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Dans un paysage sauvage et romantique, les ruines de l’Abbaye de Villers-la-Ville s’imposent comme l’un des lieux de visite incontournable en Belgique.

 

Une indicible majesté

Des pans de murs envahis de lierre qui s’écroulent, des voûtes qui tombent, des colonnes qui s’élèvent, les ruines de l’Abbaye de Villers-la-Ville exaltent les imaginations les plus romantiques. Le site est l’un des plus grands ensemble archéologique de Belgique. Il attire aussi bien le visiteur amateur d’art et d’histoire, l’amoureux de la nature ou le croyant en quête de spiritualité.

Abbaye de Villers-la-Ville

Des moines venus de Clairvaux

Par une belle journée d’avril de l’an de grâce 1146, dix-huit religieux venus de Clairvaux arrivent à Villers. Auprès des sources d’une fontaine nommée Goddiarch, les Bernardins laissent brouter leurs mulets et jaugent les lieux. Une combe humide cernée de vastes forêts. Saint Bernard bâtit ses monastères près des cours d’eau. C’est donc ici que s’érigera l’abbaye sur une terre donnée par le comte de Marbais et sa mère Judith. Le monastère prend le nom de ‘Sainte Marie de Villers’. Mais rapidement l’eau vient à manquer et la stérilité du sol décourage les moines qui songent à regagner Clairvaux.  Le 23 janvier 1147, Saint Bernard visitant la communauté encourage les moines à s’établir plutôt dans la vallée, sur les rives sinueuses et boisées de la Thyle. Située aux confins du duché de Brabant et du comté de Namur, l’Abbaye de Villers-la-Ville accole à son nom « in Brabantia » et accueille quelques décennies plus tard les sépultures des seigneurs brabançons.

Abbaye de Villers-la-Ville

Les rives boisées de la Thyle dans l’Abbaye de Villers-la-Ville

L’Abbaye de Villers-la-Ville au 13e siècle

L’Abbaye de Villers-la-Ville fut construite pour l’essentiel au 13e siècle. Mais le site fut occupé durant près 650 ans par les cisterciens qui l’aménagèrent sans cesse suivant les exigences de l’époque. Un oratoire en pierre, un dortoir pour les moines, un autre pour les convers, un réfectoire, puis la cuisine, le chauffoir, le noviciat et l’infirmerie, l’hôtellerie et le moulin sont édifiés à flanc de carrière en grès schisteux de la région. Tous les bâtiments sont construits selon les mêmes principes. Ils ont un plan rectangulaire, un étage et des combles servant de grenier. La pente des pignons conservés permet d’imaginer l’ampleur des toitures en bâtière qui les coiffaient. Le rez-de-chaussée est couvert de voûtes qui reposent à la fois sur les murs et sur des piliers intérieurs qui divisent l’espace en autant de travées. A l’extérieur, des contreforts épaulent les murs aux points de retombée des voûtes. Entre les contreforts, des fenêtres sont percées entre chaque travée. Le style gothique domine avec l’usage de l’arc brisé et de la voûte d’ogive. Mais les parties les plus anciennes présentent encore des percements en plein cintre, typiques de l’art roman.

 

Abbaye de Villers-la-Ville

Abbaye de Villers-la-Ville vers 1300

De l’Opus Dei aux champs

La réforme de Citeaux a remis à l’honneur le travail manuel des religieux. Passant de la prière aux champs, les moines gagnent à la culture d’immenses territoires. Constitués par d’innombrables achats et donations, les cadres de cet immense domaine s’étendent dès le 13e siècle sur près de 10.000 hectares jusque dans la Hollande et les Contrées Rhénanes. A ce 13e siècle spirituel et prospère succèdent quatre longs siècles d’épreuves et de calamités de toutes sortes. Un état de guerre permanent oblige les moines à quitter les lieux à plusieurs reprises. L’oppression des princes, les troubles continuels, les maladies contagieuses et la famine sont en grande partie la cause de la décadence de l’abbaye du 14e à la fin du 17e siècle.

