L’esprit des Lumières habite le château et les jardins de Freÿr. Visite du plus français des jardins de Belgique.
Château de Freÿr
Entre deux courbes de la Meuse, enchâssé dans les bois sauvages des Ardennes, le château de Freÿr a gardé son site intact. Sur l’autre rive se dressent les parois escarpées des Rochers de Freÿr, massif rocheux le plus haut de Belgique d’où on a une vue exceptionnelle sur l’ensemble du château et des jardins de Freÿr.

Château forteresse
Au Moyen-Age, les fortifications se multiplient le long de la Meuse. C’est en 1378 que Jean de Rochefort Orjo, bourgeois de Dinant, construit une place-forte sur une terre reçue comme fief du comte de Namur. Depuis lors, Freÿr ne fut plus jamais mis en vente mais transmis de génération en génération par des femmes, les Spontin, Laubespin et enfin la famille Bonaert.

Château Renaissance mosane
Le château au rôle défensif a progressivement été construit dans le style Renaissance mosane. Ravagé par l’artillerie du duc de Nevers, le château de Freÿr renaît de ses cendres par la volonté de Guillaume Spontin qui reconstruit en 1571 un manoir de briques et de pierres qui sera agrandi au 17e siècle pour devenir une maison de plaisance aristocratique. L’élégant quadrilatère de briques orangé forme une vaste cour intérieure pavée flanquée d’une tour à chaque angle.

L’âge d’or de Freÿr
Le 18e siècle est une période de paix et de prospérité pour la région. C’est l’apogée de Freÿr qui devient la résidence d’été de Frédéric-Auguste, comte de Beaufort, marquis de Spontin, élevé au rang de duc de Beaufort-Spontin par Joseph II, empereur du Saint-Empire romain germanique.

Les jardins Renaissance
Les jardins clos de style Renaissance présentés avant 1740 sur une gravure d’après Remacle Le Loup dans les «Délices du Pays de Liège» nous montrent deux jardins clos au nord et au sud du château, un parterre de broderie et un bassin central. Le rythme vertical est donné par les topiaires et l’alignement d’orangers en pots devant les orangeries. La création de deux grandes terrasses a nécessité la construction d’un long mur de soutènement, toujours présent, comme celui surplombant les douves.

Les jardins à la française
«Freÿr est le plus réellement français des jardins de Belgique; plus exactement lorrain» disait René Pechère en présentant le jardin de Freÿr dans son guide sur les Parcs et Jardins de Belgique. Au 18e siècle, l’influence des styles français pénètre largement dans les Pays-Bas méridionaux et particulièrement dans le comté de Namur. Les deux frères célibataires, le comte Guillaume de Beaufort-Spontin et son frère Philippe-Alexandre, prévôt à la cathédrale de Namur, transforment les jardins. Ils divisent le jardin d’avant-plan en trois parties. Ils ouvrent des perspectives, développent un axe transversal et font construire un pavillon rococo couronnant le jardin supérieur. Freÿr restera inchangé jusqu’à nos jours.

La grille qui ferme la cour d’honneur est datée de 1760. Elle est très lorraine et fait penser aux grilles de la Place Stanislas à Nancy. (voir mon reportage sur Nancy)
Terrasse inférieure
La terrasse de plain-pied avec le château est distribuée dans l’esprit de Le Nôtre. Le jardin est traversé par une avenue droite disposée exactement le long de l’axe principal du château. La première partie ne compte que quatre bassins d’eau simples encastrés dans des broderies de gazon. Au centre, des tilleuls palissés contribuent à maintenir la curiosité du visiteur qui découvre ensuite un long parterre pourvu de deux longs bassins ornés de plants d’orangers.

Les orangers en bacs
Disposés à intervalle régulier le long des allées, des orangers en bacs sont, pour certains, âgés de plus de trois cents ans. Leur première mention date de 1710 ce qui en fait les plus anciens orangers d’Europe en caisse. Ils auraient été expédiés par voie d’eau depuis les serres de Lunéville proche de Nancy, la résidence du duc de Lorraine Stanislas Leszczinski. Leur présence témoignait de la richesse du seigneur de Freÿr.

