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Les arbres ont-ils une âme? Doués de capacités cognitives et sensorielles, ces organismes vivants communiquent, mémorisent une expérience et réagissent à une agression. Qui se soucie de leur bien-être?

La sensibilité des plantes

Longtemps, les végétaux ont été considérés comme des objets. D’étonnantes analogies apparaissent pourtant entre le règne végétal et le règne animal ou humain. Aujourd’hui, les livres qui parlent des plantes sont des best-sellers. La réflexion n’est pourtant pas nouvelle. L’un des premiers scientifiques à avoir parlé de la sensibilité des plantes est le biologiste et botaniste Jean-Marie Pelt. Ecrivain et grand vulgarisateur, il a publié il y a vingt ans un ouvrage sur «Les Langages secrets de la nature». Ecologiste de la première heure, il était petit-fils d’horticulteur. Celui-ci lui racontait une «histoire des abeilles et de leurs relations amoureuses avec les fleurs, histoire de graines qui germent, histoire des plantes qui respirent et qui transpirent, elles aussi…»

Intelligence vegetale

L’arbre respire pour se nourrir

Effectivement, les arbres respirent et transpirent. Leurs ‘poumons’, ce sont leurs feuilles et leurs aiguilles qui leur permet de faire la photosynthèse. C’est par de minuscules orifices que durant le jour les arbres absorbent du dioxyde de carbone CO² et rejettent l’oxygène. Et la nuit, c’est l’inverse. En hiver, l’arbre continue de respirer par son tronc et ses racines, mais plus lentement.

La division entre végétal et animal est un choix essentiellement basé sur le mode de nutrition, explique Peter Wohlleben dans «La vie secrète des arbres». Sorti ce printemps, son livre s’est déjà vendu à plus d’un million d’exemplaires! «Les végétaux pratiquent la photosynthèse, les animaux ingèrent des organismes vivants. La principale différence concerne le temps nécessaire au traitement des informations puis à leur transformation en actions. Mais les organismes lents sont-ils nécessairement inférieurs aux organismes rapides?»

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Un cerveau au niveau des racines

Les plantes ont également une forme de ‘cerveau’ qui se situe dans les racines. C’est du moins ce qu’on a pu lire dans la revue «Science et Vie» qui consacrait cet été un article à l’intelligence végétale. Depuis trente ans, la phytobiologie tente d’analyser le comportement des plantes. A leur façon, les plantes sont des êtres intelligents doués de sensations. Ils sont capables de réagir à leur environnement, de communiquer et d’avoir des réactions qui s’imposent. Ils ont un comportement social et reconnaissent les membres de leur tribu. De quoi parler d’intelligence ou de conscience végétale, à la fois individuelle et collective.

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Le stress des plantes

C’est à la biologie moléculaire que sont redevables les premières observations sur la sensibilité et la réactivité des plantes. Certaines plantes ‘souffrent’ quand on les touche ou détectent l’agent qui les fera souffrir. Elles ont capables de mouvements spontanés, parfois très rapides. L’hypersensibilité d’une plante au moindre contact est dû à une protéine commune à toutes les plantes, la calmoduline, qui régule sélectivement l’utilisation du calcium par la plante. Le seul fait de toucher fréquemment les plantes conduit à les freiner dans leur croissance et finit par les conduire à adopter une taille plus courte. Comme si la plante se recroquevillait sur elle-même sous l’effet non seulement d’une agression, mais d’un excès de contacts physiques. Un exemple bien connu est la réaction du mimosa ‘sensitive’, Mimosa pudica. Il suffit d’un rien pour le titiller. Au moindre contact, les folioles de ses feuilles se ferment pour se protéger. Bref, les plantes sont sensibles au stress et réagissent à toutes sortes de contacts. Un vent violent, un jet d’eau intense les perturbent. D’où l’idée qu’il vaut mieux arroser les racines et non le feuillage.

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La mémoire des traumatismes

On sait désormais que les plantes ont une sensibilité. Elles peuvent garder en mémoire les traumatismes et accidents subis dans leur passé. Le professeur Daniel Chamovitz, de l’université de Tel Aviv, analyse leur comportement dans son ouvrage «La plante et ses sens». Les arbres exposés aux vents sur la crête d’une montagne s’adaptent à ce stress en limitant leur croissance et en gardant un tronc court et épais. La même espèce poussant dans une vallée aura un port élancé et une large couronne.

L'intelligence végétale

Voir, ressentir et communiquer

Les plantes ressentent des stimulations et peuvent y répondre pour mieux s’adapter à leur environnement. Elles mettent en oeuvre toutes sortes de stratégies pour s’assurer la capture de l’insecte imprudent lorsqu’elles sont carnivores. Les plantes réagissent aux couleurs, à la lumière, aux rayons ultra-violets. Lorsque quelqu’un s’approche, elles le remarquent. Elles savent également si une autre plante a poussé au-dessus d’elles et leur fait de l’ombre.

Jean-Marie Pelt nous raconte l’histoire du koudou, une sorte d’antilope africaine très vorace qui se régale du feuillage de l’acacia. Pour se défendre, l’arbre produit immédiatement du tanin qui rend indigeste le feuillage et éloigne l’antilope. Mais le plus étrange, c’est que c’est toute une communauté d’acacias qui produit en même temps du tanin, même les arbres qui ne sont pas directement menacés. D’où l’idée que les plantes communiquent entre elles par des messages chimiques gazeux.

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Wood-Wide-Web

Certains scientifiques pensent que les racines sont équipées de dispositifs similaires à un ‘cerveau’. Elles présentent un système de transmission de signaux. Elles sont à même de capter des stimuli. C’est ce qu’on appelle le Wood-Wide-Web! Peter Wohlleben nous apprend que les champignons fonctionnent sur le même principe qu’Internet par fibre optique. «La densité du système de filaments qu’ils développent dans le sol est à peine imaginable. Au fil des siècles, un unique champignon peut ainsi s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières. En transmettant des signaux d’un arbre à un autre par ses ramifications, il concourt à l’échange d’informations sur les insectes, la sécheresse du sol ou tout autre danger.»

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Une énigme pour le philosophe

Pour Emanuele Coccia, philosophe d’origine italienne, l’arbre est une énigme. Comme tout être vivant, il n’a jamais cessé de communiquer, de tout son corps. «Une plante ne cesse de construire les organes dont elle a besoin pour vivre. Son cerveau réside dans la totalité de son corps. Chaque partie contient le potentiel du tout. L’intelligence est la capacité de tout vivant à être en relation avec son environnement. Et de ce point de vue, la vie de tout être vivant, même une bactérie, démontre une finesse et une capacité de ruse absolument remarquables.»

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Le bien-être des végétaux

Peter Wohllenben dirige aujourd’hui une forêt écologique en Allemagne. «Nous devons traiter les arbres comme nous traitons les animaux, en leur évitant des souffrances inutiles. Nous devrions nous inspirer de la Suisse, c’est un pays tout entier qui se soucie du bien-être des végétaux. La Constitution fédérale édicte des dispositions concernant l’obligation de traiter les animaux, les plantes et tout organisme vivant dans le respect de la dignité de la créature.» Avec l’espoir que la vie secrète des forêts sera préservée et que les générations futures pourront demain encore parcourir les bois avec le même étonnement émerveillé.

Sources

Pour découvrir l’univers du hêtre de la Forêt de Soignes et de l ‘arganier au Maroc, rendez-vous dans la rubrique Végétaux, Arbres

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