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En Brabant wallon, l’église Saint-Etienne d’Ohain organise à Noël une exposition de 150 crèches venues des quatre coins du monde. Moment de grâce…

 

L’église Saint-Etienne d’Ohain

Baignée par le Smohain, un affluent de la Lasne, la région d’Ohain en Brabant Wallon se compose de plateaux à larges ondulations. Entourée de petites maisons basses en briques chaulées, la belle place arborée du village est un site classé tout comme l’église Saint-Etienne.

Contrairement à ce que le cartouche de 1759 visible dans la nef pourrait le laisser penser, l’existence de l’église est bien antérieure à cette date. Les bases en grès de la tour dite sarrasine remontent à l’époque romane.

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Crèche d'Ohain
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Bethléem à Ohain

Initiée depuis une vingtaine d’années par le curé de la paroisse et une équipe de bénévoles, l’exposition de crèches ‘Bethléem à Ohain’ organisée dans l’église paroissiale est unique en son genre. Durant près de deux mois, en décembre et janvier, le porche et les bas-côtés de la nef sont couverts d’une multitude de scènes retraçant la Nativité. Que l’on soit croyant ou pas, la plus grande joie de ces crèches c’est d’apporter un peu de sérénité, de paix et d’amour.

Cent cinquante crèches mises en scènes, éclairées et parfois animées proviennent de collections privées et de dons de paroissiens. Elles sont arrivées des cinq continents, de Suisse, d’Ethiopie, des Philippines, du Pérou ou du Brésil où l’on fête Noël avec la même ferveur.

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Les crèches les plus anciennes exposées sont en cire. Les autres sont en bois tourné, argile, plâtre papier mâché, porcelaine, verre de Murano ou albâtre, en cuivre, étain ou bronze.

La fête de la lumière

Noël est une fête chrétienne que l’on célèbre le 25 décembre depuis le 4e siècle. Cette période coïncide avec le solstice d’hiver, le moment de l’année où les jours commencent à rallonger. Elle est célébrée depuis les temps immémoriaux chez les Romains, les Perses et les Celtes. C’est la «naissance du soleil» (natalis en latin) qui est à l’origine du mot de Noël. Une date symbolique adoptée par l’Eglise romaine pour célébrer la rencontre de Dieu, lumière du monde et de l’humanité entière.

 

La tradition de la crèche

Les premières représentations de la scène de la Nativité se retrouvent dans une fresque paléochrétienne des catacombes de Priscilla à Rome qui date du début du 3e siècle. Elle représente la Vierge avec l’enfant sur ses genoux. Un siècle plus tard, on retrouve la même scène en bas reliefs représentés sur des sarcophages.

Dans la Basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, depuis le 6e siècle, on célèbre Noël la nuit du 25 décembre, date fixée comme anniversaire de la naissance de Jésus. On y retrouve la plus ancienne crèche monumentale non vivante réalisée en pierre. On la doit au pape Nicolas IV qui en 1288 passa commande à Arnolfo di Cambio d’une représentation de la Nativité. Plus tard, on retrouve cette scène sur les vitraux des cathédrales, sur des fresques, des minitatures et des retables peints.

Les crèches vivantes du Moyen-Age

Les mystères de la Nativité étaient également joués au début du Moyen-Age par des comédiens sur les parvis des églises. Mais la tradition des crèches vivantes au moment de la messe de Noël aurait été instaurée par St François d’Assise au 13e siècle dans la petite ville italienne de Greccio. Cette initiative des crèches vivantes fut reprise dans toute l’Italie avant de gagner une grande partie de l’Europe.

Les premières crèches

Diffusés par les Franciscains dans les couvents, les premiers personnages sculptés représentant une crèche sont en bois peint, parfois à taille humaine. Au cours des 16e et 17e siècle, les missionnaires de la Compagnie de Jésus partent à la conquête du monde. Les crèches s’installent dans les églises d’Europe et d’Asie jusqu’aux comptoirs portugais d’Amérique du Sud. Conscient du pouvoir de la célébration de la Nativité, les Jésuites multiplient les crèches s’en servant de catéchèse dans le cadre de la Contre-Réforme.

