20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

Source de plaisirs et de découvertes, le jardin thérapeutique permet aux personnes souffrant de troubles psychiatriques de se sentir mieux dans leur corps, mieux dans leur tête et mieux dans la vie.

Un oasis dans l’hôpital

Tomates, courgettes, potirons, mais aussi plantes aromatiques, lavandes et hortensias… Un jardin semblable à tant d’autres… Ici, ceux qui grattent la terre, sèment et bêchent souffrent pourtant de psychoses et de névroses graves et handicapantes. Nous sommes dans le jardin thérapeutique de l’Hôpital psychiatrique St-Jean-de-Dieu à Leuze-en-Hainaut. Ce jardin de 15 ares a vu le jour grâce à la persévérance de certains soignants, convaincus des bienfaits de l’hortithérapie. «Ce jardin s’inscrit dans une réflexion de qualité de soins et de bien-être largement développée dans l’hôpital depuis de nombreuses années», explique l’infirmière en chef qui sert de relais avec la direction et toute l’équipe de soignants. Ceux-ci proviennent des différentes unités de soins largement impliqués dans ce projet, éducatrice, aide-soignante, ergothérapeute, infirmière ou kinésithérapeute.

 

Jardin thérapeutique Hôpital St-Jean-de-Dieu

Un jardin thérapeutique

La pratique du jardinage peut accompagner la reconstruction et soutenir la confiance. Elle améliore le sentiment de paix et l’estime de soi, ou atténue les pressions quotidiennes. Chez les personnes plus sévèrement atteintes, c’est une relation qui peut avoir la signification d’un premier mouvement vers un autre être vivant. La thérapie horticole fait appel à tous les aspects des plantes pour soulager les blessures physiques, mentales et sociales. «Lorsque l’on parle du jardin, on parle cuisine, fleurs, jardinières, légumes, cultures, confitures, odeurs, couleurs, animaux, insectes, souvenirs d’enfance… Prendre soin d’un jardin permet d’attendre les saisons avec jubilation, l’avenir avec joie. C’est un thème qui relie au vivant.»

 

Jardin thérapeutique hôpital

Les plantes apaisent et soulagent

Les thérapies occupationnelles sont en train d’être adaptées ou réinventées dans les hôpitaux. Beaucoup d’activités manuelles peuvent leur permettre de s’épanouir et d’aboutir à une réalisation. Quelles sont les spécificités de l’hortithérapie? «Les plantes et les personnes ont en commun le cours de l’existence. Elles évoluent et changent, répondent aux soins et au climat, vivent et meurent. Ce trait biologique partagé permet un investissement émotionnel avec les plantes qui portent en elles des valeurs immuables. Elles ont existé avant nous et probablement nous survivront. Elles sont par nature belles et universelles et communiquent un sentiment de paix.»

 

Jardin thérapeutique hôpital
Jardin thérapeutique hôpital
Jardin thérapeutique hôpital
Jardin thérapeutique hôpital

L’ambiance d’un vrai jardin

Le plan du jardin thérapeutique s’articule autour d’un point central, un grand kiosque qui rappelle l’aspect convivialité. Trait d’union entre l’espace de promenade et l’espace potager, c’est un endroit où les soignants et les soignés peuvent se rassembler mais aussi s’abriter du soleil ou de la pluie et observer ce qui se passe aux alentours. Les ouvertures réalisées dans la haie végétale permettent de rompre l’uniformité et d’avoir une vision sur le paysage extérieur tout en s’y sentant bien à l’abri. Le jardin possède trois accès, laissant différentes possibilités d’entrées et de sorties pour limiter l’anxiété ou l’impression d’enfermement.

Jardin thérapeutique hôpital

Une découverte sensorielle

Des allées et des cheminements qui contournent des buttes garnies de fleurs et de buissons invitent à la promenade et à la découverte sensorielle sans avoir peur de s’y perdre. Il y a différents centres d’intérêts, une pièce d’eau sécurisée, des massifs de fleurs, des roses, des topiaires, des bordures de plantes aromatiques ainsi qu’un potager avec des parcelles de culture à hauteur variable, certaines à même le sol, d’autres à mi-hauteur pour donner accès à la terre et aux différentes plantations sans avoir à se pencher. Il y a même une belle cabane en bois comme dans un vrai jardin où est remisé le matériel de jardinage. Une charte de respect de l’espace y est affichée, ainsi qu’une pensée poétique écrite sur un tableau noir.

 

Jardin thérapeutique hôpital

Convivialité, sécurité et bien-être

«Notre jardin est ouvert à tous, soignants, patients, familles et visiteurs qui peuvent venir se promener, prendre soin du jardin ou se reposer. Les patients se sont peu à peu appropriés le jardin et nous avons une vingtaine de participants à chaque activité. Celle-ci est encadrée par une équipe de soignants qui peuvent accompagner un groupe ou une personne. L’espace du jardin permet une approche passive ou active de la nature. Le jardinage est surtout l’occasion de faire émerger le lien social, la personne hospitalisée pouvant partager ses trucs et astuces autour des différentes techniques de culture. Le succès se mesure parfois à de modestes réussites.»

