Après six années de restauration, de 2017 à 2023, le château et les Jardins d’Annevoie ont retrouvé leur lustre d’antan. Le résultat est époustouflant!
En Pays de Meuse
Haut lieu du tourisme au sud de la Belgique, les Jardins d’Annevoie figurent parmi les plus beaux jardins d’eau d’Europe. Le domaine des Jardins d’Annevoie s’étend sur une douzaine d’hectares en pays de Haute-Meuse. Bâti dans la seconde moitié du 18e siècle par Charles-Alexis de Montpellier (1717-1807), le château de style mosan est entouré d’un parc magnifique composé de nombreux jeux d’eau ainsi que de statues, grottes et autres folies de l’époque.

La renaissance des Jardins d’Annevoie
La fondation ‘Domaine Historique du Château et des Jardins d’Annevoie’ a été créé en 2017 avec une emphytéose de 99 ans sur le domaine d’Annevoie. La fondation créée à l’initiative d’Ernest-Tom Loumaye a pour objectif la restauration, la conservation et la mise en valeur du domaine et de ses jeux d’eau. Après six années de travaux de rénovation, de 2017 à 2023, et dix millions d’euros assurés par des fonds privés sans aucune subvention, le château et les jardins d’Annevoie ont retrouvé leur lustre d’antan. (voir mon reportage sur le Domaine d’Annevoie avant la restauration)

Ernest-Tom Loumaye
Passionné par les vieilles pierres et les beaux jardins, séduit par la qualité et l’histoire du domaine, du patrimoine bâti et paysager, Ernest-Tom Loumaye a eu un véritable coup de coeur pour les Jardins d’Annevoie. Avec son épouse Anne-France, cet industriel en biotechnologie s’est lancé dans un chantier titanesque qui a mobilisé une centaine d’artisans, des experts, des architectes et des historiens de haut niveau.

«Nous avons souhaité rendre aux jardins leur ambiance et les décors végétaux présents au 18e siècle, tout en conservant les ajouts et extensions réalisés jusqu’au milieu du 20e siècle dans le bas des jardins. Les travaux ont été entrepris sur base d’une abondante iconographie et documents datant de cette période.» La Fondation confie à l’historienne des jardins Nathalie de Harley de Deulin une importante étude sur l’histoire des jardins d’Annevoie

Seigneurie d’Annevoie
Les Jardins d’Annevoie sont avant tout l’histoire de la famille de Montpellier dont les origines remontent au milieu du 15e siècle. En 1691, grâce à un héritage de son épouse Marie de Halloy, Jean III de Montpellier devient propriétaire de l’ancienne seigneurie d’Annevoie qui sera le berceau de la branche aînée des Montpellier pendant trois siècles. Charles-Alexis de Montpellier, le fils de Jean IV, est anobli en 1743 par la future Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Il hérite d’Annevoie en 1754.

Château mosan
Le Maître de Forges Charles-Alexis de Montpellier tire de cette industrie alors florissante les moyens d’agrandir ses terres. A partir de 1770, avec l’aide de l’architecte Philippe Phazelle, il transforme l’ancienne maison forte d’Annevoie bâtie en 1627 en un prestigieux château néo-classique en moellons de calcaire couverts d’un enduit et toitures d’ardoises mansardées.

Plongeant ses fondations dans un vaste bassin formant miroir, la façade du château côté jardin forme une légère courbe qui suit celle de la vallée du Rouillon dans laquelle les jardins ont été aménagés. La façade montre bien les différentes époques de construction dont, à l’extrême droite, le chaînage d’angle du logis et la tour de l’ancienne gentilhommière. Depuis le salon s’ouvre une perspective toute en longueur sur le Petit Canal.

Château de plaisance du 18e siècle
S’appuyant notamment sur les sources iconographiques conservées dans la famille de Montpellier et sur l’inventaire du fonds déposé aux Archives de l’Etat à Namur, le château du 18e siècle a retrouvé progressivement ses qualités architecturales originales. Les façades de grès et de calcaire ont été couvertes à la chaux avant de recevoir un badigeon blanc délicatement coloré de jaune, bien dans l’esprit du 18e siècle. Cette mise en peinture au silicate permet aux matériaux de respirer tout en protégeant les façades.

Les encadrements en pierre de taille soulignés d’une peinture gris-bleu réaffirment la structure monumentale de l’avant-corps central. Les gardes-corps en fer forgé ont été restaurés tout comme les stucs décoratifs qui ont retrouvé leurs dessins par moulage d’anciennes prises d’empreintes conservées et ils ont été repeints couleur pierre. Les toitures d’ardoises ont été entièrement renouvelées et le clocheton de la porterie refaites à l’identique.