Les crèches baroques

Au 18e siècle apparaissent les premières crèches mécanisées constituées de mannequins automates articulés. A Naples et dans le sud de l’Italie, les plus grands artistes utilisent leur savoir-faire pour représenter la Nativité. Les grandes figurines sont en terre cuite ou en bois avec des yeux de verre, personnages richement parés d’étoffes précieuses.

Très catholique, Charles III, roi de Naples, d’Espagne et des Indes, diffuse la tradition des crèches en Espagne. On entre dans la période de la crèche baroque avec le sens du spectaculaire et du mouvement. Les drapés de tissus forment une scène théâtrale éclairée de lampes et de miroirs.

Une crèche dans chaque foyer

Pendant la période de la Révolution française où la pratique religieuse est interdite, les crèches se multiplient dans les maisons pour célébrer Noël. Les figurines sont réalisées en cire, terre cuite, plâtre ou mie de pin. La Nativité se mêle aux scènes de la vie quotidienne dans un décor varié de grottes, de places animées, de tavernes et d’églises. Les animaux sont aussi représentés dans une ambiance champêtre.

La scène de la Nativité

C’est sur la base des Ecritures que l’on représente traditionnellement la Nativité dont le récit est relaté dans l’ Evangile de St Luc (Luc 2, 1-20). «En ces jours là parut un édit de l’empereur Auguste qui ordonnait le recensement de tout l’Empire. Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville d’origine. Joseph monta de la Galilée, depuis Nazareth dans la région de Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem… Il venait se faire recenser avec Marie qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.»

Joseph le charpentier

Joseph est un descendant d’Abraham et du roi David. Cet homme humble, juste et sage est fiancé à Marie. L’ange lui apparaît et lui dit « Ne crains rien Joseph… » Il apprend que Marie attend un enfant conçu de l’Esprit saint, engendré et non pas créé. Il devient le père nourricier de Jésus qui, de ce fait, appartient à sa lignée, celle de David.

Marie, mère de Jésus

Femme de Judée, Marie est la mère de Jésus. Vivant avec ses parents Anne et Joachim, elle est fiancée très jeune à Joseph. A l’Annonciation, Marie apprend par l’Ange Gabriel qu’elle sera mère de Dieu, mère du Sauveur et comme le dit le symbole des apôtres, « conçu de l’Esprit Saint ». Le dogme de l’Immaculée Conception nous dit que Marie est née sans le péché originel. Il fait référence à son adhésion à la volonté de Dieu.

Une simple crèche

Le mot crèche signifie auge ou mangeoire des animaux. C’est dans cette auge que Jésus aurait été placé juste après sa naissance. «Pendant qu’ils étaient là, le moment où Marie devait enfanter arriva et elle mit au monde son fils premier né. Elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle des hôtes.»

L’arrivée des bergers

Avertis par les anges, les bergers arrivent les premiers à Bethléem sur les lieux de la Nativité. «Il y avait dans la même région des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux… Aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur.»

Les anges de l’armée céleste

Généralement suspendu au-dessus de l’étable, l’ange Gabriel est le messager de l’enfant Jésus. Il est parfois représenté comme un ange qui souffle, tient une trompette et guide les bergers vers la crèche. «Et soudain, une foule d’anges de l’armée céleste se joignit à l’ange. Ils adressaient des louanges à Dieu et disaient: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre et bienveillance aux hommes qu’il aime.»

L’enfant couché dans la crèche

L’enfant Jésus est le personnage central des crèches d’Ohain et de toutes les crèches du monde. Dans les foyers catholiques, on ne le place dans la mangeoire que le 24 décembre à minuit. Né dans des conditions misérables qui l’avaient littéralement jeté sur la paille, le bébé prend apparemment les choses du bon côté. Il a les joues roses et joufflues, le sourire aux lèvres comme il sied à un enfant Jésus de cet âge. Il tend les bras vers l’assistance, accueillant tout le monde sans différence de races ni de conditions. C’est Dieu qui les bras ouverts accueille l’humanité entière.

L’âne, le boeuf et les moutons

Dans le fond de l’étable se trouve l’âne qui aurait servi de monture à Marie dans son voyage. Le boeuf réchauffe comme il peut le nouveau-né de son souffle. Les troupeaux de moutons sont également présents alors que les bergers viennent à la crèche offrir un agneau.

