20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

De gorges vertigineuses en vallées verdoyantes, de pistes rocailleuses en casbahs, les paysages du grand Sud marocain sont somptueux! Dans les Montagnes du Haut Atlas, voyage à la rencontre du peuple berbère avec quatre portraits de femmes que j’ai rencontrées, qui m’ont parlé de leur vie et de leurs rêves.

24h à Marrakech

Ville impériale et populaire, raffinée et bigarrée, Marrakech est infiniment attachante. Avant de partir pour un circuit dans les Montagnes de l’Atlas, je m’y balade pendant une journée, mais c’est bien trop court! Le minaret de la Koutoubia domine la vieille ville. Au coeur de la Medina, la place Jemaâ el Fna est étourdissante de monde et de bruits avec un fourmillement de marchands, d’acrobates, de danseurs et musiciens. L’idéal est de grimper sur une terrasse en fin d’après midi pour observer la place qui s’anime.

Marrakech

Au medersa BenYoussef, le porche s’ouvre sur une ancienne école coranique aux murs couverts de zelliges et de plâtre ciselé. Les Tombeaux des Saâdiens sont un véritable havre de paix où l’on peut admirer la salle des Douze Colonnes, chef-d’oeuvre de l’art hispano-mauresque.

Coup de coeur pour le Palais al-Bahia construit par un vizir à la fin du 19e siècle avec un décor de mosaïques, de panneaux de bois, de colonnades peintes et de broderies de plâtre. Et la dernière découverte qui me comble, le Jardin de Majorelle, tout en vert et bleu. J’en avais beaucoup entendu parlé comme étant un des plus beaux jardins du monde. C’est plus beau que dans mes rêves…

Maroc Marrakech
Maroc Marrakech
Maroc Marrakech
Maroc Marrakech

Le col de Tizi n’tichka

Après cette journée étourdissante, je quitte la ville impériale et ses charmeurs de serpents pour un circuit en solo vers le Sud dans les Montagnes de l’Atlas. Un jeune berbère m’attend dans le hall d’accueil de mon hôtel. Ce sera mon guide qui me servira de chauffeur pendant toute la semaine.

Franchir les Montagnes de l’Atlas par la route du col de Tizi n’tichka est déjà toute une aventure avec une succession de virages qui montent jusqu’à 2260m. Partout, le contraste est saisissant entre le lit luxuriant des rivières et l’aridité des montagnes.

Une piste mène à Telouet, un haut lieu historique qui marquait la frontière entre le nord et le sud du Maroc. Il n’y a aucun touriste et pourtant nous découvrons ce qui devait être une des plus belles forteresses des Montagnes de l’Atlas: la kasbah du pacha Glaoui surnommé le Lord de l’Atlas. Cette citadelle, à la fois château et caravansérail est ornée de boiseries de cèdre, de zelliges colorés et de plafonds de stuc sculpté.

Telouet
Telouet
Telouet
Telouet
Telouet
Telouet

Après cette découverte étonnante, la route nous conduit à Ait Ben Haddou, un des plus anciens ksars du Maroc classé par l’Unesco. C’est un musée village avec un dédale de ruelles, de passages couverts et de maisons traditionnelles en terre posées à flanc de colline. L’endroit a servi de tournage à de nombreux films tels que Lawrence d’Arabie, Babel ou Indiana Jones.

Une boulangerie à Ait Ben Haddou

Dans la rue principale d’Ait Ben Haddou, je pousse la porte d’une boulangerie et je rencontre Fatima. Cette jeune femme dirige l’association féminine Imik Simik (qui signifie petit à petit) pour le développement rural. (imik.s.imik@hotmail.com)

«J’ai fondé cette association avec quelques amies il y a quatre ans. Il nous a fallu demander l’autorisation de notre mari ou de notre père. Nous avons une trentaine de femmes mariées, divorcées ou célibataires de 21 ans à 75 ans. Notre atelier est situé dans le centre du village. Nous fabriquons des galettes de blé pour les restaurants, des pâtisseries, du couscous et nous vendons des produits locaux avec un partage des bénéfices.»

