrides, des divinités, des êtres démoniaques, des héros, des ancêtres ou des esprits végétaux. Réceptacle d’une force surnaturelle, le masque peut posséder un pouvoir magique permettant à la personne qui le porte d’incarner un esprit. Il peut apporter le bonheur, la prospérité mais aussi partir en guerre, attaquer ou tuer les ennemis.

Europe, l’esprit des Ancêtres

A l’origine, du temps des Celtes, des Grecs et des Romains, le carnaval est une cérémonie de rachat et de purification à l’occasion du changement de cycle de l’année. Chaque fête marque la fin d’une année et est destinée à assurer la prospérité de l’année suivante. Les masques représentent les esprits des ancêtres défunts. Venus des enfers, les diables, sorcières et autres démons incarnés par les masques prennent vie pour un court instant et rendent visite aux vivants.

Les porteurs de masques se comportent comme des êtres démoniaques. Ils prennent des attitudes bizarres. Ils sautillent, ils courent, ils dansent, ils poussent des cris et des grognements. Le tintamarre de sons de cloches, de sabots, de tambours a pour but de chasser les forces du mal. Les porteurs de masque exercent la justice, organisent des quêtes sous forme d’offrandes, comme un bien qui leur est dû. Ensuite, les masques esprits se montrent apaisés. Ils ont alors des formules ou des gestes de bénédiction. Le peuple sort régénéré de cette fête pour toute l’année.

Les collections européennes du Musée du Carnaval et du Masque datent du 17e siècle à nos jours. Elles proviennent principalement de l’Europe centrale et orientale, de Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Slovénie, Slovaquie, Pologne, Allemagne et Suisse. L’Europe méditerranéenne est représentée par la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

Afrique, le rite d’initiation

En Afrique, les masques portés lors de rites d’initiation ou de transition peuvent aussi intervenir dans des cérémonies funéraires. Les masques incarnent des êtres, souvent hybrides, qui agissent comme intermédiaires entre le monde terrestre des humains et le monde invisible. Les êtres masqués, souvent des esprits ancestraux, forment les jeunes gens en leur inculquant des règles sociales afin qu’ils deviennent des membres de la communauté à part entière.

Le rite d’initiation est marqué symboliquement par l’isolement de l’individu par rapport au reste de la communauté. L’initiation s’accompagne parfois de la circoncision chez l’homme et de l’excision chez les femmes. Durant ces rituels, des danses masquées recréent la naissance, la genèse et la transition du stade animal au stade humain. Lors de certaines épreuves, les candidats initiés doivent ramper, bondir comme des animaux et produire des cris de bêtes.

Certains masques en Afrique sont en usage depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. Les foyers d’intensité du masque se situent essentiellement en Afrique occidentale, particulièrement au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Nigéria et au coeur du continent, Cameroun, Gabon, République Démocratique du Congo et Angola.

Amérique, rituels précolombiens et européens

Si l’histoire du masque en Amérique commence bien avant les premiers contacts avec les Européens, nous n’en avons gardé que peu de traces dans les sociétés amérindiennes du nord. Tantôt liés au totémisme, tantôt au chamanisme, les masques étaient probablement utilisés dans le cadre de rites agraires, de la chasse, d’offrandes aux divinités et de rites funéraires.

Les objets venus d‘Amérique du Sud et centrale couvrent une longue période, allant de 300 ans avant J.C. à nos jours. Les masques mexicains et guatémaltèques ainsi qu’une série de masques issus de groupes amérindiens d’Amazonie forment les points fort de la collection américaine du Musée du Carnaval et du Masque.

Les pratiques masquées d’Amérique centrale et australe se caractérisent par une forme de syncrétisme entre les rituels précolombiens et européens issus des traditions espagnoles, portugaises et françaises. On observe également des influences des rituels africains amenés par les esclaves des plantations.

Océanie, initiation et exorcisme

C’est principalement en Mélanésie que l’on observe l’usage du masque, les autres régions d’Océanie préférant l’usage du tatouage et des scarifications. Le masque et le costume incarnent un esprit fondateur du clan ou de la nature, animal ou végétal. Il s’utilise principalement dans les cérémonies marquant les différentes étapes de la vie, initiation, exorcisme, mort, deuil et celles des fêtes agraires.

Le porteur du masque devient un intercesseur entre les hommes et les forces surnaturelles permettant d’assurer la protection et la prospérité de la communauté. Les pratiques ne sont pas narratives. Le message ne peut se traduire verbalement. Ce mode de communication permet plusieurs niveaux de lecture et d’interprétations qui font la force de ces pratiques.

Asie, théâtre et danses masquées

En Asie, certaines danses masquées sont à la fois un divertissement et le lieu d’incarnation des ancêtres ou des héros mythiques. Les masques d’Asie sont principalement utilisés pour le théâtre et les danses masquées. Les pratiques masquées s’accompagnent souvent d’un orchestre, d’un narrateur, de chorégraphies, de poésie et de chants. Elles peuvent être à la fois divertissantes, didactiques, moralisatrices et sacrées. La frontière entre les genres est volontairement floue.

Dans les pratiques sacrées, le masque est le réceptacle d’une force surnaturelle, qu’elle soit ancestrale, mythologique ou encore démoniaque. L’esthétique des masques et de la représentation prend des allures différentes qu’ils s’agisse d’un contexte musulman, hindouiste, bouddhiste ou encore animiste.

Musée du Masque Asie (8)
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La collection asiatique du Musée du Carnaval et du Masque comprend plus d’un millier de pièces allant du 18e siècle à nos jours. Chaque région connaît sa propre trajectoire et ses spécificités. Cependant certains récits et épopées mythologiques comme celles du Ramayana et du Mahabharata se retrouvent dans une multitude de pays.

