Marrakech est le paradis des jardins. Promenade dans dix jardins de sultans, de princes, de vizirs, d’artistes et de paysagistes.
Jardins de sultans
Tout a commencé grâce à l’Atlas, château d’eau providentiel qui déverse son eau dans la plaine du Haouz. Il y a mille ans, elle donna vie à Marrakech, la perle du sud. Lorsque les Almoravides, ces hommes du désert, voulurent donner une capitale au royaume qu’ils venaient de conquérir, ils la firent large, vaste, aérée. Leurs successeurs, les Almohades au 12e siècle, les Saâdiens au 16e siècle et les Alaouites au 17e siècle repoussèrent encore les limites des remparts afin d’y inclure de vastes espaces verts. (voir mon Guide de Marrakech)

Marrakech, porte Bab Agnaou construite au 12e siècle sous la dynastie Almohade
Jardins de l’Agdal
Les Jardins de l’Agdal sont les plus anciens jardins de Marrakech. Ils ont été conçus au milieu du 12e siècle sous le règne d’Abd el-Moumen, souverain Almohade. Symbole de puissance et de prospérité, le parc de 550 hectares représentait pratiquement le double de la surface de la médina dont une bonne partie était occupée par des jardins intra-muros. Les Jardins de l’Agdal étaient dotés de deux grands bassins d’irrigation reliés par des canalisations souterraines, les khettaras, qui drainaient l’eau claire et limpide de l’oued Ourika et des neiges de l’Atlas.

Jardins de l’Agdal
C’est de la terrasse sur le toit du Riad Bab Ahmar que je découvre un immense verger d’oliviers avec en toile de fond les montagnes de l’Ourika. Situé au sud du palais royal Dar El Makhze et propriété du roi du Maroc, l’Agdal s’étend aujourd’hui sur 440 hectares. Il est délimité par un mur d’enceinte percé de portes depuis le 19e siècle. Les plantations sont constituées d’oliviers et d’agrumes. Au sud des jardins, de la terrasse supérieure du Dar El Hana, le pavillon qui borde le plus grand bassin Es Sala, on embrasse tout le panorama de la ville et de la chaîne du Haut Atlas. (voir mon reportage sur les Jardins de l’Agdal)




Jardin de la Ménara
Véritable havre de fraîcheur aux portes de la médina, le Jardin de la Ménara est le deuxième jardin après l’Agdal créé au 12e siècle par les Almohades à Marrakech. Le parc peuplé de cyprès, de palmiers et d’oliviers s’étendait sur 200 hectares. L’immense bassin a été creusé au centre du jardin pour servir de réservoir d’eau aux besoins de la ville.

Bassin du Jardin de la Ménara
La dynastie des Saâdiens puis celle des Alaouites transformèrent ce lieu en un magnifique jardin d’agrément. On venait s’y ressourcer à l’écart des tumultes de la ville pour pique-niquer et passer l’après midi au contact de l’eau. Construit au 17e siècle, le pavillon de plaisance était le rendez-vous galant des sultans. Se reflétant dans l’eau limpide, le pavillon offre une des vues emblématiques de Marrakech. (voir mon reportage sur le Jardin de la Ménara)




Palais Badi
Avec la dynastie saâdienne, Marrakech retrouva son rang de capitale jusqu’au milieu du 17e siècle. Ahmed Al-Mansour fut le sultan saâdien le plus illustre. Il fit construire le palais Badi dont la splendeur ne fut jamais égalée. Des architectes, puisatiers et horticulteurs vinrent de Grenade et de Séville. Le jardin possédait les caractères classiques de l’Islam: végétation, jeux d’eaux, pavillons légers devaient créer une atmosphère harmonieuse procurant plaisir et bien-être à ceux qui avaient le privilège de les fréquenter. Des allées surélevées dallées de marbre blanc et noir d’Italie et de zelliges multicolores dominaient des parterres plantés d’orangers.

Palais Badi
Hélas, rien n’a subsisté du faste du palais Badi. Il ne reste que des murs en pisé autour d’une immense cour, les ruines massives d’anciens pavillons et le tracé géométrique des vastes bassins et des parterres plantés d’orangers, de citronniers et cédratiers. Une série de salles souterraines abritait les esclaves et les serviteurs. C’est un exemple remarquable de l’architecture domestique saâdienne. (voir mon reportage sur le Palais Badi)




Jardins de Princes
C’est à la fin du 18e siècle que les jardins de Marrakech connurent leur vraie renaissance avec l’arrivée sur le trône du sultan alaouite Sidi Mohammed Ben Abdellah, appelé Mohammed III. Il confirma la cité ocre dans son statut de capitale politique du royaume. Le sultan cultivait la passion des jardins. Il offrit en cadeau de mariage à ses quatre fils un terrain avec maison adossé aux remparts de la médina.