 

Jardin thérapeutique hôpital

Des ateliers créatifs

Cette activité se prolonge bien au delà du jardin. Elle offre des opportunités de rencontre et d’échanges entre différents ateliers: construction d’un abri pour les insectes ou d’un nichoir, réalisation de bricolages, de pas japonais en terre cuite, de tabliers de jardinage dans l’atelier couture ou confection de soupes de légumes du potager, de tartes et de confitures des fruits du verger. «Nous organisons aussi une bourse aux plantes, ce qui permet d’accueillir des personnes qui n’ont pas l’habitude de venir dans un centre de soins. Une belle occasion d’ouvrir les portes de l’hôpital et de l’humaniser.»

 

Jardin thérapeutique hôpital

Be cool, be «Snoezelen»

«Snoezelen» est la contraction de deux mots d’origine néerlandophone, «snuffelen», qui signifie renifler, fureter, explorer l’espace par les sens, et «doezelen», somnoler, se reposer, se relaxer. Véritable philosophie de travail mise en pratique à l’Hôpital St-Jean-de-Dieu, le Snoezelen n’est pas une technique mais une manière d’être avec la personne favorisant une approche globale de celle-ci. Celle-ci s’inscrit dans un travail pluridisciplinaire dans la recherche du bien-être. Les relations sensibles que suscite l’environnement donnent l’envie de communiquer, de se mouvoir, de créer, de reprendre contact avec la nature, avec autrui, avec soi-même.

 

Jardin thérapeutique hôpital
jardin thérapeutique hôpital
Jardin thérapeutique hôpital
Jardin thérapeutique hôpital
Jardin thérapeutique hôpital
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La recherche du bien-être

Le premier objectif du jardin est de promouvoir le bien-être des patients. Le jardin et le jardinage stimulent les sens, les émotions, la mémoire, diminuent le stress, donnent une raison de vivre. Prendre soin du jardin permet d’attendre les saisons avec jubilation, l’avenir avec plus de sérénité. Dans un jardin thérapeutique, cette philosophie recouvre plusieurs démarches:

– Démarche corporelle: Se rendre au jardin avec une personne désorientée, dépendante physiquement ou psychologiquement, c’est faire un bout de chemin ensemble, emboîter son pas. C’est l’occasion de stimuler l’initiative physique ou tout simplement la détente ou le repos.

– Démarche humanisante: Cette approche vise la réalisation de l’être et non pas du faire. Elle permet d’aller au-delà des apparences et de ce que l’on connaît du dossier médical du patient. Prendre ce qui vient, comme ça vient, se laisser surprendre, sans pensée d’esthétique ou de rentabilité.

– Démarche sensorielle: Au jardin, tous les sens sont en alerte par les yeux, les formes et les couleurs au rythme des saisons, le contact du chaud ou froid, rugueux ou doux, dur ou tendre. L’odorat, l’ouïe et le goût sont également sollicités. Toutes ces stimulations réveillent les perceptions sensorielles des patients, viennent titiller leur curiosité et favorisent une réouverture à l’environnement.

– Démarche capacitaire: Compter les papillons qui butinent la lavande, choisir les fleurs qui viendront composer un bouquet, nommer les légumes, semer une graine, bouturer, planter…, le jardin offre toutes occasions de mettre en évidence les capacités résiduelles de la personne ainsi que ses connaissances. L’important, c’est de lui permettre d’agir, de réagir, pour lui permettre d’être acteur dans l’instant.

– Démarche émotionnelle: La pratique du jardinage ou le simple fait de se promener dans un paysage familier rassurant provoque l’émergence de souvenirs, d’émotions. Dans un climat de sécurité et de détente, c’est une façon d’amener l’autre à se tourner vers l’extérieur, vers autrui, vers lui-même.

 

Jardin thérapeutique hôpital

Le jardin, source de thérapie

  • Savourer l’instant présent: le vent qui bruisse dans les arbres, l’eau d’une fontaine, l’odeur de la terre mouillée, la chaleur du soleil sur la peau invitent au «lâcher-prise». Toutes ces sensations peuvent raviver la perception d’exister et incitent à la relaxation.
  • Se faire plaisir: se promener, se détendre, travailler, observer, voir, entendre, sentir, goûter, partager… Toutes ces expériences avivent les perceptions et facilitent les relations.
  • Se retrouver et rencontrer l’autre: le jardin est une source de découvertes, de soi et de l’autre. Tant pour le soignant que le soigné, l’exploration du jardin offre une rencontre insolite, un moment unique.

 

Hôpital St-Jean-de-Dieu

Avenue de Loudun 126 à 7900 Leuze-en-Hainaut; Belgique. Cet établissement compte actuellement 150 lits répartis en 5 unités de soins: troubles anxieux, dépressifs et bipolarité; problèmes d’assuétudes (alcool, médicaments); troubles du comportement et de l’humeur (schizophrénie, TOC); troubles psycho-organiques (démences, syndrome de Korsakoff); double diagnostic. https://www.hopitalpsychiatriquesaint-jean-de-dieuacis.be/ www.jardins-sante.org

Reportage publié dans Jardins & Loisirs 2014 (www.jardinsetloisirs.be)

 

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