Outre les masques heaumes ou faciaux, la collection du musée comprend un nombre important de marionnettes d’ombres, à tiges, à baguettes, à gaine ou à fils.

Folklore et carnaval wallon

Dans le Musée du Carnaval et du Masque de Binche, une galerie est dédiée aux folklores et carnavals wallons. Grands feux, marches, ducasses et carnavals rythment la vie des wallons dans les villages et les cités. Certains puisent leurs origines dans les rites païens ou religieux du Moyen-Age. D’autres sont plus récents, jouant un rôle social important au sein de chaque communauté.

Musée du Masque Belgique Vielsam
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Musée du Masque Haccourt Liège (2)
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Carnaval de Binche

Reconnu au patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2003, le Carnaval de Binche occupe une place particulière dans le Musée du Carnaval et du Masque. S’il attire chaque année plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, le Carnaval de Binche est au coeur de l’identité de la ville.

Le Carnaval de Binche tire probablement ses origines de la même période que celle de la formation de la bourgade, à partir du 12e siècle. La structure médiévale étroite des rues et des pavés qui couvrent le sol donnent au rituel toute son ampleur. Le son des sabots est amplifié. Le rythme des tambours et des cuivres est répercuté contre les hauts murs de l’enceinte médiévale.

Le Musée du Carnaval et du Masque propose de découvrir le Carnaval de Binche à travers son histoire, ses coutumes et ses traditions. En claquant le sol de ses sabots et en faisant sonner ses cloches, le Gille se trouve au centre d’une fête destinée à célébrer le renouveau de la nature, à exorciser les démons et à rendre la terre plus fertile.

Le Gille de Binche

Le Gille est le personnage central du Carnaval de Binche. Son costume du Gille est constitué d’une blouse et d’un pantalon en toile de lin qu’il loue chez le ‘louageur’. Il est orné de motifs, étoiles, lions, blasons et couronnes en feutrine noire, jaune et rouge, les couleurs nationales belges.

Lors de l’habillage, la blouse est bourrée de paille et ornée d’un grelot. A la taille, le Gille porte une ceinture de laine rouge et jaune composée de clochettes de cuivre.

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Une collerette ou pèlerine constituée de rubans plissés, de dentelles ou de franges dorées s’attache autour du cou pour couvrir les épaules du Gille par-dessus les bosses. D’autres rubans plissés ornent les manchettes, les bas de pantalons et le dessus des sabots.

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Sur la tête du Gille, une barrette, bonnet de coton blanc et un mouchoir de cou, sorte de carré plié de coton placé sous le cou et noué sur la tête pour maintenir la barrette viennent recouvrir l’ensemble des cheveux.

Aux pieds, le Gille est chaussé de sabots taillés dans un bois de peuplier ou de saule. Les accessoires en cuir, brides, plaques, courroies de renforcement et talonnettes sont fixés sur le sabot pour bien maintenir le pied et éviter que le sabot ne se fendille sur les pavés.

Le Gille porte à sa main le ramon, un petit balai en baguettes de bouleau assemblées en botte par un ligament en rotin. Il rappelle le balai destiné à chasser l’hiver dans les rites païens. C’est un accessoire indispensable au Gille qui l’aide à rythmer sa cadence et à régler son pas. Avec le temps, le ramon est devenu plus léger et plus petit.

Les Gilles de Binche lancent aujourd’hui des oranges qu’ils transportent dans un panier en osier. Au 19e siècle, les Gilles lançaient des fruits du pays, des noix, des pommes ou des marrons comme rite de fécondité.

Le masque du Gille

Le matin du Mardi Gras, le Gille porte son célèbre masque pour se rendre à l’Hôtel de Ville. Il est fait de toile de cire, décoré de lunettes vertes, d’une moustache, d’une petite barbiche et de favoris. Ce masque correspond aux gravures du dernier quart du 19e siècle. Il rappelle qu’initialement, le Gille était un danseur masqué.

Le chapeau en plumes du Gille

Au début du 19e siècle, le Gille de Binche n’est pas le personnage flamboyant que l’on connaît aujourd’hui. Il était coiffé d’un modeste képi. Plus tard viendront les plumes de marabout puis les fastueuses plumes d’autruche. Le Gille porte son chapeau de plumes l’après midi du Mardi Gras. Il est constitué d’une buse en carton enveloppé de toile sur laquelle est attachée une armature métallique. La buse est ornée d’étoiles et d’épis de blé doré. Elle supporte une dizaine de grandes plumes recourbées réalisées à l’aide de centaines de petites plumes. Le tout pèse trois à quatre kilos.

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Batteries, Pierrots et Arlequins

Chaque société carnavalesque possède sa propre batterie composée de tambours, et de caisse. Lors des soumonces en musique, les batteries sont accompagnées d’un orchestre de cuivres. La viole accompagne les festivités du Lundi Gras et du Dimanche Gras matin. C’est un orgue de Barbarie portatif.

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Le Mardi Gras, Gilles, Paysans, Pierrots et Arlequins se dirigent vers la Grand-Place pour accomplir le rondeau matinal. A Binche, les Paysans sont considérés comme les futurs Gilles. Les Arlequins et les Pierrots sont inspirés de la Comedia Dell’Arte.

Vivant dans l’ombre du héros binchois, la femme de Gilles en est son double essentiel, en privé comme en public. Elle est l’assistante de son Gille mais elle a également une fonction protectrice. Tout en s’activant dans l’ombre, les femmes se révèlent être les véritables initiatrices et ordonnatrices du rite.

Musée International du Carnaval et du Masque, rue Saint-Moustier 10 à Binche, Belgique, https://www.museebinche.be/ et https://www.carnavaldebinche.be/

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