L’île Maurice symbolise l’Eden espéré de tout voyageur. Balade dans la nature luxuriante du Jardin botanique de Pamplemousses.

 

Un jardin d’Eden

Sable doux comme la soie, lagon turquoise ourlé d’une barrière de corail… Derrière cette carte postale se cache un pays à la végétation tropicale. Vers l’intérieur des terres, encore préservées du tourisme, la nature luxuriante reprend ses droits.

L’archipel des Mascareignes

Volcan jailli des eaux il y a huit millions d’années, l’île Maurice est un minuscule confetti dans l’Océan Indien, au coeur de l’archipel des Mascareignes. L’île ne fait que 65km de long sur 45km de large. Une semaine n’est cependant pas de trop pour visiter l’île car les routes capricieuses traversent de nombreuses petites bourgades animées.

Parc National des Gorges de la Rivière Noire

Au delà des plaines fertiles du plateau central, berceaux des champs de canne et des domaines sucriers, l’île offre un relief tourmenté, regorgeant de montagnes aux formes élancées, de cascades et d’anciens cratères de volcan. C’est au sud-ouest de l’île que l’on découvre le Parc National des Gorges de la Rivière Noire, relique du volcanisme insulaire qui présente une nature encore préservée.

Maison Eureka

Jardin créole

Incontournable visite à l’Ile Maurice, la maison Eureka est un superbe exemple d’architecture créole. Construite vers 1830 au pied des montagnes de Moka, c’est un des rares vestiges de l’époque coloniale que l’on peut visiter. Un endroit magique entouré d’un magnifique jardin peuplé de badamiers, bidassiers, eucalyptus, aloès, d’ébéniers et de plantes exotiques et endémiques qui témoignent de l’intérêt pour l’époque de la botanique.

Forêts tropicales

Déforestation, espèces éteintes ou menacées, l’environnement mauricien a beaucoup souffert ces dernières décennies. S’il ne reste que 3% de forêt primitive et que beaucoup de plantes indigènes ont disparu, l’île compte encore de belles étendues de forêts tropicales. N’ayant jamais eu de contact avec le continent, l’île Maurice abrite 7 genres et plus de 300 espèces de plantes endémiques.

Jardin botanique de Pamplemousses

Au nord de Port-Louis, le petit village de Pamplemousses cache l’un des plus célèbres jardins botaniques d’Afrique. Ce domaine de 33 ha porte le nom officiel de Jardin Botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam (du nom du Premier ministre de l’île Maurice) mais tout le monde l’appelle Jardin de Pamplemousses. C’est l’un des plus anciens jardins botaniques de l’hémisphère sud.

Compagnie Française des Indes orientales

L’histoire du Jardin botanique de Pamplemousses débute au 18e siècle. En 1733, Mahé de La Bourdonnais est nommé Gouverneur général des Mascareignes, des Isles de France (Maurice) et de Bourbon (Réunion) pour le compte de la Compagnie française des Indes orientales. Il fonde la ville de Saint-Louis et développe les plantations et les raffineries de canne à sucre où travaillent des esclaves. Dans le quartier de Pamplemousses, il aménage une luxueuse résidence nommée ‘Mon Plaisir’ entourée de potagers et de vergers qui serviront à ravitailler les équipages à Port-Louis.

Jardin du Roi

En 1766, la Compagnie des Indes est en faillite. Elle cède ses colonies à la couronne. Le botaniste Pierre Poivre est nommé intendant des Isles de France et de Bourbon. En 1768, il crée à Pamplemousses un jardin botanique qui prendra le nom de Jardins botaniques royaux de Pamplemousses. Il y acclimate la muscade, le poivre et la cannelle, brisant le monopole du commerce des épices tenu par les Hollandais. Il dénonce l’esclavage, convaincu de l’immoralité et de l’inutilité économique de cette condition.

Jardin d’essai et d’acclimatation

Après le départ de Pierre Poivre, le jardin botanique est administré par Jean-Nicolas Céré. Poursuivant l’oeuvre de son prédécesseur, Céré acclimate dans le jardin d’essai et d’acclimatation le maximum de plantes exotiques, légumes, fruits, fleurs et épices venant d’Afrique, d’Inde, de Chine, de Malaisie et de Polynésie. Le botaniste diffuse les végétaux vers Madagascar et les Antilles, enrichissant les planteurs et négociants français des colonies.

