La somptueuse architecture arabo-andalouse de Fès en fait une des plus éblouissantes villes impériales du Maroc. Visite de sa médina couverte de fines arabesques de mosaïques.
Capitale spirituelle et religieuse
Installée dans une cuvette et entourée de longues murailles, Fès est une ville qui se pare de demi-teintes gris et sable dont émergent quelques minarets, coupoles et toitures vert émeraude de ses palais et médersas. C’est la capitale spirituelle et religieuse du Maroc. Il faut aborder Fès de haut. La route qui grimpe sur le versant Sud me conduit à un belvédère qui offre une vue panoramique de la ville. La ville est secrète, repliée sur elle-même.

Une histoire millénaire
Fès est la plus ancienne des villes impériales du Maroc. Le coeur de la cité se compose de deux quartiers. Fes el-Bali est le centre historique créé à la fin du 8e siècle. Elle est traversée par l’oued Fès surmonté de trois ponts. Sur la rive gauche se trouve le quartier des réfugiés de Kairouan venus de Tunisie et sur la rive droite le quartier des réfugiés musulmans chassés d’Andalousie. Ces quartiers ont été réunis dans une seule enceinte par les Almoravides puis les Almohades. A l’Ouest, Fes el-Jedid est la cité royale créée par les souverains mérinides au 13e siècle. La ville moderne datant du protectorat s’est développée encore plus au sud. (pour voir l’Histoire des villes impériales du Maroc cliquer sur le lien)






Au cœur de la cité
Du haut des collines de Fès, il est difficile d’imaginer l’intense activité qui règne dans la cité derrière les épaisses murailles qui ceinturent la vieille ville. Ce n’est qu’une fois les larges portes d’enceinte franchies que je découvre un univers d’ombre et de lumière. La médina de Fès est la plus grande du monde arabe et elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.






Le palais royal de Fes el-Jedid
J’aborde la ville par l’Ouest. Je m’arrête un instant pour contempler le portail monumental du palais royal fermé par de belles portes en bronze ciselé.



Au sud du palais s’étend le Mellah, le quartier juif. Le long de la rue centrale, toutes les maisons ont un style identique. Une grande boutique ou entrepôt au rez-de-chaussée fermé par de hauts volets de bois et un balcon avancé entièrement clos de bois à la mode andalouse.




La médina de Fes el-Bali
La porte Bab Bou-Jeloud construite en 1913 est décorée de fines arabesques de mosaïques. A l’extérieur elles sont bleu cobalt, le bleu de Fes et sur la face intérieure vertes, le vert du Prophète. Couverte de palais et de médersas, la médina est un lieu où on se sent aspiré par le bouillonnement de la vie. Un musée vivant où tout un petit peuple d’artisans, maroquiniers, brodeuses ou dinandiers s’emploie à sauvegarder des traditions et à en inventer d’autres.






La médersa Bou-Inania
Comme la plupart des écoles coraniques, la médersa Bou-Inania date de l’époque mérinide, au 14e siècle et c’est l’une des plus raffinées par sa décoration. La cour à ciel ouvert est dallée de marbre et d’onyx et les murs sont revêtus de mosaïques et de motifs en plâtre sculpté. Une frise en bois de cèdre et un auvent sont d’une extraordinaire richesse de décoration. C’est un des seuls bâtiments religieux ouverts aux non-musulmans.




La Mosquée Karaouiyine
La Karaouiyine est le cœur de la cité. Couverte de tuiles émeraude, c’est l’une des plus anciennes et des plus illustres mosquées du monde musulman occidental. Elle fut la première université du Maroc fréquentée par des lettrés célèbres. Sa fondation en 859 est l’oeuvre d’une femme pieuse venue de Kairouan qui plaça toute sa fortune dans sa construction. Son accès est interdit aux non-musulman mais par les portes largement ouvertes, j’ai un aperçu de sa riche décoration, le déambulatoire et le bassin aux ablutions. La salle de prière est décorée de zelliges finement ciselés.




La Zaouïa de Moulay Idriss II
Plus loin, je découvre un autre lieu un peu secret, la Zaouïa de Moulay Idriss II. Ce mausolée abrite la tombe du second souverain idrisside considéré comme le fondateur de Fès. Il fut édifiée au début du 18e siècle sous le règne de Moulay Ismaïl. C’est le sanctuaire le plus vénéré du Maroc. En jetant un regard par le portail laissé généralement ouvert, on peut se rendre compte du plan et de la décoration de l’édifice et de l’animation qui y règne.




Un palais de tapis
Tout près du mausolée Idriss II, je pousse la porte d‘un ancien palais qui porte l’enseigne ‘Aux Merveilles du Tapis’. Il y a là un amoncellement de tapis, tous plus beaux les uns que les autres. La manufacture royale produit les principales catégories de tapis marocains. Le tapis dit de Rabat à motif central au point très serré (jusqu’à 110.000 points au mètre carré!), le tapis de Fès en laine d’agneau à double point réversible, le tapis berbère et le tapis du pays Zaër au coloris uni. Je monte sur les terrasses où des tapis sont étendus au soleil. La vue sur les toits de la ville est magique.






La Place Seffarine
En longeant les souks des cordonniers, des peaussiers et des épiciers, je longe la médersa Seffarine qui abrite de jeunes étudiants en théologie de la mosquée. Sur la place s’activent les dinandiers, les ferblantiers et batteurs de métal blanc ou de cuivre qui martèlent des théières, samovars, plateaux de thé gravés, chandeliers et marteaux de portes.









