Le massacre des Indiens de Patagonie s’est passé il y a cent ans. C’est un des grands génocides de l’histoire moderne.
Les Indiens du bout du monde
Avant l’arrivée des “Blancs”, des groupes ethniques habitaient les grandes steppes et les forêts de la Patagonie. Ces nomades Indiens se nommaient Tehuelches que Magellan nomma Patagons, Kawesqar, Yagan, Selknam, Alacalufe, Ona et Mapuche. Tous les Indiens, sauf les Mapuches qui vivaient plus au nord, ont été exterminés.

A la recherche de ses origines
C’est lors d’un voyage en Patagonie chilienne que j’ai découvert la petite ville de Puerto Natales, capitale de l’Ultima Esperanza. C’est un ancien port de pêche avec des maisons en tôle ondulées et colorées. Les murs de la ville sont couverts de fresques murales qui font revivre les Indiens de Patagonie. (voir mon reportage sur le Chili, la Patagonie et sur le Parc de Torres del Paine)







La disparition des Indiens autochtones de Patagonie a longtemps été un sujet tabou. Mais aujourd’hui, les métisses parlent avec fierté de leur “indianité”. Les Chiliens sont de plus en plus nombreux à entendre la tragique histoire des peuples indiens.
Les premiers Sud Amérindiens
Le Musée municipal de Puerto Natales retrace d’une manière vivante l’histoire des premiers peuples Sud amérindiens. Ils sont arrivés en Patagonie il y a environ 12.000 ans via le Détroit de Bering qui réunissait alors les continents d’Asie et d’Amérique du Nord.

Dans les steppes et les forêts
Les Indiens vivaient dans les steppes et les forêts peuplées de condor, guanaco, puma et manchot de Magellan. A l’origine, il y avait aussi des espèces disparues, un tigre à dent de sabre, un petit cheval et le célèbre mylodon, une sorte de grand singe dont on a retrouvé des ossements et une peau rousse dans une caverne près de Puerto Natales.

Chasseurs et pêcheurs
Couteaux, pointes de flèches et poinçons témoignent des activités de chasse et de pêche des Indiens. Ces peuples nomades organisaient des expéditions en canoë pour chasser les otaries et les oiseaux, mais aussi collecter les oeufs.




La chasse à l’arc se faisait à l’origine à pied. Les Indiens adoptèrent le cheval au contact des espagnols. Comme instrument de chasse, ils lançaient une cordelette liant deux ou trois poids pour entraver les membres de l’animal.

L’arrivée des premiers colons
L’implantation des colons européens à la fin du 19e siècle fut un désastre pour les Indiens. En brûlant des milliers d’hectares de forêts, les colons éleveurs de moutons les condamnaient à disparaître. (voir mon reportage sur l’usine Frigorifico de Puerto Bories)

En 1880, le missionnaire Thomas Bridges estima la population des Indiens à environ 3.000 individus. Maladies, massacres, déportations en masse, extermination furent le triste sort qu’on réserva à ces Indiens “trop rebelles pour être civilisés”.

Les chasseurs de têtes
Pour se nourrir, les Indiens chassaient les guanacos. Mais les colons avaient éliminés les troupeaux pour laisser la place à leurs moutons. Les Indiens tuèrent alors quelques moutons. Le prétexte fut bon, dans les années 1890, pour enrayer le fléau. Les colons engagèrent alors des chasseurs de têtes qu’ils payaient une livre sterling par paire d’oreilles indiennes ramenées. Ces odieuses tueries se prolongèrent jusqu’en 1922.




Déportations dans les réserves
Les derniers rescapés durent abandonner leur vie nomade et leurs traditions. Parqués d’en d’infâmes réserves où les missionnaires tentèrent de les “éduquer et de les évangéliser”, ils succombèrent silencieusement, ivres d’alcool et de désespoir. La dernière représentante du peuple Ona et de sang Ona, Angela Loij, est morte le 28 mai 1974.


La mémoire collective
L’histoire s’est attachée à quelques clichés, leur nudité, leur corps peint, leur visage.


Mais on ne parlait jamais du massacre des Indiens. Ce génocide a profité à une poignée de familles d’origine européenne qui se sont appropriées des millions d’hectares pour l’élevage de leurs moutons.

