Réserve de biosphère de l’Unesco, l’île de La Palma dans l’archipel des Canaries est un bijou au coeur de l’Atlantique. La richesse de la flore saute aux yeux.
Au large des côtes africaines
La Palma trouve son origine dans de nombreuses éruptions volcaniques survenues dans les fonds océaniques. Très montagneuse, La Palma est l’une des îles les plus sauvages de l’archipel des Canaries. Le climat subtropical est tempéré par les eaux froides de l’océan.

Pinus canariensis
Le paysage végétal
Alors qu’il fait plein soleil sur la côte et aux sommets des volcans, les vents alizés qui poussent les nuages sur la côte orientale provoquent d’intenses brumes à moyenne altitude. Cette variété d’écosystèmes humides ou arides abrite une grande diversité de végétaux avec une forte proportion d’espèces endémiques, des plantes qui ont disparu du reste des continents ou qui ont évolué à une vitesse vertigineuse.

Genista benehoavensis
D’une superficie d’à peine sept cents kilomètres carrés, La Palma est une île volcanique très escarpée. Sur une trentaine de kilomètres, on passe du niveau de la mer au sommet de la Caldera de Taburiente qui culmine à 2426 mètres. Né il y a 300 millions d’années, ce volcan dessine au nord de l’île un large cratère sillonné par de profonds ravins creusés par l’érosion.

Volcan Teneguia
Les espèces pionnières de la lave
Au sud de l’île de La Palma, une chaîne de volcans plus récents forme le Cumbre Vieja. Cette crête allongée se termine par le Volcan Teneguia qui a entièrement recouvert de coulées de lave la pointe sud de l’île en 1971. C’est dans un désert lunaire que se dessine la route LP207 qui escalade le flanc du volcan vers Los Canarios. Le paysage est magnifique avec dans le bas les Salines de Fuencaliente qui bordent le littoral.

Astydamia latifolia
Au bord de l’océan, la terre volcanique est totalement dépourvue de végétation. Puis, au fur et à mesure de la montée sur le flanc du volcan, on observe les différentes strates de végétalisation des espèces pionnières. La première à s’installer est l‘Astydamia latifolia, une espèce endémique des Canaries et du Nord de l’Afrique. Ses tiges et feuilles charnues supportent des conditions extrêmes de stress hydrique, thermique et de salinité aussi bien au sol que dans l’air.

Schizogyne sericea
Un peu plus haut, on découvre le Schizogyne sericea, un arbrisseau au feuillage blanc grisâtre.

Rumex lunaria
Le Rumex lunaria, un arbuste des Canaries qui s’installe entre les pierres de lave.

Aeonium davidbramwellii
Endémique de La Palma, l’Aeonium davidbramwellii développe ses larges rosettes de couleur cuivre.

Kleinia neriifolia
Le Kleinia neriifolia est une plante succulente présente dans toutes les îles de l’archipel.
Une stratégie de survie
Pour résister au manque d’eau et aux terres arides, les végétaux ont développé un grand nombre de stratégies d’adaptation, plantes succulentes gorgées d’eau, développement de duvets, réduction de la surface foliaire ou perte du feuillage. Les communautés les plus représentatives sont les groupes des euphorbes. L’Euphorbia canariensis s’est accrochée aux falaises dans les zones basses et arides de l’île.

Euphorbia canariensis
Plus haut, on trouve l’Euphorbia balsamifera, une plante volontaire largement présente dans les jardins des îles.

Euphorbia balsamifera
L’Echium brevirame est un arbuste aux feuilles coriaces endémique de La Palma.

Echium brevirame
Fortement ramifié, le Gonospermum canariense est spectaculaire par sa floraison jaune en ombelles.

Gonospermum canariens
Utilisée comme plante médicinale, la sauge des Canaries, Salvia canariensis, se couvre de fleurs violacées.

Salvia canariensis
Très décoratif, le dragonnier endémique de Macaronésie, Dracaena draco, fait partie de la famille des Agavaceae. Il se trouve encore à l’état naturel dans les ravins isolés comme ceux de Buracas.