Le souk Nejjarine
L’odeur du cèdre flotte sur le souk Nejjarine, celui des menuisiers et ébénistes. La place décorée d’une élégante fontaine en mosaïque accueille un musée consacré à l’art du bois. Outils, instruments de musique, objets de culte ou de la vie quotidienne, tout l’artisanat local se raconte dans ce lieu superbe classé par l’Unesco. Ailleurs, d’anciens fondouks, caravansérails où s’arrêtaient les marchands, abritent des ateliers de couture, de broderie, de maroquinerie…




Le quartier des tanneurs
Ces tanneries, c’est l’image emblématique et dantesque de Fès. Une fresque vivante vieille de plus de 900 ans. Les tanneries s’étalent sur plus de 7000 mètres carrés. Elles emploient quelque 400 personnes, maîtres et apprentis tanneurs qui travaillent dans des foulons, des fosses de 2 mètres de profondeur. Le site qui a été restauré en 2015 traite 10.000 peaux par jour amenées jusqu’aux tanneries dans la remorque de motos ou à dos de mulet.




C’est du haut des terrasses qui surplombent les cuves que l’on découvre des techniques artisanales d’un autre âge. Avant de monter les 60 marches d’un des ateliers, je reçois un bouquet de menthe censé camoufler l’odeur pestilentielle qui monte des bassins. Un guide nous explique le travail ancestral des peaux. Elles sont d’abord lavées dans la rivière. Puis elles sont délainées par un premier bain blanc de chaux et de sel. Les tanneurs se protègent la peau avec de l’huile d’olive.

Les cuves foncées sont remplies d’un mélange de fiente de pigeon, un amoniaque naturel qui va désinfecter les peaux et leur donner sa souplesse. Elles passent ensuite dans des tambours en bois puis sont blanchies par un traitement de son de blé qui enlève l’odeur. Le processus complet doit bien durer une trentaine de jours. L’étape des teintures utilise des colorants naturels, le henné pour l’orange, l’indigo pour le bleu, le coquelicot pour le rouge. On termine le processus par le raclage et l’assouplissement du cuir qui est ainsi prêt pour la maroquinerie.




L’art de la céramique
Une visite de l’Atelier de poterie Art Naji en dehors de la ville va me faire découvrir les poteries d’ornement couvertes d’émail de couleur, les fameuses céramiques bleu cobalt de Fès. L’argile devient vase, assiette ou potiche enluminée de savantes arabesques rehaussées de fils d’argent. Héritées des mosaïques romaines et byzantines, les zelliges sont une tradition à Fès. Réalisés en carreaux de faïence colorés posés à l’envers, les décors se lancent dans d’hallucinantes compositions sous une dentelle laiteuse de stucs.









Tombeaux Mérinides
Ma dernière visite sera pour les tombeaux des sultans Mérinides, des ruines posées sur un belvédère au nord de la médina qui domine toute la ville. Ces tombes étaient à l’époque couvertes de marbres et d’épitaphes. C’est aujourd’hui un endroit désert mais de la colline ainsi que de la terrasse de l’hôtel des Mérinides où j’ai séjourné, la vue sur la cité est exceptionnelle.




Carnet de route
http://www.visitmorocco.com et www.visitfes.com et www.officetourismemaroc.com
Bonnes adresses:
- Les Mérinides. Situé sur les hauteurs de Fès, un hôtel très confortable avec piscine en terrasse et une vue incroyable sur la vieille ville. http://www.lesmerinides.com/
- Riad. Un Relais & Château exclusif avec une terrasse panoramique qui surplombe la médina. Portes sculptées, zelliges, arcades de stuc et bassins de marbre rivalisent de beauté. http://www.riadfes.com/
- La Maison Bleue. Au coeur de la médina, un restaurant renommé dans une demeure ancienne ayant appartenu à un professeur de l’université Qaraouiyine. www.maisonbleue.com




Bon à savoir:
- La médina. La visite qui s’effectue à pied peut prendre deux à trois heures. Aucune voiture n’a accès à la médina. Tous les portages se font à dos de mulet ou d’âne ou à charrette à bras et il faut souvent se plaquer contre les murs pour échapper aux charges aussi larges que les rues.
- Les souks. Ils rassemblent une foule de touristes et de Marocains qui vivent à leur dépens. Le marchandage est de mise mais on n’est jamais vraiment certain de ce qu’on achète. Comment savoir si le sac en cuir, les babouches, les poufs ou les portefeuilles vendus dans la médina de Fès sont en peau de chameau, de chèvre ou de mouton et s’ils proviennent du quartier des tanneurs ou d’une usine des environs? L’important finalement est qu’ils vous plaisent.
- Les commerçants. Les marchands sont souvent installés dans d’immenses boutiques, voire dans d’anciens palais. L’accueil est toujours aimable même si l’on arrive en curieux. Mais si l’on s’intéresse à un objet, la discussion peut devenir serrée et le marchandage est une règle du jeu.
- Un musée vivant. Fès a développé un centre de formation aux métiers d’arts pour entretenir et restaurer son patrimoine. En 2015, sur instruction royale, la réhabilitation de 27 monuments historiques a été réalisée.
- Festival de Musique. En juin, Festival des musiques sacrées du monde de Fès, pour découvrir les traditions musicales d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, d’Europe et d’Orient. www.fesfestival.com

Vous trouverez dans la rubrique Voyages, Afrique, un guide pratique pour partir à la découverte des autres villes impériales: Marrakech, Meknes et Rabat, ainsi que sur l’Histoire des villes impériales du Maroc. Voir aussi les Montagnes de l’Atlas, la récolte des roses dans la vallée du Dadès et l’huile d’argan à Essaouira.

