Nymphenburg, Hohenschwangau, Linderhof, Neuschwanstein, Herrenchiemsee, plein feux sur les châteaux et l’histoire de Louis II de Bavière.

 

Louis II, roi de Bavière

Roi de légende, Louis II de Bavière est un véritable mythe dans les Alpes bavaroises. Nymphenburg à Munich où naît le Prince Louis, Hohenschwangau, sa maison d’enfance, Linderhof, la demeure préférée de Louis II puis Neuschwanstein, l’incarnation du château de conte de fées et Herrenchiemsee, le petit Versailles bavarois, bienvenue dans les châteaux et l’histoire du plus romantique des rois de Bavière.

Nymphenburg

Château de Nymphenburg, le palais de sa naissance

Le 25 août 1845, c’est la fête de saint Louis, patron de la Bavière comme il l’est de la France. A Munich, cent un coups de canon sont tirés pour annoncer la naissance dans le château de Nymphenburg du prince héritier, Ludwig von Wittelsbach, le futur Louis II de Bavière, fils du roi Maximilien II et de Marie de Hohenzollern, princesse de Prusse.

Nymphenburg

Nymphenburg est l’un de plus grands palais royaux d’Europe. Construit à partir de 1664 à l’écart de la ville, le château de Nymphenburg est la résidence estivale des rois de Bavière. C’est dans la salle des fêtes tout en blanc et or ornée de stucs rococo et de fresques colorées que l’enfant est baptisé le 26 août.

Château d’Hohenschwangau, le paradis de son enfance

Le petit Prince Ludwig passe son enfance dans la résidence royale du Haut-Pays-du-Cygne, Schloss Hohenschwangau, dans la montagne bavaroise au pied des Alpes où l’air est plus salubre et plus vif qu’à Nymphenburg. Le château néo-gothique se dresse sur une forte colline baigné par l’émeraude de trois lacs. Il fut construit de 1832 à 1836 dans le style romantique médiéval par son père Maximilien II sur les ruines d’un château-fort féodal, berceau des Wittelsbach.

Hohenschwangau

Chevalier du cygne

Les yeux pleins d’énigmes et de rêve du futur Louis II de Bavière découvrent des armures de chevaliers cuirassés de fer qui jalonnent les couloirs. Ils s’ouvrent sur une débauche de statues, de sculptures, de broderies, de peintures et de fresques délirantes représentant des chevaliers, des dames, des écuyers, des batailles, des lacs et des cygnes liées aux contes et légendes germaniques de Lohengrin et Tannhäuser.

Prince héritier

Louis a très tôt conscience d’être le Prince héritier de Bavière. Ce titre de Majesté et d’Altesse Royale a pour effet de retrancher cet enfant timide encore un peu plus du reste du monde. Dans cette cage dorée mais étroite, son seul camarade de jeu est son frère Othon qu’il aime tendrement. Son précepteur est un militaire aux vues strictes qui exige une obéissance absolue, avec pour conséquence d’exacerber la sensibilité et la mélancolie de l’enfant et, pis encore, d’habituer celui-ci à s’évader dans un monde de chimères.

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Opéras de Wagner

Pour son seizième anniversaire, Louis assiste à une représentation de Lohengrin à l’Opéra de Munich. Dès les premières mesures de l’opéra de Wagner, l’adolescent est comme ensorcelé. L’envoûtante musique wagnérienne agit puissamment sur la sensibilité inquiète de Louis, lui ouvrant brusquement les perspectives du songe. Louis s’identifie au Chevalier du Cygne. Son âme solitaire aspire aux cimes de la musique de Wagner qu’il peut atteindre d’un coup d’aile par la magie de l’art.

Hohenschwangau

Louis II, roi de Bavière

Le 10 mars 1864, à l’âge de 18 ans ,Louis II accède au trône à la mort de son père le roi Maximilien II de Bavière. La Bavière est alors un royaume indépendant et souverain. Le jeune Louis II de Bavière écrit: «J’apporte tout mon coeur au trône, un coeur qui bat pour mon peuple et ne s’intéresse qu’à son bien-être tous les Bavarois peuvent en être assurés. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour rendre mon peuple heureux. Son bien-être, sa paix, sont les conditions de mon propre bonheur…»

Louis II de Bavière

Une beauté florentine

Le peuple succombe en un instant à l’extraordinaire pouvoir de séduction de Louis II. Louis tenait de sa mère une réelle beauté que l’adolescence accrut. L’ovale pâle, la pureté florentine de ce visage habité par un intense regard d’un bleu nocturne et changeant et déjà coiffé d’une immense chevelure bouchée d’un noir de jais. Une flamme brûlait dans ce regard, qui forçait l’attention.  La guerre austro-prussienne de 1866 marque la fin d’une Bavière souveraine qui désormais est rattachée à l’Allemagne d’Otto von Bismarck, maîtresse du monde germanique. Louis II de Bavière qui déteste la guerre écrit de Munich «Comme je voudrais être à la montagne! Sur les sommets, on est libre, la souffrance des hommes n’y apparaît pas.»

