On a mis l’été sous verre! La serre est devenue au 19e siècle le symbole du progrès et d’un exotisme fascinant.
La culture sous abri
Dans l’Antiquité, les Grecs et les Romains ne connaissent pas encore le principe de la serre mais ils pratiquent la culture sous abri. «Les riches qui vivent dans la magnificence et dans le luxe plantent le citronnier (cédratier) sous des portiques exposés au midi appuyés à des murailles… Dans l’été, ils font ouvrir les portiques pour que le soleil puisse y pénétrer et échauffer les plantes. Ils les couvrent ensuite à l’approche de l’hiver» (Ecrits de l’agronome grec Florentinus)

L’abri amovible
Dès la Renaissance, un fort engouement pour les sciences botaniques se fait ressentir en Occident. Les cours de Munich, Stuttgart ou Heidelberg sont les premières à innover. Les orangers plantés en ligne en pleine terre sont protégés par une construction mobile mise en place dès les premiers froids. Cette sorte de charpente de bois montée sur roues est en partie recouverte de planches pour maintenir les arbres à l’abri du gel. Des volets amovibles permettent de réguler l’air et la lumière. On la démonte dès le retour des beaux jours.

Orangerie du jardin de Heidelberg, S. de Caus, 1620
L’orangerie
L’orangerie se généralise à partir du 17e siècle dans tous les grands domaines et jardins botaniques d’Europe. On y remise l’hiver à l’abri du gel les agrumes, les camélias, les bananiers, les fougères arborescentes et autres plantes tropicales cultivées en bacs. Construite en maçonnerie de pierre ou de briques contre mur aveugle, l’orangerie est éclairée et ventilée au sud par de grandes baies vitrées. Le chauffage se fait essentiellement au bois ou au charbon.

Orangerie de la Villa Grabau, Lucca, 17e siècle
La serre chaude
S’inspirant des châssis de culture, les hollandais et les anglais mettent au point en 1730 la première ‘hot house’ chauffée par un poêle au charbon. Plus étroite qu’une orangerie, la serre est construite sur un cadre de bois ce qui offre une plus grande luminosité pour les plantes que les orangeries en maçonnerie. Le Dr Herman Boerhaave, directeur du jardin botanique de Leyden au début du 18e siècle, découvre que l’utilisation du verre en pans inclinés assure lumière et chaleur en hiver alors qu’en été, il diminue l’effet de cuisson du soleil.

Serres de Schönbrunn à côté du jardin botanique hollandais, Alexandre de Laborde, 1821
La serre portative
L’intérêt pour l’exotisme atteint son paroxysme aux 18e et 19e siècles avec l’exploration de régions tropicales. Les chasseurs de plantes parcourent le monde pour récolter des espèces inconnues en Europe. Mais les pertes durant ces expéditions sont nombreuses. Il faudra attendre 1829 pour transporter les précieux végétaux dans une serre portative.

Wardian Case
La Wardian Case mise au point par le Dr Ward est une boîte en verre hermétiquement fermée dans laquelle la condensation de l’eau ruisselle le long des parois avant d’être absorbée par les plantes. Cette invention a permis le transport de végétaux vivants des tropiques vers l’Europe.

Reproduction d’une Wardian Case au Chelsea Physic Garden
Louis van Houtte fut l’un des premiers chasseurs de plantes de la jeune Belgique. En 1834 il se rend au Brésil afin de collecter des orchidées. On le voit ici dans la baie de Rio de Janeiro avec de petites serres de transport. A son retour, van Houtte fonde une école d’horticulture à Gand puis il publie ‘Flore des serres et des jardins de l’Europe’ qui paraît de 1845 à 1883. La pépinière de van Houtte couvrira une surface de 14 hectares avec cinquante serres.

Dans la baie de Rio de Janeiro, Louis Van Houtte transporte les plantes dans les Wardian Cases, 1834
Le Jardin d’hiver
Au 19e siècle, de nouvelles plantes comme le palmier, l’ananas, les orchidées et les bromeliacées viennent détrôner les orangers. Toutes ces plantes tropicales et subtropicales importées des colonies réclament des soins attentifs et un cadre de vie adapté à leurs besoins. Le jardin d’hiver ou ‘greenhouses’ ne sera plus une simple retraite hivernale mais un lieu destiné à accueillir les plantes exotiques durant toute l’année. Les architectes se font interprètes des rêves d’exotisme les plus extravagants.