Les allées du jardin

A la fin du 18e siècle, Jean-Nicolas Céré va tracer les principales allées du jardin botanique. Ces avenues et allées portent aujourd’hui les noms de grands naturalistes. L’avenue de La Bourdonnais mène à l’obélisque de Liénard et au bassin des nénuphars. Elle croise les avenues Céré, Commerson et Cossigny. Le naturaliste Charles Darwin a également donné son nom à une avenue.

Bassins aux nénuphars

Jean-Nicolas Céré aménage plusieurs bassins dont le long bassin aux nénuphars aujourd’hui rempli de spectaculaires Victoria amazonica, les vedettes des jardins. Originaire du fleuve Amazone, ce nénuphar géant déploie de grandes feuilles à la surface de l’eau. Les fleurs sont blanches le premier jour de leur ouverture puis deviennent roses la nuit suivante.

Les bassins accueillent aussi des lotus, Nelumbo nucifera, des nénuphars, Nymphaea, et des jacinthes d’eau, Eichhornia crassipes.

Royal Botanic Garden

Pendant la colonisation britannique, en 1923, le château de Mon Plaisir est reconstruit. L’écossais James Duncan est nommé en 1849 directeur du jardin botanique. Ducan introduit de nouvelles espèces telles que des fougères, des araucarias, des orchidées et des bougainvilliers. Il rassemble une grande collection de palmiers d’Amérique centrale, d’Asie, d’Afrique et des îles de l’océan Indien dont le majestueux palmier royal, Roystonia oleracea au tronc cylindrique. Aujourd’hui, le jardin renferme 80 espèces de palmiers dont certaines sont endémiques des Mascareignes.

Trésors botaniques

Le Jardin botanique de Pamplemousses renferme environ cinq cents espèces différentes dont une quarantaine de plantes indigènes des Mascareignes, ce qui en fait un véritable trésor sur le plan purement botanique. Malgré l’absence d’étiquetage scientifique des végétaux qui déçoit les botanistes et naturalistes, le jardin joue aujourd’hui un rôle prépondérant comme conservatoire des plantes.

Magnolia grandiflora

Une nature généreuse

Le long des allées et dans les jardins fleurissent les Bougainvillea spectabilis multicolores, les Hibiscus, les grandes fleurs blanches du Magnolia grandiflora, l’Alpinia aux épis écarlates, le Calliandra surinamensis, le Cassia fistula, l’Eribotrya japonica, les fleurs mauves du Jacaranda mimosifolia, le Strongylodon macrobotrys aux fleurs de jade ou les grands entonnoirs d’or de l’Allamanda.

Strongylodon macrobotrys, fleur de Jade

Luxuriance végétale

Le Jardin botanique de Pamplemousse est représentatif de la végétation de l’île qui explose sous des formes surprenantes, des couleurs vives et des parfums entêtants tels les fleurs parfumées du gingembre cannelle, Alpinia zerumbet, surnommé Larmes de la Vierge.

Alipinia zerumbet surnommé Larmes de la Vierge

Les fleurs rouge orange du Butea superba, un arbuste grimpant aux vertus aphrodisiaques

Butea superba

Le Pyrostegia venusta, la liane aurore à la floraison couleur feu

Pyrostegia venusta

Le Brownea grandiceps aux fleurs rouge rose et anthères jaunes d’or

Brownea grandiceps

Les fleurs roses du Calliandra surinamensis surnommé le pompon du marin ou l’arbre aux houpettes

Calliandra surinamensis, l’arbre aux houpettes

L’arbre boulet de canon, Couroupita guianensis, un grand arbre dont le tronc se couvre de fleurs écarlates et d’énormes fruits ronds comme des boulets de canon

Couroupita guianensis

Le Crinum asiaticum, une belle plante bulbeuse de la famille des Amaryllis, surnommé le lis araignée aux fleurs blanches délicatement parfumées.