Dracaena draco
Le palmier des Canaries, Phoenix canariensis, est répandu dans toutes les zones basses des îles. Il formait à l’origine des populations étendues, aujourd’hui réduites à quelques fincas ou plantations d’avenues.

Phoenix canariensis
La Laurisylva, forêt subtropicale
Appréciée par les randonneurs, la région de Los Tilos et du Cubo de la Galga sur le versant Nord Est de l’île est couverte par une forêt subtropicale copieusement arrosée par une couronne de nuages qui reste accrochée aux flancs de la montagne entre 600 et 1200 mètres d’altitude.

Laurisylva La Palma
La laurisylva est une relique de la forêt primaire humide qui s’étendait sur le bassin méditerranéen et la Macaronésie lorsque le climat était plus chaud et humide durant une grande partie de l’ère tertiaire. Lors de la dernière période glacière qui a causé un assèchement général dans le bassin méditerranéen, les forêts de lauriers furent remplacées par des espèces plus résistantes à la sécheresse. L’emplacement des îles a atténué les fluctuations climatiques et maintenu un climat suffisamment doux et humide qui a permis à ces forêts de persister jusqu’à nos jours.

Erica arborea
Dans cette forêt parcourue de sources qui s’écoulent en impressionnantes cascades, on peut observer des espèces typiques de la famille des Lauraceae et d’autres arbustes aux feuilles persistantes comme le houx des Canaries, Ilex canariensis et la bruyère arborescente, Erica arborea..

Laurus novocanariensis

Ocotea foetens

Arbutus cananariensis
Il y a aussi le laurier, Laurus novocanariensis, le daphné, Ocotea foetens, l’arbousier de Canaries, Arbutus canariensis, l’acajou des Canaries et le Persea indica.

Morella faya, syn. Myrica faya
Natif de Macaronésie, d’Espagne et du Portugal, le faya, Morella faya syn. Myrica faya est une plante pionnière très volontaire qui s’installe dès que le sol commence à se couvrir de matières organiques.

Pinus canariensis
Le pin des Canaries, emblème de l’île
Les paysages du Parc National de la Caldera de Taburiente et de la Route des Volcans au centre de l’île de La Palma sont couverts entre 500 et 2000 mètres au dessus du niveau de la mer par un manteau de Pinus canariensis. Dans son premier stade de développement, le Pinus canariensis présente un port dressé en pyramide puis il s’étale pour dessiner une forme arrondie en parasol. L’arbre peut atteindre quarante mètres de hauteur et vivre un demi siècle.

Pinus canariensis
Ce pin très résistant qui a colonisé rapidement les coulées volcaniques possède de longues racines qui lui permettent de s’adapter à la pénurie en eau.

Pinus canariensis
S’adaptant à de fortes variations climatiques, le pin des Canaries est protégé par une écorce épaisse particulièrement résistante au feu.

Pinus canariensis
La route des Volcans
L’une des plus jolies routes de l’île, la LP301, part de San Pedro de Brena Alta pour monter en lacets jusqu’au refuge El Pilar qui est le départ de trecks à travers bois et champs de lave sur la Route des Volcans de la Cumbre Vieja.

Parc de la Caldera de Taburiente
Sur ces coteaux ensoleillés, le pin canarien s’associe avec d’autres espèces tels l’Adenocarpus foliolosus, un cytise répandu dans l’île. Très ramifié, il se couvre de petites feuilles et de fleurs jaune intense groupées en grappes terminales.

Adenocarpus foliolosus

Cistus simphytifolius
Son compagnon est le Cistus symphytifolius, un joli buisson qui offre une floraison rose à la fin du printemps. Ses feuilles vert pâle sont protégées par un duvet qui lui permet de supporter de hautes températures et des conditions extrêmes de sécheresse. On découvre aussi une plante herbacée vivace à la floraison légère, le Pericallis webbii, qui développe des inflorescences de petites marguerites rose lilas.

Persicallis webbii
Jardin botanique d’El Paso
Après une halte au Llanos del Jable qui offre un beau point de vue sur la forêt de Pinus canariensis, on arrive au pied du Parc National de la Caldera de Taburiente.

