Créés au milieu du 12e siècle et couverts d’oliviers, les jardins de l’Agdal sont les plus anciens jardins de Marrakech.
Près du Palais royal
Situé tout près du palais royal de Marrakech, le Riad Bab Ahmar borde les jardins de l’Agdal, l’un des plus anciens jardins du monde arabo-musulman. La terrasse sur le toit du riad m’offre une vue plongeante sur une mer d’oliviers avec en toile de fond les montagnes de l’Ourika. L’endroit est idéal pour partir à la découverte des jardins de Marrakech. (voir mon reportage sur les Jardins de Marrakech)

Surgis du désert, les Almoravides
Venus d’un Sahara qui n’arrive plus à les nourrir, les nomades berbères Almoravides rêvent de plaines vertes et de vergers. Ces chevaliers de l’Islam arrivent dans la plaine du Haouz, au carrefour des routes de l’Atlas, du Sahara et du littoral atlantique. Sur les bords arides de l’oued Issil, l’eau était rare en surface mais bien présente dans la nappe phréatique à une dizaine de mètres de profondeur. En 1070, les Almoravides fondent leur capitale, la cité de Marrakech. Ils la firent large, vaste et aérée. (voir mon reportage sur Marrakech)

La dynastie des Almohades
L’Empire almohade (1130-1269) succède aux Almoravides. Les limites de l’enceinte de la ville sont étendus pour y englober de vastes espaces verts. C’est sur l’ordre du sultan Almohade Abd el-Moumen que fut créé vers 1157 les jardins de l’Agdal au sud du palais royal Dar El Makhzen et de la Médina. Les travaux de l’Agdal sont confiés à Ahmed Ben Milhan, dignitaire qui pratiquait l’agriculture à grande échelle en Andalousie. Grâce à leur maîtrise de l’eau, les créateurs des jardins de l’Agdal ont su réaliser dans un site désertique un paysage de campagne, un ersatz de paradis.
Situés à proximité du palais, les jardins de l’Agdal servaient de décor aux festivités et réceptions royales. Le sultan y entraînait ses troupes d’élite qui apprenaient à nager et à naviguer dans les grands bassins en prévision de la traversée du détroit de Gilbratar. Symbole de puissance et de prospérité, les jardins marquaient l’émergence d’un pouvoir fort. Ce parc royal de 550 hectares représentait pratiquement le double de la surface de la médina, de 300 hectares, dont une bonne partie était occupée par des jardins intra-muros.

Agdal ou Aguedal
Agdal ou Aguedal est un terme d’origine berbère qui signifie une aire de végétation ou un pâturage clôturé. Il désigne aussi dans les agglomérations urbaines des espaces verts clôturés d’enceinte en pierre et munis de réservoirs. Les jardins royaux de l’Agdal plantés par les Almohades sont en fait un immense verger clos doté d’un grand bassin d’accumulation. Ce réservoir garantissait une réserve d’eau abondante pour l’irrigation des arbres et des plantes potagères, aromatiques et fourragères.

Les jardins «à l’almohade»
Avec la dynastie Almohade apparaît un style nouveau de jardin avec ses immenses vergers, ses grands bassins, ses pavillons (Menzeh), ses murailles et ses enclos. Le végétal domine sur le minéral. La recherche de perspectives ouvertes sur l’environnement était une préoccupation dominante des architectes, ingénieurs et agronomes de cette époque. On retrouve ce style de jardin impérial dans le jardin de la Ménara réalisés à la même époque par les Almohades. (voir mon reportage sur le Jardin de la Ménara)

Les jardins de l’Agdal s’étendent sur un plan légèrement incliné dominant la ville. Les jardins sont divisés en enclos jardinés de forme rectangulaire. Le premier enclos, celui de l’orangeraie, est placé près du grand bassin afin de profiter d’une eau rare et convoitée. Les agrumes représentaient une nouveauté botanique pour l’époque. L’oranger d’origine chinoise et le citronnier d’origine indienne n’ont été introduits en Europe qu’au 12e siècle via le Maroc et l’Andalousie. Le second enclos était le plus étendu. Il accueillait une immense oliveraie. Plus loin, s’étendaient des vignobles.

