Typique des jardins anglais, le ha-ha ou saut-de-loup est un fossé sec, limite invisible entre le jardin et le paysage.

 

Jardins paysagers anglais

En Angleterre, la nature tout entière est un jardin. Au 18e siècle, le jardin anglais se compose à la manière d’un tableau. Il offre de belles perspectives sur les pâturages, les champs, les bois et les étangs. Le but du ha-ha est de séparer le jardin et la prairie de manière invisible depuis le château. 

Ha-ha (3)
Ha-ha (2)
Ha-ha (1)

Ci-dessus, Ha-ha à Killerton, dans le Devon

Le ha-ha qui se nomme saut-de-loup en français est un fossé profond et sec qui se situe entre le jardin et la prairie. Aménagé en contrebas du terrain, le fossé est bordé côté jardin par un mur vertical en maçonnerie de pierre sèche ou de brique qui maintient la terre.

Ha-ha à Rousham House dans l’Oxfordshire

Entre le jardin et la prairie

Pour maintenir le bétail dans sa prairie sans voir de clôture, on a recours au fossé enterré, le ha-ha. On donne ainsi l’illusion d’une pelouse ininterrompue vers le paysage.

Ha-ha à Rousham House dans l’Oxforshire

Côté pâturage, c’est un talus pentu qui remonte vers le haut pour atteindre le même niveau que le gazon du jardin. Dans les grands domaines, cela permet de maintenir le bétail dans la prairie sans avoir recours à une barrière.

Ha-ha à West Dean dans le Sussex

Un fossé sec défensif

L’architecture du ha-ha relève des fortifications du Moyen-Age qui marquaient une limite ou une défense du territoire. Agrémentés de ponts et d’escaliers mobiles, les fossés permettaient de retarder la progression des ennemis ou de les surprendre en se cachant dedans. On retrouve aussi ce fossé dans le saut de cerf accordé par le roi depuis l’époque de la conquête normande de l’Angleterre.

Ha-ha à Hardwick Hall dans le Derbyshire

Au bout d’une allée

Le ha-ha est une caractéristique des jardins paysagers anglais du 18e siècle aménagés par William Kent, Charles Bridgeman et Capability Brown. Mais contrairement à ce que Horace Walpole prétendait, ce n’est pas une invention britannique. On le découvre dès 1700 dans les jardins à la française. On prétend que c’est Monseigneur, fils du roi Louis XIV, qui a inventé ce terme en se promenant dans les jardins de Meudon près de Versailles. Aménagé au bout d’une allée, le ha-ha forme un fossé muré à fond plat qui empêche son franchissement sans couper la perspective du paysage.

Ha-ha à Castle Howard dans le Yorkshire

Une ouverture vers le paysage

Le ha-ha est décrit pour la première fois en 1709 par Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville dans sa Théorie et pratique du jardinage. «Les grilles sont des ornements très nécessaires dans les enfilades d’allées, pour en prolonger la vue et découvrir bien du pays. On fait présentement des claires-voies appelées des ah-ah qui sont des ouvertures de murs sans grilles, et à niveau des allées, avec un fossé large et profond au pied, et revêtu des deux côtés pour soutenir les terres et empêcher qu’on y puisse monter. Ce qui surprend la vue en approchant et fait crier ah-ah, dont ils ont pris le nom. Ces sortes d’ouverture bouchent moins la vue que les barreaux des grilles.»

Ha-Ha à Hole Park dans le Kent

Ha-ha à Hidcote Manor dans le Gloucestershire

Un cri de surprise

Lorsque l’on admire le paysage du jardin, le ha-ha crée une illusion d’optique car, de loin, le fossé et le mur ne se voient pas. On dirait que le jardin se prolonge sans interruption dans le paysage. Le nom vient de la surprise du visiteur, sa déception ou son admiration, lorsqu’il rencontre l’obstacle du fossé qui l’oblige à rebrousser chemin.

Ha-ha à Parham House dans le Sussex

Un artifice visuel

Le ha-ha est donc un artifice visuel dans l’aménagement paysager pour intégrer le jardin dans la campagne environnante. L’astuce réside dans le saut-de-loup, large fossé qu’un loup, une harde de cerfs, un troupeau de moutons ou un cheptel de bovins ne sauraient franchir. Le fossé est invisible et il n’empêche pas le regard d’embrasser le paysage.

Ha-ha à Hidcote Manor dans le Gloucestershire

Abolition des frontières du jardin

Moyen de s’approprier la nature, le ha-ha permet au propriétaire du domaine et à ses visiteurs d’être les spectateurs privilégiés du paysage environnant. Tout s’offre au regard en une succession de scène choisies qui se suivent et s’opposent. C’est l’abolition des frontières du jardin et de son mariage avec la nature.

Ha-ha à Pashley Manor, Sussex

Pour encadrer la vue

Dans la partie supérieure du ha-ha, des murets bas, balustrades, grilles de fer, urnes en fonte ou haies d’ifs peuvent être placés pour encadrer la vue. Ces ouvertures sont aussi appelées ha-ha car elles surprennent l’oeil lorsqu’on s’en approche. «J’ai regardé à travers le ha-ha jusqu’à ce que je sois las. Il faut que j’aille voir par cette porte de fer la même vue, sans pouvoir si bien la voir.» Jane Austin,1814.

Ha-ha à Kiftsgate Court Garden dans le Gloucestershire

Ha-Ha doublé d’une grille à Bodrhyddan dans le Denbighshire

Où voir les ha-ha?

Pour aller plus loin: Grieve Ann. La limite invisible dans le jardin anglais au XVIIIe siècle : le saut-de-loup ou ha-ha. In: Cahiers Charles V, n°4, mars 1983. pp. 39-45, https://www.persee.fr/doc/cchav_0184-1025_1983_num_4_1_931

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