Aujourd’hui encore, les 33 orangers sont devenus un ornement incontournable des jardins de Freÿr. Ils sont cultivés dans des caisses «Versailles», des bacs carrés en bois étudiés pour faciliter le transport des plantes et le renouvellement de la terre. Les arbres qui passent la belle saison à l’air libre sont mis chaque année à l’abri du froid du 15 octobre au 15 mai dans les anciennes orangeries. (voir mon reportage sur les bacs à orangers du Roi Soleil)

Orangeries
Combinant élégance et simplicité, deux orangeries ferment le parterre côté nord. Figurant sur la gravure de 1740, ce sont les plus anciennes orangeries des Pays-Bas. Elles sont complétées par un ravissant petit pavillon Régence, dit de Spontin, du nom du seigneur qui s’y tenait pour regarder passer les chalands.

Jardin supérieur
Petite merveille de géométrie, le niveau supérieur est couvert d’un labyrinthe de six kilomètres de charmilles et de hautes haies de tilleuls. Mystérieuses lorsqu’on y chemine, les charmilles composent vue de loin un éventail de chemins et de chambres parfaitement symétriques. Elles révèlent un dessin qui représente les différentes figures du jeu de cartes, le pique, le coeur, le carreau et le trèfle. Entre les labyrinthes de charmille apparaissent trois axes perpendiculaires à la Meuse.

Belvédère rococo
Portant le nom de «Frederic Saal», un pavillon rococo a été construit en 1774 sur le haut des jardins. Cette ravissante folie associe le classicisme français, le baroque autrichien et la finesse des décorations italiennes.

L’intérieur du pavillon de style Louis XV est décoré de volutes et de stucs délicats des frères Moretti. Il était destiné à recevoir la gouvernante Marie-Christine, fille de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche.

Le pavillon offre une vue sur les pièces d’eau et leur mystérieuse cascade en escalier. La promenade entreprise dans le sens de la descente révèle un panorama magnifique sur la Meuse toute proche ainsi que sur les pentes rocheuses qui se dressent sur l’autre versant du fleuve.

L’âme des jardins
Attribuées au sculpteur lorrain Paul-Louis Cyfflé, les statues bifronts en terracotta des jardins de Freÿr sont le seul exemple connu de ce type de statuaire en Belgique. Ces statues à deux visages sont d’après certains auteurs «l’âme des jardins». De style néo-classique, elles représentent des empereurs romains et du Saint-Empire romain germanique, des rois, des reines et des valets. Les originaux qui datent de la seconde moitié du 18e siècle ont été mis à l’abri et elles ont été remplacées par des répliques en pierre qui sont placées sur le mur de soutènement qui sépare le parterre du jardin supérieur.

Les jeux d’eau
Les bassins et fontaines des jardins de Freÿr sont alimentés par l’eau de la source de la Rochelette captée à deux kilomètres au nord des jardins. Depuis la grotte des Moines, l’eau chemine via un aqueduc souterrain jusqu’aux jardins avant de s’écouler dans la Meuse.

Freÿr au 19e siècle
Les années qui suivent la Révolution sont troublées. Après la bataille de Waterloo, Freÿr subit la retraite des soldats de Grouchy, talonnés par les Russes et les Prussiens «qui boivent du vin, mangent et nous maltraitent», se lamente le concierge du château. En 1836, le domaine de Freÿr passe dans le giron de la famille de Laubespin lorsque Gilda de Beaufort-Spontin épouse Charles de Laubespin.

Freÿr au 20e siècle
Trois générations plus tard, le château de Freÿr va passer par mariage aux barons Bonaert. Le domaine patiemment entretenu et aménagé a ouvert ses portes au public dès la fin des années 1940. Préservé comme par miracle, Freyr est sans doute le seul château qui soit encore conservé en bord de Meuse depuis la source du fleuve à Langres, jusqu’à son débouché à Rotterdam. La famille Bonaert qui habite encore aujourd’hui les lieux a créé l’Asbl Les Jardins de Freÿr afin d’assurer l’avenir de ce magnifique domaine.






Château et jardins de Freÿr
L’intérieur du château digne d’un palais italien est ouvert à la visite. Les jardins ont reçu le label «Jardin Remarquable de Wallonie». Parking et accostage pour bateaux venant de Dinant. Domaine de Freÿr, Freyr 12 à Hastière, Belgique. https://freyr.be/fr
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