Parfums, couleurs, médina, palais, mosquées, musées et jardins, Marrakech est une cité vertigineuse. Pour l’aborder et s’imprégner de son atmosphère, il faut prendre son temps.
Le soleil se lève sur Marrakech
Comme chaque matin depuis 800 ans, avec les mêmes inflexions chantantes, l’appel du muezzin résonne du haut des 70 mètres du minaret de la Koutoubia, le phare spirituel de Marrakech. Une foule bigarrée envahit les rues tortueuses de la médina. Charrettes remplies d’oranges, de graines grillées, femmes venues des montagnes pour vendre leurs paniers, écrivains publics, diseurs de bonne aventure, guérisseurs, apothicaires offrent le spectacle hallucinant d’une journée comme les autres.




Bassin de la Menara
La ville close de Marrakech s’inscrit au sein d’une palmeraie, de jardins et de vergers opulents. Dans la lumière argentée des oliviers, les jardins de la Menara sont les plus anciens de Marrakech après les Jardins de l’Agdal. Véritable havre de fraîcheur, l’immense bassin a été creusé au 12e siècle pour servir de réservoir d’eau aux sultans Almohades. La dynastie des Saâdiens puis celle des Alaouites transformèrent ce lieu en un magnifique jardin peuplé d’oliviers et d’arbres fruitiers. Avec les sommets de l’Atlas en toile de fond, le pavillon qui se reflète dans l’eau limpide est une des vues emblématiques de Marrakech. (Voir mes reportages sur les Jardins de l’Agdal et les Jardins de la Menara)




Palais Badi
Construit à la fin du 16e siècle par Ahmed Al-Mansour, le plus illustre des souverains saâdiens, le Palais Badi était l’un des plus somptueux palais de Marrakech. Le patio était couvert de marbre blanc et noir et de zelliges multicolores. Hélas, rien n’a subsisté du faste du palais Badi. Il ne reste plus que des murs en pisé autour d’une immense cour, les ruines massives d’anciens pavillons, le tracé géométrique des vastes bassins et des parterres plantés d’agrumes. Je suis pourtant subjuguée par l’harmonie, l’équilibre et la symétrie du dessin qui reprend le schéma classique des résidences royales de l’Andalousie musulmane. (voir mon reportage sur le Palais Badi)




Jardin Majorelle
C’est le rêve d’un peintre. Celui de Jacques Majorelle, botaniste et aquarelliste français qui s’installe à Marrakech en 1922, séduit par le charme oriental de la ville. Au coeur de la palmeraie, il fait construire un atelier de peinture de style Art déco d’allure un peu arabe qu’il entoure d’un fabuleux jardin. Lorsque Pierre Berger et Yves Saint Laurent découvrent le domaine en 1980, il est à l’abandon. Ils restaurent le jardin, une jungle luxuriante peuplé de vasques et de bassins, rehaussée de bleu cobalt, de jaune souffre, de vert d’eau et de rouge. Une merveille… (voir mon reportage sur le Jardin Majorelle)




Musée Yves Saint Laurent
L’atelier du peintre au coeur du Jardin de Majorelle est aujourd’hui un musée dédié à la culture berbère. A côté du jardin se dresse le Musée Yves Saint Laurent inauguré en 2017, habillé d’une dentelle de briques rouges. Dans la grande salle dédiée à Yves Saint Laurent, cinquante modèles haute couture, renouvelés en permanence, sont présentés dans une brillante scénographie. Un voyage au coeur des inspirations du couturier. Eblouissant!




Le soleil illumine le Palais de la Bahia
Ses rayons éclairent le marbre rose des fontaines, envahissent les cours carrelées, font miroiter les magnifiques zelliges. Ils réchauffent les couleurs turquoises, vertes, blanches des mosaïques et se perdent dans les stucs du Palais de la Bahia. Bahia signifie ‘belle’. Ce palais est l’un des mieux conservés de Marrakech. Edifié à la fin du 19e siècle par un grand vizir pour sa favorite, c’est un dédale de couloirs, d’appartements luxueux, de jardins, de cours et de patios fleuris. J’imagine les 150 pièces richement meublées et décorées de tapis, de fauteuils en bois de cèdre et de canapés chatoyants. (voir mon reportage sur le Palais de Bahia)






Tombeaux Saâdiens
Entourés d’une haute muraille, les tombeaux Saâdiens abritent les sépultures des souverains, femmes, enfants et serviteurs de l’illustre dynastie qui régna sur Marrakech aux 16e et début du 17e siècle. Le mausolée principal se compose de trois salles funéraires ornées de colonnes en marbre blanc, de faïence émaillée et d’ornements en plâtres ciselés. C’est un pur chef d’oeuvre de l’art hispano-mauresque.




