John Brookes est reconnu comme le paysagiste anglais le plus influent de sa génération, l’homme qui a créé le jardin à vivre.
Grande-Bretagne
John Brookes était considéré comme « l’homme qui a fait le jardin moderne ». Il a conçu des jardins et des paysages en Grande-Bretagne et dans le monde entier de la fin des années 1950 jusqu’à sa mort à l’âge de 84 ans en mars 2018. Il dessinait ses jardins au crayon, restant catégoriquement opposé aux dessins informatiques toute sa vie.

Dans les années 50
Né à Durham en 1933, John Andrew Brookes découvre l’art des jardins à travers le livre «Gardens in the Modern Landscape» du paysagiste Christopher Tunnard édité en1938. Après un apprentissage dans les parcs et jardins de Nottingham puis chez Harry Blom, il fait ses classes chez Brenda Colvin, une paysagiste et auteur célèbre au milieu du siècle passé puis chez Dame Silvia Crowne avant de compléter sa formation de paysagiste au University College de Londres.

Jardins de banlieue
Dans une Grande-Bretagne d’après-guerre où la prospérité renaissait, on voyait se construire une nouvelle génération de maisons de banlieue avec de petits jardins. «Quand j’ai commencé ma carrière, vous aviez soit de grandes maisons de campagne, qui essayaient d’imiter Sissinghurst, soit de petits jardins de ville où les gens plantaient des plantes autour d’une pelouse centrale et en restaient là.»

Jardin de gravier
Pendant cinquante ans, John Brookes a tenté de faire évoluer le style des jardins britanniques et leur obsession pour le velours vert des gazons parfaitement tondus par des zones plus informelles qui demandent moins d’entretien. Il a été l’un des premiers apôtres de la plantation dans les zones de gravier et voyait les plantes en terme de formes et de masses pour structurer le jardin. «Utiliser le gravier comme sol pour les plantations s’avère intéressant car il joue aussi le rôle de paillis. Les plantes qui se reproduisent par dissémination naturelle des graines et qui aiment la sécheresse sortent du sol là où elles veulent, de sorte qu’on enregistre un changement d’aspect permanent. De plus, la couverture de gravier limite l’évaporation de l’eau et la venue des mauvaises herbes.»




Landscape Legacy
Excellent pédagogue, John Brookes a enseigné et donné des conférences dans le monde entier. Ses livres de jardinage ont été vendus à des millions d’exemplaires à travers le monde influençant des milliers de propriétaires de jardins, de concepteurs de jardin et d’entrepreneurs. Après avoir visité son jardin de Denmans, j’ai retrouvé dans ma bibliothèque 4 guides de jardinage de John Brookes. Très pratiques, ils parlent de la forme et de la structure du jardin, avec de nombreux croquis et dessins. Aujourd’hui encore, ses ouvrages sont toujours aussi inspirants.




La vie à l’extérieur
Après les jardins au classicisme formel et les cottages gardens anglais, on a vu apparaître aux Etats-Unis l’émergence d’un mouvement moderniste. Les nouvelles notions abstraites qu’elles proposaient furent pour John Brookes une révélation, introduisant le concept de vie à l’extérieur. «Personne n’a beaucoup réfléchi au design. Je voulais montrer que le design est le point de départ, en particulier dans les petits jardins, car ils demandent beaucoup de réflexion.» C’est Brookes qui a inventé l’expression «pièce dehors». Le jardin devient un espace de vie, le reflet d’un style de vie avec des lignes simples et épurées, une géométrie et des matériaux visuellement compatibles avec l’architecture environnante.




Une pièce à vivre
Les dessins de John Brookes appliquaient un « système de module ou de grille » en basant le plan du jardin sur les proportions qu’il trouvait dans l’architecture du bâtiment ou les pièces principales de la maison. Il a insisté sur le fait que cette grille unifiait le jardin au bâtiment pour former un tout harmonieux. En avance sur son temps, John Brookes fit connaître au grand public la notion aujourd’hui familière de «jardin à vivre». Il considérait le jardin comme une prolongation de la maison, une pièce à ciel ouvert qui serait agréable à vivre.