La culture Mapuche
Seuls survivants des peuples natifs du pays avant l’arrivée des colons européens, les Mapuches représentent aujourd’hui 10% de la population chilienne. Ayant résisté à l’empire Inca et aux soldats espagnols, ils ont perdu au 19e siècle près de 95% de leur territoire, soit l’équivalent de la surface du Portugal.






Une collection d’art précolombien
Au sud de Santiago du Chili, le Museo Andino de Santa Rita rassemble une exceptionnelle collection d’objets d’art précolombien. Tissus, parures, poteries, certaines pièces proviennent de la culture Mapuche. Un musée passionnant!




Déportés dans des réserves ou poussés à l’exode vers les grandes villes, principalement dans la région de Santiago, les Mapuches revendiquent aujourd’hui la restitution de leurs terres et la conservation de leur langue et de leur culture.

Pour aller plus loin:
- Museo Chileno de Arte Precolombino, Santiago du Chili. www.precolombino.cl
- Museo Andino, Fondation Claro Vial, Santa Rita, au sud de Santiago, www.museoandino.cl
- Museo Historico Municipalidad Natales, Manuel Bulnes 285, Puerto Natales, Chili. http://www.redmuma.cl/650/w3-article-49674.html
- A lire: “Menendez, roi de la Patagonie”, José Luis Alonso Marchante, éd. Catalonia 2014 et « Une race qui disparaît, les Indiens Tehuelche », Ramon Lista (1855-97), Madrid Interfolio 2019.
- Sur le web: http://reydelapatagonia.blogspot.com/2015/04/le-genocide-des-indiens-du-sud-du-chili.html et https://www.wikiwand.com/en/Selk%27nam_genocide
Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Amérique, pour découvrir mon reportage sur le Chili, la Patagonie, le Parc Torres del Paine, le Frigorifico de Puerto Bories, Santiago du Chili, l’île de Pâques, l’histoire des Moai de l’Ile de Pâques, l’île de Chiloé, l’Argentine, la Bolivie et la Cordillère des Andes, ou cliquez sur les liens.


Quelle tristesse, j’espère que les survivants auront gain cause, mais j’en doute
Les mentalités ont changé et je pense que le gouvernement est plus à l’écoute des peuples natifs du pays.
Hélas on peut dénombrer moins de 2% des survivants Tehuelches actuels comme provenant des tribus du sud (Patagons) .Les Tehuelches de la Pampa ont été intégralement exterminés. Les mapuches de la Cordillère ne sont pas des Tehuelches.
Quelle chance vous avez Agnes de faire toutes ces découvertes au cours de vos voyages. Merci de partager surtout moi qui ne suis jamais sorti de mon trou. L’on s’aperçoit que les européens ne se sont pas mieux comportes que les colons américains et eux aussi massacre des milliers de gens différents d’eux ,de couleur,de culture,de religion, et toujours afin de prendre aux autres, comment peut on encore penser qu’un jour le genre humain pourrait vivre en paix
Merci de me lire Raymond. Oui, j’ai beaucoup de chance de voyager. Je vis chaque nouvelle découverte de manière intense. Le monde est complexe, il y a le pire et le meilleur. Espérons que le meilleur finisse par gagner.
Et ce qui est troublant c’est que le même homme soit capable du meilleur comme du pire …
les vrais sauvages ce ne sont pas ceux que l’on croit mais ceux qui vivent sous un masque souriant .
Les gouvernements du Chili et de l’Argentine doivent reconnaître officiellement le génocide et l’extermination des autochthones .
On entend: *plus jamais ça* mais ça continue et ça continuera tant que la richesse sera maîtresse de certains, le peuple n’est rien est pourtant c’est lui qui est la richesse d’un pays.
Bonjour, comment me procurer le livre ou le texte en français de ce livre : Menendez, roi de la Patagonie”, José Luis Alonso Marchante, éd. Catalonia 2014
Peut être sur un site internet?
Bonjour Agnés, pour info, dans l’analyse génétique de fossiles trouvés en Sibérie apparaissent des gènes spécifiques des peuples de Patagonie et des tibétains, un grand voyage inter période glaciaire , du Jaon jusqu’en Patagonie …quand les terres arctiques étaient couvertes de forêts et que mers, fleuves et rivages étaient les seules voies facilement accessibles ainsi que les sentes et pistes crées par les animaux .
Bonjour René, merci pour cette info très intéressante. On imagine les terres arctiques couvertes de forêts.