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Avec ses carrés de plantes aromatiques et médicinales, le Jardin de l’Abbaye de Villers-la-Ville est un lieu apaisant encore inconnu du public. Petit parcours spirituel et olfactif à l’ombre des ruines.

Le site romantique de l’Abbaye de Villers

Le petit jardin de plantes médicinales de l’Abbaye de Villers-la-Ville a ouvert ses portes au public en juin 2012. C’est une évocation d’un jardin médicinal monastique du Moyen-Age. Un jardin de ce type existait auparavant à proximité de la Porte de Bruxelles mais a été supprimé en 1997 en raison de fouilles archéologiques. C’est avec l’exposition ‘Herba medicinalis’ en 2001 que le projet a été lancé, avec le soutien de la Fondation Yves Rocher – Institut de France.

Villers la Ville

Le jardin parmi les jardins

Quatre types de jardins étaient en général présents dans les monastères. Le jardin de cloître, le jardin potager, le verger d’arbres fruitiers accueillant souvent le cimetière des moines et le jardin des plantes médicinales situé normalement à proximité de l’infirmerie des moines. Mais à Villers, ce lieu a été scindé par l’implantation de la ligne de chemin de fer. Le choix s’est donc porté sur une autre zone située à l’Est des ruines qui convient particulièrement bien.

Villers-la-Ville
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Le jardin médiéval

En l’absence de documents historiques, le plan du jardin s’est inspiré des sources habituellement consultées pour l’étude des jardins médiévaux: plans, enluminures, tapisseries, traités de botaniques, d’agriculture, de sciences naturelles ou de médecines.

A la lumière de ces sources, les principales caractéristiques se sont dessinées. Le jardin est de forme carrée ou rectangulaire. Il est clôturé pour être protégé des hommes et des animaux. L’espace qui s’organise autour d’une fontaine est divisé en parcelles régulières délimitées par des treillages ou des ouvrages de bois. La culture des plantes médicinales et aromatiques est réalisée sur des plates-bandes surélevées, consolidées par des planches ou des tressages de branches appelés plessis. Une treille, couverte de vignes, invite à la promenade et à la méditation.

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Au coeur du monastère

Plus qu’un simple lieu d’agrément ou un espace de culture, le jardin fait traditionnellement partie de la vie spirituelle d’un monastère. L’espace est clos selon les usages de l’époque, alimenté en eau de source, ensoleillé et protégé des vents par de hauts murs. Il se compose de deux parties reliées entre elles par un chemin surmonté d’un berceau en châtaignier, habillée de vigne. Le jardin remplit deux fonctions principales: il est à la fois utilitaire, pour soigner le corps, et symbolique et méditatif, pour apaiser et élever l’esprit.

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Un enclos fleuri

Bordée d’une haie en osier tressé, la première partie, parfaitement symétrique et linéaire, est un enclos fleuri qui s’articule autour d’une fontaine en pierre bleue. Son organisation traduit une volonté rationnelle et pratique où la nature est fortement maîtrisée par l’homme. Parfaitement symétrique, l’ordre y règne avec une dominance de lignes droites verticales et horizontales. Huit carrés en plessis de châtaignier surélevés sont garnis de plantes aromatiques et médicinales assemblées selon leur utilité pour la médecine, le tissage et la teinture. L’ensemble des carrés est ceinturé de barrières en osier vivant.

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Le jardin sauvage

Au delà de la treille qui conduit au jardin du père abbé, la seconde partie du jardin, tout en courbe et en rondeur, aborde la nature à l’état sauvage. Des arbres, des arbustes, des plantes grimpantes, des plantes réputées magiques au Moyen-Age, un gazon fleuri et une petite mare en constituent le décor qui évoque la nécessité de récolter des plantes médicinales à l’extérieur de l’abbaye.

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Le jardin des moines

Un nouveau jardin a été créé au pied des murs du réfectoire des moines et des convers. Neuf parterres thématiques dessinés en courbes évoquent les oculi des fenêtres gothiques de l’abbaye. Il rassemble près de 300 espèces de plantes médicinales, aromatiques, condimentaires, tinctoriales, des plantes parfois peu connues que l’on utilise encore aujourd’hui dans la pharmacopée européenne. Un endroit magnifique pour sensibiliser le grand public à la richesse et à la complexité des plantes utiles.

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Le reflet du paradis

Dans le jardin des simples en carré, le symbolisme est bien présent tant dans son architecture que dans les plantes. Un jardin sur terre est le reflet du paradis et tout doit y rappeler la perfection et la beauté divines. La forte présence de la forme carrée s’inspire du jardin de cloître. Le carré, figure parfaite, représente la terre, à savoir l’univers créé et stable. Le chiffre quatre rappelle les quatre fleuves du paradis, les quatre évangiles, les quatre points cardinaux et les quatre éléments, l’air, la terre, l’eau et le feu. Source de vie et rappel des eaux baptismales, la fontaine renforce le caractère sacré du jardin. Elle fait référence au paradis et à ses quatre fleuves: «Un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin et delà il se divisait entre quatre bras».

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Hildegarde de Bingen

Les ouvrages relatifs à la médecine d’Hildegarde de Bingen, abbesse du 12e siècle de la région rhénane, ont déterminé le choix des plantes médicinales. Originaire du Rhin, Hildegarde y décrit des plantes adaptées à notre climat. Comme elle vivait dans un monastère, elle connaissait les plantes utilisées par les moines pour soigner les malades et les infirmes. En correspondance épistolaire avec les moines de Villers, Hildegarde propose un art de guérir qui tient compte de l’homme en son unité d’âme et de corps et parle d’une juste mesure pour maintenir l’équilibre et éviter la maladie.

