Lors de la reconstitution de la Bataille de Waterloo, visite du bivouac des Alliés à la Ferme d’Hougoumont.
Bataille de Waterloo
Le site du champ de bataille de Waterloo en Belgique est un lieu de mémoire universel. Chaque année, autour de la date du 18 juin, des reconstitueurs passionnés de batailles napoléoniennes viennent du monde entier. Pour rendre hommage à cette page majeure de notre histoire, ils se rassemblent ici pour animer la reconstitution de la bataille et les bivouacs des armées françaises à Genappe et les bivouacs des armées alliées à Hougoumont. (voir mes reportages sur Waterloo, 18 juin 1815, sur le Site de la Bataille de Waterloo et sur le Mémorial Waterloo 1815)









Les reconstitutions
En juin 2025, Waterloo a commémoré le 210e anniversaire de la bataille avec la plus grande reconstitution organisée depuis le bicentenaire de 2015. Plus de 2000 reconstitueurs en uniformes d’époque, 100 chevaux et 25 canons nous ont fait revivre ce qu’à dû être la réalité des combats des troupes alliées et françaises avant la défaite de Napoléon.

Parade des régiments, manoeuvres des troupes d’infanterie, charges de cavalerie, tirs d’artillerie…, dans une odeur de canons et de fusils, chaque reconstitution soucieuse de l’authenticité historique reproduit les affrontements entre Napoléon et Wellington dans les vallons de la plaine de Waterloo.

Les bivouacs historiques
L’atmosphère des campements militaires est recrée dans les bivouacs français et alliés qui ouvrent leurs portes au public. C’est à la Ferme d’Hougoumont que j’ai visité le bivouac des armées alliées. Ce fut l’occasion d’observer le mode de vie des soldats et leurs équipements. Les soldats s’entraînent, préparent leurs armes et leur uniforme, se rassemblent et défilent comme en 1815. J’ai photographié les soldats lorsqu’ils revenaient épuisés de la reconstitution qui a duré deux heures sous un soleil de plomb.

La ferme d’Hougoumont
Témoin d’âpres combats, la ferme d’Hougoumont hébergea les armées commandées par Wellington. Les troupes britanniques, de Hanovre et Nassau ont défendu la ferme contre les assaut des soldats français tout au long de la journée du 18 juin 1815. Pendant toute la bataille, Hougoumont est restée «comme une épine dans le pied de toutes les attaques françaises». (voir mon reportage sur Hougoumont)

Bivouac d’Hougoumont
Des centaines de tentes en tissu blanc sont alignées dans l’ancien verger de la ferme d’Hougoumont. Les reconstitueurs, soldats, officiers ou vivandières, dorment là sans beaucoup de confort. Le matelas fait de paille est posé sur le sol. A côté est posé le sac du soldat, son arme et tout son attirail ainsi que le matériel pour vivre et cuisiner.













L’équipement du soldat
Les reconstitueurs mettent un point d’honneur à être au plus près de la réalité. Ils accordent un soin tout particulier à leur équipement, réplique la plus exacte possible de ce qui était porté par les soldats et les officiers il y a deux siècles. Les fusils, les pistolets et les sabres répondent à des exigences historiques précises.

Les drapeaux et étendards
Lien mystique entre le régiment et son souverain, le drapeau servait de point de ralliement sur le champ de bataille. Dans l’armée anglaise, chaque régiment possédait deux emblèmes: un Union Jack comme l’étendard du Roi et un autre aux couleurs du régiment. Ce symbole devait être particulièrement protégé lors de la bataille et sa garde était un honneur pour ceux qui en avaient la charge.


Les uniformes des soldats
Lors des reconstitutions, les uniformes des soldats sont faits sur mesure, à l’identique jusqu’aux boutons en étain, fondus d’après un original. Nuances des parements, minutieux détails dans l’agencement des boutonnières, dessins des plaques des ceinturons contribuaient à forger un esprit de corps propre à chaque régiment.

