Suspendu entre ciel et terre dans les Alpes de Haute Provence, le Jardin de l’abbaye de Valsaintes à Simiane-la-Rotonde offre un avant-goût du paradis.
En Haute Provence
Le petit village médiéval de Simiane-la-Rotonde se niche dans les Alpes de Haute Provence, à la frontière du Luberon. La Cité de Caractère perchée sur une colline est dominée par un château du 12e siècle célèbre pour sa Rotonde. En été, les champs de la vallée explosent dans une profusion de lavandes.




Le site sacré de Boulinette
Le rocher du Dragon couve ses oeufs et veille sur la vallée de Valsaintes située à quelques kilomètres du village de Simiane. Habitée dès la préhistoire, cette terre sacrée garde les vestiges d’un édifice gallo-romain, d’un castrum médiéval et d’un ancien sanctuaire celtique consacré au dieu solaire.

Concrétions de formes ovoïdes issues de l’érosion du grès, les boulinettes furent considérées par les premiers peuples paléolithiques comme des pierres de fécondité liées au culte de la déesse Terre.

Abbaye Notre-Dame de Valsaintes
Au 12e siècle, des moines cisterciens s’installent dans cette vallée sainte et construisent une chapelle consacrée à Notre-Dame. Ornée d’un portail roman, l’église abbatiale remaniée au 16e siècle domine l’ensemble des jardins. C’est le seul vestige de l’abbaye. Lorsqu’en 1996, Jean-Yves Meignen arrive dans cette région encore sauvage et préservée de Haute-Provence, il a un coup de coeur pour ce sanctuaire magique. D’une terre envahie par une friche pluricentenaire, il fera naître ce jardin, avec la conscience d’être dépositaire d’un patrimoine unique.




Le jardin de l’abbaye
Jean-Yves Meignen est le jardinier de l’Abbaye de Valsaintes. C’est grâce à son père qu’il a pris conscience de la joie intérieure ressentie au contact de la terre et des plantes. «Cette transmission ne s’est pas réalisée comme on le voit dans les films. Ce ne fut pas la passation du savoir d’un vieux jardinier au chapeau de paille livrant à son fils le secret de ses trucs et astuces. Mais sans le savoir, il m’a transmis l’essentiel. C’était lorsque mon père jardinait que je le voyais le plus heureux. Je revois la réalisation des sillons, le passage du râteau sur la terre… J’en ai gardé le plaisir profond de bêcher alors que je revendique aujourd’hui l’usage de la grelinette afin de ne pas retourner la terre. J’éprouve une grande satisfaction à sarcler alors que je préconise le paillage, à tailler alors que je suis un adepte de la taille douce.»

Rosier Night Light
La Voie des Roses
La rose est la première venue dans le jardin de l’Abbaye de Valsaintes. «Elle s’associait parfaitement à la restauration de cette abbaye cistercienne. Je me suis lancé dans la plantation d’une collection de rosiers. J’ai contacté de nombreux professionnels du monde de la rose, dont le Conservatoire de roses anciennes de Gap situé à mille mètres d’altitude. J’en ai rapporté de nombreuses variétés anciennes dans le jardin de l’abbaye.»

Rosier Les Quatre Saisons
Les premiers rosiers anciens implantés dans les jardins présentent un caractère non remontant, mais avec une grande résistance, à l’image de leur ancêtre Rosa gallica. «Cette rose originelle pousse dans des terres pauvres et sèches. Elle résiste à des hivers rigoureux tels que ceux auxquels nous sommes parfois confrontés en Haute-Provence. Elle pousse à l’état sauvage près de l’abbaye et fleurit au mois de juin parmi les cistes et les bruyères sauvages.»

