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A l’ombre de la collégiale des Saints Pierre et Guidon d’Anderlecht se cache le Musée de la Maison d’Erasme et ses jardins dédiés au Prince des humanistes.

Anderlecht, petit village du Brabant

Au début du 16e siècle, Anderlecht était un petit village proche de Bruxelles. Regroupé autour de la collégiale, ce bourg abondait en demeures cossues gothiques et Renaissance dans lesquelles résidaient les Chanoines du Chapitre d’Anderlecht. Cette communauté intellectuelle et religieuse rayonnait sur l’Europe lettrée. Ses membres étaient d’éminents théologiens, docteurs en droit ou en médecine, conseillers ou chapelains des ducs de Bourgogne ou de Charles-Quint. Elle attirait en stages d’étude des savants illustres dont Erasme de Rotterdam, chanoine de l’Ordre des Augustins.

Musée de la Maison d'Erasme

Une maison Renaissance

Venu de Louvain pour consulter un manuscrit du Nouveau Testament, Erasme s’installe à Anderlecht dans l’une des plus anciennes demeures de la commune. Dissimulée derrière une verdoyante couronne de végétation, cette haute maison de style bourguignon est entièrement édifiée en longues briques espagnoles rose tendre avec des fenêtres à meneaux et des pignons à gradins. Construite en 1450, la maison est agrandie à l’aube de la Renaissance comme en témoigne le millésime 1515 des quatre ancres en fer forgé.

Bien que son séjour à Anderlecht fut bref, de mai à octobre 1521, Erasme marqua profondément les esprits. C’est dans le Cabinet de travail situé au bout du corridor de la partie la plus ancienne du bâtiment qu’Erasme établit sa retraite studieuse. Dans la petite chambre dont les deux fenêtres à barreaux donnent sur le jardin il dresse son écritoire. Refusant de prendre part aux polémiques qui opposent catholiques et protestants, il se moque des uns et des autres et médite sur les folies humaines.

 

Erasme

Durer, Holbein et Metsys

Nous pouvons l’imaginer devant le pupitre, installé face à la fenêtre, comme l’ont représenté les grands artistes de l’époque qui étaient aussi ses amis, Dürer, Holbein et Metsys, dans ses nombreux portraits. On y découvre un homme à la tête fine, calme et prudent mais d’une vive intelligence, avec le léger sourire énigmatique qui relève finement les commissures de ses lèvres.

Pour ce voyageur perpétuellement en mouvement, ce séjour se présente comme une halte importante dans sa vie errante. C’est ici qu’il connaît les heures les plus sereines de son existence et qu’il se repose de la tourmente qui secoue l’Europe. Son courrier témoigne qu’il goûte à Anderlecht de la pureté de l’air et l’agrément de promenades savantes sous les allées ombragées, devisant avec d’autres érudits sur les auteurs anciens.

Jardins de la Maison d'Erasme
Jardins de la Maison d'Erasme
Jardins de la Maison d'Erasme
Jardins de la Maison d'Erasme

Le jardin du guérisseur

Entourés de hauts murs, les jardins de la Maison d’Erasme se découvrent à l’arrière de la maison. Une allée couverte d’arceaux de bois et de roses couronne le jardin des simples, offrant une allée ombragée et fleurie chère à Erasme. Le jardin a été dessiné en 1988 par René Pechère. C’est une évocation d’un jardin de la fin du 15e siècle comme on peut les voir dans les tableaux des Primitifs Flamands.

Jardins de la Maison d'Erasme

Un damier de seize carrés

Le jardin est composé d’un damier de seize carrés plantés de fleurs et d’herbes aromatiques. Pechère s’est inspiré de la composition géométrique des parterres de broderie dessinés par le hollandais Jan Vredemans de Vries en 1583 et par un tableau de Dirk Bouts, La Justice d’Oton, peint à la fin du 15e siècle. L’espace n’étant pas régulier, la composition du plan est en réalité un astucieux montage optique pour compenser les hors d’équerres et la dissymétrie des arcades qui entourent le jardin.

Jardins de la Maison d'Erasme

Un malade imaginaire

Une balustrade basse en bois à croisillons d’inspiration renaissance flamande entoure le jardin. Quelques verticales, comme des topiaires d’ifs taillés en plateaux ainsi que des fantaisies, fontaines et vases, animent les parterres garnis d’herbes médicinales. Erasme n’avait pas une santé florissante mais il était surtout hypocondriaque. Dans ses lettres, il parle de son corps gringalet et répète que sa santé est «plus fragile que le verre».

Jardins de la Maison d'Erasme

Des herbes, des épices et des aromates

C’est ainsi qu’est née l’idée d’un jardin de plantes médicinales garni de plantes qui auraient pu soigner tous les maux de l’humaniste selon les connaissances de son temps. A cette époque, on utilisait les plantes médicinales mais également les épices, les aromates, les fleurs, les céréales, les tubercules, les féculents, les fruits et les légumes. La principale source, dans le choix botanique et médical des plantes existant à l’époque médiévale fut le ‘Kruydtboeck’ du médecin malinois Rembert Dodoens, un ouvrage ancien paru à Anvers en 1554 et traduit en français en 1557 par Charles de L’Ecluse.

