Avec ses racines robustes et sa large couronne, le chêne défie les siècles. Portrait du roi de la forêt.

 

Dans mon jardin

Un bois entoure mon jardin, au sud de Bruxelles. Le hêtre domine mais quelques chênes font de la résistance, principalement des chênes pédonculés et des chênes d’Amérique. Lorsqu’il a fallu défricher le bois pour construire la maison il y a 70 ans, certains arbres ont été conservés, dont un magnifique chêne pédonculé qui doit être centenaire. C’est le roi de la forêt et de mon jardin. (voir mon reportage sur Mon jardin au Bois Eloi)

Chêne pédonculé, Quercus robur

Un peu de botanique

Quercus est le nom botanique du chêne. Il fait partie de la famille des Fagacées. Ce genre incroyablement riche regroupe environ 60 espèces et variétés cultivées en pépinières. Mais il existe 600 espèces d’arbres et d’arbustes réparties principalement dans les forêts et les taillis de l’hémisphère Nord et à haute altitude sous les tropiques. Les chênes constituent probablement l’essence principale de la forêt européenne depuis de nombreux siècles.

Chêne pédonculé, Quercus robur

Le roi de la forêt

Le chêne à un feuillage principalement caduc, parfois persistant. Les feuilles du chêne peuvent être découpées, dentées ou lobées. Le chêne produit en mai juin de petites fleurs unisexuées sur le même sujet. Les fleurs mâles forment des chatons pendants. Les fleurs femelles se résument à une simple boursouflure munie d’une houppette, le pistil. Pollinisées par le vent, les fleurs donnent naissance à des glands bruns, ovoïdes, de 1 à 3cm de long, entourés à la base d’une cupule écailleuse.

Glands du chêne pédonculé, Quercur robur

Le chêne, Arbre sacré

Les Grecs, les Romains, les Celtes et les Gaulois considéraient le chêne comme un arbre sacré. On disposait à ses pieds des offrandes et on y enterrait les défunts. Pour les Celtes, le chêne représentait la force invincible et l’endurance. Le druide y cueillait le gui qui révélait la présence du dieu suprême. Le chêne symbolise aussi la longévité. Les noces de chêne se fêtent à 80 ans de mariage. L’arbre est aussi vénéré pour ses nombreuses vertus médicinales.

Chêne pédonculé, Quercus robur

Quercus robur, le chêne pédonculé

Indigène dans toute l’Europe, le chêne commun, Quercus robur, appelé aussi chêne pédonculé, est le plus connu. Il est largement répandu de la Scandinavie et l’Irlande jusqu’au Caucase. C’est un superbe arbre forestier et de plaine qui ne prend sa silhouette majestueuse que vers cinquante ans, voire cent ans. Mais les chênes dépassent parfois le millénaire, témoins du temps où les forêts de chênes couvraient une grande partie de la France.

Chêne pédonculé, Quercus robur

Le chêne pédonculé est une essence de lumière qui se plaît isolé dans un champ ou dans un parc. Il apprécie les sols meubles, profonds et bien alimentés en eau. Grâce à ses racines robustes, l’arbre est particulièrement stable et résistant au vent. Il est par contre sensible à la sécheresse. Les racines profondes permettent la croissance d’une végétation à son pied. Sa croissance est assez lente. L’arbre adulte peut atteindre 30 mètres de hauteur.

Chêne pédonculé, Quercus robur

Le port du chêne pédonculé

Le port varie selon l’environnement. Les arbres de parc sont plus étalés et plus majestueux que les chênes qui poussent en futaie. Durant les vingt premières années, l’écorce du chêne est lisse, brillante et d’un gris argenté. Plus tard, l‘écorce s’assombrit, elle s’épaissit et présente de profondes crevasses en long et parallèles qui forment de larges plaquettes. L’écorce très riche en tanin était utilisée autrefois pour assouplir le cuir dans les tanneries.

Ecorce du chêne pédonculé, Quercus robur

Le couvert du chêne pédonculé est léger et irrégulier. La cime, sans flèche distincte, se divise en grosses branches tortueuses et souvent coudées qui dessinent une silhouette très graphique en hiver. Le houppier irrégulier (branches et rameaux) forme de grosses masses de feuillage réparties par touffes. Il présente de nombreuses trouées laissant voir le ciel.