Rosier Comte de Chambord
Rosiers anciens
Aujourd’hui, le jardin de l’Abbaye de Valsaintes accueille plus de 600 espèces et variétés de rosiers. Le choix des espèces et des variétés de rosiers nous font voyager dans l’histoire de la botanique. Parmi la centaine de roses botaniques, cinq poussent naturellement en France: Rosa gallica, Rosa canina, Rosa pimpinellifolia, Rosa sempervirens et Rosa glauca. Toutes présentent une corolle de petite taille et ne fleurissent qu’une seule fois par an. L’introduction d’une dizaine d’espèces sauvages venues de diverses parties du monde et les sélections de semis issus de croisements naturels ont permis à ces églantines d’évoluer petit à petit, donnant naissance à des centaines de roses aux corolles plus joufflues, comme le rosier ‘Charles de Mills’, un rosier gallique aux grandes fleurs très doubles rouge cramoisi aux reflets lie-de-vin. (voir mon reportage sur la famille des roses anciennes)

Rosier Denise Grey
Des rosiers du soleil
Le jardin de l’Abbaye de Valsaintes offre également une collection d’hybrides de thé et de Polyanthas, des roses à la floraison remontante qui fleurissent à profusion jusqu’aux premiers gels. Parmi les rosiers préférés de Jean-Yves Meignen, on peut citer ‘Cornélia’, un beau rosier ancien hybride de moschata qui se couvre de bouquets denses de fleurs rose abricoté au teint de porcelaine. Pour lui, ‘Mme Alfred Carrière’ est un des meilleurs rosiers anciens grimpants remontant, un rosier qui ne déçoit jamais. Epris de soleil, ‘Général Schablikine’ est un petit buisson au feuillage bleuté aux fleurs plates tourbillonnées en quartier rose vif lavé de cuivre. Sa floraison qui se renouvelle jusqu’en automne est délicieusement parfumée.




Le jardin sec
Dès son arrivée, Jean-Yves Meignen identifie une végétation adaptée à ce sol peu profond et très sec en été ainsi qu’aux hivers rigoureux de la région. « Notre volonté fut de préserver ce patrimoine végétal unique et de le mettre en valeur.»




Un cheminement avec des sentiers et escaliers en bois a été réalisé afin d’observer la végétation spontanée de la région, la lavande aspic, la sarriette, le thym, la badasse, l’Helichrysum et autres plantes endémiques dans leur milieu naturel. (vor mon reportage sur le Jardin, la canicule et la sécheresse)

Un jardin sec a été dessiné sur un talus où des rochers ont été amenés afin de créer des terrasses et une mise en scène de rocailles. Phlomis, Santoline, Ceratostigma plumbaginoides, Thymbra capitata, Gaura… plus de 300 espèces végétales ont été plantées, sélectionnées pour leur résistance à la sécheresse et au froid. (voir mon reportage sur les végétaux qui résistent à la sécheresse, les arbustes qui résistent à la sécheresse et les plantes vivaces qui résistent à la sécheresse)




«Certaines plantes ont des feuillages de formes et de textures très décoratives D’autres dégagent des parfums aromatiques puissants et leurs floraisons se démarquent de toutes les autres plantes. Cette collection unique de plantes frugales n’est pas arrosée. Elle permet une observation riche d’enseignement pour l’avenir des jardins lorsque l’eau se fera plus rare.» (voir mon reportage sur le jardin sec sur gravier et sur les plantes de rocailles

L’art de planter en terrain sec
Jean-Yves Meignen anime des formations sur la création de jardins secs qui doit s’inscrire dans une démarche durable. «Les plantations d’un jardin sec sont idéalement réalisées de septembre à octobre. La terre est encore chaude et les pluies suffisamment fréquentes pour permettre un bon départ des racines.» (voir mon reportage sur le Jardin bioclimatique)

Le choix des végétaux choisis chez les pépiniéristes est extrêmement important. Les plantes doivent être cultivées sans forçage. «Les plantes doivent être jeunes, un an, et cultivées en pot spéciaux, profonds avec des rainures favorisant la poussée verticale des racines. Il ne faut pas mettre d’engrais à la plantation, mais éventuellement une petite dose de compost pour apporter un peu de matières organiques. A la plantation, l’arrosage se fait dans une large cuvette. L’été suivant, deux ou trois arrosages copieux permettront à ces plantes de devenir autonomes dès l’année suivante.»