Hohenschwangau

Une nature noble et poétique

Les portraits qui décrivent le jeune roi Louis II de Bavière évoquent sa nature noble et poétique, son corps haut et mince parfaitement harmonieux, sa tenue en selle avec une aisance parfaite, son abondante chevelure légèrement ondulée et son ombre de moustache qui donnaient à son visage un air de famille avec ces oeuvres d’art de l’Antiquité.

Louis II de Bavière

Les châteaux de Louis II de Bavière

Louis II de Bavière va consacrer vingt ans de sa vie à construire des châteaux, dans la seconde moitié du 19e siècle. Le roi bâtit d’abord Linderhof puis Neuschwanstein et simultanément Herrenchiemsee. Ces folies sont créées pour un homme seul, en dehors de toute préoccupation du pouvoir. Il n’y reçoit pas de cour, n’y règne pas. Il y vit dans une perpétuelle atmosphère de théâtre dont il est le seul spectateur, dans un monde imaginaire dans lequel il peut s’imaginer être Lohengrin, Tannhäuser, le Roi Soleil, un sultan, un cheik ou un émir.

Château de Linderhof, le Trianon bavarois

Les goûts en architecture de Louis II de Bavière sont éclectiques. On y retrouve le gothique germanique avec ses figures légendaires, la Renaissance italienne, le baroque et le classicisme français de Versailles. Construit de 1874 à 1879, Linderhof est le château préféré de Louis II.

Linderhof

S’élevant à partir d’un simple pavillon de chasse dans le site alpestre et sauvage du Graswangtal, Schloss Linderhof est une copie du Trianon mais où l’on a accumulé les matériaux précieux pour faire mieux, plus riche qu’à Versailles.

Linderhof

Des salons au cabinet des glaces en passant par la salle d’audience et les chambres à coucher, le palais royal de Linderhof n’est que luxe et brillance, lambris or et miroirs, lustres de cristal, lapis-lazuli, ivoire, malachite et porcelaines. La décoration est d’une richesse inouïe, une bonbonnière avec une surabondance presque indigeste.

Linderhof

Le parc de Linderhof est l’un des plus élégants et les plus beaux du 19e siècle, une véritable merveille dans le style rococo tardif. Un axe dominant, orienté nord-sud, épouse la pente du vallon. Le jardin en terrasses déploie bassins, cascades, fontaines, paliers et escaliers de marbre selon le modèle des villas italiennes. Le Temple de Vénus ferme la perspective principale, au dessus du grand bassin qui s’anime grâce aux statues dorées et aux jeux d’eau.

Linderhof

Linderhof

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Linderhof

Linderhof

Linderhof

Parmi les caprices délirants de Louis II, on découvre un pavillon mauresque, une chaumière, un ermitage et une caverne artificielle, la célèbre grotte de Vénus, recréant l’ambiance du Venusberg de l’opéra wagnérien Tannhäuser. Le roi naviguait sur son lac, déguisé en Lohengrin et porté par une nacelle dorée.

Linderhof

Château de Neuschwanstein, le refuge de Louis II

Schloss Neuschwanstein se dresse irréel, insolite, non loin de Hohenschwangau, le château de son père. On dit que Louis II de Bavière en prit l’idée en 1867 lorsque Napoléon III le conduisit à Pierrefonds alors récemment reconstruit par Viollet-le-Duc. Cette silhouette, digne du burin de Gustave Doré, se dresse sur un éperon rocheux au-dessus des sapinières obscures, du cours impétueux du torrent, du saphir sombre des lacs et fuse vers les sommets des montagnes du Tyrol.

Neuschwanstein

Construit à partir de 1869, le château de Neuschwanstein défie la nature. Louis II voulut faire colossal, d’où cette profusion de tours et de tourelles, de mâchicoulis et d’échauguettes. Le donjon, effilé comme un minaret, évoque l’esprit humain qui s’élève vers un inaccessible ciel. Bâti comme un digne temple de son ami le compositeur Wagner dont il est le mécène, Louis II donne au château romantique de Neuschwanstein un style éclectique germanique médiéval, roman tardif, néo-gothique et néo byzantin.

