Construit par deux vizirs à la fin du 19e siècle, la Bahia est l’un des plus somptueux palais de Marrakech.
La Belle, la Resplendissante
Bahia signifie en arabe ‘la belle’, ‘la merveilleuse’, ‘la brillante’ ou ‘la resplendissante’. Parfait chef d’oeuvre de l’architecture marocaine du 19e siècle, le palais de Bahia est le musée le plus visité de la ville impériale. La construction de palais, de dâr ou de riyâd par les grands caïds, les vizirs, les pachas ou les hauts fonctionnaires était à cette époque un signe de puissance financière et politique. C’était une sorte de symbole d’appartenance à la caste du pouvoir.

Palais de Vizirs
Le palais de Bahia est la réunion de deux projets architecturaux lancés par deux grands vizirs au 19e siècle. Il a été fondé en 1866 sur l’ordre de Si Moussa, chambellan du sultan alaouite Sidi Mohamed Ben Abderrahmane, dit Mohamed IV (1859-1873), puis grand vizir du sultan Hassan Ier du Maroc (1873-1894). Il fut agrandi et élargi par son fils Ahmed ben Moussa, dit Ba-Hmad (1841-1900), grand vizir du jeune sultan Moulay Abdelaziz (1894-1908). Le palais aurait été baptisé du nom de sa maîtresse favorite, la Bahiya.

Vizir Ba Hmad
Fils de Si Moussa, Ahmed ben Moussa, dit Ba Hmad, fut le dernier grand vizir du Maroc précolonial. Régent du sultan Moulay Abdelaziz, ce grand serviteur de l’état administra le Maroc de 1894 jusqu’à son décès en 1900. A la mort de son père, Ba Hmad hérita d’une fortune colossale que la famille avait mis près d’un siècle à accumuler et à fructifier. Il consacra cette richesse à l’agrandissement du palais de la Bahia, cherchant peut être à léguer à la postérité un palais aussi fastueux que le palais Badi qui n’était plus que ruines. (voir mon reportage sur le Palais Badi)

En 1894, le vizir Ba Hmad confie à l’architecte Si Mohammed El Mekki al-Mesfioui (1857-1919) l’agrandissement de la partie sud de la demeure de son père. Le palais de Bahia devait accueillir de nombreux dignitaires et servir de résidence au vizir, à ses quatre femmes officielles, à son harem de 24 concubines, à ses enfants et à ses nombreux serviteurs.

Des Riyâds et des jardins
Le palais de Bahia s’étend sur une superficie globale estimée à huit hectares dont près de quatre hectares couverts. Il est constitué du Grand Riyâd, de la Cour d’honneur, du Petit Riyâd, de la Petite Cour en marbre et du Pavillon Privé. L’itinéraire proposé au visiteur aujourd’hui commence par les parties les plus modernes du palais, celles qui furent achevées entre 1898 et 1900. On remonte le fil de l’histoire jusqu’aux bâtiments les plus anciens créés à partir de 1866.

Le palais de Bahia est richement décorés de marbre, de moucharabiehs, de portes et de plafonds de hêtre et de cèdre sculptés et peints, de stuc et de zelliges aux motifs géométriques ou floraux réalisés par les meilleurs artisans marocains et andalous. Oeuvre de la fin du 19e siècle, accomplie à quelques années seulement du protectorat français, le palais de Bahia est une synthèse de la culture et des savoirs de l’Orient et de l’Andalousie musulmane.

Un labyrinthe
L’architecte du vizir Ba Hmad a dû s’adapter à la réalité du terrain occupé auparavant par d’innombrables bâtiments et jardins. Entièrement de plein pied à cette époque et fermé de l’extérieur, le palais de Bahia est ainsi un véritable labyrinthe avec un enchevêtrement de 160 pièces reliées par une succession de couloirs faiblement éclairés, de riyâds, de salons d’apparat, d’alcôves et de chambres de style islamique et marocain, ainsi qu’une mosquée, une école coranique, un harem, un bain maure et des écuries.


