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Le temps semble s’être arrêté au Lost Gardens of Heligan. C’est l’un des domaines les plus mystérieux des Cornouailles. Il est devenu une vallée des merveilles, un monde de rêve, mystérieux et tranquille.

La Belle au Bois dormant

Heligan est situé en Cornouailles, en haut d’une vallée qui survole le village de pêche de Mevagissey. Créé au 17e siècle, ce domaine agricole et horticole appartenait à la famille Tremayne. Le manoir était entouré d’une foule d’arbres venus de tous les lointains horizons de l’Empire britannique. A la fin du 19e siècle, ses 400 hectares étaient à leur apogée avec de beaux vergers et des jardins producteurs de légumes et de fleurs qui donnaient du travail à 20 personnes en permanence et 22 journaliers.

Lost Gardens of Heligan

Durant la première guerre mondiale, la moitié du personnel disparu dans les tranchées et Heligan fut réquisitionné comme maison de convalescence pour officiers. Ce fut le début d’une longue période d’abandon. Le domaine s’est endormi et les ronces l’ont protégé. C’est pourquoi cet endroit est si spécial. Il y a très peu de jardins qui n’ont pas évolué au fil du temps, faisant de Heligan un endroit unique.

Lost Gardens of Heligan

Tim Smit, archéologue et anthropologue

En 1990, Tim Smit, l’archéologue devenu producteur de disque, visite Heligan accompagné de John Nelson et de John Willis, un descendant des Trémayne qui venait d’hériter des jardins. Il découvre un domaine magnifique mais totalement abandonné. Il ne reste presque plus rien des jardins créés par Thomas Gray vers 1810 à la demande de Henri Hawkins Trémayne, châtelain de 1766 à 1829. Une bordure de lauriers roses retournée à l’état sauvage rendait l’accès du jardin impossible. Toutes les structures des jardins, des allées pavées aux murets en passant par les serres, les pièces d’eau, les fontaines ou les ateliers des jardiniers étaient en ruine, envahies par la végétation. Et pourtant, pour Tim Smit, c’est un véritable coup de foudre!

Lost Gardens of Heligan

The Lost Gardens of Heligan

Animé par un désir intense de faire renaître toute la gloire de ces jardins, cet homme énergique et enthousiaste se consacre alors entièrement à la restauration de cet endroit magique qu’il nomme The Lost Gardens of Heligan. Plutôt que de respecter à la lettre les anciens plans et de chercher à replanter à l’identique, c’est l’esprit du lieu qu’il a réhabilité, redonnant une cohérence à l’ensemble sans en ôter sa patine exceptionnelle. Avec l’aide d’une équipe de bénévoles, les ronces, les broussailles et les arbustes indésirables sont éliminés. Le paysage et ses chemins réapparaissent peu à peu. On redécouvre le jardin italien avec son long bassin, la grotte en cristal de roche, les gloriettes ainsi que de nombreuses espèces ornementales qui ont foisonné malgré l’absence de soins. La restauration des jardins d’Heligan est alors suivie par les émissions de jardinage à la télévision et elle passionne toute l’Angleterre.

Lost Gardens of Heligan
Lost Gardens of Heligan
Lost Gardens of Heligan

Les rhododendrons du Jardin de Flore

Dans le jardin de Flore (Flora’s Green), les floraisons se succèdent de janvier au mois de mai, avec une remarquable collection de rhododendrons rassemblée par Sir Joseph Hooker dans l’Himalaya et plantée à Heligan en 1850. On peut y admirer de gigantesques Rhododendron ‘Red Cornish’. Le plus imposant fait 26 mètres d’envergure et serait le plus gros du monde! Il se dresse près du pavillon d’hiver (Northerm Summerhouse), le plus ancien bâtiment de la propriété que l’on peut voir sur le plan de William Hole en 1770. On y découvre un très grand Magnolia campbellii, nommé d’après un agent de la Compagnie Britannique des Indes qui aida Hooker dans son expédition, ainsi qu’un Cornus capitata qui arriva à Heligan en 1822. Il est couvert de fleurs jaunes au printemps et de fruits comme des arbouses en automne.