Chêne pédonculé, Quercus robur

Les feuilles, les bourgeons et les glands 

Les feuilles caduques du chêne pédonculé de 10 à 15cm de long sont mates, ovales ou oblongues, aux lobes arrondis. Les lobes, de quatre à sept paires, sont irréguliers et profonds. Les feuilles avec un pétiole très court ou absent s’insèrent presque directement sur le rameau. La parure automnale est peu flamboyante. Les feuilles vert foncé et assez souples en été deviennent brunes et sèches en automne. Elles sont marcescentes, c’est à dire qu’en hiver, elles persistent longtemps sur les branches après le dessèchement.

Feuillage du chêne pédonculé, Quercus robur

Les rameaux portent des bourgeons ovoïdes groupés à l’extrémité. Peu spectaculaires, les fleurs mâles en chatons sont visibles dès avril. Les fleurs femelles sont minuscules.

Chêne pédonculé, Quercus robur

Les fleurs et les fruits sont attachés par un long pédoncule de 3 à 8 cm, une sorte de tige qui ressemble à une queue de cerise, ce qui lui a donné le nom de chêne pédonculé. Les glandées importantes n’interviennent qu’environ tous les trois ans. On dit qu’elles correspondent à un stress et que l’arbre prépare sa descendance car il se sent menacé, mais cette théorie n’a jamais été démontrée.

Les glands du chêne pédonculé, Quercus robur

Les glands ovoïdes sont solitaires ou groupés par deux ou trois. Ils sont généralement pendants et munis, à l’état frais, de bandes longitudinales sombres. Ils reposent sur une petite cupule écailleuse, tel un oeuf dans son coquetier. Les glands mûrissent en octobre, en une saison, servant de nourriture aux écureuils et aux sangliers. Dans le temps, les glands du chêne engraissaient les cochons qui étaient menés en forêt à la glandée. Lors des périodes de disette, le gland était torréfié comme un ersatz de café ou moulu en fine farine et mélangé à de la farine de blé.

Chêne pédonculé, Quercus robur

Le bois du chêne 

Le bois du chêne pédonculé est réputé pour ses qualités. Le bois est dur, durable et robuste. Le chêne cultivé en futaie possèdent un fût droit élevé, sans branche et donc sans noeud, ce qui en fait un bois précieux pour les charpentiers et les menuisiers. Colbert avait fait planter des forêts de chêne pour construire les bateaux de la marine royale. Il faut attendre environ 200 à 250 ans avant de pouvoir exploiter l’arbre pour son bois. Les meubles en chêne massif se transmettent à travers les générations. Le tanin du bois enrichit aussi les grands vins qui mûrissent en tonneau de chêne.

La galle du chêne pédonculé, Quercus robur

La galle du chêne

La galle du chêne se présente comme une excroissance ronde telle une cerise qui s’accroche au revers de la feuille. Cette boursouflure est sécrétée par l’arbre lui-même en réaction à la piqûre d’un insecte parasite. Celui-ci pond un oeuf sur la feuille et injecte également une substance chimique qui provoque la formation d’un cocon. La larve se développe à l’intérieur de cette excroissance, se nourrissant du tissu végétal. Les galles ne sont pas un danger pour l’arbre.

Chêne rouge d’Amérique, Quercus rubra

Quercur rubra, chêne rouge d’Amérique

Originaire de l’Amérique du Nord, le chêne rouge, Quercus rubra, synonyme Quercus borealis, fut introduit au cours du 18e siècle comme arbre ornemental dans les parcs européens. Il doit son nom aux coloris du feuillage rouge pourpre et vermillon magnifiques en automne. L’arbre prospère généralement isolé dans un parc ou regroupé dans une futaie.

Chêne rouge d’Amérique, Quercus rubra

De croissance rapide, le chêne rouge peut atteindre 30 mètres de hauteur mais, en Amérique du Nord, il constituait de vastes forêts de 45 mètres de haut. Supportant l’ombre, l’arbre s’accommode de presque toutes les situations, même les sols pauvres, mais il préfère les sols dépourvus de calcaire. Il est exploitable pour son bois avant d’être centenaire mais son bois n’est pas aussi résistant que celui du chêne pédonculé.

Ecorce d’un jeune chêne rouge d’Amérique, Quercus rubra

Le port, les feuilles et les glands 

Dressé avec un tronc généralement non ramifié, le chêne rouge présente un port arrondi et une cime ondulée imposante. Son écorce lisse, brun gris argenté ou gris foncé rappelle celle du hêtre.

L’écorce d’un chêne rouge d’Amérique, Quercus rubra, plus âgé

L’écorce se fendille verticalement après de longues années. Ses racines étalées tiennent bien les sols.

Les feuilles du chêne rouge d’Amérique, Quercus rubra

Les grandes feuilles caduques de 15 à 25 cm de long sont découpées par trois à cinq lobes terminés par une pointe longue et fine.

