Monde de sens, de couleurs et de souvenirs, la maison de Claude Monet à Giverny nous fait pénétrer dans l’intimité du maître des lieux.

 

Giverny en Normandie

Situé entre Normandie et Ile-de-France, à trois kilomètres de Vernon, le village de Giverny s’étend au pied d’une colline dont les flancs descendent doucement vers la vallée de la Seine. Le 3 mai 1883, Claude Monet signe le bail de location du «Pressoir», la maison qu’il découvre et qui deviendra «sa patrie et son port d’attache». Située en contrebas au bout du village, la maison borde la rue. Elle domine un jardin d’un hectare avec un grand verger. Dans le fond passe un petit chemin de fer départemental conduisant de Vernon à Gasny. (voir mon reportage sur le Jardin de Giverny)

Claude Monet, Paris 1840 Giverny 1926

A l’époque où il s’installe à Giverny, Monet a de grandes difficultés financières. Lorsque ses toiles commencent à bien se vendre, il se décide à acheter la maison. Veuf de sa première femme dont il a deux fils, Jean et Michel, Monet emménage à Giverny avec Alice Hoschedé qu’il épouse en 1892. Respectée et respectable, elle équilibre sa vie. Sa disparition en 1911 le laisse désemparé. Il est heureusement entouré de sa belle fille Blanche, l’épouse de son fils Jean qui décède à son tour en 1914.

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La maison de Monet

La maison au crépi rose de briques pilées est une bâtisse tout en longueur. Au centre, un fronton percé d’un oeil de boeuf lui donne l’allure d’une maison de maître.  En entrant dans la maison aux volets verts, le visiteur doit imaginer la maison résonnant des cavalcades des huit enfants, des allées et venues de Claude Monet entre son atelier et le jardin, l’atmosphère qui régnait dans la cuisine dès le matin quand les légumes arrivaient tout frais du potager, les retours de marché, les arrivées des amis venus de Paris…

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Le salon bleu

Au rez-de-chaussée, à gauche de l’escalier, la visite de la maison de Giverny commence par le salon de lecture encore appelé «petit salon bleu». Ses boiseries et son mobilier restauré sont authentiques. La pièce communique avec «l’épicerie» où étaient entreposés l’huile d’olive, les épices et les œufs, dans des meubles suspendus au mur.

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L’épicerie

Thé de Londres, vanille de l’île Bourbon, cannelle de Ceylan, girofle de Cayenne, les effluves de cette petite pièce s’accordent avec les fragrances du jardin. Aux murs, les fac-similés d’estampes japonaises montrent le commerce entre l’Orient et l’Occident.

 

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L’atelier de Monet

Lorsque Claude Monet arrive à Giverny, il installe son atelier dans une grange sans étage qui prolonge la maison. Monet a travaillé dans son premier atelier jusqu’en 1899. Il aime s’asseoir face à ses toiles qu’il peint en plein air et achève en atelier. Il a toujours plusieurs toiles en chantier à cause des changement de lumière.

L’atelier lui servait aussi de salon après chaque repas. La reconstitution de l’atelier nous offre une scène pleine d’atmosphère. Elle réutilise quatre-vingt pour cent du mobilier déjà sur place. On retrouve son chevalet, ses sièges de rotin, son divan capitonné jusqu’à son tapis de corde nettoyé et réparé.

 

Aux murs, sur trois rangs, Claude Monet accrochait ses toiles conservées aujourd’hui au musée Marmottan, au musée d’Orsay ou dans d’autres grands musées du monde. Des répliques sont présentées aux cimaises du salon-atelier selon un accrochage dense afin de retrouver l’atmosphère d’antan, dans le souci du grand respect de la vérité historique.

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«Ce salon-atelier était plein de vie et de jeunesse aux jours de 1886 où j’y suis allé pour la première fois, des jeunes filles, des jeunes gens, des adolescents, les enfants et les beaux-enfants de Mme Monet… Le repas terminé, on revenait à l’atelier prendre le café, en traversant le salon bleu où est placée la bibliothèque de Monet. C’est là que Mme Monet, entourée de ses enfants et des enfants de Monet, apparaissait dans tout l’éclat apaisé de la vie heureuse, ses yeux vifs brillant sous son auréole de cheveux poudrés.» (Gustave Geffroy)

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La salle à manger

Ouverte par deux portes-fenêtres, la salle à manger de la maison de Giverny est peinte en jaune de chrome, «toute dorée par le soleil». Le mobilier est également peint en jaune, ce qui était très moderne pour l’époque. Dans les vitrines, on peut voir la vaisselle en faïence bleue et le service jaune et bleu de Limoges que Monet avait fait faire pour recevoir ses amis Georges Clemenceau, Auguste Renoir, Paul Valéry, Stéphane Mallarmé ou Octave Mirbeau lors d’un de ces rituels déjeuner du dimanche.

Sur les murs, on admire des fac-similés de gravures japonaises issues de la collection de Claude Monet constituée de 231 estampes japonaises. Le maître de Giverny avait choisi de vivre au milieu de ces extraordinaires compositions d’Hokusai, d’Hirohige, d’Utamaro, introduisant de manière inattendue des touches japonaises dans l’univers tout à fait original qu’il avait créé à Giverny.

La cuisine

Aménagée à l’emplacement d’une petite grange, la cuisine de Giverny accueille le grand fourneau, l’évier, la balance, les poids, la machine à coudre. Elle brille de tout l’éclat de ses cuivres et faïences bleues et blanches de Rouen évoquant le mode de vie bourgeoise à la campagne à la fin du 19e siècle.

