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la passion du voyage et des jardins.

L’eau coule de source dans les Jardins d’Annevoie. Toute l’année, elle fait chanter les fontaines et miroiter l’onde des bassins.

 

Charles-Alexis de Montpellier

Nous sommes au milieu du 18e siècle en pays de Meuse, dans le Comté de Namur. Charles-Alexis de Montpellier est maître de forges, bailli de Montaigle et mayeur de la Cour des Ferrons. Il a reçu en héritage la seigneurie d’Annevoie, une dizaine d’hectares en fond de vallée avec une grande butte et des coteaux boisés. Il y a un ruisseau, le Rouillon, et des sources qui jamais ne gèlent ni ne tarissent. Tout ce qu’il faut pour créer un beau jardin.

Les Jardins d'Annevoie
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Jardins à l’européenne

Charles-Alexis de Montpellier crée ses jardins entre 1758 et 1776. Il s’inspire de jardins qu’il découvre lors de ses voyages en France et en Italie. Ce seigneur raffiné admire les cascades de la Villa d’Este à Tivoli et les grandes eaux de Versailles. Il s’imprègne de beauté, de rythme et de perspectives, d’escaliers, de terrasses, de jeux d’eau, de cascades et de fontaines.

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Un fontainier de génie

De retour à Annevoie, tout en conduisant l’aménagement de son château, le maître de forges dessine dans son domaine des perspectives, creuse des canaux, des étangs, des bassins et des miroirs d’eau. Fort de son expérience de l’hydraulique, ce fontainier de génie aménage toute une série de cascades, fontaines et jeux d’eau. Car ici, l’eau jaillit nuit et jour, hiver comme été, grâce aux sources, à la rivière et aux dénivellations du terrain, selon le principe des vases communicants.

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L’eau coule de sources

Ce système hydraulique entièrement conçu pour s’écouler par gravité est exceptionnel en Europe. Le jardin de la Villa d’Este est sans doute le seul à posséder une telle quantité d’eaux naturelles alors qu’à Versailles, les grandes eaux ne fonctionnent que par intermittence et grâce à de lourdes pompes et machineries.

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Le réservoir du Grand Canal

L’une des sources alimente un long bassin appelé Grand Canal. De ce réservoir qui surplombe l’ensemble des jardins partent des canalisations qui mettent sous pression les jeux d’eau, fontaines et cascades bouillonnantes en contrebas. Les parcours d’adduction de l’eau depuis les sources jusqu’aux bassins de fontaines ont été peu modifiés depuis leur création.

Les Jardins d'Annevoie
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Un jardin de plaisance à la française

Les jardins d’Annevoie intègrent différents styles où se mêlent rigueur, exubérance et fantaisie. On retrouve l’esprit des jardins de plaisance à la française. Ici, l’art corrige la nature, avec de longues et majestueuses perspectives admirées à partir du château. L’Allée des fleurs, la Grande allée ou la Cascade à la française, les jardins se regardent comme un tableau à voir de loin pour mieux en apprécier le dessin.

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L’influence italienne

Le tracé des Jardins d’Annevoie s’accommode de la nature. Cette tendance italienne influença le plus Charles-Alexis de Montpellier. Il s’agit d’une architecture mettant au premier plan la variété, les contrastes et les effets de surprise. Le maître de forges intègre les données naturelles de son terrain et exploite toutes les courbes, sinuosités et reliefs en vue de créer une grande diversité de perspectives. Il incurve même le plan de son château pour épouser la légère courbe de la vallée.

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Jeux d’ombre et de lumière

Le jardin de douze hectares ne se découvre pas d’un seul tenant. Charles-Alexis de Montpellier dessine des charmilles, des bosquets, cabinets de verdure et salons qui sont autant de scènes que le visiteur ne découvre qu’au fur et à mesure de la promenade. Les hautes frondaisons où se jouent les jeux de lumière sont un des charmes d’Annevoie. Elles créent un décor sombre et romantique sur lequel se détachent les plans d’eau et les fontaines.

