A la frontière du Berry et de l’Auvergne, l’Arboretum de Balaine est le plus ancien arboretum privé de France. Un parc luxuriant d’une élégance toute anglaise.
Sauvons Balaine
C’est sous le titre « Sauvons Balaine » que mon confrère Georges Levêque a signé un article sur l’Arboretum de Balaine publié il y a bien bien longtemps dans le magazine Mon Jardin & ma Maison. Le titre m’a intrigué. Le reportage m’a touché. « Des arbres magnifiques, des sous-bois comme on les rêve. Avec des ruisseaux d’eau dormante enjambés par des ponts d’un autre temps. C’est Balaine, jardin ignoré des visiteurs. Balaine qui ne peut plus se contenter d’être beau pour ses seuls propriétaires. Balaine qui vous attend! » Je me suis promise de visiter un jour l’Arboretum de Balaine.

Château de Balaine
Me voici au coeur de la France, devant les grilles ouvertes de l’Arboretum de Balaine. Je suis reçue par Louise Courteix-Adanson, l’actuelle propriétaire de Balaine qui habite toujours le château. Soutenue par ses enfants Diane et Alexandre, elle poursuit sa mission de sauvegarde et de mise en valeur de ce patrimoine végétal qui est dans la famille depuis sept générations. Les moyens sont limités, les visiteurs trop peu nombreux, et pourtant, l’arboretum est magnifique. Le parc paysager de 25 hectares rassemble une collection de 3500 espèces et variétés de plantes, d’arbres parfois bicentenaires, une végétation foisonnante, luxuriante où s’entremêlent conifères, feuillus et fabriques romantiques.




Michel et Aglaë Adanson
Balaine est le plus ancien parc botanique et floral privé français. Le tracé de l’Arboretum de Balaine n’a jamais été modifié depuis sa création en 1804 par Aglaë Adanson, la Dame de Balaine. Aglaë Adanson est la fille unique du naturaliste Michel Adanson (1727-1806). Membre de l’Académie Royale des Sciences et de l’Institut, le botaniste a exploré le Sénégal, les Açores et les Canaries. Il a décrit un nombre considérable de plantes inconnues à l’époque et qui furent acclimatées au Jardin du Roi à Versailles. On lui doit la découverte du baobab africain qui porte son nom, Adansonia digitata.

Fleur du baobab, Adansonia digitata
Aglaë Adanson
Née à Paris en 1775, Aglaë Adanson est décédée à Villeneuve-sur-Allier en 1852. Dès sa tendre enfance, Aglaë partage avec son père son amour des plantes. Elle a dix ans lorsque ses parents divorcent. Aglaé vit dans l’hôtel particulier du protecteur et amant de sa mère, Antoine Girard de Busson. Célibataire, celui-ci aima la petite Aglaë comme sa fille. En 1798, Girard de Busson fait l’acquisition du château de Balaine qu’il met au nom d’Aglaë.

Château bourbonnais
Typiquement bourbonnais, le château de Balaine fut édifié en 1782 sur les bases d’une forteresse du 14e siècle dont il a conservé la tour nord et les douves. En forme de U, le château en brique bichrome aligne autour de la cour d’honneur deux ailes cantonnées de tourelles d’angles. Aglaë Adanson s’y installe au début du 19e siècle. Son petit-fils, Napoléon Doumet-Adanson, remanie le château durant le 19e siècle.

La Dame de Balaine
A 30 ans, Aglaë Adanson est une femme choyée, gâtée, un peu frivole. Lassée de la futilité des salons mondains du Directoire, après deux mariages et deux divorces, Aglaë se retire en 1804 à Balaine. A l’arrière du château, elle crée un parc paysager à l’anglaise à la mode à cette époque. Balaine est alors une lande presque sauvage et humide qui alterne les couches acides et argileuses. Le domaine est couvert par un bois de genêts à balais, d’où son nom de Balaine. Aglaë entreprend de gros travaux de terrassement et d’irrigation pour drainer le sol riche en sources. De petits fossés recoupent les allées, avec une succession de pièces d’eau, toujours plus grandes jusqu’aux douves du château. Elle défriche en conservant les arbres les plus intéressants. Elle encercle ses nouvelles plantations d’autres essences pour les protéger du vent.