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La chambre du maître

La chambre de Monet se trouve à l’étage de la maison de Giverny, au dessus de l’atelier. C’est là qu’il vécut de 1883 à 1926. C’est là qu’il s’est éteint. La pièce a fait l’objet d’un minutieux travail de reconstitution avec un superbe bureau en marqueterie du 18e siècle et une belle commode ancienne.

Il n’existe aucune photographie montrant la chambre occupée par Monet de son vivant. Seuls des témoignages écrits évoquent la collection de peintures conservée par le peintre dans sa chambre et son cabinet de toilette.  «M. Monet s’est fait faire une chambre par-dessus l’atelier avec de grandes fenêtres, des portes et un parquet en pitchpin, et tendue de blanc. Dans cette chambre beaucoup de tableaux sont accrochés, entre autres une femme nue très jolie de M. Renoir…» (Julie Manet) «Dans sa chambre à coucher, tous les murs étaient couverts de tableaux. Je comptais onze Cézanne, quatre Manet! … Cependant, je remarquai qu’il n’y avait aucun Gauguin, aucun Van Gogh.» (Paulette Howard-Johnston)

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Ces toiles achetées ou données par les peintres dont il estimait le talent sont aujourd’hui dispersées dans tous les musées du monde. Une trentaine de répliques de peintures de Cézanne, Renoir, Manet, Delacroix, Boudin, Signac et d’autres artistes participent à l’émotion ressentie dans la chambre de l’artiste et dans son cabinet de toilette.

La chambre d’Alice

La visite se poursuit par le cabinet de toilette et la chambre d’Alice Monet qui donne sur une minuscule pièce destinée aux travaux de couture. Des nappes damassées cousues ensemble tapissent les murs des deux chambres.

Ce décor intime est très proche de ce que pouvait être celui d’une maison de campagne vers 1900.

La chambre de Blanche

De l’autre côté de l’escalier central, à l’étage, la maison de Giverny se prolongeait par les chambres des enfants et la chambre de Blanche Hoschedé-Monet, la belle-fille de Claude Monet qui demeura à Giverny jusqu’à sa mort en 1947.

Blanche est celle que Clémenceau surnomma «l’ange bleu», fidèle à la mémoire du peintre et gardienne de ce sanctuaire.

L’atelier des Nympheas

L’atelier des nymphéas est construit par Monet en 1915 en haut du jardin afin de pouvoir peindre avec une bonne lumière les grandes «Décorations des Nymphéas». Cette série de huit toiles monumentales que le maître a offert à la France en 1918 est aujourd’hui exposée au musée de l’Orangerie dans le Jardin des Tuileries à Paris. Les murs de l’atelier de Giverny sont ornés de reproductions évoquant à merveille cette oeuvre majeure de la première moitié du 20e siècle. L’atelier sert aujourd’hui de boutique librairie pour l’accueil des visiteurs.

Le jardin impressionniste

Claude Monet a vécu à Giverny de 1883 à 1926, soit quarante-trois ans. En se promenant dans son jardin et dans sa maison, les visiteurs ressentent toujours l’atmosphère qui régnait chez le maître de l’impressionnisme et s’émerveillent devant les compositions de fleurs et devant les nymphéas qui ont été ses sources d’inspiration les plus fécondes.

Nymphéas, Claude Monet, 1904

En 1897, Monet commence à peindre les nymphéas. «Ces paysages d’eau et de reflets sont devenus une obsession. C’est au-delà de mes forces de vieillard, et je veux cependant arriver à rendre ce que je ressens. J’en ai détruit… J’en recommence… et j’espère que de tant d’efforts, il sortira quelque chose.» L’eau ne cessera d’obséder Monet. «J’ai repris des choses impossibles à faire: de l’eau avec de l’herbe qui ondule dans le fond… C’est admirable à voir, mais c’est à rendre fou de vouloir faire ça. Enfin!. Je m’attaque toujours à ces choses-là!»

Nymphéas avec rameaux de saule, Claude Monet, 1916-1919

En cherchant à restituer l’atmosphère de cette surface d’eau sur laquelle flottent des taches de couleurs, Monet réalisera l’un de ses plus grands chefs d’œuvre et poussera sa peinture aux limites de l’art abstrait, où la vibration de la couleur suffit à évoquer un monde de sensations et d’émotions. «Le motif est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi.» «Je veux peindre l’air dans lequel se trouve le pont, la maison, le bateau. La beauté de l’air où ils sont, et ce n’est rien d’autre que l’impossible.»

Le Pont Japonais, Claude Monet, 1918 – 1924

Fondation Claude Monet

Le 5 décembre 1926, Claude Monet s’éteint à Giverny. Son fils aîné, Jean, étant décédé en 1914, c’est au plus jeune, Michel, qui revient la propriété, les tableaux qui s’y trouvent et l’importante collection d’estampes japonaises réunies par Claude Monet. Sans héritier, Michel Monet lègue par testament la propriété et les collections de Giverny à l’Académie des Beaux Arts.  Les travaux de restauration menés grâce notamment aux mécènes américains ont permis à la maison et aux jardins de Claude Monet de redevenir un lieu d’exception.. Chaque année, plus de 500 000 visiteurs venant du monde entier sont accueillis dans les jardins et la maison de Giverny, second site touristique de Normandie après le Mont Saint Michel.

Fondation Claude Monet, Maison et Jardins Claude Monet-Giverny, ouverture de la maison et des jardins d’avril à novembre. Boutique librairie dans le Grand Atelier des Nymphéas. Rue Claude Monet 84, Giverny, à une heure de Paris et de Rouen France, A13, sortie Vernon. https://fondation-monet.com/ et Musée des Impressionnismes Giverny, 99 rue Claude Monet, Giverny. https://www.mdig.fr/

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