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L’eau, l’âme des jardins

Des jets d’eau en éventail des premiers bosquets à la double chute d’eau en demi-cercle de la cascade française, en passant par les rochers moussus et romantique de la cascade anglaise, l’eau anime les principaux axes de la composition. Le visiteur découvre ensuite face au château le buffet d’eau, un talus animé de fontaines dont les gerbes scintillent sur le vert gazon. Le spectacle est tout simplement enchanteur.

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Romantisme et pittoresque

A la fin du 18e siècle, Nicolas-Charles de Montpellier va enrichir l’oeuvre de son père en apportant une touche anglaise et romantique. L’art imite alors la nature. Le Rocher du Lion, la Cascade anglaise, la Grotte de Neptune, les fabriques pittoresques reproduisent artificiellement les curiosités de la nature. Dans le bois de l’Ermitage, on découvre ainsi de fausses ruines, des grottes et autres ouvrages d’enrochement ainsi qu’un ermitage en moellons de calcaire décoré à l’intérieur de peintures murales.

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Patrimoine exceptionnel de Wallonie

Restée dans les mains de la famille de Montpellier pendant plus de trois siècles, la propriété est vendue en l’an 2000. Le domaine classé comme Patrimoine Exceptionnel de Wallonie connaît alors des années de gestion chaotiques. En 2017, les jardins et le château d’Annevoie sont repris pour une emphytéose de 99 ans par une fondation privée, Domaine Historique du Château et des Jardins d’Annevoie. A la tête de cette fondation, Ernest-Tom et Anne-France Loumaye, passionnés par les vieilles pierres et les beaux jardins.

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La renaissance des Jardins d’Annevoie

Le domaine fait aujourd’hui l’objet d’un grand projet de restauration respectueux de l’histoire du lieu destiné à rendre aux jardins leur lustre d’antan. La fondation a pour objectif la restauration, la conservation et la mise en valeur du domaine et de ses jeux d’eau. Elle s’entoure pour cela des meilleurs spécialistes en la matière, Nathalie de Harlez de Deulin, historienne des jardins et Pierre André Lalaude, architecte en chef des Monuments historiques. La restauration des jardins est confiée au jeune architecte paysagiste Jean-Baptiste Duchêne qui a notamment participé à la restauration du parc du Château de Versailles.

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La pérennité des jardins

La priorité est de garder l’authenticité des jardins et d’assurer leur pérennité. Il faut redécouvrir les perspectives majeures des jardins et les scénographies des bosquets des 18e et 19e siècles. La statuaire et les éléments architecturaux sont remis en valeur, les arbres taillés, les haies et charmilles recalibrées. L’entretien des jardins se fait dans le respect de l’environnement. De jeunes haies d’Ilex crenata ont été plantées pour remplacer les bordures de buis malades. Les chemins sont entretenus de façon écologique grâce à un motoculteur rotatif qui enlève les mauvaises herbes.

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Les fontainiers d’Annevoie

Il faut surtout remettre en état le système de canalisations, les berges et les pièces d’eau qui font la réputation des jardins d’Annevoie. Les bassins et les plans d’eau sont des réservoirs de maçonnerie cernés de margelles en pierre tandis que le grand et le petit canal pourraient avoir été creusés directement dans l’argile naturelle.

Les Jardins d'Annevoie
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Chaque jour, les fontainiers d’Annevoie doivent nettoyer, une par une, toutes les grilles des avaloirs qui retiennent les feuilles, les brindilles et les algues pour permettre à l’eau de s’écouler. Ils contrôlent également les vannes de trop plein qui assurent la régulation du débit de l’eau acheminée vers les bassins. Les ajutages des jets d’eau en fonte, en plomb ou en laiton sont régulièrement contrôlés afin de maintenir la pression et la symétrie des formes. Un travail de tous les instants, indispensable et passionné.