Le jeune arboretum
Passionnée de botanique tout comme sa contemporaine Joséphine de Beauharnais dans son domaine de la Malmaison, Aglaë se lance à Balaine dans la création d’un arboretum. Elle plante de nombreuses essences en provenance du monde entier. Dotée d’une réelle intelligence du monde végétal, elle obtient des semences, des graines, des boutures, des greffons et de jeunes plants auprès des jardins botaniques et des explorateurs de cette époque, principalement d’Amérique du nord, ainsi que des pépiniéristes et grainetiers tels Vilmorin, Cels, Audibert ou Fromont. Le futur Arboretum de Balaine prend ainsi naissance.

Malgré la rigueur du climat, des étés torrides et des hivers mordants, Aglaë Adanson va enrichir l’arboretum, passant de 800 espèces en 1825 à presque 2000 en 1845. Elle reçoit ses premiers séquoias, des tulipiers de Virginie, des cyprès chauves de Louisiane… Presque tous les arbres susceptibles de prospérer en climat continental seront présents à Balaine. Sa patience, ses dons d’observation et ses intuitions sur les besoins des plantes qu’Aglaë recherche à acclimater sont récompensés par des succès dont le visiteur d’aujourd’hui bénéficie, deux siècles plus tard.

Société d’horticulture de Paris
Aglaë Adanson a partagé son expérience, ses échecs et ses découvertes dans un cahier qui sera publié dans le Bon Jardinier en 1821 et qui connaîtra plusieurs rééditions complétées par une liste des végétaux du parc de Balaine. Aglaé figure parmi les fondateurs en 1827 de la Société nationale d’horticulture de France (SNHF) qui s’appelait à l’époque Société d’horticulture de Paris. Cette société savante d’horticulture souhaitait développer de nouvelles techniques culturales et acclimater des espèces exotiques. Elle réunissait les amateurs de plantes et de jardins afin qu’ils partagent leurs expériences et leur savoir-faire.




Ci-dessus, Magnolia et Taxodium distichum ‘Pendulum’
Parc de Balaine
La grille d’entrée de l’Arboretum de Balaine s’ouvre sur une vaste pelouse traversée par une allée sinueuse de sorte que le château n’apparaît que peu à peu au détour d’une avancée boisée. Deux vénérables Sophora japonica ‘Pendula’ veillent sur les promeneurs comme des sentinelles à l’entrée de la cour d’honneur du château.

Sophora japonica ‘Pendula’
Un arbre à soie, Albizia julibrissin et un Magnolia grandiflora ‘Treyviensis’ sont installés près de l’orangerie. Découvert en Auvergne à la fin du 19e siècle, ce magnolia à feuillage persistant et à la floraison estivale est un des cultivars les plus résistants au froid. A Balaine, l’arbre a supporté un froid de -28°C.




Jardin d’eau
Ponts et douves du château donnent son ambiance si particulière à l’Arboretum de Balaine. L’eau des sources est maintenue dans de petits canaux par un astucieux système de vannes qui assurent en même temps le drainage et l’irrigation. L’eau est recueillie dans un étang agrémenté en son centre par une île. La pièce d’eau se rétrécit vers le château et se termine par un kiosque romantique, le lavoir à colonnes.
Fabriques du 19e siècle
L’Arboretum de Balaine est situé sur la façade arrière du château. La promenade à travers le parc conduit à plusieurs petites fabriques ou folies typiques du 19e siècle. Une grotte, un kiosque, une chapelle, une passerelle..., ces éléments décoratifs très bien conservés ont été mis en place par Aglaë Adanson pour agrémenter son parc. Une maisonnette en rondins de bois de bouleau surgit à l’orée du bois. Elle a été réalisée en 1840 par Aglaë qui s’est probablement inspirée pour la mosaïque des croquis de cases africaines de son père Michel Adanson.