Le Jardin d’Hiver de La Malmaison, aquarelle d’Auguste Garneray, 1805
Jardin d’Hiver de La Malmaison
L’impératrice Joséphine de Beauharnais fait édifier en 1805 à La Malmaison une galerie vitrée longue de 50 mètres chauffée par douze grands poêles alimentés au charbon. La serre conjugue l’art de recevoir de l’impératrice et sa passion pour les plantes exotiques héritée de son enfance en Martinique. La serre rassembla bientôt la plus grande collection de plantes exotiques en Europe. Elle fut démolie en 1827.

Le Jardin d’Hiver de La Malmaison, aquarelle d’Auguste Garneray, 1812
Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg
Le Palais d’Hiver était la résidence impériale des Romanov à Saint-Pétersbourg. Après un grand incendie en 1837, le palais fut reconstruit sous Nicolas Ier. C’est à cette époque que fut aménagé ce jardin d’hiver peint en 1840 par Mikhaïl Ivanovitch Antonov. Intégré au palais, ce jardin d’hiver peuplé de plantes exotiques était un espace de représentation et de plaisir pour la cour impériale.

Jardin d’hiver au Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg, vers 1840
De métal et de verre
A partir des années 1820-1840, les piliers et colonnes en fonte et les montants et barres de vitrage en fer forgé vont remplacer le bois, allégeant la structure porteuse de la construction. La légèreté des matériaux offre aux architectes les moyens de construire de plus en plus haut, de plus en plus grand et de se livrer aux fantaisies les plus exubérantes.

Serre aux palmiers en forme de bulbe à Bretton Hall, 1827
Le verre fut longtemps fabriqué en plaques extrêmement minces et donc utilisables uniquement en carreaux de petites dimensions. Les premières serres furent de ce fait construites avec de petits carreaux se chevauchant l’un l’autre et posés sur des armatures très denses qui entravaient l’entrée de la lumière à travers les serres.

Serre du château de Lednice, 1845
A partir de 1833, le verre est fabriqué en série ce qui fait disparaître les imperfections qui concentraient la réflexion du soleil sur des points fixes, brûlant le feuillage des plantes. En 1845, l’abolition de la taxe sur le verre va rendre le prix du verre abordable. La structure métallique des serres permet de plus longues portées et l’utilisation de plaques de verre de grande dimension. Dans la serre, les plantes peuvent jouir d’une lumière comme si elles sont en plein air.

Serre cathédrale du domaine de Malnoue, fin 19e siècle
Le chauffage des serres
Pour maintenir les plantes à bonne température, les serres sont chauffées. Les poêles ou chaudières à bois ou à charbon sont situés à l’extérieur de la serre. La chaleur se répand dans la serre grâce à un réseau de tuyaux placé dans des canalisations couvertes par des grilles en fonte. Des systèmes d’arrosages et de vaporisations assurent l’humidité indispensable à la survie des plantes tropicales.

Serres chaudes du Jardin des Plantes de Paris, 1834
L’invention du chauffage à air à la fin du 17e siècle par le paysagiste anglais John Evelyn, puis le système de circulation d’eau chaude mis au point par le français Bonnemain à la fin du 18e siècle seront suivis au début du 19e siècle par le ‘thermosiphon’ qui assure une régulation thermique précise en fonction du type de plantes et du cycle des saisons, comme dans la nature.

Modèle de chaudière, 1851
Jardinier du 6e duc de Devonshire, Joseph Paxton construit en 1833 à Chatsworth une serre monumentale d’une ampleur de 84 mètres de long, 37,5 mètres de large et 18,5 mètres de haut. Près de 10 km de canalisations en fonte assuraient le chauffage de la serre. Chaque hiver, huit chaudières étaient alimentées par 300 tonnes de charbon pour maintenir une température tropicale.