Crinum asiaticum, lis araignée

Le Dombeya wallichii, dit Pink ball tree par les anglais, un arbre à fleurs en boule rose comme des pompons

Dombeya wallichii, Pink Ball Tree

L’Oncoba spinosa, petit arbre épineux à la floraison blanche parfumée et étamines jaunes qui ressemblent à oeuf sur le plat. Il est surnommé l’arbre à tabatières car on fabriquait des tabatières à partir de ses fruits à coque dure.

Oncoba spinosa

Les arbres de l’île

Certains arbres de l’île ont des silhouettes inédites tel l’arbre du voyageur Ravenala dont le feuillage déployé en un éventail immense sert à couvrir le toit des maisons.

Ravenala, arbre du voyageur

Autre essence bien représentée, le vacoa Pandanus, sorte de grand yucca utilisé en vannerie sans compter une grande variété de cocotiers et de palmiers, dont le Latania, une espèce originaire des régions côtières des îles Mascareignes. Impressionnant, le figuier de banian, Ficus benghalensis, est un arbre qui produit des racines aériennes comme des lianes. 

Ficus benghalensis, figuier de Banian

Le filao Casuarina, sorte de pin élancé aux légères et fines aiguilles, borde la plupart des plages de l’île, ses racines étant censées fixer le sable. Probablement originaire de l’ouest du Pacific, le cocotier, Cocos nucifera, est un grand palmier que l’on rencontre fréquemment dans les régions côtières. La richesse de cette flore tropicale ne doit cependant pas faire oublier qu’elle est le produit du mélange de la végétation d’origine et des espèces introduites par l’homme au fil des années, au fil des voyages. 

Coco nucifera
Jardin de Pamplemousse (2)
Jardin de Pamplemousse (5)
Jardin de Pamplemousse (1)

Pépinière Exotica

Cette balade à Maurice me mène à la petite pépinière Exotica où je suis accueillie par le propriétaire d’Exotica, Jean-Marie Sauzier. «La famille Sauzier est arrivée à Maurice en 1803 et doit compter une dizaine de générations à ce jour. J’ai fait une licence en botanique l’université de Cape Town en Afrique du Sud et j’ai travaillé comme paysagiste dans un gros groupe hôtelier. Nous avons créé notre pépinière en 1990. Notre terrain de 1,3 hectares nous permet de produire une gamme plus ou moins complète de plantes pour les jardins et intérieurs.»

Hibiscus Cheeky Roy

Hibiscus Exotica

La pépinière Exotica est spécialisée en Hibiscus rosa-sinensis aux fleurs multicolores. «A Maurice, nous avons quelques hibiscus indigènes dont le rarissime Hibiscus liliiflorus. Notre programme d’hybridation s’est servi surtout de quelques belles variétés existantes dans les jardins mauriciens. Ces hibiscus font notre fierté lorsqu’ils sont en fleurs.»

Hibiscus Van Gogh

Pour l’hybridation des hibiscus, le procédé est simple. «Il suffit de mettre du pollen venant des étamines d’une fleur sélectionnée sur le stigmate d’une autre fleur sélectionnée. L’attente prend à peu près huit semaines et des graines mûres sont collectées et semées. Trois ans plus tard, on a une fleur qui mérite d’être sélectionnée ou rejetée, avec une proportion de un pour cent. A partir de là, nous propageons les variétés sélectionnées par bouturage.»

Hibiscus Symphonie

La pépinière Exotica a ainsi commercialisé une centaine d’hybrides d’Hibiscus Exotica. « Nous exportons dans de nombreux pays, en Angleterre, en France, en Afrique du Sud, à Madagascar, en Guadeloupe. Ce sont principalement des particuliers qui visitent la pépinière et qui repartent avec un hibiscus. »

Hibiscus Bella

De Maurice à Chelsea

Quelques mauriciens passionnés, membres du Royal Horticultural Society from Mauritius, ont exposé leur savoir-faire au Chelsea Flower Show à Londres. «Nous avons exposé des Hibiscus, des Anthurium et des plantes indigènes et endémiques. Nous avons reçu une médaille de bronze en 2002 , une d’argent en 2004 et de l’or pour 2006. Nous ne sommes pas peu fiers!»

Victoria amazonica

Carnet de route de l’Ile Maurice

Reportage publié en 2007 dans la revue Les Jardins d’Eden  https://edenmagazine.be/

Crédit  photos Agnès Pirlot, Exotica et Deposit Photos 

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