Quercus rubra (20)
Quercus rubra (23)
Quercus rubra (22)
Quercus rubra (18)

Vert foncé et légèrement lustrées, les feuilles virent au brun jaune ou brun rouge en automne. Elles durcissent et se décomposent mal.

Feuillage d’automne du chêne rouge d’Amérique, Quercus rubra

Les gros glands solitaires ou regroupés par paires, sont ovoïdes à globuleux, portés par une large coupe aplatie. Le pédoncule est robuste et court, environ 1cm. Contrairement aux glands du chêne pédonculé, ils ne mûrissent qu’au cours de la deuxième année.

Glands du Quercus rubra

Espèces et variétés de chênes

  • Quercus acutissima, syn. Quercus serrata, port arrondi, tronc élancé, feuillage au bord denté en aiguilles, h. 15m
  • Quercus bicolore, Chêne bicolore, large couronne, écorce en écaille gris clair, beau feuillage automnal, h. 20m
  • Quercus bimundorum ‘Crimson Spire‘, port columnaire, croissance rapide, beau feuillage automnal. h.15m
  • Quercus canariensis, Chêne zéen, cime arrondie, écorce noire rugueuse, grandes feuilles marcescentes, h. 30m
  • Quercus castaneifolia, Chêne à feuilles de châtaignier, croissance rapide, belle coloration automnale, h. 25m
  • Quercus cerris, Chêne chevelu, large couronne pyramidale, feuilles profondément découpées. Croît en sol sec. h. 30m
  • Quercus cerris  »Variegata’, feuillage marginé de jaune crème puis blanc crème, h. 15m
  • Quercus coccinea, Chêne écarlate, port régulier et étalé, rameaux jaune rouge feuillage rouge écarlate en automne, h. 25 à 30m
  • Quercus coccinea ‘Splendens’,  sélection avec un feuillage rouge très foncé en automne, h. 20m
  • Quercus frainetto, Chêne de Hongrie, couronne ronde et régulière, feuillage brillant vert foncé, profondément découpé. h. 30m
  • Quercus x hispanica, Chêne hybride d’Espagne, feuillage coriace vert luisant semi-persistant, h. 12m
  • Quercus x hispanica ‘Lucombeana’, syn. Quercus x lucombeana, croisement entre le chêne liège et le chêne de Turquie, h. 25m.
  • Quercus ilex, Chêne vert, croissance lente, feuillage vert foncé, lustré et persistant, tolère l’ombrage et les vents marins, h. 15 à 20m
  • Quercus imbricaria, Chêne à lattes, port pyramidal dans son jeune âge puis rond, feuille vert foncé au revers gris, h. 25 à 30m
  • Quercus palustris, Chêne des marais, ressemble au Quercus rubra mais feuilles plus petites et ramure plus fine. Supporte sols humides. h. 30m
  • Quercus petrae, syn. Quercus sessile, Chêne Rouvre, couronne étroite, feuillage marcescent, demande un sol acide, h. 30m
  • Quercus petrae ‘Columna’, port érigé en colonne avec un feuillage bleu vert, h. 20m
  • Quercus phellos, Chêne à feuilles de saule, port étalé, feuilles étroites et lancéolées, vert foncé à jaune brun en automne, h. 20m
  • Quercus robur, Chêne pédonculé, cime puissante et pittoresque, essence exigeant beaucoup de lumière, h. 25 à 30m
  • Quercus robur ‘Atropurpura’, feuillage rouge pourpre puis vert violacé à maturité, croissance lente, 12m
  • Quercus robur ‘Fastigiata’, port pyramidal, feuillage brun brillant qui reste en hiver. h. 10 à 15m
  • Quercus rubra, syn. Quercus borealis, Chêne rouge d’Amérique, large cime, croissance rapide, grandes feuilles virant au rouge en automne, h. 20 à 30m
  • Quercus suber, Chêne liège, arbre forestier méditerranéen, feuillage persistant, écorce épaisse et tendre sur le tronc, h. 15m
  • Quercus x turneri ‘Pseudoturneri’, port compact arrondi, feuillage semi-persistant, résiste bien au gel, h. 15m
  • Quercus virginiana, Chêne de Virginie, Live Oaks, port étalé majestueux, feuillage vert foncé luisant et persistant, peu rustique, 25m

Chêne de Virginie, Quercus virginiana

A lire :

  • «Le chêne pédonculé et sessile en France et en Belgique», Anne Bary-Lenger et Jean-Paul Nebout, Edition du Perron
  • «Le guide illustré des chênes» par Antoine le Hardy de Beaulieu et Thierry Lamant

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