Glacière
Des arbres remarquables
Les allées étroites de l’Arboretum de Balaine dévoilent quelques arbres bicentenaires plantés par Aglaë, un sapin d’Espagne, Abies pinsapo, de 35 mètres de haut et 4 mètres de circonférence planté vers 1839, un Cunninghamia lanceolata, conifère planté par Aglaë tout comme un Nyssa sylvatica qui dépasse les 30 mètres, un platane d’Orient, Platanus orientalis, et un cyprès chauve de Louisiane, Taxodium distichum, planté en 1822. Ce géant de 45 mètres de haut est l’arbre le plus spectaculaire de l’Arboretum.




Ci-dessus, en haut, Calocedrus decurrens

Platanus x acerifolia
Parmi les arbres remarquables de l’arboretum, on découvre un vieux tilleul argenté pleureur, Tilia x petiolaris, un platane à feuille d’érable, Platanus x acerifolia, un séquoia géant, Sequoiadendron giganteum, planté en 1856 qui culmine à 36 mètres de haut et un Sequoiadendron sempervirens, un cyprès de Lawson, Chamaecyparis lawsoniana ‘Westermannii’, et un Cercidiphyllum japonicum qui culmine à 20 mètres de haut. Il serait l’individu le plus haut d’Europe.




Ci-dessus, en haut à droite Carya ovata, en bas à gauche Chamaecyparis lawsoniana ‘Westermannii’

Sequoiadendron giganteum
Des arbres peu connus
L’Arboretum de Balaine est peuplé d’essences exotiques ou peu connues. On relève un plaqueminier de Virginie ou Kaki, Diospyros virginiana, aux fruits orangés, un magnolia parasol au feuillage décoratif, Magnolia tripetala, un micocoulier de Virginie, Celtis occidentalis, arbre à la croissance rapide originaire d’Amérique du nord, un chêne chevelu, Quercus cerris, au feuillage denté tels les dents d’une scie ou un tulipier Liriodendron tulipifera ‘Integrifolium’, une mutation très rare du tulipier.

Liquidambar styraciflua




Du printemps à l’automne
De saison en saison, l’Arboretum de Balaine dévoile ses charmes et ses mystères. Les collections de magnolias et de cornouillers à fleurs, Cornus florida, des piéris du Japon, Pieris japonica, et des viornes de Chine, Viburnum plicatum, voisinent avec les azalées et les rhododendrons qui animent au printemps les sous-bois. On remarque aussi l’étrange arbre aux pochettes, Davidia involucrata, avec ses grandes bractées blanches qui pendent comme des mouchoirs.

Nyssa sylvatica
Balaine est surtout splendide en automne. Les cyprès chauves, Taxodium distichum, les Parrotia persica aux troncs multiples, les érables du Japon, les Carya, des noyers importés d’Amérique ainsi que des Pterocarya fraxinifolia, Liquidambar styraciflua, Sassafras albidum, étonnant arbuste nord-américain ou Ginkgo sont autant d’arbres et d’arbustes aux feuillages d’automne spectaculaires allant du jaune clair à l’oranger et au rouge cramoisi le plus sombre. Le parc possède la collection nationale du genre Nyssa auprès du CCVS Conservatoire des collections végétales spécialisées. L’ensemble du domaine de Balaine est exceptionnel à tout point de vue, botanique, dendrologique, paysager, sans oublier le décor floral. Remarquable dans sa continuité, c’est, depuis l’origine, l’oeuvre exclusive de la famille de la fondatrice.

Arboretum de Balaine
Arboretum et Parc floral de Balaine
L’Arboretum de Balaine est classé Jardin Remarquable et membre de la Société Internationale de Dendrologie. Le château de Balaine est classé Monument Historique. Dans ‘La Demeure d’Aglaë’, 5 chambres d’hôtes aménagées dans une aile du château sont classées 4 épis Gîtes de France. Une fête des plantes est organisée chaque année en avril. Château de Balaine, Villeneuve-sur-Allier. Sur la N7, entre Nevers et Moulins. Région Auvergne-Rhône-Alpes, France. http://www.arboretum-balaine.com/
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reportage magnifique
merci encore de tout coeur
Louise Courteix-Adanson