La Mamounia
La Mamounia
Le plus célèbre est l’Arset al Mamoun, un verger de 13 hectares que le sultan offrit à son fils, le prince Moulay Mamoun. Le jardin de la Mamounia allait jouir très vite d’une renommée internationale. «Le petit pavillon carré d’heureuses proportions, situé à la croisée des chemins dessinés par les quatre parcelles d’oliviers et d’oranger ainsi que le riad qui se trouvait près des remparts datait du règne du sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah.»

La Mamounia
En 1923, la Mamounia est transformée en hôtel de luxe, un des plus beaux palaces au monde. Les jardins qui s’étendent sur 8 hectares ont gardé leur caractère d’origine avec de grands carrés de vergers plantés de palmiers, d’oliviers, d’orangers, de pamplemoussiers, de citronniers, de grenadiers, de figuiers et de mûriers. L’équilibre entre l’élément minéral et végétal, les esplanades et terrasses au sol couvert de zelliges, les fontaines et les ruisseaux, tout est idyllique. (voir mon reportage sur la Mamounia)




Arsat Moulay Abdeslam
Moulay Abdeslam était un prince poète et un homme érudit. Comme ses frères, il reçut de son père un terrain de 8 hectares. La maison princière à l’architecture très élaborée et son jardin ont marqué de nombreux visiteurs. On y découvrait un bassin carré et un pavillon. Une allée centrale partant d’un kiosque traversait le parc, offrant une belle perspective sur le minaret de la Koutoubia.

Arsat Moulay Abdeslam
Seule une petite partie du jardin a subsisté. Ouvert au public, le parc a été restauré par l’opérateur historique des télécoms au Maroc. Doté de bornes d’accès à Internet, il porte désormais le nom de Cyber Parc Arsat Moulay Abdeslam. Des oliviers centenaires, des banians de Malaisie, des palmiers dattier et des caroubiers offrent généreusement leur ombre aux promeneurs et rappellent l’ambiance de ce qu’a été ce jardin de prince.




Jardins de Grands Vizirs
Au 19e siècle et début 20e siècle, les grands caïds, les vizirs, les pachas et les hauts fonctionnaires ont suivi la mode des rois alaouites en érigeant à leur tour des palais entourés de potagers et de vergers avec des jardins clos. La construction de palais, de dâr ou de riyads était à cette époque un symbole d’appartenance à la caste du pouvoir.

Palais de Bahia
Palais de Bahia
Parmi tous les projets architecturaux de l’époque, celui de la construction du Palais de Bahia reste l’exemple le plus étonnant de l’histoire de Marrakech. Bahia signifie ‘belle’. Le palais de Bahia est la réunion de deux projets architecturaux lancés par deux grands vizirs. Il a été fondé en 1866 sur l’ordre de Si Mousa, chambellan du sultan Mohamed IV. Il fut agrandi et élargi par son fils Ahmed ben Moussa, grand vizir du jeune sultan Moulay Abdelaziz.

Palais de Bahia
Le Grand Riyad est la partie la plus ancienne du palais. Une fontaine en marbre trône au milieu de la cour. Une loggia faisait office de pavillon de thé. Avec l’agrandissement du palais furent créés de quatre nouveaux jardins clos animés de fontaines pour accueillir dignement les hôtes du grand vizir. (voir mon reportage sur le Palais de Bahia)




Dar El Bacha
Le pacha Thami El Glaoui est une figure marquante du début du 20e siècle. Redevant sa fulgurante ascension à l’administration française au Maroc, il fut Pacha de Marrakech de 1907 à 1956. Construit au début du 20e siècle, son palais comportait trois jardins, un verger doté d’un bassin pour l’irrigation des agrumes, un jardin clos situé au milieu du riad et un jardin de plaisance de style paysager avec un pavillon d’apparat, la Stinia, réservé aux hôtes de qualité.

