Le cristal est roi dans les Vosges du Nord. Visite du musée et de la manufacture de la Cristallerie Saint-Louis.

 

Verrerie Royale

Saint-Louis est la plus ancienne cristallerie de France. Situé dans le Parc Régional des Vosges du Nord, en Lorraine mosellane, le musée du cristal est implanté au coeur de la manufacture de la Cristallerie Saint-Louis, unique site de fabrication des pièces en cristal de Saint-Louis. Massifs forestiers, grès, sable…, les ressources naturelles de la Lorraine favorisent l’activité des verriers dans la région. Fondée en 1585 dans la vallée de Müntzthal, la verrerie devient en 1767 ‘Verrerie Royale de Saint-Louis’ par lettres patentes du roi Louis XV. Ci-dessous, gobelet en verre gravé à la roue avec deux médaillons avec inscriptions «Ier ouvrage de la taillerie au 25 avril 1775» et «Vererie Royalle de st-Louis»

Gobelet en verre gravé à la roue, 1775

En 1781, Saint-Louis perce le secret de la composition du cristal. Malgré la concurrence de l’Italie, de la Bohème et de l’Angleterre, la Cristallerie Saint-Louis devient au 18e siècle un fleuron de l’économie française. Rebaptisée ‘Cristallerie royale de Saint-Louis’, la manufacture se consacre dès 1829 à la seule production du cristal. Elle décroche ses premières médailles d’or lors de foires et expositions. Ses lustres, vases, candélabres et grands services de l’art de la table témoignent d’un art de vivre en cristal qui séduira le monde entier.

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L’Atelier du chaud

La halle de la Cristallerie Saint-Louis est le lieu où les maîtres verriers travaillent, façonnent et soufflent le cristal à chaud. Dans une chorégraphie sans cesse renouvelée, les gestes sont précis face à l’urgence du figement de la matière. L’effervescence qui règne dans cette ruche humaine souligne la parfaite coordination des verriers. Il faut de nombreuses années d’apprentissage pour maîtriser le feu et acquérir un savoir-faire ancestral.

Le cristal en fusion

Dans la chaleur intense et le bourdonnement des fours, le cristal entre en fusion. Le ‘cueilleur’ prélève à l’aide d’une canne en acier préchauffée la matière informe et la présente au maître verrier qui va alors la façonner pour donner naissance à un objet. La boule pâle de magma brûlant du cristal sorti du four à 1200°C va très vite descendre à 950°C. Pendant ce temps d’action très court et avant que le cristal ne se fige, le maître verrier va souffler et tourner la matière à l’intérieur d’un moule. Devenue rougeoyante, la matière restera malléable jusqu’à 650°C.

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Une matière malléable

Chaque pièce crée par Saint-Louis est le fruit d’un ouvrage collectif intense, parfaitement orchestré. Les gestes des artisans verriers sont les mêmes que ceux des siècles précédents. La jambe d’un verre est étirée à l’aide de pinces. Les cols des grands vases sont parfois ouverts à chaud et coupés à l’aide de ciseaux. Les anses sont obtenues par un dosage et un balancement habile du cristal. Détachée de sa canne, la pièce terminée est alors transportée par le porteur à l’arche qui ira ensuite la déposer dans le four de recuisson pour quelques heures.

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L’outil et la main

Le cristal brûlant est façonné par l’intermédiaire de nombreux outils pour aplanir, étirer et manipuler la matière. Les ciseaux en acier servent à couper, rogner à chaud l’excès de cristal encore malléable. En acier, la pince permet de tenir, d’étirer et de façonner le cristal en fusion. Les gabarits et compas en acier ou en bois sont utilisés pour vérifier les dimensions d’un objet en cours de fabrication et à contrôler les pièces finales. En bois de merisier, la palette sert à aplanir le cristal en fusion, notamment le pied d’un verre. La mailloche en bois de hêtre permet d’ébaucher et d’arrondir le cristal en fusion.