L’étoile

Une étoile est souvent placée au sommet de la crèche. Elle rappelle celle qui a guidé les rois Mages dans le récit de l’Evangile selon Matthieu (Mt 2, 1-12). Ayant appris la naissance de Jésus, les rois Mages viennent de l’Orient guidés par une étoile pour rendre hommage « au roi des Juifs » qui vient de naître et lui apporter à Bethléem des présents.

Les Rois Mages

A l’Epiphanie, les rois mages sont ajoutés à la crèche. Ils sont au nombre de trois: Melchior, un vieillard à cheveux blancs sommé d’une couronne et à la barbe longue, souvent représenté à genoux. Il apporte de l’or comme offrande qui évoque la royauté de Jésus. Gaspard, originaire des Indes et rouge de peau, arbore comme couvre-chef un énorme turban. Ce sultan apporte de l’encens symbole de la divinité. Balthazar, le roi Africain à la peau d’ébène apporte la myrrhe en offrande qui symbolise son humanité. Venant de très loin pour s’incliner devant le roi de l’Univers, ils sont accompagnés de dromadaires.

Et tout le village

Autour de la crèche sont assemblés des santons, les ‘santouns’, ou petits saints, typiques des crèches provençales. Ces personnages viennent saluer la naissance de Jésus dans la crèche.

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On y reconnaît tous les métiers et habitants du village, le meunier, le boulanger, le bûcheron, le laboureur, le rémouleur, le porteur d’eau, le fermier, le jardinier, la lavandière, le vannier, le chasseur, le pêcheur, le mitron, l’aveugle et son guide, le bohémien ainsi que le curé, les moines et les pénitents et même le simplet du village.

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Dans nos foyers

Au Vatican, c’est Jean Paul II qui a décidé en 1982 de l’installation d’une crèche grandeur nature et d’un grand sapin illuminé sur la place Saint-Pierre. Devant les santons à taille humaine, on entrevoit alors cette scène de la Nativité, un peu comme les bergers de Bethléem, lorsqu’ils se prosternèrent, il y a plus de 2000 ans, devant cet Enfant-Dieu.

En 2008, Benoît XVI a rappelé l’importance de faire une place à la crèche dans nos maisons. «Je souhaite qu’un élément aussi important, non seulement de notre foi, mais aussi de la culture et de l’art chrétien, continue à faire partie de cette grande solennité. Au fond, c’est une façon simple et éloquente de se souvenir de Jésus qui, en se faisant homme, est venu habiter parmi nous et, avec la crèche, habite réellement avec nous.»

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En 2019, le Pape François a conclu dans une lettre apostolique « Chers frères et soeurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l’enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l’amour de Dieu pour nous, à vivre et croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui Fils de Dieu et de la Vierge Marie et à éprouver en cela le bonheur. A l’école de saint François, ouvrons notre coeur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière: notre « merci » à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls. »

Exposition de Crèches de Bethléem à l’Eglise Saint-Etienne d’Ohain

Chaque année, du 10 décembre à fin janvier, exposition de 150 crèches dans l’Eglise Saint-Etienne d’Ohain, entrée libre du lundi au samedi de 10h à 17h30 et le dimanche de 12h à 18h sauf pendant les offices religieux. Eglise Saint-Etienne, rue de l’église Saint-Etienne à Ohain, à 45 km au sud-est de Bruxelles, Belgique. www.paroisseohain.com

A lire: 

  • « Crèches du monde, un monde de crèches », Maria Skrzeczkowska et Patrick Bolle, éditions L’àpart
  • « Faire la crèche en Europe », sous la direction de Marie-Pascale Mallé, conservateur en chef du Patrimoine des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, éditions RMN Réunion des Musées Nationaux
  • « Les Crèches Napolitaines », Alessandra Griffo, éditions Arthaud
  • « Un monde de crèches », Janine Couget, éditions Privat

 

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Europe, pour découvrir mes reportages sur le tourisme en Belgique, l’Abbaye de Villers-la-Ville, Waterloo 1815 ou cliquez sur les liens.

 

 

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