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Les plus belles pièces

  • Le Gros Bouillon. Surnommé la «manchette de Neptune» en raison de sa forme en éventail, cette gerbe est alimentée par le Rouillon, ruisseau qui traverse les jardins et en recueille toutes les eaux avant de se jeter dans la Meuse.
  • Le Grand Cracheur. Situé dans le premier cabinet de verdure, ce haut jet d’eau craché par un bambin dodu est alimenté par le Grand Canal. 
  • La Cascade Française. C’est la partie la plus ancienne des jardins, alimentée par l’étang du château. L’exacte proportion des deux étages et leurs effets rectilignes montrent un souci de symétrie d’inspiration italienne.
  • La Cascade Anglaise. Inspirée de l’imitation de la nature, c’est une cascade moussue, sauvage et romantique, dans la lignée du pittoresque anglais. Elle est alimentée par l’étang devant du château.
  • Le Buffet d’Eau. Présent dans de nombreux jardins français et italiens aujourd’hui disparus, il fonctionne de façon continue depuis sa construction vers 1760. Il est alimenté de manière constante par le Grand Canal qui le surplombe. Les deux rangées de fontaines et de tilleuls, au lieu d’être parfaitement parallèles, se rapprochent progressivement de bas en haut, de manière à accentuer l’effet de perspective et de profondeur.
  • Le Pont d’Argent. Il enjambe le petit Canal, une pièce d’eau de près de 200 mètres de long alimentée par les nappes d’eau. Une des fenêtres du château offre une majestueuse perspective de cette pièce d’eau.
  • La Grotte de Neptune. Cette fausse grotte abrite une figure de Neptune, le dieu grec de la mer. Cette statue en fonte peinte en blanc a la particularité d’être plate. C’est un bas-relief en trompe l’oeil, typique des productions de la région liégeoise au 18e siècle. On retrouve de telles silhouettes à différents endroits des jardins.
  • Le Grand Canal. Il est positionné à mi-hauteur sur l’un des versants de la vallée du Rouillon. Creusé en ligne droite sur 7 mètres de large et 340 mètres de long (sans compter le bras sinueux qui pénètre dans le bois de l’Ermitage), il était bordé par deux lignes de tilleuls.
  • Les salons de verdure. Bassin de l’Artichaut, Salon du Sanglier, Cabinet de Minerve… les bosquets se succèdent au fil des charmilles et des berceaux couverts. On y découvre des bassins et des statues. Si l’artichaut en métal a disparu, il reste le sanglier en pierre calcaire inspiré du sanglier en bronze exposé sur la place du palais des Offices à Florence.

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Mes adieux à mes jardins

Extrait du poème de Charles-Alexis de Montpellier (1717-1807)

Adieu, brillantes eaux aussi pures qu’utiles,     à mes commandements qui fûtes si dociles,   en nappes descendant comme en montant en jet,   je vous en fais l’aveu, je vous quitte à regret.

Toujours vous avez fait l’agrément de ma vie,  bannissant mes chagrins et ma mélancolie,   je trouvais sur vos bords le plaisir ravissant,    de rêver, surtout lorsque j’étais amant.

Si j’ai su par mon art vous rendre un peu fameuse,   belle eau par vos grands jets en allant à la Meuse,   vous m’avez fait connaître à l’univers entier,  non pour un grand héros, mais un grand fontainier.

Recevez le tribut de ma reconnaissance,  comme pour un honneur de la plus grande importance.   Je fus dans tous les temps modeste en mes souhaits,  aimant l’air des jardins plus que l’air des palais.

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Les Jardins d’Annevoie

Les Jardins d’Annevoie sont ouverts tous les jours, de début avril à fin octobre. Restauration dans l’Orangerie des Jardins avec des produits locaux. Boutique et gîte 32 places dans le Moulin. Rue des Jardins 37a à Annevoie, Belgique. Accès par la route E411, Annevoie est situé sur la rive gauche de la Meuse, sur la N92 entre Namur et Dinant. www.annevoie.be

Sources:

  • Nathalie de Harlez de Deulin, « Parcs et jardins historiques de Wallonie », Institut du Patrimoine wallon, 2008, p. 191-196.
  • Michel Fischer et Benoit Urbain, « Quatre saisons dans Les Jardins d’Annevoie », Editions Encres Couleurs, 1999.

Crédit photos Agnès Pirlot et aquarelles archives Jardins d’Annevoie

Reportage publié en 2018 dans Eden (www.edenmagazine.be)

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Europe, pour découvrir mon reportage sur la Vallée de Meuse, ou cliquez sur le lien.

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