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Le Musée, l’histoire et les techniques

Aménagé dans un ancien four à pots du 19e siècle, le musée du Cristal est situé au coeur même de la manufacture. Autour d’un puits central éclairé par un gigantesque lustre de 120 lumières, le visiteur suit un parcours qui s’enroule en grimpant en douceur sur trois niveaux. Les vitrines dévoilent quatre siècles d’histoire et les techniques de fabrication de 2000 créations exceptionnelles issues du patrimoine de la Cristallerie Saint-Louis.

 

Cristal moulé pressé

Le moulage consiste à souffler le verre dans des moules en bois ou en métal. Le moulage par presse mécanique adopté vers 1830 permet de donner aux objets des reliefs très détaillés, arabesques, guirlandes végétales, rosaces. Dès 1841, Saint-Louis reprend les modèles taillés ou gravés à la roue.

Carafe en cristal moulé pressé, vers 1870

 

Cristal d’opale et opaline

Plus ou moins transparent, d’aspect savonneux ou laiteux, le cristal d’opale est obtenu par l’ajout de phosphate de chaux. Il se décline en plusieurs couleurs pastel. En 1844, la Cristallerie Saint-Louis débute une production de verre opaque aux couleurs vives connu sous le nom d’opaline.

Vase en opaline

Magie des couleurs

Les couleurs sont l’une des spécialités de la Cristallerie Saint-Louis. C’est l’ajout d’oxydes métalliques différents pour chaque couleur qui en est la clef, chlorure d’or pour le rouge, oxyde de cuivre pour le bleu clair et d’oxyde de cobalt pour le bleu foncé. Reste le rapport entre les matières premières, les températures et les durées de fusion qui est tenu secret. Aujourd’hui, Saint-Louis dispose d’une palette de dix couleurs, permettant d’enrichir les jeux de lumières du cristal clair, de jeux de contrastes de couleurs.

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Couleurs translucides

C’est à partir de 1837 que la Cristallerie de Saint-Louis produit des articles en cristal teinté dans la masse mais néanmoins translucide. On peut aussi, à chaud, recouvrir le cristal de couleur: c’est la couleur doublée qui peut être effectuée à l’extérieur ou à l’intérieur de la pièce. La couleur lustrée est obtenue par le dépôt, au pinceau, d’une fine couche d’émail translucide coloré sur un objet en cristal clair qui est ensuite recuit afin de vitrifier l’émail coloré.

Verre en cristal clair doublé bleu, taillé côtes plates, 1860

 

Couleurs à doubler

Le cristal de couleur à doubler est utilisé dès 1844 pour façonner des objets dont la paraison présente deux à trois couches de cristal superposées, dont l’une est en cristal clair. Ces objets sont généralement destinés à être taillés pour créer des effets de contrastes, en ajourant la matière de la couche extérieure jusqu’à atteindre la couche la plus profonde.

Overlay, la superposition des couches

 

Overlay, la superposition des couches

On peut superposer du cristal clair, de l’émail blanc opaque, de l’opaline ou du cristal translucide de diverses couleurs. C’est la technique de l’overlay, le double et le triplé. La taille permet ensuite de dégager en partie les couches inférieures afin d’offrir un contraste de couleurs.

Vase filigrané à cordons blancs, bleus et rouge, 1848

 

Décor filigrané

La technique du décor filigrané a été inventée au 16e siècle par les verriers vénitiens de Murano et redécouverte en France en 1837. On fabrique par étirement de fines baguettes cylindriques en émail blanc ou coloré que l’on place sur la paroi inférieure du moule métallique dans lequel on souffle le cristal clair qui va incorporer les baguettes.

Crémier filigrané en torsades blancs verts rouges entremêlés, 1850

 

L’Atelier du froid

La gravure à la roue, la gravure à l’acide et le décor à l’or ou au platine sont des techniques de travail à froid du cristal. Elles permettent la réalisation de motifs organiques complémentaires aux motifs géométriques de la taille.

