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Peut-on sauver les buis? Mais oui. Il existe des traitements pour lutter efficacement contre la pyrale du buis et les maladies cryptogamiques. Suivez le guide.

Le buis est menacé

Buis, pyrale et champignons… Après les maladies cryptogamiques qui ont décimé ces dernières années de nombreuses haies et bordures de buis, voici qu’on ne parle plus que de la pyrale du buis, une chenille vorace qui s’attaque aux feuillages du buis. Avec le retour des beaux jours, elle fait son grand retour dans nos jardins. Différentes méthodes de luttes existent. J’ai mené mon enquête en jardinerie et auprès de spécialistes.

Buis, pyrale et champignons

Un papillon venu d’Asie

La pyrale du buis, Cydalima perspectalis, provient d’un papillon nocturne. Attiré par la lumière, on peut le voir tournoyer autour des réverbères. De couleur blanche bordé de marron ou de noir, il se reconnaît notamment par les reflets dorés ou irisés de ses ailes. Introduit accidentellement via des végétaux importés d’Asie, il est arrivé en Allemagne, puis en Suisse. En 2008, il a envahi la France et depuis 2017 en Belgique. Les chenilles sont vert clair à bandes noires avec une tête noire luisante. Ce sont elles qui dévorent les feuillages et les écorces du buis provoquant son dépérissement.

Pyrale du buis, Cydalima perspectalis (c) Myriam Poncet

Pyrale du buis, Cydalima perspectalis (c) Myriam Poncet

Le cycle du papillon

La ponte des oeufs se fait sur la face inférieure des feuilles. Les jeunes chenilles survivent à l’hiver protégées par un cocon de feuilles et de soie situé à l’intérieur du feuillage de la plante infestée. Le papillon semble produire deux à trois générations entre mai et septembre mais cela peut dépendre de la température. Il faut bien observer ses buis dès le début du mois de mars pour identifier les éventuelles larves qui se trouvent généralement entre deux feuilles collées. Les chenilles tissent des toiles autour des plantes infestées et laissent sur le sol de nombreuses déjections vert foncé ou brunes. Les feuilles deviennent blanches et transparentes ou sont carrément grignotées par les chenilles. Les chenilles sont très voraces et elles peuvent complètement défolier le buisson. Si le buis n’est pas traité, il finit par mourir d’épuisement, faute de pouvoir faire la photosynthèse.

Buis
Pyrale du buis
Pyrale du buis
Pyrale du buis
Pyrale du buis
Pyrale du buis

Le traitement préventif contre la pyrale n’est pas efficace

Il faut régulièrement inspecter le feuillage de ses buis et attendre l’arrivée des larves ou des chenilles pour commencer le traitement. On recommande de traiter le feuillage du buis vers la mi avril, mi juin et en septembre pour suivre le cycle du papillon. Les produits sont pulvérisés sur l’ensemble de la plante en commençant par le bas et l’intérieur des plantes. Il ne faut pas de pluie dans les 6 heures après la pulvérisation. Pas de vent ni trop de soleil non plus car le produit se dégrade à la lumière. L’idéal est le matin car les chenilles sont alors en pleine activité. Le traitement doit être renouvelé après une ou deux semaines car toutes les larves n’éclosent pas en même temps. La réglementation évolue sans cesse concernant les traitements. Ceux-ci peuvent être des insecticides de contact ou systémiques. Certains sont des produits bio et naturels, d’autres sont des produits de synthèse, plus efficaces mais dangereux pour les insectes auxiliaires utiles.

Buis tyé par la pyrale

Les traitements contre la pyrale

Actuellement, on trouve des produits bio à base de bacille de Thuringe, Bacillus thuringiensis. Ce sont des produits respectueux de l’environnement et des insectes pollinisateurs. Par exemple, l’insectice Delfin est un concentré de bactéries actif par ingestion des larves et des chenilles. Ce type de produit comporte des neurotoxiques qui détruisent les parois intestinales de la chenille et paralysent ses mâchoires, l’empêchant de s’alimenter. Les produits à base de pyrèthres sont également efficaces. Il en existe des naturels et écologiques à base de plantes. D’autres insecticides sont à base de pyréthrinoïdes, des produits de synthèse. L’insecticide Conserve contient comme élément actif le spinosad qui paralyse les chenilles par ingestion. Decis est à base de deltaméthrine. Ces produits touchent aussi les insectes auxiliaires utiles. Il faut donc éviter de traiter les fleurs à proximité pour ne pas intoxiquer les insectes mellifères.

Piège à phéromones

Les pièges à phéromones

Les phéromones sont des substances chimiques émises par la plupart des animaux et qui agissent comme des messagers entre les individus de la même espèces. D’où l’idée de placer à proximité des buis des appâts, petites boîtes en carton ou en plastique avec une plaque collante imprégnée d’une odeur qui attire les papillons mâles. Ceux-ci délaissent alors les femelles qui, non fécondées, ne peuvent alors plus pondre d’oeufs fertiles. Une aubaine quand on sait qu’une pyrale peut pondre 200 oeufs en 3 secondes! Ces pièges dits « à confusion sexuelle » sont assez efficaces. Une autre technique est d’attraper les chenilles à la main puis de les éliminer en les ébouillantant ou en les brûlant, mais ce n’est pas vraiment agréable. Enfin, vous serez peut être épargné par la pyrale du buis si votre jardin accueille des mésanges bleues ou charbonnières, des merles, des chauves-souris ou des lézards qui contribuent à éliminer les pyrales ou leurs chenilles.

