20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

Située à l’orée de la Forêt de Soignes, l’Abbaye de la Cambre est entourée de magnifiques jardins en terrasses. Balade un dimanche ensoleillé d’automne.

La Vallée du Maelbeek

C’était un délicieux vallon agrémenté d’une source abondante et limpide. Il donna naissance au ruisseau du Pennebeke, ou ‘ruisseau à plumes’, rappelant la mue des cygnes et des oies sauvages. Le ruisseau qui fut appelé plus tard Maelbeek, ou ‘ruisseau qui moud’ dévalait la pente pour alimenter un chapelet d’étangs. Il y avait là des cultures maraîchères et fruitières et des moulins à farine et à huile.

Abbaye de La Cambre

Abbaye de la Cambre par Denis Van Alsloot, 1609, Musée des Beaux-Arts de Nantes

Chambre Notre Dame

En l’an de grâce 1201, dame Gisèle, moniale bénédictine de Forêt, décide d’adopter la règle plus austère de Saint Bernard. Elle obtient du Duc de Brabant Henri Ier une terre en lisière de la Forêt de Soignes, un lieu isolé propice à la vie spirituelle. Avec l’appui de l’abbaye cistercienne de Villers, elle fonde un monastère pour femmes. «Les cisterciennes vêtues sobrement y sarcleront les mauvaises herbes de leurs âmes, comme celles de leurs terres.» Ainsi s’exprima l’évêque de Cambray, Jean II de Béthune, en souhaitant bonne route au monastère qui reçu le nom de ‘Camera Beatae Mariae’, c’est à dire la Chambre Notre Dame qui donnera finalement La Cambre.

Abbaye de La Cambre

J.B. Gramaeye, Antiquitates illustrissimi ducatus Brabantiae, 1610

Un vivier et des jardins

C’est au pied de remparts dont on peut encore apercevoir un fragment en pierres blanches envahi de lierre que sourdait la source. Elle alimentait un premier vivier plus sinueux suivi du bassin rectangulaire que nous connaissons aujourd’hui. L’église, le couvent, le réfectoire, l’école et l’infirmerie sont alors groupés autour d’une cour basse et d’une pièce d’eau que franchit une passerelle sur pilotis. Il y avait également un large courtil cultivé en dehors de l’enclos, jusqu’aux abords des étangs d’Ixelles. Un tableau du début du 17e siècle nous le représente tel un jardin chatoyant découpé en damier par des chemins clairs.

Abbaye de La Cambre

Sanderus, 1726. Archives paroissiales de la Cambre

Une église abbatiale gothique

Grâce à la protection des ducs de Brabant et aux dons de princes, de nobles et de bourgeois, l’abbaye grandit rapidement jusqu’à atteindre quelque 250 hectares de terres, bois, moulins, domaines agricoles, dîmes…. De nouveaux bâtiments sont construits dont l’église abbatiale de style gothique qui date de 1362. Construite sur le plan d’une parfaite croix latine, c’est le seul bâtiment de l’époque médiévale qui subsiste encore partiellement aujourd’hui. Son pignon en pierre blanche accueille deux porches, l’ancien portail gothique qui est caché derrière un porche de style baroque construit trois siècles plus tard.

Abbaye de La Cambre

Des saints et des princes

La renommée de l’Abbaye de la Cambre est assurée par deux personnalités qui y passent la fin de leur vie: sainte Alice de Schaerbeek, moniale lépreuse et mystique et saint Boniface, théologien et évêque de Lausanne. L’abbaye de La Cambre attire des dames de haute lignée. La communauté comptait à la fin du 16e siècle une centaine de personnes dont 22 religieuses, un confesseur, deux chapelains, plus des soeurs converses, des domestiques et des ouvriers. Elle accueillit la soeur de Charles Quint, Marie de Hongrie, gouvernante de nos régions. Au moment de l’inquisition espagnole, l’abbesse hébergea au monastère Sabine de Bavière, veuve du comte d’Egmont, accompagnée de ses onze enfants.

Abbaye de La Cambre

L’âge d’or au 18ème siècle

Pendant les Guerres de Religion, l’Abbaye de la Cambre est incendiée. Lorsque les archiducs Albert et Isabelle logent à l’abbaye à la veille de leur entrée solennelle à Bruxelles, ils constatent l’état lamentable du monastère et en favorisent la restauration.