Serre du château de Chatsworth, 1836-1841
Serres de Jardins Botaniques
Bicton Park Botanical Garden
L’époque coloniale fut l’âge d’or des serres des jardins botaniques. La Palm House des Jardins botaniques de Bicton dans le Devon date d’environ 1820, ce qui en fait la plus ancienne serre de fonte et de verre. Elle constitue l’un des plus beaux exemples de serre victorienne en Grande-Bretagne. La structure est renforcée par de fines colonnes en fonte. Elle est composée de 18.000 petites vitres assemblées par de fines barres de fer. L’ensemble a été entièrement rénové en 1985.

Palm House du Bicton Park Botanical Garden, 1820
Jardin botanique de Louvain
Les serres chaudes semi-circulaires du Jardin botanique de Louvain sont édifiées en 1821 d’après les plans de l’architecte Charles Vander Straeten. Adossée à l’orangerie, leur structure métallique est entièrement rythmée par une trame de petits carreaux de verre. Elles témoignent ainsi de cette période de transition entre les constructions plus massives en maçonnerie et les grandes architectures transparentes de verre et d’acier qui marqueront la seconde moitié du 19e siècle.

Serres du Jardin botanique de Louvain, 1821
Jardin botanique de Bruxelles
Le Jardin botanique de Bruxelles fut inaugurée en 1829 par François Gineste sur base des plans du célèbre architecte Tilman-François Suys. L’orangerie surplombe les jardins en terrasses avec son élégante rotonde encadrée de verrières. Le jardin botanique fut un lieu de science et de botanique jusqu’en 1939, date de son transfert au domaine de Bouchout, à Meise. Il est désormais converti en espace culturel.

Jardin botanique de Bruxelles, 1829
Jardin des Plantes de Paris
Les premières serres chaudes du Jardin des Plantes de Paris sont construites en 1714 et 1717 pour abriter des plants de caféier importés de Martinique. La construction de nouvelles serres en 1834 provoque l’enthousiasme du public. Avec l’aide de Neumann, jardinier en chef des serres du Museum, Charles Rohault de Fleury va édifier sur une base maçonnée en arcades «une carcasse de fer avec des surfaces de verre». Il utilise des plaques de verre de 30cm par 20cm, véritable prouesse technique pour l’époque.

Grandes Serres du Museum national d’Histoire naturelle, 1834
Jardin des plantes de Nantes
En 1845, le jardin des plantes de Nantes construit une serre chaude pour accueillir les plantes exotiques qui arrivent des îles Bourbon, de Pointe-à-Pitre et des Indes. En 1895 on construit le Palmarium qui abrite des espèces tropicales. Depuis une trentaine d’années, cette serre est devenue un véritable laboratoire consacré à l’écologie tropicale. (voir mon reportage sur le Jardin des Plantes de Nantes)

Serre du Jardin des plantes de Nantes, 1845
Les serres royales
Parc royal de Sanssouci
Le Palmenhaus, ou Cour des Palmiers, est une grande serre tropicale construite en 1831 dans le parc royal de Sanssouci près de Potsdam, résidence d’été de Frédéric-Guillaume III de Prusse. La structure en bois porte de vastes parois vitrées offrant un lieu de vie idéal pour abriter sa collection de plantes exotiques. La serre sera surmontée plus tard d’une coupole pour laisser grandir un immense palmier éventail. La serre fut ravagée par un incendie en 1880. (voir mon reportage sur le château de Sanssoucci)

Cour des Palmiers de Frédéric-Guillaume III de Prusse, par Blechen, 1832
Jardins botaniques royaux de Kew
Kew Gardens est le plus important jardin botanique au monde. The Palm House, la grande serre aux palmiers, est construite par Richard Turner et Decimus Burton, de 1844 à 1848. Le bâtiment en fer forgé et en verre présente la silhouette d’une coque de navire renversée. L’armature en fonte et en fer forgé semble flotter sur un mince socle de pierre. Le pavillon central épaulé par deux bras offre des conditions de culture similaires à celles que l’on trouverait dans une forêt tropicale humide. (voir mon reportage sur les Jardins botaniques de Kew)

The Palm House, Kew Gardens, 1844-1848
D’autres constructions vont suivre dans les Jardins botaniques de Kew. La serre aux nénuphars, the Waterlily House, est construite en 1852 pour abriter des lotus, papyrus et Nymphaea. The Temperate House édifiée de 1860 à 1899 est considérée comme la plus grande serre victorienne au monde. Un escalier en fer forgé mène à une galerie d’où l’on peut admirer toutes les plantations.