En 1815, ce fut peut-être la dernière fois que devaient se heurter sur le sol européen des armées vêtues de couleurs aussi éclatantes et chamarrées d’or et d’argent. Tant que le fusil n’avait qu’une faible portée, se camoufler était secondaire. La couleur rouge, ‘Stroudwater scarlet’ fut adoptée par l’infanterie anglaise en 1660 lors de la restauration de la Maison Stuart. Ce bel uniforme rouge séduisait les volontaires engagés par l’armée anglaise.

Couleurs et accessoires servaient à impressionner l’adversaire. Le port d’un baudrier blanc grandissait le combattant. Les épaulettes élargissaient les épaules et les brandebourgs la poitrine. La pelisse à la hussarde des officiers, les hauts plumets et les casques étincelants des cavaliers devaient accroître la sensation d’effroi.

Les uniformes devaient surtout permettre aux troupes de se distinguer de l’ennemi. Wellington commentait les questions d’uniforme en ces termes: «Je ne demande qu’une chose: que nous soyons en tout aussi différents des Français que possible… A distance ou pendant le combat, la couleur ne compte pas. C’est le profil, la forme de la coiffure qui nous guident… Un cheval anglaisé (à la queue coupée) nous indique qu’il s’agit en général d’un dragon. Le casque du dragon anglais est parfaitement distinctif. A mon sens, c’est là sa meilleure protection.»

Le shako, coiffure rigide à visière, était porté autant par l’armée anglaise que française. En 1812, on modifia le shako anglais pour l’alléger et on adopta le style autrichien avec un avant plus long que l’arrière, ce qui le rendait plus impressionnant. «Notre shako est plus haut et plus étroit que celui des Français. Cette différence permet de distinguer les uns des autres les soldats de deux lignes déployées face à face.»

Le fusil de l’infanterie
En 1815, le fusil était l’arme principale de l’infanterie sur le champ de bataille. Il s’agissait un fusil à silex ou mousquet qui se chargeait par le canon. Il tirait des balles sphériques en plomb. Monté sur un percuteur retenu par un ressort, le silex venait frapper une plaque métallique provoquant une étincelle. Celle-ci mettait le feu à une pincée de poudre contenue dans le bassinet.

La précision de tir était médiocre. A plus de 80 mètres, un tireur ne pouvait plus faire mouche. Parfois la charge faisait long feu et le coup partait tardivement alors que la cible n’était plus en joue. Par temps de pluie, ce mode de mise à feu devenait inutilisable. Pour sécher la poudre, il fallait tirailler. Le fusil était équipé d’une baïonnette fixée à l’extrémité du mousquet. Elle permettait au fantassin le combat au corps à corps. Les combats à la baïonnette étaient rares car «c’était souvent la crainte qu’inspirait la baïonnette plutôt que son emploi qui décidait de l’issue de l’engagement.»

Le sabre de la cavalerie
Le sabre courbe ou droit était l’arme principale des cavaliers qui pouvaient ainsi attaquer un fantassin. Le sabre de la cavalerie lourde anglaise était mal équilibré. Il était difficile au cavalier de se défendre dans un duel au sabre contre un cavalier français qui avait un sabre parfaitement équilibré. Les officiers portaient le sabre et certains se servaient de pistolets qui permettait de participer à pied à des escarmouches ou à faire feu sur l’infanterie formée en carré. Le pistolet servait aussi à achever un cheval blessé.

Les canons et obusiers
Les pièces d’artillerie constituées de canons et d’obusiers servaient d’appui à l’infanterie. Les canons en bronze étaient très lourds et il fallait un attelage de plusieurs chevaux pour les déplacer. A Waterloo, tous les canons furent mis en batterie en vue de leurs objectifs. Chaque pièce était un monstre crachant du feu et de la fumée. Les canons tiraient des boulets ronds en fer qui n’exposaient pas. Sur sol sec, les boulets ricochaient, brisant tout sur leur passage.

Le 18 juin 1815 à Waterloo, l’état du terrain détrempé par la pluie limita l’efficacité des ricochets, les boulets ayant tendance à s’enterrer dans le sol gras et en pente. Le tir faisait reculer la pièce de un ou deux mètres et il fallait chaque fois la remettre en place. Les boulets n’étaient dangereux que pour ceux qui se trouvaient dans l’axe de tir.