L’association organise aussi des réunions de planning familial, d’éducation à la santé et aux droits de la femme. Le rêve de Fatima, c’est de valoriser le statut de la femme qui ne veut plus vivre comme sa mère ou sa grand-mère. Ici, elle trouve un travail qui lui donne une ouverture sur le monde.

Ait Benhaddou
Ait Benhaddou
Ait Benhaddou
Ait Benhaddou
Ait Benhaddou
Ait Benhaddou

La Vallée du Drâa

Passé Ouarzazate et Agdez, c’est l’émotion du grand sud. La route suit la vallée du Drâa. Un chapelet de palmeraies arrosées par le plus long fleuve du Maroc qui se perd dans les sables du désert à Zagora. Aujourd’hui, comme jadis, on vit dans cet oasis de la culture des palmiers dattiers que le Drâa irrigue selon des mécanismes ancestraux.

Aux portes du Désert, Zagora me plonge au temps des caravanes. La piste reliait Tombouctou en 52 jours à dos de dromadaire à travers le désert, le grand Sahara qui mène au Niger et au Mali.  Le soleil est aveuglant et il fait près de 40°C!

Nous visitons Tamegroute, situé à 20km après Zagora. Ce petit village de potiers est quadrillé de ruelles étroites et couvertes qui offrent une ombre bienfaisante. Nous voulons visiter la célèbre bibliothèque de la Zaouïa Naciria dotée de manuscrits très anciens, mais la porte est close.

Tamgroute
Tamgroute
Maroc Atlas
Tamgroute

Une nuit dans les dunes de Merzouga

Nous faisons une halte à Tazzarine, un village berbère étape sur la route des caravanes de sel qui transportaient aussi de l’or, des esclaves, du sucre et du cuir. Tazzarine est la capitale du henné cultivé dans les oasis semi-montagneux du Jbel Sagho. Cette plante médicinale et cosmétique se présente comme une poudre jaune qui devient noire au contact de la peau.

Maroc Merzouga

Maroc Merzouga

Maroc Merzouga

Plus loin vers le sud, la route goudronnée laisse place à une piste qui me conduit à Merzouga. Du sable à perte de vue et un paysage qui ne cesse de changer au grès des vents et de la lumière du soleil. Mon guide a organisé un bivouac sous tente au milieu du désert. Nous rejoignons le campement à dos de dromadaire. La balade au milieu des vagues de dunes est sublime! Le début de la nuit se fait dans un silence total, sous une voûte céleste à portée de main. Mais vers minuit, une tempête violente de sable se lève. La tente bédouine est secouée par le vent et des rafales de sable s’infiltrent partout. Une nuit mémorable…

Merzouga
Merzouga
Merzouga
Merzouga

La transhumance des nomades

Nous retrouvons les contreforts des Montagnes de l’Atlas pour rejoindre Erfoud, ville riche en fossiles puis la palmeraie verdoyante de Tinghir installée au pied de l’Atlas. Les femmes sont voilées et les hommes portent le chèche pour se protéger la tête et le visage du soleil, du vent et de la poussière.

Au détour d’un village, nous croisons une caravane de nomades qui font la transhumance. Les hommes traversent le village avec les dromadaires lourdement chargés. Les femmes mènent les troupeaux de chèvres en contournant le village. Rencontre rare et magique, une véritable scène biblique qui me laissera très émue…

Sur le chemin, à Tinejdad, se dresse le ksar El Korbat. C’est un village fortifié bâti en terre crue au milieu du 19e siècle. Restauré par une association de villageois, il accueille aujourd’hui près de cent familles. Celles-ci travaillent dans la maison d’hôtes et le restaurant, dans le petit musée rural et dans les ateliers d’artisanat féminin.

Maroc Atlas
Maroc Atlas
Maroc Atlas
Maroc Atlas

Un atelier de broderie à El Korbat

Ahmed Ben Amar dirige l’association El Korbat. «Dans la société traditionnelle, une femme qui travaillait dans un hôtel ou un restaurant était considérée comme une putain! Les premières années ont été difficile mais quand la première employée s’est mariée, alors les mentalités ont commencé à changer. C’était gagné!»