Abbaye de La Cambre
Abbaye de La Cambre
Abbaye de La Cambre
Abbaye de La Cambre

C’est au 18ème siècle que se construit le nouveau quartier abbatial. Le porche de l’église est encadrée par un fronton de style baroque. Une hôtellerie est destinée à accueillir les invités et l’aile des communs ouverte par dix arcades en pierre abrite l’équipage des hôtes. Précédé par une cour d’honneur en forme d’hémicycle de style néoclassique se dresse un palais abbatial qui ressemble d’avantage à la demeure d’un prince évêque qu’à celle d’une moniale.

Abbaye de La Cambre

Les jardins en terrasses

L’Abbaye de la Cambre possède sans doute l’un des plus remarquables ensembles de jardins historiques de la région bruxelloise. Durant la première moitié du 18e siècle, les jardins sont aménagés en terrasses reliées par des escaliers monumentaux. A leur pied, la ‘Promenade des Abbesses’ forme une esplanade bordée par une double rangée de tilleuls dominée par une chapelle dédiée à Saint Boniface. Un double escalier de style Louis XIV daté de 1720 mène le promeneur de la cour Sud à la première des cinq terrasses conçue comme une promenade de circulation à travers l’ensemble du site.

Abbaye de La Cambre
Abbaye de La Cambre
Abbaye de La Cambre
Abbaye de La Cambre

Au milieu du 18e siècle, les jardins s’étendaient jusqu’à l’entrée du Bois de la Cambre. Ils nous sont ainsi décrits: «Les jardins intérieurs sont très vastes et bien cultivés. Celui du dehors où les laïques peuvent entrer est sur une hauteur où on monte par des magnifiques escaliers de pierre d’un goût moderne. Il est comparti en plusieurs belles allées, des parterres ornés de toutes sortes de fleurs et plantés de quantités d’arbustes de plusieurs espèces, qu’on taille et entretien avec beaucoup de soins.»

Abbaye de La Cambre

La restauration des jardins

Pendant la campagne de restauration de l’abbaye menée au début du 20e siècle, les jardins sont réaménagés par Jules Buyssens, architecte paysagiste de la Ville de Bruxelles. Le tracé de l’avenue Demot avait amputé une bonne partie des jardins. Buyssens reprit dans les grandes lignes la composition du jardin présenté sur le plan de Sanderus de 1726.

Abbaye de La Cambre

Rythmées par des topiaires d’if, les deux premières terrasses se déroulent sobrement au pied des bâtiments. Progressivement le dessin s’anime sur les terrasses supérieures dans un style plus élaboré avec des topiaires taillées en cubes ou en cônes et des parterres de roses blanches bordés de buis.

Abbaye de La Cambre

La dernière terrasse abrite un jardin de style renaissance. Une pièce d’eau en forme de trèfle à quatre feuilles sert de centre à la composition tandis que des boulingrins ponctués d’ifs dessinent les ailes latérales.

Abbaye de La Cambre

Un site classé

La révolution française et la suppression des ordres religieux obligent les moniales à quitter les lieux en 1796. Les bâtiments mis en vente abritent successivement une manufacture de coton, une ferme, un dépôt de mendicité et une école militaire. Classés en 1993, ils servent aujourd’hui d’écrin à l’Institut géographique national et l’Institut national supérieur des arts visuels. Les jardins de 6 ha sont restaurés au début du 21e siècle par le bureau de l’architecte paysagiste Jean-Noël Capart. Propriété de la Région de Bruxelles-Capitale, les jardins ouverts au public sont gérés par Bruxelles Environnement.

Abbaye de La Cambre
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Abbaye de La Cambre

Les jardins de l’Abbaye de La cambre se trouvent sur les commune d’Ixelles et de Bruxelles. Accès par l’avenue Emile De Mot, la rue du Monastère, l’allée du Cloître et l’avenue Emile Duray. Les jardins sont ouverts au public toute l’année. www.irismonuments.be et www.environnement.brussels

Abbaye de La Cambre

Pour découvrir les Parcs et Jardins de Bruxelles, rendez-vous dans la rubrique Jardins, Belgique

Extrait du reportage publié en 1997 dans Maisons d’Hier et d’Aujourd’hui, revue trimestrielle de l’Association Royale des Demeures Historiques et Jardins de Belgique. www.demeures-historiques.be

 

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