Dar El Bacha Musée des Confluences
Considéré comme un modèle d’architecture marocaine traditionnelle, le riyad s’organise autour d’une cour jardin rectangulaire ornée de fontaines. Réquisitionné par l’état marocain au décès du pacha, le riad avec ses fontaines et ses orangers abrite aujourd’hui le Musée des Confluences. Il expose des bijoux, poteries, zelliges, tapis et tissages qui définissent l’identité marocaine. (voir mon reportage sur le Musée des Confluences Dar El Bacha)




Jardin d’artistes et de paysagistes
Marrakech est sous protectorat français de 1912 à 1955. La cité attire de nombreux visiteurs étrangers. Des écrivains et des artistes y élisent résidence et viennent étancher leur soif d’Orient. Il faut attendre le début du 21e siècle pour voir apparaître à Marrakech de nouveaux jardins réputés pour leur beauté ou leur sensualité. Reflet du talent de leur créateur, ces jardins paradisiaques qui attirent aujourd’hui de plus en plus de visiteur confirment Marrakech comme étant une Cité-Jardin.

Jardin Majorelle
Jardin Majorelle
Le Jardin Majorelle fut créé par Jacques Majorelle, peintre orientaliste français qui s’installe à Marrakech en 1922. Son jardin Bou Saf Saf faisait jadis partie de la palmeraie. Jacques Majorelle imagine son jardin d’agrément comme une succession de paysages avec divers bassins, plans d’eau, rigoles et fontaines, autant de miroirs aquatiques où se reflètent le jardin et sa végétation.

Jardin Majorelle
Au fil du temps, Majorelle introduit des agaves, crassulacées et divers cactus. Il dispose un peu partout des pots fleuris et des jarres colorés de jaune, orange, vert, rouge et surtout de bleu, le fameux bleu outre-mer lumineux connu sous le nom de ‘Bleu Majorelle’. Sauvé il y a cinquante ans par Yves Saint-Laurent et Pierre Berger, le jardin Majorelle est le plus célèbre des jardins de Marrakech et l’un des plus beaux jardins au monde. (voir mon reportage sur le Jardin Majorelle)




Musée de la Palmeraie
Administré par la Fondation Benchaâbane, le Musée de la Palmeraie a été créé en 2011. Il abrite une collection privée d’art contemporain, de peintures, photographies, sculptures et calligraphies qui couvre sur près d’un siècle le travail d’artistes marocains et internationaux. Le Musée est entouré d’un écrin végétal d’un hectare qui offre au visiteur l’expérience du ressourcement et de la méditation.

Musée de la Palmeraie
Cette oasis de verdure est composée de trois espaces distincts. Un jardin ancré dans la tradition arabo-andalouse s’étend le long d’un bassin bordé d’agrumes et de plantes parfumées. Le jardin de sculptures est animé de pavillons de repos et de sculptures d’art moderne. Entouré de hauts murs et écrasé de soleil, le jardin sec est peuplé de cactus et de plantes succulentes. Un jardin en dehors des sentiers battus qui mérite la visite. (voir mon reportage sur le Musée de la Palmeraie)




Musée Maccal
Fondé par la famille Lazraq, le Macaal, Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden s’insère dans les jardins luxuriants d’Al Maaden Golf Resorts. Ouvert en 2016, le musée rassemble plus de 2000 oeuvres d’artistes marocains de renom et d’artistes de tout le continent africain. Il célèbre l’énergie créatrice et la diversité culturelle du continent africain.

Musée Macaal
L’architecture contemporaine du bâtiment dialogue harmonieusement avec la végétation méditerranéenne du parc. Quelques sculptures monumentales s’insèrent dans cet écrin paysager contemporain. On y admire les ‘Girouettes’ de Philippe Hiquily, les ‘Masques’ de Mahi Binebine et ‘Our land just like a dream’ de Joël Andrianomearisoa. (voir mon reportage sur le Musée Macaal)




Le Jardin Secret
Situé en plein coeur de la médina de Marrakech, le Jardin Secret a ouvert ses portes au public en 2016. Il a été dessiné par l’architecte paysagiste Tom Stuart-Smith dans les jardins clos du palais El-Krissi, l’un des grands riads emblématiques de la vielle ville édifié au milieu du 19e siècle par le caïd U-Bihi.