Dans l’atelier de broderie qui occupe une dizaine de femmes, je rencontre Aisha qui vit avec sa mère dans le ksar depuis sa jeunesse. «Nous décorons avec des fils de coton des vêtements, rideaux, draps de lit ou des nappes. Le dessin est dans la tête. Ce sont surtout des dessins berbères, des croix, losanges, étoiles et des fleurs.»

La vie a changé ici depuis la restauration du village. Il y a plus d’animation et les femmes ont la possibilité de rencontrer plus de monde. Le rêve d’Aisha, c’est pourtant de vivre dans une ville. «Je voudrais me marier et avoir 5 enfants. Je m’occuperai de ma maison et de mon jardin mais je voudrais continuer à broder.» Son amie Rabha qui est divorcée avec un enfant rêve que son fils fasse des études.

Maroc Tinejdad El Korbat

La Vallée du Dadès

Nous voici dans une des plus belles régions des Montagnes de l’Atlas. Nous passons devant les fameuses gorges du Toudgha (prononcez Todra). Surnommé le Grand Canyon Marocain, c’est un des sites les plus grandioses du Maroc où fut tourné le film Lawrence d’Arabie. Imaginez des falaises vertigineuses de calcaire rose qui tombent à pic sur un étroit couloir où coule l’oued Todgha.

La route longe à présent la rivière Dadès qui alimente une série d’oasis, de jardins et de palmeraies. C’est la vallée des mille casbahs, silhouettes accrochées aux montagnes comme des citadelles de terre. Ces grandes maisons ou palais entourés de quatre tours sont souvent surmontées par un nid de cigogne. Les parcelles très vertes des potagers sont entourées par une montagne aride et désertique aux roches rouges et ocre.

Maroc Montagnes de l'Atlas

Chacun profite de cette terre généreuse arrosée par la rivière: noyer, peuplier argenté, amandier en fleurs en février, prunier, abricotier, olivier, pêcher, figuier, grenadier, vignes… Nous sommes à plus de 1000 mètres d’altitude et l’été, il ne fait jamais trop chaud. L’endroit idéal pour une balade à pied en suivant le cours de l’oued ou dans les gorges.

Maroc Atlas
Maroc Atlas
Maroc Atlas
Maroc Atlas

Un atelier de tissage à Hadida

A Hadida, petit village de la Vallée du Dadès, je rencontre Wardia et ses amies qui travaillent dans un atelier de tissage. «Je vis chez mes parents. J’ai quitté l’école à 12 ans et j’ai appris le tissage du tapis à l’âge de 14 ans. Nous cardons la laine des moutons, des chèvres et des dromadaires. On fait le filage à la main et la teinture artisanale avec des colorants naturels.»

Les techniques du nouage sur le métier à tisser sont très anciennes. Le travail se fait en famille dans le village ou dans le local de la coopérative qui accueille une quinzaine de femmes. Tout le monde est ensemble. Le rêve de Wardia, c’est de trouver un homme qui est bien, qui l’écoute et qui la respecte. Elle voudrait fonder une famille et continuer à travailler si son mari l’accepte.

Hadida tissage
Hadida tissage
Hadida tissage
Hadida tissage

La Vallée des roses

Il faut suivre la rivière M’Gouna pour découvrir la Vallée des roses, bande de terre verdoyante entre des falaises de terre rouge comme dans le Colorado. Le décor est sublime! Autour de la rivière, des petites parcelles cultivées sont entourées de buissons de rosiers de Damas que l’on récolte d’avril à juin pour en faire du parfum.

