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Véritable îlot de verdure, le Jardin de l’Etat est un jardin botanique au coeur de Saint-Denis. Son histoire est intimement liée à celle de la colonisation de l’île de la Réunion.

 

L’archipel des Mascareignes

Ce sont les Portugais qui, au début du 16e siècle, furent les premiers Européens à découvrir l’île de la Réunion. Les Arabes l’auraient déjà fait bien avant, parlant de montagne de feu dans l’océan Indien. L’île est baptisée Mascarin, du nom du navigateur Pedro Mascarenhas, un disciple de Vasco de Gama. Son nom a été donné à l’archipel des Mascareignes comprenant la Réunion, Maurice et Rodrigue.

Jardin de Etat Saint Denis

L’île Bourbon

L’île est un éden sauvage où l’on répare les bateaux des marins en déroute. C’est en 1638 que le Saint-Alexis, bâtiment français de la Compagnie française des Indes Orientales, accoste sur l’île et que son capitaine en prend possession au nom de Louis XIII, roi de France. Le gouverneur en poste à Madagascar y fait exiler les prisonniers les plus réfractaires qui tombent sous le charme de l’île. C’est en 1663 que l’île devient une colonie française à part entière, appelée Bourbon.

Jardin de Etat Saint Denis

La Compagnie française des Indes Orientales

Si la végétation naturelle de l’île est luxuriante, peu de plantes indigènes sont comestibles. La nécessité d’un jardin d’expérimentation dans l’île va vite s’imposer. La Compagnie des Indes crée en 1761 un premier jardin d’acclimatation établi au pied du rempart qui longe la rivière Saint-Denis. On y cultive ananas, bananiers, figuiers, pêchers, orangers et autres plants que l’on fait venir d’Europe, du Cap de Bonne Espérance, d’Inde, de Batavia et de Chine.

Jardin de Etat Saint Denis

Le Jardin du Roy

L’histoire du Jardin de l’Etat dans son emplacement actuel commence en 1767 lorsque le jardin régulièrement inondé est transféré au quartier de La Source sur un terrain mieux adapté aux cultures d’acclimatation. Ce jardin est dédié au roi de France à qui la Compagnie des Indes vient de rétrocéder la colonie. Ainsi naît le Jardin du Roy, un parc de style classique idéalement situé dans l’axe de la rue Royale (actuelle rue de Paris). Ce lieu de promenade accueille jardiniers, botanistes, horticulteurs, agriculteurs et promeneurs, tous les curieux des grâces de la nature.

Jardin de Etat Saint Denis

Un jardin d’acclimatation

Le jardin a aussi une vocation scientifique. On y acclimate des arbres fruitiers, des plantes utiles et ornementales, aromatiques et médicinales. Café Moka venu d’Inde, graines de muscade et de girofle des îles Molusques, cocotier du Pacifique, baobab et acajou d’Afrique, sont autant de merveilles acclimatées dans le but de les diffuser dans l’île et dans les autres colonies. Bourbon devient le grenier de la France et de l’île Maurice.

Barringtonia asiatica Bonnet de pretre

Barringtonia asiatica Bonnet de prêtre

Pierre Poivre, intendant des îles

Pierre Poivre (1719-1786) est l’intendant des Isles de France (Maurice) et de Bourbon (Réunion). Poivre est missionnaire, diplomate, explorateur, agronome et horticulteur. Il cultive sa passion pour les plantes tropicales dans sa propriété de Mon Plaisir qui deviendra le Jardin de Pamplemousses à Maurice. Il y introduit l’arbre à pain d’Indonésie, le cacaoyer du Mexique, le cannelier de Ceylan et des centaines d’autres arbres pour la prospérité des colonies françaises.

Joseph Hubert botaniste Reunion

Joseph Hubert (1747-1825) botaniste réunionnais

Joseph Hubert, botaniste réunionnais

Pierre Poivre entretient des relations privilégiée avec Joseph Hubert (1747-1825), explorateur, agronome et botaniste réunionnais. Né à Saint-Benoit, celui-ci tient de son père la passion des plantes. Sur l’exploitation familiale de Bras-Mussard bourgeonne le premier giroflier de Bourbon, Syzygium aromaticum, fourni par Poivre. Cette culture enrichit la Côte au vent durant un demi-siècle.

Jardin de Etat Saint Denis

Un parc à la française

Agrandi à la fin du 18e siècle, le Jardin de l’Etat s’étend sur plus de 4 hectares. A cette époque il se présentait ainsi. «Une grande allée centrale bordée d’une colonnade d’arbres de haute futaie prolongeait la perspective de la rue. Dans la partie Ouest, des allées tracées au cordeau et des parterres dessinés en étoile rappelaient les jardins à la française tandis que dans la partie Est, des dizaines de plates-bandes accueillaient les semis.»

Enterolobium cylocarpum Oreille cafre

Enterolobium cylocarpum Oreille cafre

L’âge d’or du jardin

Le début du 19e siècle marque l’âge d’or du Jardin de l’Etat. Celui-ci est confié en 1817 à Nicolas Bréon (1785-1864), premier jardinier en titre. Il s’enrichit d’une collection d’arbres fruitiers venus d’Europe. 800 greffes d’arbres fruitiers et 7000 arbres sont distribués à la population afin de développer l’agriculture coloniale. Son oeuvre est poursuivie par son successeur, Jean-Michel Claude Richard (1785-1863) qui introduit de nombreuses espèces venues de Madagascar et de l’Inde.