Jardin Secret
Véritable havre de fraîcheur, le Jardin Secret est formé de deux espaces. Le premier est un jardin exotique luxuriant. Organisé autour d’un canal étroit, il abrite des plantes provenant de différentes parties du monde. Plus grand et plus sobre que le premier jardin, le jardin islamique est une métaphore du verger du paradis. Son organisation en quatre parties rappelle la description du jardin sacré faite par le Coran. Un véritable jardin d’Eden. (voir mon reportage sur le Jardin Secret)




Anima
Et voici le dernier jardin paradisiaque de Marrakech à visiter absolument. Il se situe à 27 kilomètres de la cité impériale, au pied des Montagnes de l’Atlas. Inauguré en 2016, Anima est l’oeuvre de l’artiste multimédia André Heller. Les plantes venues des quatre coins du monde servent d’écrin luxuriant à un musée de sculptures à ciel ouvert.

Anima, le jardin d’André Heller
Anima qui veut dire âme en latin est une ode à la poésie, un lieu magique invitant à la sérénité et à la contemplation. Il n’y a pas un chemin, mais des myriades de sentiers. Le visiteur prend le temps de se perdre, de vagabonder à l’ombre d’oliviers bicentenaires ou sous une voûte ombragée de bambous. En contradiction totale avec la nature désertique environnante, cette oasis de verdure est une halte bienfaisante et rafraîchissante qui invite à la détente. (voir mon reportage sur Anima)




Des mots pour dire ‘Jardin’
- Buhayra. C’est un immense verger clos, doté d’un grand bassin, destiné à apporter une abondante provision d’eau pour l’irrigation des arbres fruitiers au milieu desquels des cultures intercalaires de légumes ou de légumineuses trouvent place.
- Adgal. C’est un pré réservé sur les rives d’un oued entouré d’une enceinte en pierre. En fait, Buhaya et Agdal désignent un même objet. Ce sont des jardins impériaux qui se trouve à proximité des Palais des Sultans.
- Arsa. Ce terme signifie en arabe classique la cour intérieure d’une maison et, par extension, toute étendue vide et non construite;. Une fois transformés en jardins, ces espaces ont gardé le nom d’Arsa. C’est un jardin irrigué, mais moins étendu que l’Agdal..
- Jnan, Janna. Ce terme désigne un espace planté d’arbres fruitiers et de palmiers.. Ce type de jardin doit nécessairement comporter des vignes et des palmiers, sinon on l’appellera Hadiqa qui signifie enclos.
- Riyad. Ce terme désigne toute habitation au centre de laquelle se trouve un jardin clos. Le riya se développe sur un plan rectangulaire autour d’un jardin généralement divisé en quatre parterres par le croisement de deux allées surélevées. Au centre se trouve une fontaine.
Jardins de Marrakech
- La Ménara, https://laterreestunjardin.com/la-menara-marrakech/ et https://menaragardens.com/fr/
- Jardins de l’Agdal, https://laterreestunjardin.com/jardins-agdal-marrakech/
- Palais Badi, https://laterreestunjardin.com/palais-badi-marrakech/ et https://badipalace.com/
- La Mamounia, https://laterreestunjardin.com/la-mamounia-marrakech/ et https://mamounia.com/fr/
- Palais de Bahia, https://laterreestunjardin.com/palais-de-bahia-marrakech/ et https://palaisbahia.com/
- Dar El Bacha, https://laterreestunjardin.com/dar-el-bacha-marrakech/ et https://fnm.ma/musees-ouverts/musee-des-confluences-dar-el-bacha/
- Jardin Majorelle et Musée des arts berbères, https://laterreestunjardin.com/jardin-majorelle-marrakech/ et https://www.jardinmajorelle.com/
- Musée de la Palmeraie, Fondation Benchaâbane, https://laterreestunjardin.com/musee-de-la-palmeraie-marrakech/ et https://www.benchaabane.com/musee_palmeraie
- Macaal, Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden, https://laterreestunjardin.com/musee-macaal-marrakech/ et https://macaal.org/
- Le Jardin Secret, https://laterreestunjardin.com/jardin-secret-marrakech/ et https://www.lejardinsecretmarrakech.com/
- Anima, Jardin de l’artiste André Heller, https://laterreestunjardin.com/anima-marrakech/ et https://www.anima-garden.com/
A lire:
- «Jardins de Marrakech», Mohammed El Faïz, Actes Sud, 2000

- «Marrakech Cité-Jardin, Grandeur, Décadence & Renaissance», Abderraazzak Benchaâbane, Borkane, 2014
Reportage publié dans la revue Eden en 2025 https://edenmagazine.be/
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