A Waterloo, les obusiers formaient environ le sixième des pièces d’artillerie. L’obusier était également en bronze mais plus petit et moins lourd que le canon. Les obus étaient des sphères creuses en fer contenant une charge de poudre qui était réglée pour exploser à son point d’impact, projetant latéralement une gerbe d’éclats. La trajectoire courbe de l’obus permettait de tirer au dessus des troupes amies ou par delà la crête d’un talus.

Les troupes britanniques utilisaient aussi le shrapnel qui pouvait être tiré aussi bien par des canons que par des obusiers. La sphère métallique creuse contenait à la fois de la poudre explosive et un certain nombre de balles. La poudre était mise à feu par une mèche coupée à la longueur voulue. La mèche brûlait plus ou moins lentement, l’obus explosant parfois dans les airs, parfois après avoir touché le sol.

Les musiciens
Les sonneries et tambours rythmaient la vie quotidienne du soldat, pour le réveil, les repas, la marche, les haltes ou les entraînements. Les musiques des régiments scandaient les marches et encourageaient les troupes avant les combats ou pendant ceux-ci en jouant plus en arrière de la ligne de front. Les combats se déroulaient au son du fifre, du tambour, du cornet ou de la cornemuse dans l’infanterie et de la trompette et du tambour dans la cavalerie. Leur rôle était essentiel pour assurer la transmission des ordres sur le champ de bataille.

Le ravitaillement
Le ravitaillement se faisait dans le meilleur des cas par l’achat de denrées qui étaient destinées aux troupes. Pour les chevaux, il fallait trouver un point d’eau, de l’avoine et du fourrage. Des rations de pain étaient distribuées pour trois jours. Mais le plus souvent, il s’agissait de maraudes, de réquisitions ou de pillages. Avant et pendant la bataille, les soldats recevaient une ration d’eau-de-vie.

Les camp followers
On les appelait vivandière, cantinière, blanchisseuse… Englobées dans le vaste groupe des «camp followers», ces femmes suivaient les armées de manière officielle. Elles faisaient la cuisine, entretenaient le linge, procuraient au soldat de quoi améliorer l’ordinaire ou tenaient la buvette ambulante où le soldat dépensait sa solde en jeux et alcools.

Il était courant que ces femmes se retrouvent sur le champ de bataille pour fournir de la nourriture et des boissons aux troupes sous le feu, pour soigner les blessés et réconforter les troupes.

Chaque unité était accompagnée de quelques blanchisseuses chargées du nettoyage des chemises, caleçons, mouchoirs et guêtres des soldats. Elles entretenaient l’uniforme qui devait être impeccable à la revue. Ces femmes faisaient partie de l’armée mais à cette époque elle ne portaient aucun uniforme.

Les soldats pouvaient se procurer auprès des vivandières des objets de première nécessité. Attachées aux bataillons ou aux escadrons, elles possédaient un cheval ou une carriole et vendaient des vivres et de petits objets d’utilité courante comme les papiers à lettre, lacets, boutons, tabac, eau-de-vie et vinaigre pour couper l’eau des gourdes et bidons.

Dans l’armée anglaise, six épouses de soldats par compagnie pouvaient accompagner les troupes et accomplir les tâches des cantinières ou vivandières. D’autres femmes aux moeurs légères, les concubines de soldats et les prostituées rejoignaient la troupe de manière illicite pour prendre soin de la partie d’humanité des soldats.

Bataille de Waterloo et Bivouac d’Hougoumont
Les reconstitutions sont organisées chaque année au pied de la Butte du Lion à Waterloo avec des bivouacs des troupes françaises et alliées, un village civil avec des artisans et animations, spectacles, ateliers et restauration. Domaine de la Bataille de Waterloo 1815, Butte du Lion, Mémorial, Panorama, Ferme d’Hougoumont à Braine l’Alleud et Dernier QG de Napoléon à Genappe. Belgique. https://www.waterloo1815.be/
Crédit photos Agnès Pirlot, François Pirlot et Joya Capelluto
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