Maroc Boutaghrar Tamaloutte

Dans un gîte d’étape à Boutaghrar, nous sommes reçus par Houcine Azabi, chef de famille d’une tribu de 17 personnes qui vivent sous le même toit. Dans ce jardin d’éden au cœur des Montagnes de l’Atlas, le temps semble suspendu et l’harmonie est parfaite. Le bonheur des choses simples prend ici tout son sens. Le matin, Houcine m’offre sur la terrasse un petit déjeuner marocain avec un thé à la menthe très sucré, des galettes, du fromage de chèvre et un jus d’orange, face à un paysage de rêve. Envoûtant, inoubliable…

Maraoc Boutaghrar
Maroc Atlas
Maroc Boutaghrar
Maroc Boutaghrar

Une communauté rurale traditionnelle

En fin d’après midi, j’accompagne Bia, la soeur aînée d’Houcine, jusqu’aux aux champs le long de la rivière. Après avoir vécu 5 ans dans une tribu nomade, Bia est retournée vivre chez son frère à Boutaghrar. Cette femme énergique participe à toutes les tâches de la vie familiale.

«Je m’occupe de la maison, je fais le pain dans le four à bois et le couscous. Le matin, je pars laver le linge au bord de la rivière où je retrouve les autres femmes du village. On cueille les roses et c’est l’occasion de bavarder.»

Dans les champs, Bia et ses amies récoltent l’orge et le blé pour faire le pain, des légumes et le fourrage pour le bétail qu’elles transportent dans un grand drap noué sur leur dos jusqu’à la maison. Leur seule distraction, c’est d’aller au marché de la ville. Le rêve de Bia, c’est de pouvoir continuer à vivre à Boutaghrar jusqu’à la fin de sa vie. In sha’ Allah, si dieu le veut.

Maroc Boutaghrar
Maroc Boutaghrar
Maroc Vallée des Roses
Maroc Boutaghrar

La femme berbère dans les Montagnes de l’Atlas

La vie des femmes rurales au Maroc a peu changé au fil du temps et la plupart ont une vie de famille traditionnelle. Certaines travaillent dans des coopératives ou des associations de femmes pour faire de la broderie, des tapis ou de la pâtisserie. C’est surtout l’occasion d’avoir un peu d’indépendance vis à vis de la famille et de rencontrer d’autres femmes car la mixité est toujours proscrite.

Les femmes portent le hijab, un simple foulard sur la tête. Dans le Sud, plus traditionnel, elles portent parfois le nikab pour se couvrir la tête et le visage lorsqu’elles sortent au marché. Pour les prendre en photo, il faut leur autorisation et généralement, seules les femmes célibataires ou divorcées acceptent car les autres doivent demander la permission à leur mari.

En 2004, le gouvernement du Maroc a réformé le code de la famille en instaurant une égalité de droits entre l’homme et la femme. Désormais, la femme n’est plus sous la tutelle patriarcale, elle peut refuser la polygamie et divorcer sans perdre la garde de ses enfants.

L’émancipation des femmes dans les villes est évidente. Féminines et féministes, elles vivent en harmonie avec leur temps tout en étant fière de leur histoire et des traditions. Mais les mentalités n’évoluent que très lentement dans le reste du pays à dominance rurale.

Maroc Montagnes de l'Atlas

Carnet de route

Voir aussi mes reportages sur les Villes Impériales du Maroc, sur Marrakech, Fès, Meknes et Rabat, sur la Vallée du Dadès et sur Huile d’Argan au Maroc dans la rubrique Voyage Afrique

– Y aller: circuit à thème proposé par Moroccan Gates, organisation parfaite et sur mesure, avec guide chauffeur parlant français. https://www.facebook.com/moroccangates/

– Quand partir: idéalement en avril, mai et fin septembre ou octobre si on veut éviter les grosses chaleurs de l’été et la neige en hiver dans la montagne.

– Où loger:

– Formalités: Passeport valable six mois après le départ.

– Langue: l’arabe est la langue officielle mais presque tout le monde parle couramment le français enseigné à l’école.

– Sécurité: le Maroc est une nation musulmane modérée et tolérante qui jouit d’un régime fort et d’une police qui fait régner l’ordre. La population est accueillante, surtout dans les montagnes et il n’y aucun problème de sécurité.

www.visitmorocco.com

Reportage publié dans Femmes d’Aujourd’hui 2017 (www.femmesd’aujourdhui.be)

 

 

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