Le Jardin Secret
Niché au coeur de la médina, Le Jardin Secret a ouvert ses portes en 2016 dans l’un des grands riads emblématiques de Marrakech. Il y a en réalité deux jardins qui ont été dessinés par l’architecte paysagiste Tom Stuart-Smith. Installé dans la première cour, le jardin exotique est organisé de part et d’autre d’un canal étroit. Plus grand et plus sobre, le jardin islamique couvre la seconde cour. Divisé en quatre parties, c’est une métaphore du verger du paradis. (voir mon reportage sur Le Jardin Secret)




Le coeur de la Médina
Ceinturé de remparts en pisé aux chaudes tonalités, le centre historique de la ville est percé de portes monumentales. L’une des plus belles est Bab Agnaou, l’ancienne porte royale du palais almohade. Dans un dédale de ruelles, je me perds dans une cacophonie de couleurs, d’odeurs et de cultures. Entre babouches vert d’eau et caftans fuchsia, je rêve de l’Orient doré des Mille et Une Nuits.




Se perdre dans les souks
Une porte sculptée, un toit de tuiles vernissées, un passage couvert, des pyramides d’herbes aromatiques venues de la montagne et de petits restaurants à méchoui, je me faufile dans les souks entre les amas d’échoppes et d’ateliers d’artisans. Saoulée de bruits et de mouvements, je pousse la porte en bronze de la Medersa Ben Youssef, un havre de silence, une retraite au coeur de la ville. Cette école coranique fut fondée au 14e siècle par un sultan mérinide puis reconstruite au 16e siècle. C’est l’une des plus belles du pays.









Le soleil se couche sur la Place Jemaa el-Fna
Classée au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco, la Place Jemaa el-Fna est le point culminant du pèlerinage touristique à Marrakech. J’y rencontre autant de touristes que de locaux. En début de soirée, elle devient le théâtre d’un gigantesque et fascinant spectacle en plein air. Musiciens, danseurs, charmeurs de serpents, conteurs et saltimbanques prennent possession des lieux. Peu à peu, la fumée des grillades se mêle aux odeurs d’épices. Je prends de la hauteur sur une des terrasses de café qui entourent la place. Le spectacle est fascinant!





Carnet de route de Marrakech

Y aller: Vol direct Bruxelles Marrakech. 3h30 de vol à peine et l’on se trouve dans un autre monde. Passeport obligatoire. Une heure de décalage horaire en été. www.visitmorocco.com et www.visitmarrakech.ma et www.officetourismemaroc.com
Où loger:
- Les Riads: Pour savourer l’art de vivre qui fait la réputation de Marrakech, rien ne vaut en séjour dans un riad, une maison traditionnelle avec cour intérieure reconvertie dans l’accueil d’hôtes. Généralement très confortables et bien restaurées, ces demeures nichées au coeur de la médina possèdent un charme indéniable. L’été on y trouve de la fraîcheur mais il peut y faire très froid en hiver. Certains offrent une ambiance familiale comme le Riad Marhbabikoum, qui signifie « soyez les bienvenus ». www.marhbabikoum.com. D’autres sont de véritables palais comme le Dar Donab de style arabo andalou avec jardin. http://www.palaisdonab.com et http://vivre-marrakech.com/hebergement/riad-marrakech-guide/




- La Mamounia. Sacré meilleur hôtel au monde en 2018, La Mamounia est un palace magique et envoûtant qui incarne le raffinement marocain. L’atmosphère orientale du palais, les jeux de perspectives et de lumière du parc, tout est beau. A défaut d’y loger, on peut y boire un verre dans le bar Churchill ou l’esplanade Majorelle. https://laterreestunjardin.com/la-mamounia-marrakech/ et www.mamounia.com




Musées de Marrakech:
- Musée des Confluences Dar El Bacha. Situé au coeur de la médina, Dar El Bacha est un somptueux palais construit au début du 20e siècle par le Pacha Thami El Glaoui qui y organisait des réceptions et des banquets fastueux. La décoration du Riad, les carreaux de zelliges et les plafonds en cèdre sculpté illustrent le savoir-faire des artisans marocains. Le palais qui abrite le Musée des Confluences expose des tapis, poteries, céramiques et tissages qui reflètent l’art marocain traditionnel. Dar El Bacha, Musée des Confluences, Marrakech – La terre est un jardin et https://fnm.ma/musees-ouverts/musee-des-confluences-dar-el-bacha/




- Musée Macaal. Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden. Inaugurée en février 2025, la collection permanente réunit une diversité d’oeuvres essentielles à la lecture de l’art contemporain africain. L’occasion de découvrir un panorama dynamique et évolutif des scènes artistiques contemporaines d’Afrique et de sa diaspora. Musée Macaal, Marrakech – La terre est un jardin et https://macaal.org/




- Musée de la Palmeraie. Créé en 2011, le musée abrite une collection privée d’art contemporain d’artistes marocains et internationaux. Il est entouré d’un écrin végétal qui offre au visiteur l’expérience du ressourcement et de la méditation. Il y a trois jardins, le jardin arabo-andalou, le jardin de sculptures d’art moderne et le jardin sec peuplé de cactus et de plantes succulentes. https://laterreestunjardin.com/musee-de-la-palmeraie-marrakech/ et https://www.benchaabane.com/musee_palmeraie/




