Architecte-paysagiste et urbaniste, Jean Noël Capart est un maître qui a inspiré la nouvelle génération d’urban designer.

 

Entre terre et mer

«Je voulais être marin. A 18 ans, j’ai passé mon examen d’entrée à l’école navale d’Anvers pour être officier de marine mais mon destin m’a conduit vers d’autres chemins…» Jean Noël Capart est né en 1938 à Loverval, un très ancien village situé dans la Province du Hainaut. Il passe son enfance dans un grand chalet en bois, entre le jardin, le potager et la forêt toute proche. Suivant le sillon familial, Jean Noël entame des études d’ingénieur à Charleroi. Il déteste, quitte les cours, achète une moto anglaise BSA 250cc et part faire un tour d’Europe. Triest, Florence, Madrid, la vie est belle et insouciante. Doué pour le dessin et les mathématiques, Jean Noël s’inscrit à son retour en architecture à La Cambre. Nous sommes en 1958, c’est l’époque de l’Exposition universelle et de la Belgique-Joyeuse.

L’horticulture à Vilvorde

Professeur d’urbanisme à l’Académie de Liège, son oncle Guy Capart est architecte paysagiste. Féru de botanique, Guy Capart est un homme qui a le sens du paysage dans la lignée d‘Edouard André. C’est aussi un visionnaire qui se signale à partir des années 1950 par ses études pionnières sur le reboisement des terrils de charbonnages. «Mon oncle me propose de travailler à ses côtés. L’idée me plaît d’autant plus que ses bureaux se trouvent dans ma maison natale de Loverval. Il m’encourage à suivre des cours d’horticulture à Vilvorde. J’y découvre les cultures potagères, jardinières et forestières, les engrais, les greffes et les semis.»

Architecte du paysage à Lausanne

Avec son ami Hubert Wattiaux qui avait étudié l’horticulture à Mariemont, Jean Noël Capart poursuit sa formation dans l’excellente école de l’Athenaeum de Lausanne. C’était un cursus très traditionnel et classique avec beaucoup de références historiques et axé principalement sur la création de parcs et jardins, la restructuration des paysages et l’implantation des voies dans leur environnement. «Nous avons été les deux premiers belges à décrocher un véritable diplôme d’architectes paysagistes alors qu’en Belgique on ne délivrait que des graduats en architecture de jardins.»

Urban Landscape Design à Berkeley

La rencontre de Jean Noël Capart avec René Pechère va être déterminante dans sa carrière. Le célèbre architecte de jardin lui conseille de compléter sa formation aux Etats-Unis. Après quelques mois dans le Missouri chez un oncle qui exploite une des plus grandes pépinières des USA, ‘Breuning’s Bigtree’, Jean Noël Capart s’inscrit au College of Environmental Design de l’Université de Berkeley qui était dirigé par le professeur Vaughan. «Cette formation, alors unique dans le monde avec l’université de Harvard, rassemblait l’architecture, l’urbanisme, l’urban design, les paysages, la géographie et l’écologie. J’y ai suivi un Master en Urban Landscape Design qui enseignait le dessin de l’espace public. Lors de mes études à Berkeley, j’ai eu la chance de côtoyer les plus grands paysagistes parmi lesquels Thomas Church, le pape américain du paysagisme qui est devenu un ami, Garret Eckbo, Lauwrence Halprin, Roberto Burle-Max ou Eliseo Arrendondo.  J’étais tombé dans le Saint des saints.»

Paysagiste et Urbaniste

C’est en 1968 que Jean Noël Capart fonde à Bruxelles avec Hubert Wattiaux et Marc Molter JNC, son bureau d’étude d’architecture du paysage. Ca démarre vite et très fort. L’Université Catholique de Louvain lance son projet de Louvain-la-Neuve, une ville nouvelle conviviale et aérée. Le recteur de l’UCL et le professeur Raymond Lemaire lui donnent la mission d’intégrer la ville de Louvain-la-Neuve au paysage existant et la remettre à l’échelle humaine. Son bureau d’étude va organiser tous les espaces publics, les parcs, étangs et terrains de sports. «Ce projet fut une grande première à tous égards. Pour la première fois en Europe, on confiait le dessin d’un espace urbain à un ‘urban designer’ et pas à un architecte ou à un urbaniste pur et dur.»