The Temperate House, Kew Gardens, 1860-1899
Roof-garden de Louis II de Bavière à Munich
Cascades, grottes, ponts, sentiers sauvages, hutte de roseau, pagode… le jardin suspendu que Louis II de Bavière a fait construire en 1867 dans sa résidence royale de Munich exprime avec démesure les aspirations d’un roi naturellement enclin aux excès les plus grands. Longue de 200 mètres, large de 30 mètres, cette structure d’acier et de verre peuplée de plantes exotiques évoquait une vallée magique du Cachemire. Cette folie fut démolie en 1886 à la mort du roi. (voir mon reportage sur les Châteaux de Louis II de Bavière)

Roof-garden de Louis II de Bavière à Munich, 1867
Serres royales de Laeken
Les Serres royales de Laeken sont nées de la volonté du roi des Belges Léopold II à son arrivée sur le trône en 1865. Sa passion pour les plantes exotiques, le roi l’avait enrichie grâce à sa colonie au Congo qui constituait une source d’approvisionnement inestimable. Le complexe des serres de Laeken fut construit entre 1874 et 1905 sous la direction de l’architecte Alphonse Balat, puis des architectes Henri Maquet et Charles Girault. (voir mon reportage sur les Serres royales de Laeken)

Plan des Serres de Laeken, Lainé, 1895
Cette cité de verre est classée parmi les plus grandes serres au monde. L’architecte Alphonse Balat a recherché la simplicité et la transparence. Il développe avec son élève Victor Horta un style architectural qui préfigure le style Art Nouveau avec de nombreux motifs floraux qui répondent aux courbes organiques des végétaux exotiques.

Jardin d’Hiver des Serres royales de Laeken, 1874-1876
Surmonté d’une couronne royale, le Jardin d’Hiver est la première serre de la cité de verre construite en 1874-1876. Destinée aux grandes réceptions, la serre est surmontée par une gigantesque coupole qui s’élève à 25 mètres. L’ossature métallique repose sur une colonnade en pierre de 36 colonnes doriques.

Jardin d’Hiver des Serres royales de Laeken, 1874-1876
Le roi Léopold II fait appel aux meilleurs botanistes, cultivateurs et fournisseurs de plantes tropicales. L’aménagement de l’espace intérieur des Serres royales de Laeken, la composition des corbeilles florales et la plantation des variétés exotiques sont confiées à l’architecte paysagiste anglais John Willis.

Jardin d’Hiver des Serres royales de Laeken, 1874-1876
L’ensemble architectural du Plateau des Palmiers qui s’étend dans la partie supérieure du complexe des serres est bâti entre 1884 et 1894. La Serre aux Palmiers est un grand espace rectangulaire avec au milieu un haut transept ovale. Elle accueille une forêt subtropicale de palmiers, bananiers et caoutchoucs.

Serre aux Palmiers, Serres royales de Laeken, 1884
D’une grande élégance, la Serre du Congo est construite en 1886. Elle forme un grand quadrilatère de 30 mètres de côté surmonté d’une coupole octogonale doublée de quatre petites coupoles carrées, ce qui lui donne une allure byzantine. Le lanternon est couronné d’une étoile, symbole de l’Etat indépendant du Congo du temps de Léopold II. A l’origine, le roi voulait héberger dans la Serre du Congo des plantes et des arbres tropicaux du bassin du Congo. Résistant mal au manque de lumière et de chaleur en hiver, cette végétation fut remplacée par une végétation subtropicale avec de grands palmiers, des fougères arborescentes, des dragonniers, des caoutchoucs et des fougères.

Serre du Congo des Serres royales de Laeken 1886
Palmenhaus Schönbrunn à Vienne
A la demande de l’empereur François-Joseph, la serre aux Palmiers du palais de Schönbrunn à Vienne est construite vers 1880 par l’architecte Franz von Segenschmid. Comme à Kew, le plan de cet édifice de fonte et fer s’articule autour d’une verrière centrale. Elle mesure 111 mètres de long, 28 mètres de large et 25 mètres de haut et compte 45.000 carreaux de verre.

