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Sur une colline aux portes de Prétoria, en Afrique du Sud, Freedom Park est un jardin mémorial dédié à la démocratie et à la réconciliation.

 

Aux portes de Prétoria

De larges avenues bordées de jacarandas fardent de mauve la ville de Prétoria durant le printemps austral. Capitale administrative de l’Afrique du Sud, Prétoria est une cité paisible avec de jolies maisons anciennes et des faubourgs verdoyants. J’y ai découvert Freedom Park, un endroit qui symbolise la renaissance de l’Afrique du Sud en tant que nation unifiée.

Freedom Park

Face au Voortrekker Monument

Plus afrikaner que Johannesburg, Pretoria fut jadis au coeur de l’apartheid. A l’entrée de la ville, le Voortrekker Monument se dresse, telle une immense sentinelle de granit. Construit entre 1938 et 1949 à la grande époque du nationalisme afrikaner, ce cube de pierre de style Art déco est un lieu de pèlerinage pour de nombreux Afrikaners. Il commémore le Grand Trek, l’exode des Boers qui se dirigent vers le nord au milieu du 19e siècle pour s’installer au coeur du veld africain.

Freedom Park

Le jardin de la réconciliation

Sur la colline en face, Freedom Park offre une autre vision du monde, l’emblème de la renaissance africaine dans toute sa diversité. Avec une vue spectaculaire depuis le sommet de la colline de Salvokop, Freedom Park est un ensemble paysager de 52 hectares d’une grande sérénité. Il y a peu de visiteurs. Pourtant le site a été conçu de manière très attrayante et il est parfaitement entretenu.

Freedom Park

Pèlerinage pour la paix

Le poète et écrivain Mongane Wally Serote est l’instigateur du projet. Né en 1944 dans un township de Johannesburg, il s’est engagé dans la résistance politique au gouvernement de l’apartheid en créant le mouvement de la Conscience Noire. Militant de l’ANC, il est arrêté en 1969 et détenu pendant plusieurs mois sans procès. Après un séjour aux Etats-Unis puis à Londres, il revient en Afrique en 1977. C’est avec son ami Nelson Mandela qu’il imagine un parc pour la paix et la liberté aux portes de Pretoria.

Freedom Park

L’idée originale est d’offrir une réponse architecturale et donc symbolique au Voortrekker qui domine la colline voisine. Un hommage officiel à l’histoire difficile et souvent brutale de ce pays, à l’héritage naturel et multiculturel de la nation. Une façon d’honorer la mémoire de ceux qui ont perdu leur vie en aidant à changer et à façonner l’Afrique du Sud.

Freedom Park

Un parc de la liberté

«Le jour ne doit pas être loin où nous aurons un lieu de pèlerinage pour le peuple, un Parc de la Liberté où nous pourrons honorer, avec toute la dignité qu’ils méritent, ceux qui ont enduré les souffrances. Ainsi, nous pourrons expérimenter la joie de la liberté», expliquait Mandela en 1999. Le projet a été lancé en 2000 et le parc a été inauguré en décembre 2007.

Freedom Park

Freedom Park rend hommage aux combattants qui ont sacrifié leur vie à la défense de leur culture, de leurs droits et de leur liberté. Il ne s’agit pas seulement d’un monument à la mémoire de la lutte contre l’apartheid. On commémore en ce lieu les Sud-Africains tués dans les guerres et conflits auxquels a participé l’Afrique du Sud, que ce soit dans le cadre de la lutte contre l’apartheid mais aussi lors des guerres des Boers, des guerres mondiales et de la guerre de Corée.

Freedom Park

«Cet endroit nous rappelle en permanence, maintenant et pour les générations futures, que les Sud-Africains ont définitivement mis un terme au passé sans l’oublier, explique Mongane Wally Serote. Le Freedom Park se veut un monument dédié à la démocratie qui a été fondée sur les valeurs de dignité humaine, des droits et de la liberté. Il sert de symbole au chemin tortueux vers la liberté et les sacrifices faits pour elle.»

