La pureté ou les ténèbres, la santé ou le trépas, le bien ou le mal, petit guide des plantes de la sorcellerie.
Plantes et magie
Pour pactiser avec les forces démoniaques, jeter ou lever des sorts, les sorciers ou les sorcières ont à leur disposition les mêmes outils que les représentants du bien, à savoir un sens aigu de la psychologie et une grande maîtrise des propriétés des plantes médicinales, toxiques, aphrodisiaques ou purificatrices. Les plantes de la sorcellerie sont des outils qui, habilement utilisés, peuvent servir à manipuler les esprits, dans le bien ou dans le mal.

Rites et incantations
Parler de sorcellerie aujourd’hui fait tout de suite référence à des temps anciens avec des mentalités d’un autre âge. L’usage savamment contrôlé des plantes de la sorcellerie, toxiques et hallucinogènes, enrobé de rites, d’incantations et de cérémonials plus ou moins secrets, permettent encore aujourd’hui aux chamans, sorciers, guérisseurs, désenvoûteurs et rebouteux de soulager les maux, d’asseoir leur notoriété et de provoquer admiration ou peur.

Marché aux sorcières
Dans le plus ancien quartier indigène de La Paz, en Bolivie, j’ai découvert le fameux marché aux sorcières. On y trouve un bric-à-brac de pierres magiques, de plantes médicinales, de talismans, d’animaux séchés, d’amulettes en tout genre et de plantes de la sorcellerie. Blancs, métis et indiens viennent prendre conseil, solliciter une divination ou une faveur auprès de vieilles femmes guérisseuses. (voir mon reportage sur La Paz)




L’île aux sorciers
Madagascar est surnommée l’île aux sorciers. On fait encore appel aux sorciers et aux devins pour connaître la volonté des ancêtres. Autour du devin s’entassent écorces, racines, morceaux de bois et plantes médicinales. Sur une pierre plate à même le sol, le devin dépose des braises ardentes et jette dessus de l’encens naturel. Un nuage de fumée facilite la clairvoyance et purifie les lieux après le passage de chaque visiteur. (voir mon reportage sur la Flore de Madagascar)

La médecine de Satan
Au Moyen-Age, la sorcellerie était appelée ‘la médecine de Satan’. La sorcellerie est l’ancêtre de la médecine. Vivant recluse aux marges de la société, la sorcière était capable de reconnaître des plantes rares vénéneuses ou aux multiples vertus, de les cueillir et d’en recueillir les sucs. La frontière était mince entre guérison et empoisonnement et aller chez la sorcière constituait pour le chrétien un péché. Aujourd’hui, les herboristes et tisanières dépositaires du savoir ancestral des vertus des plantes sont respectées. Mais dans le passé, elles étaient poursuivies, jugées et brûlées vives sur un bûcher! (voir mes reportages sur Marie Fripiat, la sauvageonne et sur le Jardin d’Eve)



Herbes de la Saint-Jean
A la fin du mois de juin, la fête de la Saint-Jean célèbre l’équinoxe qui marque le début de l’été. Dans les campagnes, on récolte la rosée qui servira de base à l’eau de jouvence. Millepertuis, sauge, armoise, thym, marjolaine et autres plantes médicinales se récoltent à cette date pour en faire des tisanes ou autres élixirs bienfaisants. (voir mes guides sur les plantes sauvages comestibles et sur les plantes médicinales non toxiques)




Pouvoirs surnaturels
La symbolique des plantes associées aux rites magiques ou religieux leur attribue des pouvoirs surnaturels. C’est le rameau de buis qui protège du mauvais sort, la première violette qui annonce un mariage prochain, l’aubépine la fertilité, le gui, le houx ou le trèfle à quatre feuilles qui apportent la chance et prospérité. Chargé de symbolisme, le sureau sert souvent de domicile aux sorcières. C’est pourquoi on ne plante jamais cet arbuste vigoureux près de la maison. Et son bois ne doit jamais être utilisé pour la construction d’un berceau ni brûlé dans un feu de bois. Par contre, dans certaines régions, le sureau abrite les fées et les bons génies. Sa floraison signifie que l’âme du défunt a atteint le paradis.

Images du Paradis
Les plantes et les animaux sont associés à une certaine idée du Paradis. Dans les jardins du Moyen-Age, la pâquerette représentait l’innocence. Le lis de la Madone, Lilium candicum, était associé à la pureté de la Vierge Marie. Et si la colombe figurait l’Esprit Saint, la licorne, animal fabuleux entre tous, était associé à la virginité de la Vierge, cette dernière étant la seule à pouvoir l’apprivoiser.