L’eau de l’Atlas
Dotés de deux grands bassins d’irrigation, les jardins de l’Agdal incarnent le génie hydraulique des Almohades. Les réservoirs étaient reliés par des khettaras (canalisations souterraines) qui captent les eaux de la nappe phréatique. La dérivation de l’eau des rivières par des séguias (rigoles à ciel ouvert) et la construction d‘aqueducs a aussi permis d’acheminer jusque dans les bassins l’eau claire et limpide des oueds et des neiges de l’Atlas. Par simple gravité, les réservoirs d’eau servaient à l’irrigation des jardins, à l’alimentation en eau potable de la cité et à la régulation des ressources hydrauliques. (voir mon reportage sur le Musée Aman pour la civilisation de l’eau au Maroc)




La dynastie des Saadiens
Après une période de décadence sous l’empire des Mérinides qui transfèrent leur capitale à Fès, les jardins de l’Agdal renaissent sous le règne d’Ahmad Al-Mansour (1578-1603), sultan Saâdien qui réhabilite l’ancien réseau de canalisations almohades. Le parc impérial est agrémenté de kiosques et de pavillons. On cheminait de jardins en vergers, évoluant parmi les orangers, les figuiers, les dattiers, les grenadiers, les abricotiers, les palmiers, les amandiers et d’autres espèces végétales. Les parcelles agrémentées de fontaines murales étaient reliées par des allées bordées de myrte, de treilles de rosiers et de jasmin.

La dynastie des Alaouites
Après la chute de la dynastie des Saâdiens, Marrakech entre dans une nouvelle phase d’abandon. C’est au début du 19e siècle que les jardins historiques de Marrakech connaissent leur vraie renaissance. Le souverain alaouite Moulay Abderrahmane (1822-1859), appelé Mohammed IV, confirme la cité ocre dans son statut de capitale politique du royaume. Il restaure le droit sur les eaux de la séguia de Tasoultant, récupérant ainsi des ressources en eau indispensables à la restauration et à l’entretien des parcs et jardins. Le sultan ordonne de replanter les vergers d’oliviers et de fermer les jardins d’un mur d’enceinte percé de portes. Le poète Yhami Lmadahri, contemporain du sultan Mohamed IV, évoque l’Agdal dans toutes sa splendeur. Il le qualifie «de roi des jardins» dépassant tous les autres par sa superficie, ses bassins et le nombre d’espèces plantées, embaumant l’air de leurs parfums.




Ce jardin est un paradis sur terre…
L’historien marocain An-Nâsirî nous a laissé une belle description de l’Agdal au 19e siècle: « C’est un très grand jardin qui comprend plusieurs carrés complantés (jannât) connus par leurs limites, leurs noms et les ouvriers agricoles qui leur sont affectés. Chaque parcelle dispose d’une ou de plusieurs espèces d’arbres utiles: des oliviers, des grenadiers, des pommiers, des orangers, des vignes, des figuiers, des noyers, des amandiers et d’autres espèces. Chacune de ces variétés produit des milliers par an. La récolte des orangers, seule, est vendue à cinquante mille lorsqu’elle est bonne. A l’intérieur de ces carrés poussent des espèces florales et aromatiques et des légumes dont la couleur, la saveur, l’odeur et les propriétés physiques sont différentes. Ces espèces existent en un nombre incalculable. Certaines espèces sont inconnues au Maroc et proviennent d’autres pays. Au milieu du jardin, on trouve des bassins gigantesques sur lesquels circulent embarcations et bateaux et qui reçoivent l’eau des khettara. Celles-ci serpentent comme des rivières, permettant l’arrosage des jardins et le fonctionnement des moulins qui s’y trouvent en grand nombre. Il y a des bassins qui mesurent deux cents pas environ de côté. Ils contiennent aussi des pavillons dignes des rois persans, des coupoles qui rappellent les Césars et des places de repos à la mode omeyade….. En somme, ce jardin est un paradis sur terre qui surpasse en beauté bien des lieux de plaisance en Syrie et en Perse. »

Plan du jardin de l’Aguedal, 1913
Les Jardins de l’Agdal
Les jardins de l’Agdal appartiennent aujourd’hui à la famille royale marocaine. Ils s’étendent sur 440 hectares clôturés par de haut murs, au sud de Marrakech. Le domaine est constitué de huit grands vergers qui se succèdent dans le sens nord-sud et où dominent les oliviers. Le jardin a conservé ses deux grands bassins, le bassin Gharssya de 30.000 mètres carrés et le grand bassin Al Manzeh de 37.000 mètres carrés dominé par les vestiges du Palais Dar el-Hanaa en cours de restauration. Les jardins sont actuellement fermés au public.
A lire:
- ‘Marrakech Cité-Jardin, Grandeur, Décadence et Renaissance’, Abderrazzak Benchaabane, Borkane, 2014
- ‘Jardins de Marrakech’, Mohammed El Faïz, Actes Sud, 2000
- ‘Marrakech: de l’enclos de l’Agdal à l’idée du jardin planétaire’ Mohammed El Faïz , Colloque Euro-méditerranéen sur les jardins, 2001. https://www.persee.fr/doc/horma_0984-2616_2001_num_45_1_1989
Une bonne adresse: Riad Bab Ahmar, un petit riad dans un quartier calme situé près du palais royal. La terrasse surplombe les Jardins de l’Agdal avec les montagnes de l’Atlas pour horizon. 22 Derb Agdal, Bab Ahmer, Marrakech. email riadbabhamar@gmail.com et https://www.riads-maroc.com/riad/riad-bab-ahmar/




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