Buis

L’épreuve des maladies fongiques

Le dépérissement du buis peut être également causé par des champignons parasites microscopiques, le Volutella Buxi et Calonectria pseudonaviculata (syn. Cylindrocladium buxicola). Le premier signe de cette attaque est le jaunissement du feuillage de quelques rameaux puis leur dessèchement qui peut provoquer la mort du buis. Les maladies peuvent être traitées efficacement si elles sont prises à temps.

Traiter le buis
Traiter le buis
Traiter le buis
Traiter le buis

Différents produits ont fait leur preuves. Eminent, à base de tétraconazole, est particulièrement efficace en traitement préventif mais aussi à l’apparition des premiers symptômes. C’est toutefois un produit qui peut être dangereux pour la santé. Beaucoup moins nocif et bio, la décoction de prêle à diluer à l’eau de pluie pour un traitement préventif. Elle aide les plantes à lutter contre de nombreuses maladies dues aux champignons.

Buis maladies fongiques
Buis sol compacté
Buis mauvaise taille
Buis malade

Le feuillage du buis, Buxus sempervirens, est naturellement vert foncé. Un buis au feuillage brun orangé ou cuivré vous signale que la plante subit un stress: trop d’eau ou une sécheresse prolongée ou bien qu’elle souffre d’un sol compacté avec une faible teneur en oxygène qui affecte le système racinaire. Lorsque les feuilles sont vertes mais bordées de jaune, cela témoigne d’un manque d’éléments nutritifs.

Buis taillé
Taille du buis
engrais foliaire buis
engrais organique buis

Quelques conseils de santé

  • Une taille trop courte du buis fragilise la plante. Evitez de tailler en plein soleil en période estivale ce qui dessèche le feuillage. Réduisez la fréquence de la taille ou ne taillez pas afin de produire des plantes à feuillage moins dense et permettre donc une meilleure ventilation dans toute la plante.
  • Taillez entre le 15 mai et le 15 juin et faites une taille de propreté en septembre. Pour éviter le temps chaud et humide de l’automne qui favorise l’arrivée des maladies fongiques, certains préconisent une taille en hiver, en décembre ou janvier! Mais il faut alors retailler en été, ce qui n’est pas indiqué.
  • Faites un apport d’engrais organique. Un buis régulièrement nourrit par un engrais spécial buis ou haie est plus fort pour lutter contre les maladies. Il existe des engrais en granulés, sous forme liquide à diluer dans l’eau ou en pulvérisation foliaire. Limitez l’application d’azote qui rend les tissus des plantes plus sensibles à l’infection.
  • Désinfectez la cisaille. Le plus simple est de la tremper dans un seau d’eau dans lequel vous aurez rajouté un peu de Déthol ou d’eau de Javel. Une couche de mulch au pied des buissons éviterait la propagation des champignons en cas de fortes pluies.
  • Inspectez régulièrement vos buis. Si la maladie se manifeste, détruisez les plantes touchées ou coupez les parties qui sont affectées et enlevez les feuilles mortes, y compris une couche de terre et traitez avec un fongicide.
  • Remplacez les buis malades. Choisissez un buisson au feuillage persistant qui supporte bien la taille:  Ilex crenata, Lonicera nitida, Taxus baccata, Osmanthus heterophyllus, Osmanthus burkwoodii, Prunus lusitanica, Skimmia japonica.  Il y a même des azalées du Japon qui peuvent être taillées en boule. L’azalée ‘Amoena’ est idéale pour la taille en raison de ses petites feuilles et de son port compact.

Un ami qui un a très beau jardin de topiaires m’a envoyé de ses nouvelles à propos des traitements du buis: « Les champignons se développent surtout si il fait chaud et humide et si il n’y a pas beaucoup de vent. Je fais un insecticide Multisect et Eminent en alternance avec Sporgon ou Bravo. Pour les champignons, il faut faire un traitement par mois à partir de fin mai et jusqu’en octobre parce que les champignons sont actifs encore tard en saison. L’idéal serait d’alterner Eminent avec Sporgon ou Bravo pour éviter un phénomène d’accoutumance.  Certains puristes disent qu’on ne peut pas mélanger les produits. Je l’ai toujours fait sans problèmes. Il faut éviter de conserver des mélanges faits. Pour la pyrale, j’observe et je réagis uniquement quand je vois une attaque. Cette fois-ci comme je ne vois pas d’attaque de pyrale, je vais pulvériser uniquement un fongicide. Un peu d’engrais aux buis les rend aussi moins sensibles aux maladies. On conseille Topbuxus en pulvérisation. C’est surement très bon mais fort cher (un euro par pastille pour un litre d’eau). »

Pour la taille des topiaires, rendez-vous dans la rubrique Jardinage, Travaux de jardinage

Mes remerciements au conseiller des Terres d’ici, Eco Farm du Long Fond à La Hulpe à propos de la gamme des produits bio et à Hubert de Cerval, Secrétaire général de l’Association française pour l’art topiaire et le buis, EBTS The European Boxwood and Topiary Society pour son expertise sur les buis et leurs maladies.

Mes remerciements à Myriam Poncet de l’association Naturalistes Rhodaniens pour la photo du papillon Cydalima perspectalis.

 

 

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