Les décors intérieurs du château ont également fait l’objet d’une restauration. Charles-Alexis de Montpellier avait fait appel aux meilleurs artisans de l’époque, notamment le stucateur Charles Moretti auteur des décors du salon blanc signés et datés 1776. On retrouve les dalles noires brillantes, la chaleur des parquets, le mobilier, la blancheur immaculée des stucs, les portraits et les grands panneaux peints qui évoquent le passé des seigneurs d’Annevoie.

Les arcades de la cour d’honneur ont été restaurées et la cour a été repavée suivant la mode au 18e siècle d’un château de plaisance bâti entre cour et jardin. La chapelle privée qui avait été déplacée a retrouvé son emplacement d’origine.

Un fontainier de génie
En tant que maître de forges, Charles-Alexis de Montpellier avait une connaissance empirique des aménagements des sites hydrauliques. Il disposait aussi de la main d’oeuvre nécessaire pour réaliser les jardins d’eau qui, aujourd’hui encore, nous enchantent.

L’ensemble des jardins d’eau exploite le relief naturel du bassin du Rouillon, aussi appelé ‘ru d’Annevoie’. Approvisionné par trois sources claires et abondantes, le Fonteny, la Banse et la Ruynette, le ruisseau qui traverse la propriété a entraîné les roues des forges d’Annevoie depuis le 16e siècle jusque dans le dernier tiers du 19e siècle.

Le Rouillon
Les sources captées en amont des jardins et le cours rapide du Rouillon ont permis de mettre en eau une succession d’étangs, de canaux et de bassins avec une série de dérivations, d’aqueducs souterrains et de trop-pleins établis le long des parcours d’eau. Ceux-ci ont constitué des réservoirs garantissant l’écoulement de l’eau pour animer les jeux d’eau et les fontaines. Grâce à l’abondance des eaux, à leur conduite ingénieuse et à leur gestion raisonnée, Charles-Alexis de Montpellier a réussi à maintenir de front ses forges et l’agrément de ses jardins d’eau maintenus en fonction depuis plus trois siècles.

Jeux d’eau
Nuit et jour, été comme hiver, les jeux d’eau et fontaines des Jardins d’Annevoie fonctionnent sans aucune pompe ni machinerie, sur le seul principe de la gravité et des vases communicants. Maintenu en fonction depuis le 18e siècle, ce système hydraulique est unique en Belgique. La restauration de ce réseau a respecté la logique de fonctionnement originelle. Il a fallu d’abord remettre en état le système de canalisations, les berges et les pièces d’eau qui font la réputation des Jardins d’Annevoie.

Les bassins et les plans d’eau sont des réservoirs de maçonnerie cernés de margelles en pierre tandis que le Grand et le Petit Canal auraient été creusés directement dans l’argile naturelle. L’ensemble des jeux d’eau est alimenté par les débits de quatre sources prenant naissance à l’extérieur du parc. Quatre aqueducs souterrains et un réseau de conduites alimentent les nombreux jeux d’eau au coeur des jardins.

Les ajutages des jets d’eau et leurs buses des Jardins d’Annevoie ont été restaurés. Les ajutages des fontaines aux jets droits sont en fonte ou en cuivre. La majorité des ajutages des jets en éventail sont réalisés en plomb pincé de manière à permettre à l’eau sous pression de sortir en panache. Ils sont contrôlés quotidiennement afin de maintenir la pression et la symétrie des formes dessinées il y a trois siècles par le Maître de Forges

Des jardins «à l’européenne»
La Fondation Historique du Château et des Jardins d’Annevoie a initié un vaste programme de restauration et de restitution du parc, des fabriques et des végétaux qui servent d’écrin aux bassins et jeux d’eau. La priorité a été de garder l’authenticité des jardins en redécouvrant les perspectives majeures du parc et les scénographies des bosquets des 18e et 19e siècles. On découvre ainsi des surprises un peu partout dans les jardins, des charmilles, bosquets et cabinets de verdure qui se découvrent au fil de la promenade.

Les jardins d’Annevoie se situent à la charnière de l’art des jardins. Pour créer ses jardins entre 1758 et 1776, Charles-Alexis de Montpellier s’est inspiré des effets de symétrie des parterres formels des parcs de Versailles et de Saint-Cloud. Les pièces d’eau régulières encadrées de palissades de charme créent de longues perspectives.

On ressent également l’influence des jardins pleins de fantaisie de la Renaissance italienne et plus particulièrement par les magnifiques cascades et jeux d’eau de la Villa d’Este.

La Hollande et ses jardins richement décorés de statues en marbre et de vases en bronze va aussi inspirer le maître de forges pour agrémenter ses jardins.