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Malva sylvestris

Soigner le corps et l’esprit

L’aménagement du jardin des simples s’inspire de l’architecture cistercienne qui vise à mettre en valeur l’harmonie, l’équilibre, la simplicité et la sobriété. Il nous offre une approche botanique, mais aussi sensorielle, imaginaire et ludique au fil de la découverte des plantes, de leur histoire et de leurs propriétés. Une centaine de plantes médicinales sont présentées dans les carrés, rangées selon la théorie des humeurs. Chaque carré de culture accueille des plantes médicinales réparties en fonction de leurs qualités premières qui permettent de soigner chaque type de maladie selon leur degré de chaleur et d’humidité et leur utilité pour la médecine, le tissage et la teinture.

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Les plantes chaudes et humides

Le carré des plantes chaudes et humides est dominé par la silhouette buissonnante au feuillage parfumé de la rue, Ruta graveolens, une plante hautement toxique mais qui était un remède pour la vue pendant tout le Moyen Age. Pour Hildegarde, elle apaisait aussi les bouillonnements excessifs du sang chez l’homme. Près d’elle on reconnaît le feuillage très découpé de la tanaisie, Tanacetum vulgare, dont les sommités fleuries était utilisées pour soigner les rhumes et les lourdeurs d’estomac mais qui est également aujourd’hui délaissée en raison de sa toxicité. L’hellébore fétide, Helleborus foetidus, se reconnaît de loin à son feuillage malodorant et à ses fleurs en clochettes entourées de bractées vert pâle. Cette belle plante permettait selon Hildegarde d’évacuer les humeurs mauvaises et de lutter contre les fièvres et les brûlures d’estomac mais c’est en réalité une plante vénéneuse dont il faut se méfier!

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Les plantes froides

Le chardon marie, Silybum marianum, est une plante épineuse précieuse pour traiter les pathologies hépatiques, ainsi que la verveine, Verbena officinalis, en fleurs tout l’été. Parée de vertus magiques et surnommée ‘l’herbe sacrée’, c’est un remède universel qui soulage le stress et facilite la digestion. Tout près s’est installé la pulmonaire, Pulmonaria officinalis, une belle plante aux feuilles tachetées qui sont souveraines pour soigner les poumons, ainsi que le souci, Calendula officinalis, aux capitules oranges utilisées en pommade contre les affections de la peau, et le tussilage, Tussilago farfara, un remède très populaire fréquemment utilisé en phytothérapie contre les affections respiratoires.

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Les plantes chaudes et sèches

De l’autre côté de la fontaine on retrouve les feuilles veloutées de la sauge, Salvia officinalis, considérée comme une panacée à l’époque médiévale contre les maux d’estomac et les migraines. On reconnaît la silhouette ébouriffée au feuillage gris argenté de l’absinthe, Artemisia absinthium, déjà connue des Grecs pour ses vertus apéritives et calmantes et qu’Hildegarde conseille sous forme d’onguent lorsqu’on souffre de la poitrine, ainsi que l’aigremoine, Agrimonia eupatoria, une plante velue que la moniale recommande en cataplasme pour retrouver le bon sens quand on l’a perdu. Dominant le jardin par sa haute taille et sa silhouette aérienne couverte de fleurs en ombelles, le fenouil, Foeniculum vulgare, est connu depuis l’Antiquité pour ses nombreuses vertus médicinales. Cette belle plante à l’odeur d’anis est de nombreuses fois utilisée dans les remèdes d’Hildegarde car elle procure une douce chaleur, une bonne sueur et rend le coeur joyeux!

Plantes médicinales

Les sources utilisées pour la réalisation du jardin.

Capitulare de villis vel curtis imperii établi à l’initiative de Charlemagne et Alcuin à la fin du 8e siècle. Il présente une liste de 74 plantes et arbres fdruitiers cultivés dans les exploitations agricoles de l’Empire.

Plan de l’abbaye de Saint-Gall. Célèbre dessin architectural médiéval provenant de l’abbaye de Saint-Gall, en Suisse, datant du 9e siècle. Ce croquis d’un monastère médiéval permet de localiser les parties du monastère réservées aux jardins.

Liber de cultura hortorum (appelé Hortulus) de Walafrid Strabo, dit Strabon, datant de la fin du 9e siècle. Ce moine abbé d’un monastère sur le lac de Constance décrit dans un poème les plantes et les procédés de cultures.

Livre des subtilités des créatures divines d’Hildegarde de Bingen, datant du 12e siècle. Religieuse rhénane, elle était musicienne et écrivain traitant de sciences naturelles et de médecine.

Centre documentation de l’Abbaye de Villers, Moulin de l’Abbaye, rue de l’Abbaye 55 à Villers-la-Ville. Prendre rendez-vous avec Anne Burette a.burette@villers.be.

 

Jardin de l’Abbaye de Villers-la-Ville

Rue de l’Abbaye 55 à 1495 Villers-la-Ville, Belgique. Ouvert toute l’année aux heures d’ouverture de l’abbaye. Entrée par le Moulin, avenue Georges Speeckaert, en face du parking. Des visites guidées sont possibles sur réservation. www.villers.be.

Vous découvrirez les plantes médicinales d’Hildegarde de Bingen et l’univers de Marie Fripiat, herboriste à Villers, dans la rubrique Découverte Portrait. Les stages d’herboristerie de Marie Fripiat dans la rubrique Jardinage Jardin Bio.

Crédit photo Agnès Pirlot et Abbaye de Villers-la-Ville

Reportage publié dans Jardins & Loisirs 2014 (www.jardinsetloisirs.be)

 

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