Jardin botanique d’El Paso
Le petit Jardin botanique d’El Paso qui fait le tour du centre d’information présente d’autres espèces qui peuplent l’île comme le Bystropogon origanifolius, un buisson à fleurs blanches.

Bystropogon origanifolius
En cherchant bien, on trouve la petite violette, Viola palmensis. Il y a encore l‘Echium webbii et l’Aeonium davidbramwellii, des plantes endémiques de La Palma.

Viola palmensis

Echium webbii

Aeonium davidbramwellii
La végétation des cimes
La Caldera de Taburiente est dominée par le Roque de Los Muchachos, le point culminant de l’île où s’est installé un observatoire astronomique. Ici, l’air est extrêmement pur et transparent. L’île de La Palma a été classée réserve Starlight car elle est considérée comme l’un des meilleurs endroits du monde pour l’observation du ciel. Dans cette zone qui culmine à plus de 2000 mètres au dessus de la mer de nuages, il y a peu de précipitations mais de fortes variations de températures avec un été tempéré et très sec et un hiver qui peut apporter de la neige.

Parc de la Caldera de Taburiente
Malgré ces conditions extrêmes, les versants qui couvrent le haut du volcan sont incroyablement fleuris en ce début du mois de juin. Le pin de Canaries a cédé la place au Juniperus cedrus ssp. Cedrus, un genévrier endémique de Macaronésie. C’est la seule espèce arborescente présente à cette altitude.

Juniperus cedrus ssp. Cedrus
Les bords du cratère du volcan sont fleuri des petites marguerites roses du Pterocephalus porphyranthus, une plante endémique de La Palma.

Pterocephalus porphyranthus
Elle se mêle aux rameaux de l’Adenocarpus viscosus, l’espèce endémique régnante dans cette zone de haute montagne.

Adenocarpus viscosus
Ils se trouvent en compagnie du Spartocytisus supranubius, un genêt très ramifié couvert de petites fleurs blanches en grappes parfumées.

Spartocytisus supranubius
Le Genista benehoavensis est une espèce endémique en voie d’extinction à la floraison jaune brillant spectaculaire au début de l’été.

Genista benehoavensis
Les Echiums sont les plantes endémiques les plus précieuses. La vipérine arbustive, Echium gentianoides, se présente à cette altitude sous la forme d’un arbrisseau au feuillage gris couvert de fleurs d’un bleu céleste.

Echium gentianoides
La star du Roque de Los Muchachos est l‘Echium wilpretii ssp. trichosiphon. De la rosette de larges feuilles surgit une inflorescence qui peut atteindre trois mètres de hauteur et qui est formée de milliers de fleurs roses. Une espèce spectaculaire qui est probablement la plante la plus photographiée de l’île.

Echium wilpretii ssp. trichosiphon
L’éruption du Cumbre Vieja en 2021
Ce reportage a été réalisé au printemps 2021, avant l’éruption volcanique du Cumbre Vieja qui a dévasté le Sud de l’île. Le lit de lave et de cendres a recouvert plus de mille hectares. Il faudra certainement des décennies avant que la végétation ne se réinstalle petit à petit dans les différentes strates du paysage. https://www.visitlapalma.es
Reportage publié en 2021 dans Eden (www.edenmagazine.be)
Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Afrique, pour découvrir mon Guide Pratique de l’île de La Palma, Santa Cruz de La Palma, le Musée de la Soie à El Paso, sur les îles du Cap Vert, les îles des Açores, Terceira, Pico et Faial, sur la Flore des Açores, sur la Flore de Madagascar ou cliquez sur les liens


Extraordinaire !
Je viens de refaire mes randos à la Palma et avec de superbes photos et le nom des plantes que j’ai tellement aimées !
J’aime beaucoup l’idée de partir du bord de la mer aux Salines de Fuencaliente et prendre de l’altitude. Nous y étions en juin 2023.
Chouette, heureusement malgré l’éruption du volcan, l’île est encore magnifique.