JNC International

Les contrats du bureau JNC se succèdent à un rythme exponentiel. En 1983, Jean Noël Capart fonde le bureau JNC International. «En associant le paysage à l’urbanisme, et en particulier à ce nouveau métier venu des USA qu’était le Urban Landscape Design, nous avons créé un bureau pluridisciplinaire qui regroupait des architectes paysagistes, des urbanistes, des architectes, des horticulteurs et des écologues.» De Moscou à Lisbonne, JNC International devient un des plus grands bureaux d’étude de paysagisme d’Europe, avec une équipe de 55 collaborateurs. C’est surtout son approche en tant que paysagiste et urbaniste qui est appréciée. La réalisation de Louvain-la-Neuve lui ouvre les portes des institutions chargées de développer des villes nouvelles de la région parisienne, Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin en Yvelines.

Durant sa longue carrière, Jean Noël Capart a dirigé avec ses collaborateurs la réalisation de près de 3500 projets d’urbanisme, de restauration de parcs historiques, de création de golfs ou de jardins privés. Il a formé de nombreux paysagistes de talents qui volent aujourd’hui de leurs propres ailes. Une page se tourne lorsque Jean Noël Capart cède en 2008 à une nouvelle équipe dirigée Guillaume van der Vaeren son bureau d’étude JNC qui devient Joining Nature & Cities.

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Le respect du client et du site

Désormais, Jean Noël Capart se consacre exclusivement à la création de jardins privés. «L’important pour moi, c’est le respect du client et du site.» Les paysagistes René Pechère, Jacques Wirtz ou Eric Dhont ont un style très reconnaissable. Jean Noël Capart n’a pas un style particulier et on ne peut pas dire que ses jardins portent sa signature. «Je n’ai pas un ego très affirmé, ni de marque de fabrique. Je préfère comprendre le rêve du client pour le traduire en projet esthétique autant que cohérent.»

Regarder et voir

Un des clients et ami de Jean Noël Capart lui dit: «Jean Noël, tu as l’oeil, c’est pour cela que j’ai besoin de toi dans mes projets Les commanditaires de Jean Noël Capart ont souvent un problème à résoudre comme la mise en valeur d’une vue. «Le paysage reste à la base de tous mes projets. Il faut s’intégrer au site, sentir son sol, son climat, son ciel. Mon oncle Guy m’a appris à regarder puis à voir.»

Espace et perspectives

Héritier de Capability Brown, Jean Noël Capart est un maître du paysage avec un sens aigu de l’espace et des perspectives. Après son intervention, on croit que le paysage a toujours existé. Les travaux de terrassement pour remodeler le relief du sol sont pourtant souvent importants. Une butte est déplacée pour créer un vallonnement qui redessine la courbe de l’horizon.  Dans la création des chemins, Jean Noël Capart dessine lorsque c’est possible des séquences visuelles avec un passage en sous-bois, une vue vers le bâtiment, la découverte d’un étang ou d’une vue à l’horizon. Pour dégager des perspectives, il faut parfois avoir le courage d’abattre des arbres centenaires. «Un jardin se fait avec le ciel qui souligne l’horizon. Il faut faire des percées, des ouvertures dans le paysage. Les vues doivent être encadrées. Si le paysage est trop ouvert, il devient moins intéressant. Pour donner de la profondeur, il faut créer des fenêtres visuelles en installant en avant plan une statue ou un arbre pour donner une échelle au paysage.»

Un perfectionniste

«La nature ne fait pas de jardins» disait René Pechère en citant le philosophe Emile Chartier, dit Alain. C’est le paysagiste qui crée le jardin, qui redessine le paysage. Jean Noël est un perfectionniste qui veille à chaque détail lors de la création d’un jardin. Lors des travaux de terrassement d’un terrain en pente qui descend vers la maison, il veille à l’écoulement des eaux de ruissellement. «L’eau est un grand danger qui peut inonder la terrasse et la maison. Il est inutile d’installer des avaloirs sur les bords de la terrasse. Il faut créer une légère cuvette en amont et donner un profil au terrain qui détourne le ruissellement des eaux de pluie vers l’un des côtés de la maison.»

