Voir les paysages et leur donner du sens… Michel Desvigne est un architecte paysagiste renommé pour son travail rigoureux et contemporain.
Le paysage, la ville et les jardins
Grand nom du paysage en France, Michel Desvigne aide à comprendre comment la ville et les territoires évoluent en permanence. Il analyse les mécanismes des paysages pour les transformer et leur donner du sens.

Au seuil des frontières
Petit fils d’immigrée russe, Michel Desvigne a passé son enfance en Franche-Comté, non loin de Bâle. Une vie à la campagne au seuil des frontières qui a probablement aiguisé, dès le plus jeune âge, sa sensibilité pour le paysage mais aussi pour l’international.

La nature au cœur de la ville
Avant d’obtenir son diplôme d’architecte paysagiste à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles, Michel Desvigne étudie la botanique et la géologie à la faculté des Sciences naturelles à Lyon. Cette formation aura une influence déterminante sur la suite de sa carrière, lui donnant l’obsession d’introduire massivement la nature au cœur de la ville.

La lisière des villes
Cette démarche fut amorcée au 19e siècle par Frederick Law Olmsted, un architecte paysagiste américain célèbre pour la création de Central Park à New York et du parc du Mont-Royal à Montréal. A travers un maillage composé de vallons, de coteaux, de bois, de prés, de marais et d’étendues d’eau traversé de multiples sentiers, Olmsted cherchait à mettre en valeur les éléments qui s’inscrivent dans une sorte de géographie de la nature.

Analyser le paysage avant d’agir
Michel Desvigne mène divers projets et réalisations de 1983 à 1986, seul ou en collaboration avec les paysagistes Michel Corajoud et Alexandre Chemetoff. De ses mentors, il apprend à analyser la forme d’un paysage, qu’elle provienne de mécanismes naturels ou humains, et les usages qui en découlent. L’importance de se nourrir des lieux avant d’agir.

La géomorphologie des lieux
Son héritage revendiqué des grands parcs aux Etats-Unis propose de renouer avec la géomorphologie des lieux et d’en faire le principe fondateur de l’intervention urbanistique et paysagère. En 1986, il est lauréat du concours de l’Académie de France à Rome, section architecture. Il est le premier paysagiste à intégrer la Villa Médicis où il poursuit ses recherches. Il produit les «Jardins élémentaires», une série de dessins et de maquettes où il étudie déjà les composantes du territoire, leur nature et leurs interactions. Certains de ces dessins seront exposés au Centre Georges Pompidou à Paris.

Square des Bouleaux
En 1989, à l’intérieur d’une étroite cour entourée de logements sociaux conçus par l’architecte Renzo Piano dans le 19e arrondissement à Paris, il signe en collaboration avec la paysagiste Christine Dalnoky sa première réalisation remarquée, le «Square des Bouleaux». C’est un simple petit bois de 110 bouleaux, à une époque où la profession rivalise de projets savamment dessinés. «J’avais créé un jardin pour ma grand-mère dans lequel j’avais planté des bouleaux. Elle était très contente du résultat. Aussi j’ai proposé à Renzo Piano de faire la même chose.»

Façonner les territoires
Trente ans plus tard, Michel Desvigne est fier d’avoir planté plusieurs centaines d’hectares de forêts et quelques dizaines de milliers d’arbres. Pour transformer le visage des jardins et des espaces publics, il utilise avec une économie de moyens les éléments naturels, sols, pentes, eaux, vent, lumière, végétation, pour fabriquer un paysage profondément ancré sur une géographie souvent oubliée.

Entre nature et artifices
Les recherches et réalisations de Michel Desvigne ont fait l’objet de nombreuses publications et expositions nationales et internationales. En 2000, il reçoit la Médaille de l’Académie de l’Architecture et est Chevalier des Arts et Lettres depuis 2003. Deux prix internationaux lui ont été décernés pour la réalisation qu’il a conduite dans la péninsule de Greenwich. Il préside depuis 2008 le conseil d’administration de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles. Il obtient en 2011 le Grand Prix de l’Urbanisme pour sa constante contribution à la réflexion sur le paysage, la ville et le territoire. Il est membre de la commission nationale française pour l’UNESCO depuis 2013.

Structurer l’avenir
Actuellement, l’activité de Michel Desvigne se partage entre la réalisation de projets et d’études pour des institutions publiques et des organismes privés. Sa réflexion sur les lisières, espaces délaissés entre ville et campagne, a fait l’objet de propositions ambitieuses à Paris. Il redessine avec le célèbre architecte britannique Richard Rogers les alentours de la Tour Montparnasse, végétalise le jardin de l’esplanade de La Défense et encercle de coteaux boisés les trois campus de Saclay afin de renforcer la cohérence entre le campus et les zones agricoles. A l’étranger ses projets se mènent en collaboration avec des architectes et urbanistes internationaux, à Burgos avec Herzog & de Meuron, à Dallas avec Foster & Partners ou au Qatar avec l’architecte Jean Nouvel.

Jardins clandestins
Michel Desvigne a aussi ses jardins secrets, des jardins plus modestes qu’il appelle ses jardins clandestins. Leur petite taille et leur relative rapidité d’exécution les désignent comme de véritables laboratoires sur la matière végétale, sa densité, sa texture. Dans ces compositions miniatures, le travail d’écriture apparaît inépuisable. Métaphore d’un monde plus vaste, le jardin possède une logique interne spécifique, un ordre qui lui est propre, une esthétique immédiate.

L’éloge de la simplicité
«Je suis uniquement paysagiste. A mes étudiants de Lausanne ou de Harvard, je leur conseille de prendre le temps d’observer les paysages qui nous entourent. Comprendre les mécanismes qui les produisent, décrypter les évolutions, situer les enjeux. Il est important de voyager pour se forger une culture et de savoir dessiner, encore et toujours. Il faut faire simple, peu coûteux et qualitatif. Cette simplicité je la revendique. Il ne faut pas avoir peur du vide.»

MDP Michel Desvigne Paysagistes, 23 rue du Renard, 75004 Parisienne. http://micheldesvignepaysagiste.com/
Crédit photos et maquettes MDP, Guillaume Leuregans, Christohe Bertolin, Thomas Sanson, O. Moreux, H. Abbadie, Vincent Mercier
Reportage publié en 2022 dans L’Eventail (www.eventail.be)
Rendez-vous dans la rubrique Découvertes, Portraits pour découvrir mes reportages sur les architectures paysagistes Bas Smets, Jean Mus, François Goffinet, Jean Noël Capart, Nathalie Devallée, Christophe Spehar, Dominique Eeman, John Brookes, Jules Buyssens, Palick van Hövell, Marcel Gaucher et Alain Baraton ou cliquez sur les liens.


Merci pour cet article très intéressant qui permet de mieux connaitre le travail de ce paysagiste,
mais quel dommage de ne pas savoir à quel endroit se rapporte chaque photo ,à moins que je n’ai raté quelque chose.
Si vous allez sur le site internet du paysagiste, vous aurez plus d’infos sur ses réalisations.
Très intéressant cet article,et j.apprécie particulièrement « l’éloge de la simplicité « .