Lost Gardens of Heligan
Lost Gardens of Heligan
Lost Gardens of Heligan

Une jungle mystérieuse

Le manoir de Heligan domine une incroyable jungle (Jungle Garden) qui couvre un ravin vertigineux à la végétation subtropicale. Bénéficiant d’un terrain riche et humide et d’un micro-climat protégé des vents du nord, la plupart des espèces d’origine exotique ont été introduites entre 1890 et 1910 dans ce qui était alors un jardin japonais. Quatre pièces d’eau reliées par des cascades alimentent une foison de plantes. Les silhouettes les plus pittoresques, les branches les plus contournées ont été pieusement conservées, mais les sous-bois ont été débarrassés des broussailles afin de laisser la lumière donner du relief aux plantations.

Lost Gardens of Heligan

Sur les coteaux escarpés poussent de nombreuses espèces de rhododendrons, de camélias et de magnolias. Il y également des cryptomeria, sequoia et araucaria qui s’élancent à la conquête du ciel. La chaleur et l’humidité ont engendré une croissance extraordinaire de nombreuses espèces. On y découvre des allées de palmiers de Chine, Trachycarpus fortunei, des bosquets de bambous géants et de Gunnera manicata ainsi qu’une forêt de Dicksonia antartica, des fougères arborescentes centenaires, uniques en Europe! La promenade escarpée à travers cette jungle humide à l’atmosphère presque surnaturelle se prolonge dans une vallée perdue (Lost Valley) aménagée sur d’anciens marécages.

Lost Gardens of Heligan
Lost Gardens of Heligan
Lost Gardens of Heligan
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Le jardin victorien

The Lost Gardens of Heligan pratique la culture organique. Il est devenu un musée vivant de l’horticulture au 19e siècle. Dans le vaste potager, tout a été établi et est aujourd’hui entretenu comme au temps de la splendeur du domaine. Certaines pratiques du passé ont toutefois été abandonnées car, à l’époque Victorienne, on utilisait des produits chimiques très toxiques comme l’arsenic! Des serres adossées au mur abritaient les agrumes, raisins, pêches, fruits de la passion et goyaves. Les arbres fruitiers produisaient à l’époque environ 17 tonnes de fruits par an. Ils étaient entreposés dans le fruitier. Dans les salles obscures, on forçait sur des lits de fumier des endives et des bulbes de jonquilles et de muguets pour décorer la table de Noël!

Lost Gardens of Heligan

Des melons, des bananes et des ananas

Une verrière traditionnelle recouvre les longues serres à melon. La découpe traditionnelle du verre en forme de lune facilite l’écoulement de l’eau de pluie au milieu des carreaux plutôt que sur les bords, empêchant la détérioration des boiseries. Ce genre de serre servait à faire pousser des melons et des concombres à tour de rôle sur des grillages. Les melons étaient soutenus par des filets tandis que les concombres étaient encastrés dans de gros tubes de verre pour les faire pousser tout droit.

Les travaux de restauration ont également mis à jour la seule serre à bananes existant encore en Angleterre ainsi qu’un bassin à ananas construit au milieu du 18e siècle. Les ananas qui poussaient en Cornouailles pesaient jusqu’à 2kg! Ils étaient installés dans une fosse chauffée par la décomposition du fumier entreposé contre les murs extérieurs du bassin, couvert d’une fine couche de terre et hermétiquement fermé par des volets en bois pour retenir la chaleur.

Lost Gardens of Heligan
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Le jardin de fleurs à couper

Dans le jardin d’agrément (Flower Garden), il y avait des fleurs pour embellir les vases de la grande maison et des plantes exotiques, mais les plates-bandes bien exposées à la chaleur produisaient quantité de légumes fragiles et des herbes aromatiques. Le jardin du cadran solaire (Sundial Garden) accueille une bordure de plantes herbacées qui s’inspire du style de Gertrude Gekyll. En 1896, le mixed-border était décrit comme étant le plus beau dans son genre de tout le royaume.

The Lost Gardens of Heligan, Pentewan, St-Austell, Cornwall PL266EN. England. Accès de St Austell, prendre la B3273 vers Mevagissey, puis suivre les panneaux. http://www.heligan.com  et www.visitcornwall.com

A visiter dans la région, Eden Project, à découvrir dans la rubrique Jardins, Grand-Bretagne, ouest de l’Angleterre. Pour en savoir plus sur les magnolias et sur les rhododendrons, rendez-vous dans la rubrique Végétaux, Arbres et Arbustes

Crédit photos Agnès Pirlot et The Lost Gardens of Heligan

 

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