Les perspectives du parc
Les hautes frondaisons où se jouent les jeux de lumière sont un des charmes d’Annevoie. Elles créent un décor sombre et romantique sur lequel se détachent les plans d’eau et les fontaines. Un inventaire du patrimoine arboré a mis en évidence les structures historiques des grandes allées de tilleuls et des charmilles ainsi que quelques très vieux arbres, marronniers d’Inde, Aesculus hippocastanum, platanes, Platanus x acerifolia, tilleuls de Hollande, Tilia platyphyllos, hêtres pourpres, Fagus sylvatica ‘Atropurpurea’, et charmes, Carpinus betulus. Un travail de rajeunissement de la strate arborée participe au projet global de restauration des jardins.

Depuis 2017, pas moins de 250 arbres ont été replantés. Les haies de la grande allée ont été recalibrées afin de retrouver une silhouette cohérente à l’échelle des éléments d’architecture et d’ornement proches. Les haies malades de Buxus sempervirens ont été remplacées par une bordure d’Ilex crenata qui n’a pas donné satisfaction. Une nouvelle variété de buis plus résistant aux maladies, BetterBuxus ‘Babylon Baby’ sélectionnée par la société belge Herplant, l’a remplacée avec succès.


Au fil de la promenade, on découvre des surprises un peu partout, des charmilles, des sentiers sinueux traités en berceau reliant des bosquets et cabinets de verdure. L’eau qui y circule jour et nuit, en toutes saisons, accompagne le parcours du visiteur charmé par le murmure des fontaines.

Le Grand Canal
Le long du Grand Canal, les 52 tilleuls qui avaient été malencontreusement abattus au début des années 2000 ont été replantés afin de rétablir une séquence paysagère de qualité et de restaurer les perspectives visuelles. Le Grand Canal, le Petit Canal et le Bassin aux Nénuphars ont été curés afin d’éliminer les vases couvrant le fond et les berges.

Le buffet d’eau
Le Grand Neptune en fonte qui avait été déplacé au 20e siècle a retrouvé sa place d’origine au-dessus du Buffet d’Eau. Il alimente à nouveau généreusement les quatorze jets d’eau du buffet, la pièce maîtresse des Jardins d’Annevoie.


Le Sanglier de pierre
La statuaire, le mobilier et les éléments architecturaux ont été remis en valeur. Placé au centre d’un bosquet au sortir de l’Allée des Soupirs, le Sanglier de pierre, copie du Sanglier des Offices à Florence, a été restauré tout comme les statues de marbre et les vases en fonte.

Les silhouettes en trompe l’oeil
Des silhouettes en fonte en trompe l’oeil peintes en blanc sont adossées aux charmilles. Certaines seraient des originaux de la seconde moitié du 18e siècle du sculpteur liégeois Guillaume Evrard. D’autres sont des copies réalisées dans les forges locales à partir de moules anciens.

Ces pièces décoratives en relief, jadis appelées «figures en fer coulé» étaient réalisées à partir de déchets de fonderie coulées dans des moules. Placées devant une palissade de verdure, ces minces reliefs de métal donnent l’illusion d’oeuvres en ronde-bosse.

Cette production régionale, bien que marginale, constitue une contribution originale à l’art des jardins de la seconde moitié du 18e siècle.

Le potager
Abandonné depuis de nombreuses années, l’ancien potager a été réhabilité. La terrasse supérieure a été réaffectée en carrés et plates-bandes de cultures mêlant arbres fruitiers, légumes et fleurs à couper.

En limite des anciennes parcelles potagères, une dépendance en pierre calcaire présente un décor néoclassique alternant pilastres et baies en plein cintre. Une cave servait à la conservation des fruits et des légumes. Une serre a été adossée au pignon ouest.

Nicolas-Charles de Montpellier
A la fin du 18e siècle, Nicolas-Charles de Montpellier (1755-1813) va enrichir l’oeuvre de son père en apportant une touche plus naturelle où le ruisseau ondule parmi les herbes folles, les mousses et les fougères.

S’inspirant des jardins à l’anglaise à la mode à cette époque, il apporte un esprit romantique en créant des fabriques pittoresques, des grottes artificielles, ainsi qu’une cascade champêtre (dite anglaise), des éléments qui reproduisent artificiellement les curiosités de la nature.

Pierre de Montpellier
Au début du 20e siècle, Pierre de Montpellier (1897-1985) restaure les jardins afin de les rétablir tels qu’ils étaient au 18e siècle. Il élimine les tracés sinueux des cheminements et les nombreux massifs arbustifs plantés au 19e siècle dans le style paysager anglais pour retrouver les tracés réguliers des jardins «à la française».