L’influence des maîtres
C’est à à la fin des années 1950 que John Brookes relie l’art moderne et l’aménagement paysager dans son propre travail. Influencé par les jardins des paysagistes Roberto Burle Marx et Thomas Church, John Brookes intègre dans ses projets des courbes audacieuses où les massifs se répondent. Les peintures modernistes des peintres Piet Mondrian et Ben Nicholsen l’ont aidé à développer un sens aigu de la ligne horizontale et verticale en harmonie avec l’architecture des bâtiments qui les entoure. Son approche est dévoilée pour la première fois en 1962 au Chelsea Flower Show. John Brookes y expose un jardin très controversé avec des sièges et des sculptures, en lien avec une maison de ville imaginaire. Les plantes y jouaient le second rôle. Cette «pièce extérieur», titre de son livre premier publié en 1969 était une révolution!




De l’Ecosse à la Russie
Ami de Beth Chatto, James van Sweden et Christopher Lloyd, John Brookes a créé des écoles de design au Chili, au Japon et en Argentine. Il était convaincu que les jardins publics ou privés doivent être liés à la culture, à l’histoire et aux paysages dans lesquels ils sont construits. Il a conçu de grands domaines en Pologne, en Patagonie, en Russie et aux États-Unis au cours de sa longue carrière. Certains de ses jardins publics les plus connus comprennent le College Green Garden de l’abbaye de Westminster, Fitzroy Square et Bryanston Square à Londres, Barakura English Garden au Japon et le English Walled Garden du Chicago Botanic Garden.

Distinctions honorifiques
John Brookes a reçu de nombreux prix et récompenses, dont le prix de distinction de l’Americain Association of Professional Landscape Designers, le prix d’excellence de la Garden Writers Association of America et quatre médailles d’or au Chelsea Flower Show. En 2004, il a obtenu le titre de MBE, Most Excellent Order of the British Empire, une distinction honorifique de l’Ordre de l’Empire britannique pour la conception de jardins et les services rendus à l’horticulture.




Fondation John Brookes-Denmans
La Fondation John Brookes-Denmans promeut et diffuse l’héritage de John Brookes MBE afin d’améliorer l’expérience des étudiants et des professionnels de la conception de paysages et de jardins ainsi que des entrepreneurs paysagistes, des propriétaires et des jardiniers. Au cœur de cette mission se trouve le maintien et le développement de Denmans Garden en tant que centre d’excellence en conception de paysage et de jardin et pour assurer sa place dans l’histoire des jardins et de la conception de jardin. https://laterreestunjardin.com/denmans-garden/ et https://www.denmans.org/
A lire :
- «Le Grand Livre des Petits Jardins», John Brookes, éditions Delachaux Niestlé, 1979
- «Le Grand Livre des Jardins, Tout ce qu’il faut savoir pour créer, aménager, embellir votre jardin» , John Brookes, éditions Solar, 1984
- «Leçon de Jardin», John Brookes, Flammarion, 2002
- «Réussir son petit jardin», John Brookes, La Maison Rustique Flammarion, 2007
- «A Landscape Legacy», John Brookes, Pimpernal Press Limited, 2018
Rendez-vous dans la rubrique Jardins, Grand-Bretagne, pour découvrir mon reportage sur Denmans Garden, et dans la rubrique Découverte, Portraits, pour découvrir mes reportages sur les paysagistes Jean Noël Capart, Nathalie Devallée, Bas Smets, Piet Oudolf, Michel Desvigne, Jean Mus, François Goffinet, Alain Baraton, Christophe Spehar, Palick van Hövell, Dominique Eeman, Jules Buyssens ou cliquez sur les liens.