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Cristal taillé

La taille d’un objet en cristal clair met en valeur d’indice de réfraction élevé de la matière. A l’aide d’une meule circulaire verticale, les artisans tailleurs incisent sillonnent, creusent le cristal sur différentes épaisseurs en suivant des repères éphémères qui délimitent la hauteur et le nombre de divisions d’un motif. La taille matifie la matière dont la brillance réapparaît par polissage.

Vase en émail blanc orné de guirlandes de fleurs polychromes, 1880

Décor peint

Jadis, les décors peints sur le verre et le cristal étaient fragiles et s’effaçaient rapidement. En 1837 apparaît une technique permettant de vitrifier les couleurs ce qui les rend inaltérables. La cristallerie de Saint-Louis a ainsi produit des vases en cristal d’opale ou en émail blanc orné de somptueux décors polychromes.

Gravure à la roue

La gravure se fait à l’aide d’une petite roue en cuivre ou d’une molette qui tourne rapidement. Le dessin est réalisé à main levée directement sur le cristal en ne s’appuyant que sur un dessin préparatoire. Elle permet des tracés fins et précis mais elle demande une habilité technique et un sens artistique affirmés.

Verre de cérémonie gravé à la roue attribué à Henry Winkler, 1875

Formé en Bohême, Henry Winkler a réalisé pour la Cristallerie Saint-Louis de grands vases pour l’Exposition Universelle de 1867 qui sont des chefs-d’oeuvre de gravure. En hommage à son talent exceptionnel, la cristallerie de Saint-Louis lui octroya le droit de signer ses pièces, un privilège exceptionnel.

Vase en cristal vert doublé rouge, décor dragon rehaussé à l’or fin sur fond moiré gravé à l’acide, 1900.

Gravure à l’acide

La Cristallerie Saint-Louis a fait de la gravure à l’acide une de ses spécialités à partir de 1860. Le procédé consiste à fixer le décor souhaité avec une décalcomanie qui est ensuite apposé sur la pièce. Sur la pièce protégée de cire, le motif ne s’inscrira que lorsque l’acide mordra les zones non masquées, créant ainsi le décor en léger relief.

Dorure

Le décor à l’or est pratiqué chez Saint-Louis depuis 1835. On applique au pinceau une dissolution d’or à 24 carats mélangée à un fondant. A la sortie du four de recuisson, l’or 24 carats est mat. Il retrouve sa brillance grâce au polissage manuel au sable puis à la pierre d’agate.

Vase d’Argental, améthyste sur fond orangé, décor Iris obtenue par attaque à l’acide, 1900

Art Nouveau

La Cristallerie Saint-Louis est influencée par l’école de Nancy animée par Emile Gallé. Les maîtres verriers réalisent les décors naturalistes de l’Art Nouveau en utilisant une nouvelle technique de gravure à l’acide. Les pièces sont commercialisées jusque dans les années 1930.

Vase en cristal multicouche, brun et rouille sur fond topaze, décor Paysage obtenu par attaques successives à l’acide, 1930

Boules presse-papiers

En 1845, la cristallerie Saint-Louis présente ses premières boules presse-papiers, boules de rampe d’escalier, boutons de porte, flacons et coupes à décor polychrome qui emprisonne des torsades, des cannes et des rubans multicolores. La vogue va durer jusqu’en 1860. La production connaît une renaissance en 1950.

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Oeuvres d’artistes

Certains artistes sollicitent le savoir-faire des maîtres verriers de Saint-Louis pour la réalisation d’oeuvres d’art en cristal. D’autres objets sont l’occasion de défis pour la création la plus originale ou la plus complexe. Ils sont l’oeuvre de verriers qui fabriquent des objets personnels durant les pauses ou en fin de journée, pour se faire la main ou pour célébrer un événement particulier.

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Tradition et innovation

Aujourd’hui propriété du groupe Hermès, la Cristallerie Saint-Louis accueille en son sein plusieurs artisans sacrés Meilleurs Ouvriers de France. Les collections de table, de décoration et de lumière sont enrichies des créations d’artistes et de designers. Savant mélange de tradition et d’innovation, son savoir-faire continue de séduire et demeure un exemple de l’excellence et du prestige français.

Cristallerie Saint-Louis

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