Jardins de la Maison d'Erasme
Jardins de la Maison d'Erasme
Jardins de la Maison d'Erasme
Jardins de la Maison d'Erasme

Les plantes qui soignent

On y retrouve le houblon, la vigne et la réglisse qui constituaient un vin épicé et une énigmatique soupe à la bière qui soulageaient Erasme lorsqu’il était au plus mal. Il y a aussi la spirée contre le rhume de cerveau, la bourrache, l’héliotrope et le chardon contre la fièvre quarte, sorte de paludisme, la verveine, le serpolet, les menthes et la sauge administrés sous la forme de tisanes contre les douleurs de tête, le saxifrage et la rue de muraille comme diurétique efficace pour soigner la gravelle ou maladie de la pierre dont a souffert Erasme durant la fin de son existence.

Jardins de la Maison d'Erasme

Jardin Philosophique

Autour du jardin clos s’étend un verger ombragé d’où on aperçoit encore la flèche de la collégiale. Dans la ville animée, c’est une oasis de verdure où il fait bon se promener. Un lieu magique où s’asseoir, rêver, découvrir, philosopher prennent tout leur sens. Il est composé d’une série de chambres philosophiques qui s’inspirent du jardin allégorique d’Eusebius décrit par Erasme dans le ‘Banquet Religieux’ (Convivium religiosum), Rédigé en 1522, un an après son passage à Anderlecht, cet ouvrage peut être considéré dans l’oeuvre de l’humaniste comme un texte emblématique pour l’art des jardins.

Jardins de la Maison d'Erasme

Jardin d’artistes

Différents artistes ont participé à la création de ce jardin dessiné par le paysagiste Benoît Fondu. L’observatoire de Bob Verschueren se présente comme une sorte de puits en pierres de lave entassées en spirale, comme une coquille d’escargot renversée, qui accueille les restes carbonisés d’un hêtre centenaire. C’est une invitation à l’humilité et au travail intérieur.

Jardins de la Maisons d'Erasme

Ailleurs, Marie-Jo Lafontaine a installé des plans d’eau miroitants en forme d’amande dont le fond est tapissé de marbre. Quelques devises d’Erasme en lettres de bronze flottent sur l’eau qui frémit sous le souffle du vent. Prise dans le miroir de l’eau, c’est votre image qui y répondra, dans un dialogue sans fin. Plus loin, des parterres en métal en forme de feuilles de tilleul, de châtaignier, de saule et de charme évoquent les paysages que l’humaniste a traversés au cours de ses voyages.

Jardins de la Maison d'Erasme

Une mystérieuse chambre de vision construite à l’aide de 10.000 verres de lunettes est née de l’imagination de l’artiste Perejaume. Elle est édifiée pour solliciter notre regard sur le jardin. Elle fait écho à la salle Renaissance de la maison aux vitraux colorés qui modulent sa lumière. Les pérégrinations dans les chemins tracés par Catherine Beaugrand déambulent à travers les chambres de verdure. Elles sont autant d’invitations à s’asseoir pour jouir du temps qui s’écoule ou discuter avec des amis car, comme nous le rappelait Erasme «Là où sont les amis, là est la richesse.»

Carnet de route

  • Collégiale Saints-Pierre-et-Guidon. Dressée Place de la Vaillance, elle offre un bel exemple d’architecture romane et gothique. A l’époque d’Erasme, la collégiale n’était pas complètement achevée et il manquait les deux étages supérieurs et le reste de la tour. Les procession en l’honneur de saint Guidon attiraient des milliers de pèlerins. On peut y découvrir deux vitraux particulièrement remarquables qui datent des 15e et 16e siècle.
  • Vieux Béguinage. Au pied de la collégiale, un petit béguinage a été transformé en musée avec de nombreux objets de la vie et des traditions locales, d’art religieux et populaire. Un condensé du folklore et de l’histoire millénaire d’Anderlecht.
  • Musée de la Maison d’Erasme. La Maison d’Erasme abrite un musée qui retrace la vie, l’oeuvre et les valeurs défendues par Erasme ainsi que le contexte religieux et politique de l’époque. On peut y admirer un mobilier gothique et renaissance ainsi que des tableaux de Jérôme Bosch, Holbeyn et Metsys. Une salle de lecture accueille l’une des plus grandes collections d’ouvrages du 16e siècle au monde, une grande partie de l’oeuvre d’Erasme dont des éditions rares et anciennes de l’Eloge de la Folie.

Musée de la Maison d’Erasme, rue du Chapitre 31 à 1070 Bruxelles, Belgique. www.erasmushouse.museum

Extrait d’un reportage publié en 1999 dans Maisons d’Hier et d’Aujourd’hui, revue trimestrielle de l’Association Royale des Demeures Historiques et Jardins de Belgique.  www.demeures-historiques.be

Pour découvrir les plantes médicinales d’ Hildegarde de Bingen au Moyen-Age, rendez-vous dans la rubrique Découvertes, Portraits. Pour découvrir le jardin des plantes médicinales de Villers-la-Ville, rendez-vous dans la rubrique Jardins, Belgique.

 

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