Serre aux Palmiers du Palais de Schönbrunn à Vienne, 1880
Les serres de château
Serre de Sheringham Hall
Réservée aux aristocrates et aux grandes fortunes, la serre exprime le faste et la richesse du propriétaire ainsi que son intérêt pour la botanique et sa soif d’exotisme. Cette illustration est une aquarelle extraite du Livre rouge du paysagiste Humphry Repton en 1812 pour Sheringham Hall dans le comté de Norfolk. Elle représente une vue paysagère avec une serre vitrée dans un parc surplombant la mer. Les Livres rouges de Repton étaient des volumes personnalisés présenté à ses clients, contenant des aquarelles avant/après pour illustrer ses propositions d’aménagement paysager.

Projet de serre à Sheringham Hall, 1812
Great Stove de Chastsworth
La grande serre du château de Chatsworth dans le Derbyshire est construite entre 1836 et 1841 pour le 6e duc de Devonshire. C’est la plus grande serre construite en Angleterre à cette époque, bien avant le Cristal Palace. Le jardinier paysagiste Joseph Paxton et l’architecte Decimus Burton vont concevoir ensemble une serre aux dimensions colossales. Longue de 70 mètres et haute de plus de 20 mètres, la serre abrite des plantes exotiques, des oiseaux d’origine tropicale et des poissons qui nagent dans des bassins d’eau au milieu de grands rochers. La serre fut démolie en 1920. (voir mon reportage sur Chatsworth)

Great Stove, Château de Chastsworth, 1836-1841
Serre de Lednice,
La mode des serres se répand vite dans le reste de l’Europe, notamment dans l’Empire austro-hongrois. La serre du château de Lednice en Tchéquie s’appuie sur la façade d’un monumental manoir de style néo-gothique. C’est la plus ancienne serre privée et la mieux conservée d’Europe. Construite entre 1843 et 1845 pour le prince Aloïs II de Liechtenstein, c’est une pure merveille miraculeusement conservée. (voir mon reportage sur la Serre de Lednice)

Serre du château de Lednice, 1845
La serre de Lednice était à l’époque un sommet de technologie. Avec une structure autoportante de 92 mètres de long sur 13 mètres de large et 7,5 mètres de haut, la serre est soutenue par 22 paires de colonnes en fonte. Elle est couverte de 52.000 carreaux de verre en forme d’écailles de poisson. En hiver, la serre est chauffée par des canalisations de tuyaux reliées aux chaudières situées dans une cave du château.

Serre du château de Lednice, 1845
Serre du comte de Kerchove de Denderghem
Président de la Société Royale d’Agriculture et de Botanique et bourgmestre de Gand, le comte de Kerchove de Denderghem fait construire un jardin d’hiver inauguré par la famille royale en 1873. La nef est soutenue par 28 colonnes. Ses galeries accessibles par un escalier en colimaçon offraient des vues saisissantes sur les aménagements du paysagiste Louis Fuchs.

Serres du comte de Kerchove de Denderghem à Gand, 1873
Les serres des Rothschild
A la fin du 19e siècle, les barons de Rothschild font construire de prestigieuses serres dans leurs domaines en France et au Royaume-Uni. Destiné aux grands palmiers, le pavillon central des serres de Ferrières était flanqué de deux ailes destinées aux palmiers et aux plantes à grand feuillage de serre chaude. Un vaste espace était conçu pour la production de plantes nécessaires à la décoration du parc et du château, notamment une collection d’orchidées qui ont fait la célébrité du domaine. (voir mon reportage sur Marcel Gaucher, jardinier des Rothschild)

Serre du Jardin d’hiver, Domaine de Ferrières, début 20e siècle
Le fleuron du domaine d’Armainvilliers situé en Seine-et-Marne était indiscutablement l’hectare de serres. Le carré principal était réservé aux serres d’exposition reliées entre elles par un couloir central traité en rocaille et dont la voûte était entièrement palissée de pantes grimpantes exotiques. De grands palmiers, principalement des Kentia, touchaient au faîte du vitrage. Plusieurs serres étaient consacrées aux orchidées, d’autres abritaient les plantes décoratives à feuillage coloré.