Jouant sur l’antagonisme des couleurs, le blanc symbole de pureté représente un monde angélique et céleste, alors que le noir, aussi sombre que les ténèbres, représente les forces du mal et leur maître, le diable. Ainsi, l’épine noire, le Prunus spinosa, est l’alliée du sorcier tandis que l’aubépine blanche, Crataegus monogina, sert à confectionner les bouquets de mariage.

Une plante, un organe
L’analogie entre une plante ou une partie de plante et un organe du corps humain a été observée depuis des siècles. A cause de ses racines anthropomorphes, on prête à la mandragore des vertus magiques et diaboliques. La seule façon de cueillir ses longues racines charnues et fourchues qui évoquent une forme humaine est d’attacher un chien au pied de la plante à extirper.

Entourée de nombreuses légendes, la mandragore est une plante riche en alcaloïdes qui possède des propriétés hallucinogènes, narcotiques et sédatives. Selon la théorie des signatures, on utilisait la tête de la racine pour soigner un mal de tête et ce qui ressemble à deux jambes enchevêtrées pour soigner une luxation de la cheville.

Trompette des Anges
Surnommé Trompette des Anges, le datura entre dans les rites chamaniques en Amérique du sud. La graine de datura qui ressemble une fois ouverte au cerveau est utilisée pour communiquer avec les esprits ou pour soigner les maladies mentales. C’est une plante toxique, source d’hallucination, de confusion mentale et de délires pouvant conduire au coma puis à un arrêt cardiaque et respiratoire. (voir mes reportages sur les plantes toxiques et sur les plantes médicinales toxiques)




Le balai de la sorcière
Pour se rendre au sabbat, les sorciers et les sorcières chevauchaient un balai. Selon les légendes, le balai est fait de brindilles de genêt avec un manche en bois de sureau. Mais la bruyère ou le bouleau peuvent remplacer le genêt et le noisetier peut remplacer le sureau. Les baguettes magiques étaient le plus souvent faites de bois de sureau, de noisetier, de tiges de chardon ou de tamaris. Une recette enchantée devait permettre l’envol des sorciers. La potion magique renfermait belladone (Atropa belladonna), jusquiame (Hyoscyamus niger), datura (Datura stramonium), digitale (Digitalis purpurea) et mandragore (Mandragora officinalrum), des plantes hautement toxiques connues pour leurs pouvoirs hallucinogène et anesthésiant mais dont quelques grammes à peine peuvent entraîner la mort.




Le mauvais oeil
Un bouquet de millepertuis, (Hypericum perforatum) surnommé chasse-diable, pouvait éloigner le mauvais esprit. La joubarbe (Sempervivum tectorum) était surnommée barbe de Jupiter. Aujourd’hui encore, des touffes de joubarbe sont déposées sur le toit des maisons pour les protéger de la foudre. Quant à la fougère, l’aspérule ou à la verveine, elles était censées faire fuir le démon. Mais le remède le plus efficace reste sans conteste l’ail. On dit qu’il chasse à lui seul toutes les influences néfastes qui pourraient venir perturber notre quotidien.




De la sorcellerie à la médecine
Belladone, digitale, mandragore ou datura, de nombreuses plantes employées hier en sorcellerie sont aujourd’hui encore utilisées en médecine. Ces plantes produisent des principes actifs puissants voire mortels dont l’usage a toujours été réservé à certains initiés, herboristes sorciers, apothicaires ou médecins. (voir mes reportages sur les Plantes médicinales non toxiques et sur les Plantes médicinales toxiques)

Bibliographie et Iconographie:
- ‘Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne’, enluminures de Jean Bourdichon, 1503-1508, Bibliothèque nationale de France.
- ‘Promenade dans des jardins disparus’, Michèle Bilimoff, Editions Ouest-France
- ‘L’Herbier d’Ullisse Aldrovandi’, Acte Sud
- ‘Herbier de la Renaissance’, Claudia Swan, Minerva
- ‘Madagascar, l’île aux sorciers’, Nicole Viloteau, Arthaud
- ‘Plantes, un autre regard’, Jardin botanique national de Belgique
- Centre anti-poisons de Belgique, https://www.centreantipoisons.be/
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