Le potager agroécologique
Le potager situé en contrebas du jardin est idéalement exposée plein sud et protégée des vents du nord. Il a fallu restaurer un ancien mur de pierres sèches et aménager une réserve d’eau de mille litres alimentée par un collecteur d’eau de pluie. Celle-ci est mise en mouvement par un vortex en cuivre qui provoque comme dans une rivière des tourbillons qui dynamisent l’eau en énergies. Le sol a été travaillé avec des outils manuels afin de bouleverser le moins possible la terre. (voir mon reportage sur la Biodynamie au jardin)




Des bacs à compost ont été mis en place, confectionnés avec des palettes en bois de récupération. Ils sont alimentés par tous les déchets végétaux du jardin, cartons et papiers compostables mais aussi des déjections des animaux vivant dans la propriété voisine.

Des hôtels à insectes sont installés dans le jardin. Des zones d’ombre ont dû être créées pour certains légumes. Ainsi des arbres fruitiers ont été plantés et l’organisation des cultures a été réfléchie pour créer des ombres portées. Les cultures sont organisées sur la base d’associations bénéfiques de fleurs et de légumes.




Il y a de nombreux légumes perpétuels comme les artichauts, asperges, oignons rocamboles, chou de Daubenton et beaucoup de racines pour les légumes d’hiver comme les panais, scorsonères et carottes. Une optimisation de l’espace alimente aussi la réflexion de choix des légumes en fonction de leur temps de culture avec l’usage de plantes engrais verts permettant d’enrichir le sol. «Nous utilisons uniquement des préparations naturelles de plantes pour éventuellement protéger les cultures des maladies ou insectes. Mais le plus important est d’entretenir un sol vivant par des techniques tout à fait simples à mettre en oeuvre.» (voir mon reportage sur le potager bio)

Carnet de route des Jardins de l’Abbaye de Valsaintes
- Simiane-la-Rotonde, visite du château et de la Rotonde, un ancien donjon circulaire où se tiennent des expositions. Le Laboratoire d’aromathérapie Sainte Victoire initie le visiteur aux vertus des huiles essentielles. A découvrir, chaque été, ‘Les Riches Heures Musicale de la Rotonde’, un festival de musique instrumentale et vocale, médiévale, renaissance et baroque. https://www.simiane-la-rotonde.fr/
- Jardin de Simiane-La-Rotonde, labellisé Jardin Remarquable, jardins de roses, jardin sec, potager agroécologique. Restaurant, boutique, vente de plantes, chambres d’hôtes et gîtes de groupe, stages, lieu de réception et de séminaires, visites guidées du jardin, stages de jardinage, balades botaniques et conférences. Jardin de l’abbaye de Valsaintes, lieu-dit Boulinette, Simiane-la-Rotonde, à 4 km du village sur la route d’Oppedette et de Manosque. https://www.valsaintes.org/
- A lire, «Jardinez pour la vie», «Zéro intrant au jardin» et «Prendre soin de ses plantes avec les huiles essentielles» de Jean-Yves Meignen.
Reportage publié en 2021 dans Eden (www.edenmagazine.be)
Rendez-vous dans la rubrique Jardins, pour découvrir mes reportages sur les Jardins du Sud de la France, dans la rubrique Végétaux, Arbres et arbustes, pour découvrir mes reportages sur les Rosiers anciens, les Plantes qui résistent à la sécheresse et les Arbustes qui résistent à la sécheresse, dans la rubrique Plantes vivaces pour dé couvrir les Plantes vivaces qui résistent à la sécheresse et sur les Plantes de rocaille et dans la rubrique Jardinage, pour découvrir mes reportages sur les Jardins bio, ou cliquez sur les liens.


Les abbayes sont toujours établies dans des endroits privilégiés et lorsque vous écrivez au sujet de l’abbaye de Valsaintes « un avant goût de paradis », c’est ce que je ressens lors de chaque visite dans ces lieux si incroyablement choisis!
Voici encore un très beau reportage qui nous plonge dans notre passé culturel.
Félicitations,
En Belgique, nous avons les ruines de l’abbaye cistercienne de Villers-la-Ville et son jardin de plantes médicinales. Un bel endroit à découvrir.