C’est le rêve d’un peintre. Celui de Jacques Majorelle qui créa le plus célèbre des jardins de Marrakech et l’un des plus beaux jardins au monde.
Jacques Majorelle, le peintre
Botaniste et peintre orientaliste français, Jacques Majorelle (1886-1962) est le fils d’un célèbre ébéniste français de Nancy. L’Atlas marocain est le sujet préféré de l’artiste qui s’installe à Marrakech en 1922. On découvre dans ses toiles une palette de couleurs de roches et de végétation, des vallées verdoyantes et divers dégradés d’ocre des murs en pisé ainsi que des nuances de vert des cultures en terrasse. Tous les sujets peints par Jacques Majorelle seront empreints de cette intense volonté de capter la lumière du Maroc. (voir mon reportage sur la Villa Majorelle à Nancy)

Jacques Majorelle, le jardinier
Le peintre Jacques Majorelle est aussi un grand amateur de jardins. Au nord des remparts de la médina, Jacques Majorelle achète un terrain d’environ un hectare. Le jardin Bou Saf Saf faisait jadis partie de la palmeraie. Il comprenait les trois strates de végétation, des palmiers dattiers et des peupliers, des oliviers et des figuiers et plus bas une strate herbacée de légumes, luzernes et plantes aromatiques. Il était traversé par un ruisseau, une séguia, et par une canalisation souterraine, une khetara, qui assuraient l’alimentation en eau. (voir mon reportage sur le Musée Aman pour la civilisation de l’eau au Maroc)

Jacques Majorelle, l’architecte
Avec l’oeil de peintre et d’architecte, Jacques Majorelle imagine le dessin de son jardin comme une succession de paysages avec un labyrinthe d’allées qui s’entrecoupent et de niveaux qui s’enchevêtrent. Il en fait, selon sa propre expression, «une cathédrale de formes et de couleurs», «un jardin impressionniste». Rien ou presque ne fait référence au jardin marocain traditionnel inspiré du jardin islamique, hormis les plans d’eau qui jouent un rôle fondamental dans les jardins orientaux. Dans le Jardin Majorelle, l’eau est le miroir de l’oeuvre du paysagiste, de l’architecte et du jardinier.




Bassins, rigoles et fontaines
Jacques Majorelle équipe son jardin de longs et étroits cours d’eau qui convergent vers un bassin carré. La végétation, les pavillons, les kiosques et les fontaines se reflètent dans les plans d’eau, créant une dimension féerique et onirique. Les bassins et les fontaines réfléchissent aussi de la lumière sur l’ensemble du jardin. Des espaces sombres s’incisent d’éclats lumineux, dans un jeu constant d’ombre et de lumière, de miroitements et de reflets d’eau. Le bruissement de l’eau des fontaines et des rigoles apporte au jardin une note musicale, créant une ambiance d’une rare sensualité.







Une végétation luxuriante
Majorelle consacra plus de quarante ans à parfaire son jardin tout en poursuivant sa carrière de peintre. Il fit importer des variétés rares telles que des palmiers du Pacifique Sud, des nénuphars et lotus d’Asie, des cactus d’Amérique du Sud et des plantes grasses d’Afrique du Sud. D’impressionnantes plantations de palmiers et dragonniers projettent leur ombre sur les frondes des bananiers, des bambous et des fougères. Les agaves alternent avec les cactus tandis que de gigantesques euphorbes côtoient les aloès épineux.






Une oeuvre picturale
Le Jardin Majorelle est un lieu unique en raison de l’intensité de la palette utilisée tant pour la flore que pour l’architecture. Au delà des camaïeux de vert de la végétation, Jacques Majorelle introduit dans son jardin de la couleur. Il ose le bleu pour les kiosques et les allées, les jaune, vert, orange, rouge pour la ferronnerie, les pots fleuris et les jarres qu’il dispose un peu partout comme des natures mortes tandis que les bougainvillées vermillon et fuchsia couvrent les murs et les treilles. Ce jeu de couleurs, à la fois hardi et subtil, révèle le goût de son créateur. Ainsi, son jardin est devenu un jardin peint.

Bleu Majorelle
En 1937, Jacques Majorelle fait construire un atelier de peinture qui mélange l’architecture mauresque au style Art déco en vogue à cette époque. Il peint sa villa de couleurs vives dominées par un bleu vif comme une ode à la beauté envoûtante de Marrakech. Ce bleu outre-mer cobalt lumineux et intense, connu sous le nom de ‘Bleu Majorelle’, unifie l’ensemble et rehausse les autres couleurs. Majorelle l’avait admiré dans les zelliges musulmans. Il l’utilisa dans toutes les constructions du jardin.

Une seconde vie
A l’opposé d’un tableau, un jardin est une oeuvre fragile. Le Jardin Majorelle a été arraché à l’abandon par Pierre Berger et le couturier Yves Saint Laurent à la fin des années 1980. «Nous étions subjugués par cette oasis où les couleurs de Matisse se fondaient dans les teintes de la nature.» Restauré pendant dix ans par le botaniste parfumeur Abderrazzak Benchaâbane, le Jardin Majorelle a conservé sa magie. Tout est resté dans l’état où l’a laissé Jacques Majorelle à son décès en 1962. Peuplé de vasques et de bassins, rehaussé de bleu, de jaune et de rouge, le jardin est une jungle luxuriante. Une merveille…

Jardin Majorelle, visite du Jardin Majorelle, du Musée Pierre Berger des arts berbères et du Musée Yves Saint Laurent, librairie, café, boutique, rue Yves Saint Laurent, Guéliz, Marrakech, Maroc. https://www.jardinmajorelle.com/ . Réservation indispensable sur le site en ligne https://tickets.jardinmajorelle.com/Visite

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