Freedom Park

Hapo Museum

Un musée, le Hapo Museum, parcourt les 3,6 milliards d’années d’histoire de la région. Le nom ‘Hapo’ veut dire «rêve». Il vient d’une citation Khoi «//Hapo ge //hapo tama/hoasib dis tamas ka I bo» ce qui signifie «un rêve n’est pas un rêve tant qu’il n’est pas partagé par la communauté entière». L’occasion de découvrir l’histoire géologique, sociale et culturelle du pays et sur la façon dont l’Afrique du Sud est devenue une nation. Il y a aussi un centre de congrès ultra moderne, un centre de recherches, d’archives et de documentation.

Freedom Park

The Gallery of Leaders

The Gallery of Leaders présente les portraits de grands leaders africains et étrangers qui ont su libérer leur pays du colonialisme. Le souvenir de Samora Machel, président mozambicain qui a vécu en Afrique du Sud avant de libérer son pays de la colonisation, d’Amilcar Cabral qui amena à l’indépendance la Guinée et le Cap-Vert colonisé par le Portugal, mais aussi Toussaint Louverture, grande figure de la révolution haïtienne et Che Guevara et Fidel Castro à Cuba.

Freedom Park

La pierre, l’eau et le feu

Le Mveledzo est un réseau de sentiers en spirale. Creusé dans la colline, il invite à une marche contemplative et spirituelle à travers la nature. Il mène au Garden of Remembrance, un jardin de 2,5 hectares qui célèbre la libération et la liberté de l’Afrique du Sud à travers une scénographie sobre mais poignante.

Freedom Park

Un cercle sacré

L’Isivivane Garden rassemble d’énormes rochers provenant des neuf provinces d’Afrique du Sud. Il y a également deux autres rochers qui représentent le gouvernement et la communauté internationale. Ce cercle sacré est auréolé d’un brouillard de vapeur d’eau qui renforce l’aspect spirituel de ce lieu qui honore la mémoire des ancêtres.

Freedom Park

Le bâton du roi Zoulou

Plus loin, le Lekgotta est une sorte d’agora semi circulaire qui invite les membres de la communauté à s’arrêter et à discuter, comme dans un village traditionnel. Il est ombragé par des arbres au bois noble, Strychnos decussata, provenant de toutes les provinces d’Afrique du Sud. Les Zoulous appellent cet arbre Umlahlankosi ou Umphatha wenkosi ce qui signifie «est porté par le roi» car il est utilisé pour faire le bâton de commandement du roi des Zoulous. Originaire d’Afrique Australe, il produit des graines toxiques qui servent à la préparation de poisons mais les écorces et les racines ont des propriétés médicinales. C’est aussi un arbre sacré dont les rameaux purifient la maison après un décès et servent à communiquer avec les ancêtres.

Freedom Park

Wall of Names

Le S’khumbuto est la pièce maîtresse du parc. C’est ici que l’on découvre le Wall of Names, un mur long de 697 mètres où sont gravés des noms des héros Sud-Africains qui se sont battus pour la liberté. Sur les stèles, on retrouve les noms des victimes de l’esclavage, de la pré-colonisation, de l’apartheid, des guerres de résistance et de la lutte pour la libération. Il y a aussi les noms des Boers tombés lors des guerres face aux Anglais il y a un siècle et les soldats disparus pendant les deux guerres mondiales.

Freedom Park

Une flamme éternelle

75.000 noms sont gravés sur ce mémorial qui peut en accueillir 150.000. Au pied d’un vaste amphithéâtre en gazon qui peut accueillir 2000 places brille une flamme éternelle posée comme une île au centre d’une pièce d’eau. Elle est placée devant un sanctuaire, monument massif qui invite au recueillement.

Freedom Park

La renaissance de l’Afrique du Sud

Le site est dominé par une spirale immense de deux cents roseaux de métal dressés comme des oriflammes. Ces roseaux dont certains montent jusqu’à 32 mètres de haut symbolisent la renaissance de l’Afrique du Sud en tant que nation unifiée. Ils sont visibles depuis n’importe quel endroit de Prétoria et s’illuminent la nuit dans une brillante scénographie.

Freedom Park

Freedom Park, Koch Street, Salvokop, Pretoria, Afrique du Sud,  www.freedompark.co.za

Crédit photos: Agnès Pirlot et Freedom Park

Reportage publié en 2018 dans Eden (www.edenmagazine.be)

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