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Les fresques retracent les moments cruciaux des tragédies de Wagner. La chambre royale est placée sous le signe de Tristan et Yseult. C’est un délire gothique avec des nervures, des entrelacs et des fleurons, des lambris dorés et des tapisseries qui accablent le visiteur jusqu’à l’étouffement. La salle du trône, inachevée, tout de marbre et de mosaïques byzantines vêtue, accroît le sentiment d’oppression. Ce rêve de pierre paraît destiné à une foule nombreuse. On l’imagine peuplé de chevaliers, de dames, de chevaux, de chiens, tout vibrant de musique, de cliquetis d’armes et d’abois. Or, il ne connut jamais que le vide et le silence. Nul ne hanta ces galeries sans fin, ces hautes salles voûtées, que le roi de légende et les rares visiteurs qu’il y amenait. Le château de Neuschwanstein ne fut jamais achevé. Disney le prit pour modèle du château de la Belle au Bois Dormant dans son parc d’attraction.

Neuschwanstein

Le triomphe de la Prusse

En 1870, le roi Louis II de Bavière n’est âgé que de 25 ans. La guerre franco-prussienne qui oppose la France à la coalition des Etats Allemands dirigée par la Bismarck se termine par le triomphe de la Prusse et la proclamation de Guillaume Ier, Empereur de l’Empire allemand. L’empire intègre les royaumes de Bavière et de Wurtemberg ainsi que les grands-duchés de Bade et de Hesse. Dégoûté de son intégration au Reich, le roi Louis II de Bavière écrit «…La guerre qui vient de s’achever et qui, à maints égards, s’est terminée glorieusement pour la Bavière ne nous en a pas moins jetés, moi et mon pays, dans les griffes de fer de ce maudit Reich allemand aux couleurs prussiennes.»

Herrenchiemsee

Herrenchiemsee, Versailles bavarois

Erigé sur une île au milieu du Chiemsee, un lac au pied des Alpes entre Munich et Salzbourg, Schloss Herrenchiemsee est une copie du château de Versailles. Il fut commencé en 1878, bâti comme un monument à la gloire de Louis XIV. Inauguré en 1886, Louis II de Bavière n’y séjourna pas plus de deux semaines. La façade de ce Versailles bavarois, la chambre à coucher royale couverte d’or, la Galerie des Glaces plus longue que l’originale, le salon de la Guerre et celui de la Paix, le faux marbre de l’escalier des Ambassadeurs sont époustouflants, plus onéreux que l’original pour en mettre plein la vue. Au pied du grand perron, le jardin à la française orné de pièces d’eau, de statues et de fontaines déroule un long tapis jusqu’au lac. Le château et le jardin restèrent inachevés à la mort du roi.

Herrenchiemsee

S’éloignant du pouvoir et de Munich, Louis II se retire dans les décors somptueux qu’il a créé dans ses châteaux. Le Trianon bavarois, le Versailles tyrolien, le poème gothique de Neuschwanstein, Louis II allait de l’un à l’autre accompagné de son aide de camp, de son secrétaire, du favori du moment et de quelques valets. Lui seul avait le droit d’errer dans ces couloirs tout ruisselants d’or, de hanter ces salons ciselés comme des châsses, de contempler les copies qu’il a fait peindre des grands de ce monde.

Herrenchiemsee

Un roi tourmenté

Entre une passion wagnérienne et une homosexualité non assumée, jugée scandaleuse et dont il souffre, Louis II de Bavière se réfugie dans la mélancolie. Les photos et portraits de cette époque surprennent par son étrangeté, évoquant une fragilité extrême du roi. Son regard enfoncé sous des sourcils tracés comme au pinceau brûle d’un feu insoutenable.

 

Louis II de Bavière

Le drame final

Le souverain solitaire a perdu ses amis. Il ne s’est jamais marié et il est ruiné.  Ses châteaux ont coûté des fortunes. Inachevés, ils continuent à engloutir des sommes extravagantes. Si encore ces palais avaient servi de cadre à de brillantes réceptions, si les grands du royaume avaient pu y parader et rutiler, ces dépenses auraient été justifiées. Mais ces immenses châteaux restent déserts. Louis II de Bavière tombe en disgrâce auprès du chancelier allemand et des membres du gouvernement bavarois qui cherchent à l’évincer du pouvoir. Un scandale financier menace. Il faut l’arrêter par n’importe quel moyen. En 1886, Louis II est déclaré fou et arrêté à Neuschwanstein. Assassiné dans des circonstances obscures et tragiques ou peut être suicidé, il meurt au lendemain de son internement au château de Berg, au sud de Munich, noyé dans le lac de Stanrberg.

Crédit photos Agnès Pirlot et Chiemsee-Alpenland Tourismus et Office du tourisme de Bavière et Neuschwanstein Castle Bayerische Schlösserverwaltung Anton Brandl 

Carnet de route des châteaux de Louis II de Bavière

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