- Anima. Jardin de sculptures. Inauguré en 2016, ce musée à ciel ouvert a été créé par l’artiste multimédia André Heller. L’endroit est magnifique, avec les montagnes de l’Atlas en toile de fond. Les plantes venues des quatre coins du monde servent d’écrin luxuriant à un musée de sculptures d’artistes marocains ou internationaux. Les oeuvres d’art se fondent dans la végétation offrant une multitude de surprises au visiteur. C’est un jardin plein de fantaisie qui invite à la déambulation, à la sérénité et à la contemplation. https://laterreestunjardin.com/anima-marrakech/ et https://www.anima-garden.com/




Restaurants:
- Salama. Une des meilleures adresses de Marrakech dans une ruelle qui donne sur la Place Jemaa El-Fna. Le cadre est superbe avec une ambiance magique sur la terrasse vitrée du dernier étage. https://www.lesalamamarrakech.com/
- Dar Moha. Dans un superbe riad de la médina, une table d’hôtes avec des saveurs raffinées de plats traditionnels revisités par un chef plein de talents. La meilleure table de Marrakech. www.darmoha.ma

A lire: « Les Voix de Marrakech, Journal d’un voyage », Elias Canetti, éditions Albin Michel et Livre de poche
Le souk mode d’emploi:
Comme dans tous les grands centres historiques du monde, le touriste à Marrakech est souvent confronté à un jeu de séduction pour être ensuite plumé comme un dindon! Il faut savoir qu’au Maroc, le salaire mensuel moyen d’un enseignant est de 600 Euro et à peine 200 Euro pour un ouvrier. Le tourisme représente donc une mine d’or pour la population locale. Le marchandage est un sport universel et dans les souks, on peut souvent diviser les prix par deux. De nombreux artisans travaillent devant vous le métal, le bois ou le cuir. Le plus difficile est de savoir si le plat en cuivre qui vous tente provient vraiment de l’artisanat local ou du Pakistan!






Les guides même officiels ont la fâcheuse tendance à vous entraîner dans les boutiques où ils ont un bakchich. Dans les herboristeries, on vend souvent très cher des crèmes soit disant miraculeuses à l’huile d’argan ou au safran. Dans le meilleur des cas, la crème ne contient rien de nocif mais on n’y retrouve pas le moindre gramme de safran ou très peu d’argan! Par contre, les étals d’épices exhalent des parfums enivrants de curcuma, gingembre, cumin, cannelle, muscade, paprika ou curry. Le choix est presque infini et les prix sont généralement très bas par rapport à ceux pratiqués chez nous.



Rendez-vous dans la rubrique Voyages Afrique pour découvrir le Musée Aman pour la civilisation de l’eau, le Musée Macaal, le Musée des Confluences Dar El Bacha, le Palais de Bahia, le Palais Badi, la Mamounia, l’Histoire des villes impériales du Maroc et le guide pratique de Fès, de Rabat et de Meknes ainsi qu’un circuit dans les Montagnes de l’Atlas, la récolte des roses dans la Vallée du Dadès et l’huile d’argan à Essaouira. Rendez-vous dans la rubrique Jardins, Afrique, pour découvrir mes reportages sur les Jardins de Marrakech, les Jardins de l’Agdal, les Jardins de la Menara, le Jardin Majorelle, Le Jardin Secret, le jardin du Musée de la Palmeraie, le jardin de sculptures Anima et dans la rubrique Végétaux, pour découvrir l’univers de l’arganier et du safran ou cliquez sur les liens.


Un tout grand BRAVO Agnès, pour l’ensemble de ton reportage sur les villes impériales marocaines.
Marc, collègue travel writer.
Je suis revenue envoûtée par la magie du Maroc. Quel raffinement!
Bonjour,
Je prepare un voyage pour aller a la rencontre des artisans tapis vannerie vers l’atlas ou doit on aller ?
merci pour votre aide
Isabelle
Vous aurez quelques pistes dans mon reportages sur les Montagnes de l’Atlas. J’y ai rencontré beaucoup d’artisans, surtout des femmes berbères qui faisaient de la broderie et du tissage.
Bonjour Agnès,
Je suis très heureux de revivre à travers votre magnifique reportage photos, le voyage que j’ai effectué en février 2010 sur un parcours de 5200 km en 26 jours à travers tout le Maroc du Nord à partir de Tanger jusqu’à Ouazazat au sud.
C’est en effet, un pays fabuleux plein de mystère et de poésie.
Cordialement
Merci Karim. Je suis impatiente de découvrir l’Algérie grâce à vos bons conseils.
Merveilleux Anniversaire, Chère Agnès! Ton intrépidité de voyageuse émérite me fascine toujours. Tu me donnes l’envie de retourner à Marrakech pour les musées d’Art contemporain que je n’ai eu l’occasion de voir il y a plus de trente ans. Aussi je pense que le pays a bel et bien évolué depuis. Je t’embrasse, Nathalie
Merci Nathalie, tu vas adorer revoir Marrakech et ses nouveaux jardins et musées. Et la médina est toujours aussi fascinante…