Quatre nouveaux jardins clos furent créés. Ces patios plantés d’orangers, de bananiers, de cyprès, d’oliviers, d’hibiscus, de dattiers, de palmiers et de jasmins étaient animés de fontaines rafraîchissantes pour accueillir dignement les hôtes du grand vizir. Au delà de la muraille s’étendait l’Agdal Bahmad, un grand verger de 19 hectares. Un grand bassin et un réseau de khettara alimentaient en eau les carrés de plantation d’agrumes, d’oliviers, d’arbres fruitiers et de fleurs.

La Grande Cour
Inondée de lumière, la célèbre cour de marbre forme un rectangle long de 50 mètres sur 30 mètres de large, couvrant une surface de 1500 mètres carrés. Construite sur un terrain découvert animé de jeux, de manèges et de balançoires, cette cour d’honneur à ciel ouvert pavée de marbre et de zelliges est parée de trois vasques en marbre blanc. Elle est ceinte d’une galerie aux colonnes cannelées en bois peint, très colorées. La cour s’ouvrait sur une vaste salle du conseil avec un plafond peint et des baies vitrées. Elle faisait office, après 1894, de harem où sont installées les 24 concubines de Ba Hmad et leurs enfants.

Le Grand Riyâd
Quelques marches à descendre et l’on se retrouve dans le Grand Riyâd, en face de l’allée centrale d’un vaste jardin intérieur. Construit par Si Moussa en 1866-67, le Grand Riyâd est la partie la plus ancienne du palais de Bahia. «Ce riyâd, écrit P. Champion, est un des plus jolis motifs de la charmante Bahia, avec ses passages de mosaïque de carreaux de marbre encadrée de zelliges encastrant des plantations d’orangers, sa tonnelle de jasmins, ses vasques à l’italienne, ses nobles cyprès…»

De part et d’autre de la cour, deux salles d’apparat sont devancées par une galerie superbement ornée de carreaux de verres multicolores. Elles conservent un décor remarquable avec des sols en carreaux de marbre et des tesselles de zellige, des murs habillés en panneaux de zellige délimités par une bande en plâtre sculpté. Un plafond en bois de cèdre est peint de motifs géométriques, floraux et épigraphies, rehaussés de couleurs naturelles étincelantes.

La Petite Cour
Très sobre, la Petite Cour est un patio entouré de murs blancs. Le sol en marbre blanc et zelliges accueille en son centre une fontaine. Les salles sont couvertes de plafonds en bois de cèdre et de portes arables. Les chambres étaient destinées aux épouses légitimes du vizir.

Le Petit Riyâd
Une fontaine en marbre blanc occupe le milieu de la cour du Petit Riyâd, là où les allées de marbre et de zelliges se croisent. Bordés de balustrades, quatre parterres accueillent une végétation luxuriante de bananiers et de bigaradiers. La cour est entourée de loggias et d’alcôves richement décorées de motifs floraux, géométriques et épigraphiques. Sur le flanc sud, des inscriptions sculptées sur plâtre affichent la date de 1898 comme date de construction de ce pavillon. Cet espace servait à la réception des invités du vizir et à la déclamation des versets du Coran.










Le Pavillon de la Favorite
Achevé en 1898, ce pavillon privé était destiné à la première femme du palais, Lalla Zineb, épouse de Ba Hmad. C’est le seul pavillon complètement couvert, illuminé par des soupiraux situés tout autour du plafond. Le pavillon est composé de deux salles et de deux niches qui s’ouvrent sur un espace couvert d’un plafond plat en bois de cèdre peint, éclairé et aéré par des panneaux en plâtre sculpté et finement ajouré.
Palais de Bahia
Sous le protectorat français (1912-1956), le palais Bahia a servi de résidence au Maréchal Lyautey et à son état major qui y installa ses officiers. Avec l’indépendance, le palais fut rattaché aux domaines royaux. Il fut ouvert au public en 1998 sous la tutelle du Ministère de la culture. Classé Monument Historique en 1924, le Palais de Bahia est aujourd’hui l’un des musées les plus visités au Maroc. https://palaisbahia.com/ et https://visitmarrakech.com/listing/palais-bahia/
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