Véritable havre de fraîcheur, le jardin de La Ménara offre une des vues emblématiques de Marrakech.

 

Une promenade romantique

Dans la lumière argentée des oliviers centenaires, le jardin de La Menara propose une promenade romantique. Le parc peuplé de cyprès, de palmiers et d’oliviers s’étendait sur 200 hectares. Il a été aménagé au milieu du 12e siècle par le calife almohade Abd el-Moumen (1130-1163). La Ménara est le deuxième jardin après l‘Agdal créé à Marrakech et l’un des plus anciens jardins de l’occident musulman. (voir mon reportage sur les Jardins de Marrakech)

Un jardin impérial

La conception du jardin de La Ménara serait l’oeuvre du savant et hydraulicien Al-Hâj Yaïch qui fut l’architecte maître d’oeuvre de la Koutoubia. La Ménara présente un type classique de jardin impérial marocain dont on connaît des exemples similaires comme les jardins de l’Agdal réalisés à la même époque et dotés d’un bassin et d’un pavillon du même style. (voir mon reportage sur les Jardins de l’Agdal)

Bassin de La Ménara

L’immense bassin de 200 mètres de long et 150 mètres de large a été creusé pour servir de réservoir afin d’assurer les besoins en eau de la cité et irriguer le jardin qui portait le nom de ‘buhayra’, ce qui signifie verger. Le vaste bassin a été également utilisé pour entraîner les soldats du calife à la natation en vue d’une éventuelle traversée à la nage du détroit de Gibraltar vers l’Andalousie.

Le génie hydraulique

L’eau des bassins provenait des oueds des montagnes de l’Atlas. Grâce au principe de la gravité, l’eau était guidée vers les réservoirs par des séguias, rigoles à ciel ouvert et des aqueducs. Les khettaras, sortes de galeries drainantes souterraines, captaient l’eau des nappes phréatiques pour l’amener jusqu’aux bassins. Des rigoles, des roues hydrauliques et des vannes permettaient une circulation et une distribution optimale de l’eau à travers l’immense jardin pour en arroser le moindre mètre carré. (voir mon reportage sur le Musée Aman pour la civilisation de l’eau au Maroc)

La Ménara sous les Saâdiens

Choisissant Fès pour capitale, les Mérinides puis les Wattassides abandonnent Marrakech qui devient une ville moribonde. Le vent de l’histoire tourne en 1525 avec l’arrivée de la dynastie des Saâdiens qui fait de Marrakech le centre de leur nouveau pouvoir. Les artistes et artisans venus d’Espagne, de Grenade, de Séville ou de Fès arrivent à Marrakech et, parmi eux, des architectes, puisatiers et horticulteurs.

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La Ménara se transforme en un magnifique jardin peuplé d’oliviers et d’arbres fruitiers, des orangers, des vignes, des abricotiers, des plantes aromatiques et d’autres espèces. Les Saâdiens font construire un petit pavillon (Menzah) et entourent l’oliveraie et le bassin d’un mur d’enceinte en pisé de quatre kilomètres.

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La renaissance de La Ménara

C’est au début du 19e siècle que les jardins historiques de Marrakech connaissent leur vraie renaissance avec l’arrivée sur le trône du sultan alouite Moulay Abderrahmane (1822-1859) qui confirme la cité ocre dans son statut de capitale politique du royaume. Le sultan rétablit les droits de l’Etat sur les eaux de la séguia de Tasoultant. L’oeuvre de restauration se poursuit avec son successeur Mohammed IV (1859-1873) qui va consacrer sa fortune à restaurer les palais et les jardins impériaux. Le bassin ainsi que les khettaras sont remis en état et les vergers replantés

Le pavillon de La Ménara

Avec les sommets de l’Atlas en toile de fond, le pavillon de La Ménara se reflète dans l’eau limpide du bassin. Construit par les Saâdiens au bord du grand bassin, le pavillon est restauré à la fin du 19e siècle par le sultan Mohammed IV. Doté d’un belvédère, le pavillon de plaisance devient le rendez-vous galant des sultans. On venait s’y ressourcer à l’écart des tumultes de la ville pour pique-niquer et passer l’après midi au contact de l’eau.

Le pavillon de La Ménara est couvert d’un toit pyramidal de tuiles vertes. Les épais murs de pierre ont des chaînages d’angles faits de fausses briques. L’édifice se compose de deux niveaux. Le rez-de-chaussée est ouvert par trois arches.

On accède au niveau supérieur par un escalier étroit et raide. L’étage est doté au nord d’un grand balcon à balustrades donnant sur le bassin ainsi que sur la ville. Des fenêtres ouvertes au sud, on découvre les cimes de l’Atlas. L’extrême raffinement du décor intérieur est dû au talent des artisans de l’époque.

Les voûtes en plâtre avec leurs peintures et stucs, les zelliges et boiseries témoignent du goût artistique de ses bâtisseurs. Le décor est fait de frises composées de motifs géométriques répétitifs peints en ocre sur enduit, de charpentes de bois peint et de revêtements de mosaïque de céramique polychromes.

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La Ménara

Le jardin de La Ménara s’étend aujourd’hui sur une surface de près de cent hectares à l’extérieur de l’enceinte de la médina, au sud ouest de Marrakech. De hauts murs de briques et de mortier entourent un jardin d’oliviers, de palmiers-dattiers et des vergers. Au bord du vaste bassin se dresse un pavillon qui semble flotter au bord de l’eau. Le jardin et le pavillon sont ouverts au public. https://menaragardens.com/fr/

A lire:

  • ‘Jardins de Marrakech’, Mohammed El Faïz, Actes Sud, 2000
  • ‘Marrakech Cité-Jardin, Grandeur, Décadence et Renaissance’, Abderrazzak Benchaabane, Borkane, 2014

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