Jardin de Etat Saint Denis

Expositions savantes et festivités

Le jardin qui désormais s’appelle Jardin colonial devient un lieu de fête et de réjouissances avec des bassins, une volière et un zoo. Il y a aussi un espace d’expositions de produits agricoles et d’expérimentations. Le tout Bourbon y accourt pour observer les fruits et fleurs tropicales ou les lithographies paysagères et naturalistes de l’artiste Antoine Roussin. La partie botanique en revanche perd peu à peu son éclat.

Jardin de Etat Saint Denis

Les premières Floralies de l’océan Indien

Le jardin est appelé Jardin de l’Etat en 1948. Sa gestion est confiée en 1971 à la Mairie de Saint-Denis. Deux ans plus tard, à l’occasion des premières Floralies de l’océan Indien, le jardin est redessiné dans le style paysager. Au tracé rectiligne des allées succèdent des parcours privilégiant des courbes. Des pelouses remplacent la terre battue et des petites buttes sont créées afin d’agrémenter le parcours du visiteur. Classé Monument historique en 1978, le parc a retrouvé aujourd’hui ses perspectives et ses allées tel qu’il a été dessiné à sa création.

Jardin de Etat Saint Denis

Museum d’Histoire Naturelle

Le buste du Général Bailly de Monthion qui se dresse sur la Place de Metz marque l’entrée du Jardin de l’Etat. L’axe central du jardin prolonge la rue de Paris. Il est bordé d’un double alignement de camphriers, Cinnamomum camphora. Tout au bout de la perspective se dresse le Museum d’Histoire Naturelle installé dans une belle bâtisse blanche de style néoclassique. Une exposition permanente présente la faune et la flore des îles de l’océan Indien. Il présente également la collection de lémuriens la plus complète au monde.

Jardin de Etat Saint Denis

Une allée de palmier royal

Les deux grands bassins rectangulaires qui longent l’axe central sont déjà présents sur un plan de 1821. Ils sont bordés de palmiers colonne, Roystonea oleracea, appelé aussi Palmier royal. Leur tronc est lacéré d’anneaux à intervalles réguliers. Ce sont les cicatrices foliaires. Lorsque le soleil est au zénith, leurs palmes souples et ondoyantes déposent une ombre argentée sur le miroir des bassins.

Roystonea oloracea Palmier royal

Roystonea oleracea Palmier royal

Les collections du jardin botanique

Bien que l’île soit réputée comme étant l’une des meilleures terres d’accueil au monde, une majorité des espèces introduites au 19e siècle ont disparu. L’ethonobotaniste Roger Lavergne fait en 2004 l’inventaire des collections végétales du Jardin de l’Etat, identifiant les espèces rares qu’il est absolument indispensable de conserver. Il recense plus de 160 taxons différents étiquetés, dont 20 arbres remarquables ou rares.

Terminalis catappa Badamier

Terminalis catappa Badamier

Des arbres remarquables

On ne sait pas avec certitude s’il reste des arbres qui ont été plantés par Bréon ou Richard, mais il semble évident que le Grand Figuier, Ficus altissima, l’Arbre à boulet de canon, Couroupita guianensis, les Kauris du Queensland, Agathis robusta, ou encore le Saucissonnier, Kigelia africana, ont un âge vénérable. Ces specimens du jardin sont les uniques représentants de leur espèce dans l’île. Leur origine est indienne, amazonienne, australienne et africaine. A eux quatre, ils marquent la diversité des collections du jardin.

Ficus altissima Grand figuier

Ficus altissima Grand figuier

Des espèces bien acclimatées

Une cinquantaine d’arbres sont actuellement répertoriés dans le parc. Certaines espèces étrangères se sont si bien acclimatées qu’elles appartiennent désormais au paysage réunionnais.

Tectona grandis Teak

Tectona grandis Teak

Mais la valeur du jardin tient surtout aux spécimens plus rares qui côtoient des espèces très répandues, teck, Tectona grandis, arbre à miel, Inga laurina, arbre papillon, Peltophorum pterocarpum, baobab, Adansonia digitala, acajou du Sénégal, Khaya senegalensis, arbre à pluie, Albizia saman.

Malaleuca quinquenervia Niaouli
Jardin de Etat Saint Denis
Jardin de Ertat Saint Denis
Jardin de Etat Saint Denis
Jardin de Etat Saint Denis
Tabebia pallida Calice du pape

Jardin de l’Etat à Saint-Denis

Saint-Denis, Ile de La Réunion. Accès par la place de Metz, face à la rue de Paris, la rue de la Source, la rue Bertin et la rue Poivre. Jardin public ouvert toute l’année. Visite guidées, renseignement à l’accueil du Museum d’Histoire Naturelle. http://www.cg974.fr/ et  www.saintdenis.re et www.reunion.fr

Mon voyage à la Réunion m’a offert de belles découvertes. Vous retrouverez mon reportage sur l’Ile de la Réunion et la culture de la vanille, le Jardin de Cendrillon, le Jardin d’Eden, le Jardin botanique de Mascarin et le jardin de la Maison Folio, le portrait de la fleuriste Odette Roche et l’histoire d’ Edmond Albius, un esclave qui a découvert la fécondation de la vanille à la Réunion, dans les rubriques Voyages, Jardins et Découvertes, ou cliquez sur les liens.

 

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