Serre du domaine d’Armainvilliers, début 20e siècle
Les serres de Waddesdon Manor formaient un impressionnant ensemble horticole organisé autour d’une grande serre aux palmiers en forme de dôme. La serre fruitière de 120 mètres de long était dédiée aux cultures fruitières hâtées, cerises, figues, raisins de table, pêches et fraises à gros fruits. Tombée en désuétude, la serre fut démolie dans les années 1970. (voir mon reportage sur Waddesdon Manor)

The Glasshouses, Waddesdon Manor, (c) National Trust
Walled Garden, Scampston Hall
La grande serre du Walled Garden de Scampston Hall dans le Yorkshire date de 1894. Elle fut construite par William Richardson qui dirigeait une entreprise spécialisée dans les serres et constructions horticoles. La serre victorienne a été restaurée par Sir Charles et Lady Caroline Legard qui héritent de Scampston en 1994. Un jardin contemporain dessiné par le paysagiste Piet Oudolf a pris la place de l’ancien potager. (voir mon reportage sur Scampston Walled Garden)

Serre victorienne de Scampston Hall, 1894
La serre en ville
Jardin d’Hiver des Champs-Elysées à Paris
«On a mis l’été sous verre», s’extasie Victor Hugo. Le Jardin d’Hiver des Champs-Elysées fut ouvert en 1846 puis agrandi en 1847 comme une attraction vouée à la détente et aux loisirs. Ouvert au public, le jardin abrité est un lieu de promenade où les visiteurs peuvent acheter des fleurs en plein hiver mais aussi prendre le thé ou écouter un concert au milieu d’une jungle luxuriante. Le bâtiment fut démoli dix années plus tard.

Jardin d’Hiver aux Champs-Elysées, Eugène Ciceri, 1847
Marché couvert de la Madeleine à Bruxelles
Le marché couvert de la Madeleine est inauguré en 1848 en présence du roi des Belges Léopold Ier à l’occasion d’une grande fête donnée par le Cercle artistique et littéraire de Bruxelles. Le décor éphémère est confié à l’architecte Alphonse Balat, contribuant très probablement à le faire connaître. Balat réalisera par la suite la Serre Victoria regia et le Jardin d’Hiver des Serres Royales de Laeken.

Jardin d’Hiver aux Champs-Elysées, Eugène Ciceri, 1847
Crystal Palace à Londres
Construit au coeur de Londres pour la première Exposition universelle de 1851, le Crystal Palace s’impose comme un symbole majeur de l’ère industrielle et de l’architecture de fer et de verre du 19e siècle. Assemblé en six mois grâce à des éléments standardisés et préfabriqués, le Crystal Palace est le chef d’oeuvre de Joseph Paxton, l’un des maîtres de l’architecture de verre et de métal.

Crystal Palace à Londres, 1851
D’une longueur de 560 mètres, d’une superficie de 70.000 mètres carré et soutenu par 4.850 colonnes et poutrelles en fonte, la serre du Crystal Palace était couverte par 294.000 carreaux de verre. Inauguré par la reine Victoria, ce palais éphémère fut ensuite déplacé à Sydenham avant d’être détruit par un incendie en 1936.

Crystal Palace à Londres, 1851
Serre Victoria regia de Balat à Bruxelles
Conçue en 1854 par Alphonse Balat, architecte de la cour du roi Léopold II, la Serre Balat est un édifice octogonal délicatement ouvragé. La serre se trouvait à l’origine dans le Jardin de Zoologie et d’Horticulture de Bruxelles situé à l’emplacement de l’actuel parc Léopold.

Serre Victoria regia de Balat, 1854
Le bassin circulaire de la serre chauffée abritait des nénuphars géants, Victoria amazonica. La serre fut déplacée vers le Jardin botanique de Bruxelles avant d’être installée dans le Jardin botanique de Meise dans les années 1940. (voir mon reportage sur le Jardin botanique de Meise)

Serre Victoria regia de Balat, 1854
Palmengarten de Francfort
Conçue par Friedrich Kayser et inaugurée en 1871, la Serre aux Palmiers de Francfort se déploie en une vaste nef de verre et de fer baignée de lumière. Animée en son centre par une cascade artificielle, la serre haute de 18 mètres abrite une collection de hauts palmiers, de fougères arborescentes, de monstera et autres plantes exotiques qui provenaient des serres du duc Adolphe de Nassau. Ce lieu spectaculaire était un lieu de promenade pour les notables de la ville.

