20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

Valère était un très bon jardinier et Odette adorait les fleurs et entretenait avec passion son Jardin de Cendrillon. Ils seront les premiers fleuristes et pépiniéristes de l’Ile de la Réunion. Histoire d’une passion partagée.

Les fleurs des jardins créoles

Les passions les plus fortes sont souvent celles que l’on partage avec l’homme de sa vie. Celle qui unit Odette Roche et son mari, Valère, porte des noms de plantes rares et des parfums de plantes multicolores qui jalonnent un parcours tout entier consacré au monde végétal.

Odette Macé est née le 9 juillet 1921 à Madgascar où son père était fonctionnaire colonial. Elle a sept ans lorsqu’elle arrive à La Réunion, dans la maison créole de sa grand mère. A cette époque, Saint-Denis est une ville jardin, une ville où la campagne est très présente. Une époque où l’art de vivre se conjugue avec convivialité, solidarité et partage. Devant la maison, un bassin rafraîchit le jardin. Les arbres fruitiers portent les goyaves, les cerises côtelées, les caramboles, les mangues et les figues que les enfants consomment sur l’arbre.

Odette est attirée par les plantes. Cet amour des fleurs transmis de mère en fille remonte donc à la plus tendre enfance. C’est Odette qui s’occupe de la confection des bouquets. Les fleurs viennent du jardin familial ou des jardins d’amis.

Les jardins créoles sont alors très nombreux dans les rues de Saint-Denis. «Vous savez, ils ont la main verte, naturellement. Ca fait partie de leur vie. Quand un créole déménage, avant la grand-mère, les enfants, il commence par bien ranger ses plantes au fond du camion, c’est la première chose à laquelle il pense! Et puis, autrefois tout le monde avait un jardin.»

Odette Roche La Réunion

 Odette Roche et sa boutique de fleurs

Très droite, élégante et discrète, le regard bleu lumineux, Odette est une femme volontaire et énergique. Elle passe son permis de conduire dès l’âge de 18 ans. On est en 1939 et peu de femmes sont au volant à l’époque. Elevée dans le respect des autres, organisée et dynamique, elle s’engage très tôt dans la vie associative.

Odette épouse Valère Roche en 1950 et ils s’installent à La Montagne en 1952. A cette époque, Valère possède un magasin en face du Grand Marché, rue Jean Chatel, où il vend des articles de ménage. A la demande d’amies de Saint-Gilles-Les-Hauts, désireuses de vendre les fleurs de leur domaine, Odette accepte de commercialiser quelques bouquets.

«Nous avions des amis qui ne savaient plus très bien comment faire pour garder les employés qui s’occupaient de leur grand jardin. Ils se sont dit qu’ils pourraient peut-être vendre leurs fleurs pour tirer un peu d’argent. Et ils nous ont proposé de nous en charger. C’est comme ça que tout a commencé.»  

Acheminées la veille, les fleurs, orchidées, gueules de loup, pâquerettes, pois de senteur… sont exposées dans la vitrine éclairée dès quatre heures du matin. Très vite, la demande dépasse l’offre. Le métier de fleuriste vient de naître.

orchidée Odette Roche La Réunion

La Maison Roche

Le couple crée alors la «Maison Roche» où l’on vend des fleurs, des articles de cadeaux, du parfum, des bijoux. Odette a trente ans et pendant de longues années, elle sera la seule fleuriste de l’île. Perfectionniste, elle suit des stages de formation en métropole, apprend l’art floral chez Lachaume, le plus grand fleuriste parisien. En 1953, elle met son magasin sous la franchise Interflora. Elle importe des fleurs d’Europe, de Hollande, de Madagascar. Tous les deux ans, Odette participe au congrès organisé par Interflora à travers l’Europe.

Valère se lance dans l’horticulture et veille aussi à acclimater les espèces demandées par la clientèle. Pour obtenir en toute saison une gamme très complète de fleurs, il aménage trois pépinières situées à des altitudes différentes, une dans le bas de la rivière à Saint-Denis, une sur un terrain dans la Plaine des Cafres pour avoir des plantes adaptées au climat tempéré et une sur un terrain à Saint-Benoît pour cultiver les roses. Ses Baccarat sont plus belles que leurs soeurs européennes. Odette livre des fleurs dans toute l’île malgré les routes chaotiques et le téléphone capricieux.

 

Ile de la Réunion
Ile de la Réunion
Ile de la Réunion
Ile de la Réunion

Partager sa passion

Mais vendre des fleurs ne suffit plus à Odette. Elle veut aller plus loin et faire partager aux autres sa passion et son amour des plantes. Conseillère municipale, elle est l’initiatrice du comité de fleurissement d’où seront créés la Route des Fleurs et les concours des villes et villages fleuris. Elle poétise le nom des rues en noms de fleurs et de plantes. Les chemins des eucalyptus, des palmiers, des filaos fleurissent sur la commune.