L’orientation et la vue

L’oeil du maître supervise tout, du dessin d’un escalier aux fondations d’une allée carrossable en gravier. L’emplacement de la terrasse n’est pas toujours évident. «On a tendance à installer une terrasse contre la maison plein sud avec une vue vers le fond du jardin. Mais si on écarte un peu la terrasse du bâtiment, sur le côté ou dans le fond du jardin, on bénéficie alors d’une vue vers la maison ce qui peut être aussi très agréable. Lorsqu’on est face au sud, le regard est ébloui tandis qu’une vue au nord est plus belle.»

Des repères successifs

Dans les jardins de taille moyenne ou les petits jardins, Jean Noël crée une succession de plans avec des arrêts visuels qui sont autant de repères successifs qui font oublier les limites du terrain. «Il faut tracer des lignes fortes, un muret, une haie en banquette, les montants d’une pergola, un rideau d’arbres palissés ou un groupement d’arbustes qui créent une rupture dans l’espace et dissimule au regard les limites du jardin. Pour donner du rythme et rompre la monotonie, on peut jouer aussi sur les différences de niveau. Il suffit parfois de deux ou trois marches pour avoir l’impression de changer complètement de lieu.»

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Des plantations sobres

Pour les plantations, Jean Noël Capart fait dans la sobriété. Une dizaine d’espèces ou variétés suffisent pour structurer le jardin.  «De la sobriété naissent souvent des jardins magnifiques. Il faut penser à long terme, ne pas planter trop serré pour laisser aux plantes le temps de se développer. Mes jardins se définissent souvent par leur impact le plus neutre possible sur l’environnement. Ils s’inscrivent dans le temps et respect de la nature, même s’il m’arrive d’utiliser des plantes venues d’ailleurs.» Ne plus planter de platanes apportés par les Romains, de peupliers venus dans les bagages de Napoléon de retour d’Italie ou de rhododendrons ramenés de l’Himalaya pour suivre les principes écologiques semble excessif aux yeux du paysagiste. Pour créer une banquette verte ou pour couvrir un talus, on retrouve souvent dans ses jardins le Ligustrum obtusifolium ‘Massif’ au port dense et trapu. (voir mon reportage sur le Ligustrum obtusifolium ‘Massif)

Créateur de jardins

Connu et reconnu dans le monde entier, Jean Noël Capart a dirigé pendant quarante ans «JNC International», un des plus grands bureaux d’étude d’architecture du paysage d’Europe. A 85 ans, l’architecte paysagiste continue à créer des jardins, car c’est qu’il aime faire.

A Viens, dans le Luberon, Jean Noël Capart a participé à la création du domaine viticole ‘Les Davids’, 200 ha qui étaient couverts il y a vingt ans de prairies de troupeaux de moutons. II revient régulièrement sur le site pour peaufiner les aménagements des abords des hameaux et des maisons d’hôtes afin qu’ils s’intègrent parfaitement aux plateaux de Haute Provence. « Le but est de ne pas voir la signature d’un paysagiste. Restons modeste face à cette nature… »

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Restant allergique aux programmes informatiques, Jean Noël Capart dessine comme il l’a toujours fait sur une table de dessin, avec un crayon, une gomme et quelques marqueurs de couleurs. Pour le plus grand bonheur de ses clients.

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Jean Noël Capart, architecte-paysagiste, membre de l’A.B.A.J.P., l’Association belge des Architectes de Jardins et des Architectes Paysagistes, de la F.F.P., la Fédération Française du Paysage et de l’A.S.L.A., American Society of Landscape Architects. https://www.abajp.be/fr/ et https://www.f-f-p.org/ et https://www.asla.org/

A lire : «Entre mers et jardins. Souvenirs de Jean Noël Capart» Olivier de Woot, CopyMedia, mars 2018

Reportage publié dans la revue Eden https://edenmagazine.be/fr

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