Abbaye de Villers-la-Ville

Le Réfectoire des moines de l’Abbaye de Villers-la-Ville

Le second âge d’or de l’abbaye

Avec la paix retrouvée, une ère entièrement nouvelle s’ouvre au 18e siècle. Les bâtiments médiévaux de style roman et gothique sont réhabilités et agrandis en briques et pierre bleue. C’est l’époque de la construction du nouveau palais abbatial et de ses jardins. On plaque sur les façades de l’église et sur l’ancien bâtiment des convers un décor classique sans rapport avec la structure architecturale. Vers 1780, l’Abbaye de Villers-la-Ville est l’un des domaines monastiques les plus considérables des Pays-Bas.  La guerre entre la France et l’Autriche déclarée en 1792 puis la Révolution française vont ensevelir pour toujours le monastère et ses occupants. En juillet 1794, l’abbaye est complètement dévastée par des troupes françaises flanquées de quelques bandes de pillards. Lorsque l’on met à exécution en 1796 le décret portant suppression des communautés religieuses, les derniers moines quittent l’abbaye pour ne plus y revenir.

La Porte de Bruxelles Villers-la-Ville

La Porterie de l’Abbaye de Villers-la-Ville

Un enclos de quinze hectares

L’Abbaye de Villers-la-Ville et ses dépendances forment un enclos de quinze hectares entouré d’une muraille haute de quatre mètres de haut. La rivière de la Thyle traverse le domaine, canalisée et voûtée sur une longueur de 271 mètres.. Elle servait de force motrice pour les forges, scieries, moulins à grain ou à huile et collecteur principal des eaux usées. L’apport en eau fraîche était assurée par les différentes sources. La porterie, dite ‘Porte de Bruxelles, était le lieu de transition entre l’abbaye et le reste du monde. Elle est percée par une porte charretière et une porte piétonne. Il y avait aussi un guichet par lequel on distribuait le pain aux pauvres. Située au sud, la porte de la ferme était à l’usage exclusif des frères convers. Une autre porte, la porte de Namur, fut édifiée plus tard à l’Est.

 

Eglise de l'Abbaye de Villers-la-Ville
Eglise de Villers-la-Ville
Eglise de Villers-la-Ville
Eglise de l'Abbaye de Villers-la-Ville

L’église abbatiale

La plus forte impression des ruines de Villers est produite par l’église abbatiale, l’un des premiers édifices gothiques de Belgique. Lorsque la lumière du soleil pénètre à travers les vitraux de verdure, l’émotion est perceptible. Longue de 94 mètres et large de 40 mètres avec des voûtes qui culminent à 23 mètres, elle est éclairée par des fenêtres en arc brisé et par des oculi formant des compositions géométriques.

Eglise de l'Abbaye de Villers-la-Ville

L’Eglise de l’Abbaye de Villers-la-Ville

La construction de l’église commençe au début du 13e siècle en style roman comme en témoigne le porche Ouest. Dès 1210, on adopte le style gothique, plus lumineux et élancé, avec de hautes voûtes d’ogives dans le choeur, la nef et le transept, épaulées par des contreforts et des arcs-boutants. Le chantier de l’église s’acheve vers 1280. Seule la voûte de la croisée du transept est d’origine. Monument typique de l’art cistercien, l’église en forme de croix se caractérise par l’ampleur de ses volumes associés à une grande simplicité de lignes et au dépouillement du décor, comme les chapiteaux lisses et non sculptés. Au 18e siècle, la façade de l’église fut réaménagée en style classique.

Eglise de Villers-la-Ville
Eglise de Villers-la-Ville
Eglise de Villers-la-Ville
Eglise de Villers-la-Ville

Le cloître au coeur de l’abbaye

L’église est épaulée par un vaste cloître construit entre le 13e et le 15e siècle. «Il reste peu de chose de ses galeries. Le rythme rapide des petites arcades qui font le charme de tant de cloîtres anciens n’existe plus.» Les galeries du cloître étaient sans doute d’abord couvertes de plafonds, ensuite de voûtes d’arêtes et finalement de voûtes d’ogives comme celles que conserve la galerie sud. Plus tard un étage a été construit pour agrandir le dortoir des moines et accueillir une bibliothèque.

Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Vile
Abbaye de Villers-la-Ville

Dans une niche repose un gisant. Cette sculpture funéraire représente Gobert d’Aspremont. D’abord croisé, ce noble seigneur devient pèlerin en se rendant à Jérusalem puis à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il se retire à l’Abbaye de Villers-en-Brabant et y décède en 1263, déclaré ‘bienheureux’ par les Cisterciens. Il est enterré dans une niche à enfeu en arc brisé aménagée dans l’épaisseur du mur du transept de l’église. La rosace composée de sept oculi redentés en quatre-feuilles a été entièrement restituée à la fin du 19e siècle à partir de fragments découverts lors du déblaiement. Le tombeau a été restauré au 20e siècle par la famille d’Aspremont.

Abbaye de Villers-la-Ville

Gobert d’Aspremont, croisé et moine de l’Abbaye de Villers-la-Ville

 

L’aile des moines

Autour du cloître se répartissent les bâtiments conventuels. A l’Est se trouvent la Salle du Chapitre, la Salle des moines, la Sacristie, le Parloir et l’Armarium où on rangeait les ouvrages liturgiques. Un escalier donnait accès à l’étage au dortoir des moines. C’était une grande salle commune où chacun disposait d’un lit, avant que l’espace ne soit divisé en cellules individuelles. Une porte s’ouvrait sur l’église pour se rendre à l’office de nuit.

Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Vile

La Salle du Chapitre

Construite au 13e siècle mais fortement remaniée au 18e siècle, la salle capitulaire réunissait exclusivement les moines. Les convers n’ayant «pas droit au chapitre». Cette salle était à l’origine soutenue par quatre colonnes. Il subsiste une belle fenêtre jumelée datant de l’époque romane. C’est l’élément architectural en parfait état de conservation est le plus ancien de l’abbaye.

Réfectoire Villers-la-Ville
Réfectoire Villers-la-Ville
Réfectoire Villers-la-Ville
Réfectoire Villers-la-Ville

Le réfectoire des moines

Dans l’aile méridionale du cloître s’élève l’imposante salle du Réfectoire des moines entourée des Cuisines et du Chauffoir. Construite au 13e siècle, elle était surmontée de deux étages. Eclairée par d’élégantes fenêtres à meneau et traverse, elle est divisée en deux nefs par une rangée de cinq colonnes qui étaient jadis voûtées d’ogives. C’était le prieur qui, après le Benedicite, présidait le repas. Du haut de la chaire, un moine faisait la lecture de la Bible.

Aile des convers Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville

L’aile des convers

A l’Ouest du cloître, du côté opposé à l’aile des moines, prend place le bâtiment des convers avec un Cellier et un Réfectoire surmonté à l’étage par le dortoir des convers. Ces frères laïcs faisaient partie de la communauté monastique. En quête d’une relative sécurité d’existence, ils constituaient une main d’oeuvre indispensable aux travaux des champs. Lors de la disparition des frères convers à la fin du Moyen-Age, cette aile fut transformée en infirmerie.

Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville

Le palais abbatial

Précédé par une prestigieuse cour d’honneur et agrémenté de jardins en terrasses avec fontaines et parterres, un fastueux palais abbatial de style classique fut construit en 1720 en brique et pierre bleue décorés de stucs finement moulurés. Sa construction fut la manifestation la plus spectaculaire du second âge d’or de l’abbaye au 18e siècle, pendant la période autrichienne.

Abbaye de Villers-la-Ville Hôtellerie

L’Hôtellerie de l’Abbaye de Villers-la-Ville qui devint une Brasserie

L’hôtellerie et les ateliers

Construite à la fin du 13e siècle, l’hôtellerie est un bâtiment monumental de près de 40 mètres de long sur 12 de large. Pouvant accueillir une centaine d’hôtes, de pauvres et de pèlerins, et surmontée d’un dortoir à l’étage, cette grande salle de réfectoire était rythmée par des voûtes d’arêtes supportées par des piliers ronds. Au 16e siècle, l’hôtellerie fut transformée en brasserie. On obtenait la bière par fermentation des grains d’orge entreposés à l’étage. Le bâtiment est flanqué par divers ateliers de charron, charpentier, menuisier, ébéniste, forge et écuries.

Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville

Les jardins de l’abbaye

Plusieurs jardins ont été aménagés sur le site de l’Abbaye de Villers-la-Ville. Un Jardin des Simples d’inspiration médiévale, le Jardin des Moines, le Jardin de la Pharmacie et le Jardin de l’Abbé de style formel. Une belle collection de rosiers anciens a été placée en regard de la ligne du temps qui retrace l’histoire de l’abbaye depuis sa fondation à sa dissolution.

Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville
Abbaye de Villers-la-Ville

Le moulin abbatial

Bordé par la Thyle et situé hors de la clôture, le moulin abbatial possédait au 18e siècle trois roues actionnées par la rivière. C’est un important bâtiment dont le gros oeuvre, ses parties basses et son pignon sud datent encore du 13e siècle. Fort remanié aux 17e, 18e et 19e siècle, il abrite aujourd’hui le centre d’accueil des visiteurs.

Moulin Abbaye Villers-la-Ville

Le Moulin de l’Abbaye de Villers-la-Ville

Un chemin de fer

Le site de l’Abbaye de Villers-la-Ville a été bouleversé en 1855 par l’installation d’une voie ferrée sur un viaduc. Troublant la tranquillité des lieux et déstabilisant les bâtiments claustraux, le chemin de fer a été tracé à travers le site sans aucune considération pour son intérêt architectural et historique. Il coupe une dépendance en deux, détruit la perspective des jardins en terrasses aménagés derrière le palais abbatial et frôle le coeur de l’abbaye. Cependant, le train offre une vue romantique et pittoresque sur les ruines de l’abbaye. Son arrivée a également favorisé le développement touristique de la région.

Abbaye de Villers-la-Ville

Le bâtiment de l’Office du tourisme de l’Abbaye de Villers-la-Ville traversé par le chemin de fer

La ferme de la Basse-Cour

Dressée sur la colline, la ferme de l’Abbaye est une véritable forteresse en moellons de schiste et briques espagnoles bordés de pierre bleue pour les percements. Remarquable par sa taille et par son état de conservation, elle est typique des grandes fermes brabançonnes du 18e siècle avec une vaste cour rectangulaire ouverte par deux porches.  A terre, appuyée contre le mur du logis du maître, une pierre armoriée porte la devise de l’abbé B. Cloquette «Concordantia et fervore».

Ferme de Villers-la-Ville
Ferme de Villers-la-Ville
Ferme de Villers-la-Ville
Ferme de Villers-la-Ville

Sources sur l’Abbaye de Villers-la-Ville:

  • «L’ancienne Abbaye de Villers», A. Wauters, 1856
  • «L’Abbaye de Villers-en-Brabant aux 12e et 13e siècle», E. De Moreau, 1909.
  • «Histoire de l’Abbaye de Villers du 13e siècle à la Révolution», Th. Ploegaerets et G. Boulmont, 1926
  • «L’abbaye de Villers et l’architecture cistercienne», S. Brigode, 1971
  • «Abbayes de Belgique, Guide», Groupe Clio 70, 1973
  • « L’abbaye de Villers-en-Brabant. Construction, configuration et signification d’une abbaye cistercienne gothique », Th. Coomans, 2000
  • « Abbaye de Villers », M. Dubuisson, 2002

Abbaye de Villers-la-Ville

Abbaye de Villers-la-Ville

Classé comme patrimoine exceptionnel de Wallonie, le site des ruines de l’Abbaye de Villers-la-Ville se situe à 30 km au sud de Bruxelles. Depuis 2016, il propose un nouveau centre d’accueil des visiteurs et de documentation dans le moulin abbatial et un circuit de visite organisé via une passerelle jetée entre le moulin et les ruines. Parking gratuit. Accès en train via la ligne n°140 Ottignies-Charleroi, gare à 2km de l’abbaye. Abbaye de Villers-la-Ville, rue de l’Abbaye 55 à Villers-la-Ville, Belgique. www.villers.be

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Europe, pour découvrir mon reportage sur le Jardin des plantes médicinales de l’Abbaye de Villers-la-Ville, le site du champ de bataille de Waterloo 1815, les Fermes de la Bataille de Waterloo et la Route Napoléon en Wallonie ou cliquez sur les liens.

Abbaye de Villers-la-Ville

 

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