Serre aux Palmiers de Francfort, 1871
Le jardin d’hiver a 19e siècle
A la fin du 19e siècle, le jardin d’hiver se démocratise auprès de la bourgeoisie. Nourri par la littérature, les récits des voyageurs et les revues horticoles, le jardin d’hiver crée un univers onirique et une nature idéalisée où réalité et imaginaire se confondent. Lieu de divertissement et de réceptions mondaines, ces palais de verre, baignés de la chaleur moite et de parfums tropicaux, rendent le bout du monde presque accessible à tous.

Modèle de jardin d’hiver, L’Illustration Horticole, Jean Jules Linden, fin 19e siècle
Symbole de réussite sociale, le jardin d’hiver devient un ‘accessoire’ indispensable de tout hôtel particulier ou résidence de campagne. Le plus souvent adossé à la façade de la demeure et ouvert sur le salon, le jardin d’hiver est chauffé par un poêle en faïence.

Projet de vitraux émaillés pour un jardin d’hiver à Clermont-Ferrand
Cette construction vitrée est aménagée comme une pièce de l’habitat, une sorte de salon contenant un mobilier en rotin, des plantes luxuriantes, un décor de rocaille, des fontaines et des statues, évoquant la belle saison et les contrées lointaines.

Dans la véranda, James Tissot, 1875-1878
A Boulogne-sur-Seine, en 1893, l’homme d’affaire Albert Kahn aménage dans son domaine de huit hectares une série de jardins à thèmes. On y découvre un élégant Palmarium coiffé d’un dôme dans lequel on pénètre par une porte joliment ouvragée.

Jardin d’Albert Kahn à Paris, 1893
Les serres d’un nouveau millénaire
National Botanic Garden of Wales
Inauguré en 2000, le Jardin botanique national du Pays de Galles est un centre de conservation des espèces menacées dans le monde. The Great Glasshouse, la grande serre, est posée dans le paysage telle une goutte de pluie géante. Mesurant 110 mètres de long, cette serre tempérée est la plus grande serre à travée unique au monde. Couvrant 3500 mètres carré, ses terrasses rocheuses, ses falaises de grès et ses pentes d’éboulis sont profilés pour reproduire l’environnement naturel des plantes. (voir mon reportage sur le Jardin botanique du Pays de Galles)

National Botanic Garden of Wales, 2000
Eden Project, Cornouailles
Le parc d’Eden Project a ouvert ses portes au public en 2001. De grands biomes tout en rondeurs sont constitués de myriades d’hexagones translucides gonflés d’air. Le matériau n’est pas en verre mais en feuille transparente de ETFE, un matériau léger et résistant. La source principale de chaleur est le soleil. Du climat tropical au climat tempéré, chaque biome rassemble toutes les plantes dont la vie des hommes a un jour dépendu. (voir mon reportage sur Eden Project)

Eden Project, 2001
The Davies Alpine House, Kew Gardens
Dernière née parmi les serres de Kew, The Davies Alpine House fut inaugurée en 2006 pour accueillir les plantes poussant dans des conditions extrêmes. La serre se dresse comme une tente de verre avec deux arches dos à dos qui laissent passer 90% de la lumière. La structure crée un effet de cheminée qui extrait l’air chaud du bâtiment. L’air est aussi refroidit en sous-sol. (voir mon reportage sur Kew Gardens)

The Davies Alpine House, Kew Gardens, 2006
Une expo: «Paradise Lost? 200 ans de vision sur la nature et l’architecture», exposition sur l’architecte Alphonse Balat et la révolution du verre et du fer au 19e siècle, Jardin botanique de Meise, du 5 septembre au 25 octobre 2026. https://www.plantentuinmeise.be/fr

Crédit photos: Agnès Pirlot et illustrations expo ‘Paradise Lost’ au Jardin botanique de Meise
Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Europe pour découvrir mes reportages sur et les Serres royales de Laeken et la Serre de Lednice, dans la rubrique Jardins botaniques, les Jardins botaniques de Kew, le Jardin botanique de Meise, Le Jardin botanique du Pays de Galles, Eden Project, et dans la rubrique Jardins, mes reportages sur la Villa Grabau en Toscane, Waddesdon Manor, Scampston Walled Garden, le Château de Chatsworth ou cliquez sur les liens.

