Une ligne claire définit le travail de l’architecte paysagiste Nathalie Devallée, avec un parfait équilibre entre le végétal et le minéral.
Nathalie, dessine-moi un jardin
Ne vous fiez pas à l’allure sage de cette charmante blonde! Nathalie Devallée a une solide expérience dans la création de jardins et d’espaces paysagers. Travaillant en binôme avec son époux Gaël du Bouëtiez de Kerorguen, son bureau d’étude assure la conception et la réalisation d’espaces innovants et structurés, des lieux de vie, séduisants à l’oeil, agréables à l’esprit.

Du rêve à la réalité
Voilà 25 ans que Nathalie Devallée conçoit et réalise des jardins, des terrasses, des patios et des espaces paysagers. Préserver l’intimité d’un lieu, jouer avec la lumière et les matériaux, travailler l’espace en profondeur, respecter l’environnement, soigner les détails, la décoration, le mobilier, l’éclairage, simplifier l’entretien… Points de rencontre du rêve et de la réalité, les espaces paysagers créés par Nathalie Devallée sont des lieux de vie, agréables à l’oeil, agréables à l’esprit.

L’esprit du lieu
«La rencontre avec le client est la première étape, un moment crucial. On rentre dans l’intimité des gens. Il faut beaucoup écouter. Vient ensuite la découverte du lieu, ses forces, ses faiblesses. Je fais souvent moi-même le relevé du terrain pour m’imprégner de l’esprit qui y règne. Je prends des photos, je fais des croquis et je découvre ainsi une foule de détails que je vais pouvoir exploiter dans mon projet. De retour au bureau, je construis un squelette, une structure qui tiendra compte des différences de niveaux, des circulations, des souhaits du client, de mes idées et des siennes, de la scénographie, du paysage environnant et, bien sûr, du budget!»

Des pleins et des déliés
Influencée par le travail du paysagiste brésilien Roberto Burle Marx, Nathalie Devallée dessine ses jardins comme un tableau. «J’ai été au Brésil juste après le décès de Burle Marx. Son œuvre m’a fortement impressionnée. Lui est arrivé au jardin par la peinture. Avant de créer des jardins, il les peignait. Cette approche très picturale m’a vraiment séduite et j’ai spontanément abordé le jardin de cette façon.» Dans les projets de Nathalie, les petits jardins, les patios et les terrasses, on retrouve ces formes libres et organiques qui dessinent une toile abstraite que l’on aime regarder et où on aime vivre.

Plus le jardin est petit, plus les détails de plantation et les éléments décoratifs retiennent l’attention de Nathalie. «Un parc va vers le paysage, dans l’extensif. Dans un petit jardin, l’environnement peut être exploité afin de donner l’impression que le jardin se prolonge bien au-delà grâce au jardin du voisin. Les arbres sont taillés en transparence pour donner de la lumière. Pour dilater l’espace et faire oublier les limites du terrain, je crée parfois des diagonales et des arrêts visuels qui sont autant de repères successifs. Ces plans intermédiaires qui compartimentent l’espace entretiennent le mystère et retardent le plaisir d’accéder au reste du jardin pour en profiter pleinement.»

Le plan du jardin
Le plan du jardin doit se concevoir depuis la maison. «Il faut envisager tous les points de vue, à partir du rez-de-chaussée ou depuis le premier étage. En dessinant les tracés des terrasses, des allées et des parterres avec des jeux d’ombre et de lumière et des écrans de verdure, j’encadre la scène en gommant les limites réelles du terrain.»

Maintenu par de fines lames en acier Corten, du gravier calcaire lumineux remplace souvent le gazon, du moins en partie. On retrouve l’acier Corten et sa patine rouillée en bordure de parterres surélevés que Nathalie crée lorsque la terre manque. Ailleurs, on découvre une terrasse en briques de terre cuite posées sur chant ou un patio en bois exotique Ipé à grande durabilité et fixation invisible.

Le souci du détail
Dessiner un jardin, créer une terrasse, intervertir deux plantes, élaguer un arbre, nettoyer un mur… C’est sans doute ce qui motive le plus Nathalie dans son métier: l’absence de routine. Chaque détail est soigné, du drainage à l’éclairage en passant par l’arrosage automatique qui, contrairement à ce que l’on pense, permet d’économiser l’eau par un goutte à goutte bien programmé.

Pour Nathalie, chaque jardin est unique. «C’est avant tout dans le dialogue avec le client que tout se fait. Il faut parfois simplifier, parfois aller plus loin. Rien n’est jamais écrit à l’avance. La qualité des sols est souvent une question préalable. Il faut parfois retourner la terre ou la changer en partie. J’ai dû creuser des parterres au marteau piqueur! Mais l’exercice est salutaire et les difficultés créatrices. Parfois les jardins sont plus tranquilles et quelques retouches suffisent à lui redonner du sens.»