Pierre de Montpellier renouvelle le décor avec l‘acquisition de ferronneries tel le garde-corps de la grande cascade et de statues de divinités antiques, de bambins et dauphins cracheurs provenant d’autres jardins.

Dans les années 1930, Pierre de Montpellier ouvre les jardins au public. En prolongation du pavillon d’entrée installé dans les anciennes forges familiales, il transforme d’anciens bassins de pisciculture en bassins d’agrément dotés de jets d’eau en éventail.

En 1952, à la demande du public qui souhaite voir plus de fleurs dans ce jardin, Pierre de Montpellier transforme une parcelle de terre cultivée dans partie nord des jardins en un jardin de fleurs de style néo-classique. Les symétries marquent bien l’influence française, mais les parterres sont travaillés à l’anglaise, sans petites haies de buis pour les délimiter.
Durant sept générations, la famille de Montpellier d’Annevoie a préservé cet héritage tout en adaptant les jardins à l’évolution des goûts et des modes. En 1988, Nicolas de Montpellier envisage de modifier l’ordonnance des jardins de fleurs en s’inspirant d’un modèle de parterre édité par Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville dans sa ‘Théorie et pratique du jardinage’ édité en 1709. A la demande de son père Jean de Montpellier, le paysagiste René Pechère (1908-2002) esquissera un croquis dans ce sens, mais le projet ne fut jamais mis en oeuvre.

La pérennité des jardins
Mis en péril dans les années 2000 par une gestion désastreuse, le château et les jardins d’Annevoie sont depuis 2017 gérés par la Fondation privée ‘Domaine Historique du Château et des Jardins d’Annevoie’. L’équipe des jardins compte neuf employés à plein temps dont cinq jardiniers. L’entretien des jardins se fait dans le respect de l’environnement. Les chemins sont entretenus de façon écologique par exemple grâce à un motoculteur rotatif qui enlève les mauvaises herbes. La gestion a pour objectif zéro émission de CO2 pour l’énergie du domaine. Le budget annuel qui approche le million d’euros est équilibré par l’accueil des 70.000 visiteurs qui viennent chaque année découvrir les jardins.

Domaine des Jardins d’Annevoie
Le Jardins d’Annevoie sont classés Monuments Historiques. Ils ont reçu le label Jardin Remarquable de Wallonie. Le domaine est ouvert tous les jours, de début avril à fin octobre. Petite restauration, boutique et gîte 32 places dans le Moulin. Annevoie est situé sur la rive gauche de la Meuse, sur la N92 entre Namur et Dinant. Rue des Jardins 37a à Annevoie, Belgique. https://www.annevoie.be/fr/
Sources:
- «Les Jardins du Château d’Annevoie, Histoire et génie hydraulique» par Nathalie de Harlez de Deulin, Historienne des jardins, Docteur en Histoire, Art et Archéologie. Société Archéologique de Namur, 2020, disponible en téléchargement sur le site des Jardins d’Annevoie. https://lasan.be/images/activites/Publications/Annevoie/Monographie-Annevoie-2023bd.pdf
- « Jardins du Château d’Annevoie », par Nathalie de Harlez de Deulin et l’Institut du Patrimoine wallon, Institut Européen des Jardins et Paysages, Inventaire des parcs et jardins de Belgique, Wallonie, Province de Namur, 2026. file:///G:/Images%20G/WordPress%2024/Jardins/Jardins%20Belgique/Annevoie%20avril%2025/Annevoie%20Eden%2025/Jardins%20d’Annevoie%20Namur%202026.pdf
Reportage publié dans la revue Eden en 2025, https://edenmagazine.be/

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Europe, Belgique, pour découvrir mes reportages sur la Wallonie :
- Histoire des Jardins d’Annevoie, https://laterreestunjardin.com/jardins-annevoie/
- Jardins Remarquables de Wallonie, https://laterreestunjardin.com/jardin-remarquable-wallonie/
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- Waterloo 1815, le site du champ de bataille, https://laterreestunjardin.com/waterloo-1815-site-champ-de-bataille/
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- Ferme d’Hougoumont 1815, https://laterreestunjardin.com/hougoumont-1815/
- Hougoumont le bivouac des Alliés, https://laterreestunjardin.com/hougoumont-bivouac/
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- Parc du Château de La Hulpe, https://laterreestunjardin.com/le-parc-du-chateau-de-la-hulpe/
- Jardin des Mondes de Pairi Daiza, https://laterreestunjardin.com/pairi-daiza/
- Euro Space Center, https://laterreestunjardin.com/euro-space-center/