Déléguée par la Mairie de Saint-Denis, elle participe à des manifestations florales métropolitaines, à Nantes, Dijon, Vincennes, Cagnes-sur-Mer. Elle y représente la Réunion et organise des stands d’exposition et d’animation. Infatigable, elle s’occupe aussi de la création d’un service des espaces verts à St Denis. Elle est par ailleurs membre fondateur du Conservatoire et jardin botanique de Mascarin créé en 1991 aux Colimaçons.

Elle participe activement à la restauration du Jardin de l’Etat en 1971, pratiquement à l’abandon derrière ses hauts murs. L’ancien jardin du Roi se meurt. Le jardin est nettoyé, redessiné, ouvert sur la ville. Des grilles remplacent les murs. Il sera le théâtre des premières floralies de la Réunion.

Odette Roche La Réunion

Les premières floralies de l’Océan Indien

A cinquante-deux ans, Odette crée les premières Floralies de l’Océan Indien en 1973. Les orchidées de Lecoufle et Vacherot sont là. «Elles ont renforcé la passion des orchidophiles dans l’île». Le directeur du Jardin de Monaco envoie des plantes succulentes. Les professionnels et amateurs de Madagascar, de Maurice, d’Afrique du Sud et bien sûr de la Réunion répondent présents. Le succès est au rendez-vous.

Lieu de rencontre et d’échange privilégié pour les fleuristes, les horticulteurs et les pépiniéristes, les floralies ont aussi le formidable pouvoir de susciter des vocations. Après cette première manifestation, le nombre des professionnels explose littéralement dans l’île.

Odette Roche prépare avec la même réussite les floralies de 1980, de 1987 et elle est la marraine des floralies de 1994. Elle participe aussi aux floralies de l’an 2000 qui accueillent des exposants venus du monde entier.

La Réunion devient une île à fleurs. Anthurium, orchidée, hibiscus, mais aussi rose, géranium, impatiens, héliconia, bégonia, oeillet… Toutes ces fleurs cultivées à la Réunion sont exportées dans la métropole. Autre créneau, les fleurs de contre-saison, comme les hortensias en boutons dès le mois de septembre afin qu’ils puissent être mis en fleurs sur le marché pour les fêtes de fin d’année.

Odette Roche La Réunion

Le Jardin de Cendrillon

Le jardin de sa petite maison dite de «changement d’air» située sur les hauts de Saint Denis est surnommé le Jardin de Cendrillon. La maison regorge de livres sur les plantes. Dans le jardin, Odette et Valère ont rassemblé un grand nombre de plantes exotiques jusque-là inconnues dans l’île, mais susceptibles de s’y acclimater et aujourd’hui largement diffusées dans les jardins de l’île. Plus de mille espèces y sont rassemblées et réunies par groupe «pour qu’elles se retrouvent en famille» précise Odette qui, comme tous les passionnés, considère ses plantes comme des êtres vivants.

«Moi, ce que j’aime, c’est l’organisation du jardin. Il faut trouver la place qu’il convienne à chaque plante, jusqu’à ce qu’elle se plaise. On fait des essais. Il y a des rebelles. Il faut penser son jardin, créer des zones à l’abri du vent, du soleil, des ombrières pour que chacune soit dans son élément. Mon mari lui, c’est le pépiniériste, le technicien.»

Le 13 juillet 1997, Odette et Valère ouvrent leur jardin au public. Ils accueillent les touristes de passage qui partagent cette passion pour le monde végétal. Ceux-ci y trouvent le privilège de découvrir tous les secrets de la flore réunionnaise assemblée depuis des années dans ce jardin botanique.

«C’est toute la philosophie de ce jardin qui est à l’image de la Réunion, composé de plantes de toutes origines, de toutes filiations, et dont les racines se mêlent, qu’elles le veuillent ou non. On mélange tout pour prouver que, malgré nos différences, on est capable de vivre ensemble de manière tout à fait harmonieuse.»

Plus d’infos:  www.reunion.fr,  www.explorerlareunion.com , http://www.mi-aime-a-ou.com, www.agrotours-reunion.com

A lire: «Dames Créoles, anthologie des femmes illustres de la Réunion de 1663 à nos jours», tome 2, Frederic Mocadel, Azalées Editions.

Reportage publié dans Les Jardins d’Eden 2012 (www.edenmagazine.be)

Mon voyage à la Réunion m’a offert de belles découvertes. Vous retrouverez mon reportage sur l’Ile de la Réunion, sur le Jardin de l’Etat et le Jardin de Cendrillon à Saint-Denis, le Jardin botanique de Mascarin, le Jardin d’Eden, le jardin de la Maison Folio, sur la culture de la vanille à la Réunion et le portrait d’Edmond Albius, l’esclave qui a découvert la fécondation de la vanille, dans les rubriques Voyages, Jardins et Découvertes, ou cliquez sur les liens.

Odette Roche

 

 

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