La palette végétale
Nathalie fait partie des paysagistes qui connaissent parfaitement les végétaux. «Ce n’est que quand la structure du jardin arrive à l’harmonie que je pense aux plantations. Je crée alors une palette spécifique pour le jardin, avec ma propre approche botanique et picturale.» Chaque espèce ou variété est soigneusement choisie en fonction de la nature du sol et de l’exposition, avec une sélection de végétaux que Nathalie apprécie particulièrement et qu’elle utilise à bon escient.

«Je fais des associations de couleurs, de textures, de parfums, tout en songeant aux saisons et aux espèces qui fleuriront ensemble. J’adore les jardins de Piet Oudolf ou de Louis Benech avec leurs parterres de vivaces impressionnistes. J’aime les associations de graminées avec les vivaces légères et vaporeuses telles les Verbena bonariensis, Gaura lindheimeri, Aster pringlei ‘Monte Cassino’, Thalictrum delavayi ‘Album’ ou Macleaya microcarpa ‘Kelway’s Coral Plume’ au charme désuet.»

Dans les jardins bien abrités
Dans les jardins bien abrités, Nathalie n’hésite pas à installer quelques plantes exotiques tels le Fatsia japonica, le Nandina domestica ou le Trachycarpus fortunei aux feuillages décoratifs. Il y a aussi l’Abelia grandiflora à la floraison parfumée ou le Lagerstroemia indica, le lilas des Indes à la floraison estivale abondante. Parmi les arbustes préférés de Nathalie, on retrouve l’Amelanchier lamarckii et le Cornus kousa ‘Eddie’s White Wonder’, pour leur silhouette graphique et leur floraison intéressante. L‘Heptacodium myconoides à l’écorce décorative et à la floraison estivale tardive est un arbuste injustement méconnu qui mérite aussi sa place dans les jardins de Nathalie. (voir mon reportage sur les plantes du Sud)

Place aux feuillages persistants
Pour Nathalie, tous les végétaux au feuillage persistant vert, gris ou panaché sont essentiels pour structurer le jardin et lui donner du volume. Ils assurent un décor permanent et vivant, même au cœur de l’hiver. La gamme des végétaux à feuillage persistant utilisée par Nathalie est particulièrement intéressante. En toile fond, on découvre le beau feuillage lustré du laurier du Portugal, Prunus lusitanica ‘Angustifolia’, celui du camélia d’automne, Camellia sasanqua ou l’Oranger du Mexique, Choisya ternata, à la floraison parfumée. A mi hauteur s’installe le Leucothoe fontanesiana ‘Scarletta’, un élégant petit arbuste au port souple et arrondi ou le Daphne tangutica au feuillage coriace et à la floraison odorante. (voir mon reportage sur les arbustes à feuillage persistant)

Le fusain au feuillage panaché, Eonymus fortunei ‘Emerald Gaiety’ forme une excellente bordure basse le long d’un massif. «Oubliez le buis. Il y a tant d’autres petits arbustes au feuillage persistant qui peuvent structurer le jardin.» L’Ilex crenata ‘Blondie’ aux feuilles vert clair ou l‘Osmanthus heretophyllus sont utilisés en haie taillée. (voir mon reportage sur l’Ilex crenata)

Pour animer l’avant-plan des massifs ou l’angle d’un patio, Nathalie nous fait découvrir les véroniques arbustives, Hebe pinguifolia au feuillage gris argenté ou Hebe odora buxifolia au feuillage vert foncé qui ressemble à un buis. «J’aime aussi le Sarcococca hookeriana ‘Humilis’, un ravissant arbuste nain au port dense et à la floraison hivernale parfumée. C’est une excellente plante pour un jardin de ville, tout comme l’Andromeda polifolia ‘Compacta’, à la floraison printanière très décorative suivie de petits fruits noirs. Près de la maison, j’installe un Pittosporum tobira ‘Nana’ au joli feuillage compact vert brillant et à la floraison au parfum délicat de miel et de vanille. Il peut être aussi taillé en boule et installé dans une poterie sur la terrasse. Mais il est tout de même sensible au gel et il faut lui réserver un endroit bien abrité.» (voir mon reportage sur les Véroniques arbustives)

Nathalie Devallée, architecte paysagiste, étude et aménagement. https://www.devallee-nathalie.be/
Crédits photos Nathalie Devallée et Inès du Bouëtiez pour le portrait
Reportage publié en 2023 dans la revue Eden https://edenmagazine.be/fr
Rendez-vous dans la rubrique Découvertes, Portraits, pour découvrir mes reportages sur les paysagistes Jean Noël Capart, Bas Smets, Michel Desvigne, Jean Mus, Piet Oudolf, John Brookes, François Goffinet, Alain Baraton, Christophe Spehar, Jules Buyssens, Palick van Hövell, Dominique Eeman, ou cliquez sur les liens.


Une belle balade et des photos toujours aussi magiques. Acceptez de tout cœur nos vœux les plus chaleureux pour cette nouvelle année : santé, bonheur et prospérité. Bonne année 2024.
Bonne année à vous aussi. J’ai été voir votre blog le Jardin de Pacalou. Les vues sont très poétiques, on dirait un oiseau ou un chat qui se promène dans le jardin…