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Des falaises vertigineuses de couleurs ors et fauves aux galeries souterraines des mines, voyage en France au coeur des ocres du Luberon.

 

Au pays des ocres

La région d’Apt-Roussillon est la première de France pour sa production d’ocre. Si cette activité est aujourd’hui très restreinte, la région représenta longtemps la plus grande production mondiale d’ocre. Le grand site du Massif des ocres du Luberon s’étend sur 30 km de Saint-Pantaléon à Gignac. Le sentier des ocres de Roussillon, le Colorado de Rustrel et les Mines de Bruoux à Gargas témoignent encore de cette aventure humaine liée à l’exploitation industrielle de ce pigment naturel.

Sentier des ocres à Roussillon

Sentier des ocres à Roussillon

Sentier des Ocres de Roussillon

Perché sur une colline d’ocre, le village de Roussillon a pris les couleurs de son socle géologique. De la place du village, je contemple un paysage insolite aux couleurs éclatantes façonnés par deux siècles d’exploitation ocrière et par l’oeuvre du temps. On atteint le Sentier des ocres par la terrasse au sommet du village. Il y a du monde, le soleil tape au zénith et je reviendrai les chaussures maculées de terre rouge. Mais la promenade est superbe parmi les pinèdes parfumées aménagée dans d’anciennes carrières.

Colorado provençal

Colorado provençal de Rustrel

Colorado Provençal de Rustrel

La route départementale qui se dirige vers Gignac longe le massif du Colorado de Rustrel. Elle est bordée d’anciennes carrières à ciel ouvert aux couleurs de fer et de feu, en plein massif forestier. Dans ce milieu naturel surgissent les vestiges du passé tels que tuyaux, rails, bassins et pompes, témoins de l’importante activité industrielle des 19e et 20e siècle. Le contraste du jaune le plus lumineux au rouge le plus profond est saisissant. Un véritable décor de western!

Mines d'ocre de Bruoux

Mines d’ocre de Bruoux à Gargas

Mines de Bruoux

Ponctuée de pins maritimes, la falaise jaune clair de Bruoux se dresse devant moi. Derrière les vastes entrées se cachent d’immenses galeries souterraines de plus de 40 km de long et d’une hauteur de 15 à 20 mètres. Lorsque l’on pénètre dans la mine, la température descend à 10°C. Tel une cathédrale, ce gigantesque labyrinthe de galeries compose un décor unique et mystérieux où le labeur de l’homme se mêle à la beauté du paysage.

Mines de Bruoux

Mines d’ocre de Bruoux

Des coups de pioche et de pics

Ces carrières souterraines ont été creusées manuellement dans la colline par les ocriers. Dans les années vingt, l’extraction de l’ocre se fait encore à la pioche. Les parois laissent percevoir les coups de pioches ou de pics. Les galeries taillées en voûtes d’ogive ne devait pas être étayées. Le minerai était considéré comme suffisamment solide.

Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon

Une fine poussière chargée de silice

Le bloc est dégagé en plaçant de la poudre qui le fait exploser sans abîmer les parois. Une fine poussière contenant de la silice envahit la galerie et les poumons des mineurs, évacuée en partie par des puits d’aération. Les blocs sont chargés dans des wagonnets sur rails, poussés à la main puis conduits à l’extérieur à l’aide d’un mulet.

Ocres du Luberon

Conservatoire des Ocres de Roussillon

Poursuivant mon reportage sur les ocres du Luberon, je visite à la sortie du village de Roussillon un musée en plein air aménagé dans l’ancienne usine d’ocre Mathieu. Le parcours organisé par la coopérative culturelle Okhra du Conservatoire des Ocres retrace sur cet ancien site de production le travail du minerai ocreux.

Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon

Du sable de l’ocre et de l’eau

Le massif ocrier du Pays d’Apt est composé de 80% de sable et 20% d’ocre. Après l’extraction du minerai, il faut dissocier l’ocre de son sable pour qu’il devienne un pigment. Pour cela, il faut de l’eau en quantité. Les ocriers mettent en place des captages, détournent l’eau des rivières, créent des réservoirs. Pour extraire l’ocre, on soumet au courant le sable écrasé. L’eau entraîne dans des bassins les pigments qui s’y déposent en pâte.

Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon

Cuire, broyer, tamiser

L’ocre pure est découpée en mottes, soumise au séchage puis parfois à la cuisson pour en intensifier la couleur.

Ocres du Luberon

Enfin, elle est broyée au moulin, tamisée et mise en fûts ou en sac. Le transport nécessite de nombreuses charrettes pour conduire le sable au lavage et les mottes d’ocre à la fabrique. Les tonneaux d’ocre sont ensuite conduits à la gare d’Apt.

Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon

Des produits manufacturés

Au fil du temps, les ocriers s’équipent de rails et wagonnets, machines à vapeur, moteurs à gaz pauvre puis à huile lourde, pompes et locotracteurs. On découvre les pouvoirs épaississants et colorants de l’ocre que l’on utilise dans différents produits manufacturés, caoutchouc naturel, linoleum, papier et carton, cosmétique.

Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon

L’âge d’or de l’ocre

Le début du 20e siècle marque l’âge d’or de la production de l’ocre dans le Vaucluse. Une cinquantaine de carrière et une vingtaine d’usines emploient plus de mille ouvriers qui produisent 40.000 tonnes d’ocre. Profitant du transport ferroviaire puis des navires en partance du port de Marseille, l’ocre gagne les cinq continents. Le déclin s’annonce dans les années vingt avec l’apparition de colorants artificiels.

Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon
Ocres du Luberon

Un produit écologique

On redécouvre aujourd’hui les qualités des ocres du Luberon comme produit naturel, inaltérable et non toxique pour faire des enduits de façade, des badigeons à la chaux pour colorer les sols et des peintures à l’huile ou à l’eau. Rescapée de l’industrie ocrière, la Société des Ocres de France est la dernière en Europe à exploiter les 20 ha de la dernière carrière, pour une production de 1000 tonnes par an. Elle perpétue l’industrie ocrière et la fabrication de plâtres colorés, enduits et peintures à la chaux.

Ocres du Luberon

Carnet de route des Ocres du Luberon

  • Sentier des Ocres, Comptoir des ocres à Roussillon. www.lacompagniedesocres.fr
  • Conservatoire des Ocres et de la couleur, coopérative Okhra, centre de formation des arts et métiers de la couleur, 570 route d’Apt à Roussillon. www.ikhra.com
  • Mines de Bruoux, 1434 route de Croagnes à Gargas. Visites guidées sur réservation. www.minesdebruoux.fr
  • Colorado Provençal, 22 route départementale à Rustrel. www.coloradoprovencal.fr
  • Société des Ocres de France, 200 chemin des Ocriers à Apt. www.ocres-de-france.com
  • Ocres Chauvin, magasin de peintures, lasures et enduits colorés écologiques. 494 avenue de Viton à Apt. www.ocreschauvin.fr
  • Musée d’Apt, 14 place du Postel à Apt. www.apt.fr
  • Musée de géologie, Maison du Parc à Apt, 60 place Jean Jaurès à Apt. www.parcduluberon.fr

 

Pour découvrir mon guide sur le Luberon, sur les plus beaux villages du Luberon et sur la lavande du Luberon, et sur le jardin de La Louve à Bonnieux, rendez-vous dans les rubriques Voyages, Europe, Jardins, France du Sud et Végétaux, arbustes, ou cliquez sur les liens.

 

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