20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

En Normandie, près de Bayeux, Colette et Hubert Sainte-Beuve ont créé plusieurs jardins d’esprits très différents, à découvrir comme une série de tableaux où rien n’est laissé au hasard.

Un jardin pépinière en Normandie

En 1975, Hubert et Colette Sainte-Beuve sont propriétaires d’une exploitation agricole dans le Bessin en Normandie. Passionnés de plantes, le couple Sainte-Beuve se lance dans le jardinage par hasard, presque par nécessité. Madame à la «main verte. La passion s’installe et le couple ouvre une petite pépinière sur l’un des herbages de la ferme. Un jardin entoure leur habitation, une ferme typique de la région avec une cour ensoleillée côté sud et un jardin de bruyères et de conifères nains au nord. Ce sera le début des Jardins de Castillon. Dans sa pépinière, Colette collectionne les fleurs les plus belles mais aussi les feuillages les plus remarquables. Mises en situation comme dans un vrai jardin, ses plantes alors introuvables ailleurs lui valent rapidement une belle renommée. Avec sept autres pépiniéristes, elle participe à la première édition de la fête des plantes à Courson en 1982.

Colette de Sainte Beuve Jardins de Castillon

L’inspiration vient d’Angleterre

Avec son mari, Colette part débusquer des raretés dans les pépinières d’outre-Manche tels la Bloom’s Nursery à Bressingham dans le Norfolk et ils visitent des lieux magiques, Sissinghurst, Great Dixter, Hidcote Manor, Tintinhull. Ils rencontrent les créateurs de grands jardins comme Beth Chatto, Penelope Hobhouse, Christopher Lloyd qui seront une source d’inspiration et dont certains deviendront des amis. Elle commence une collection de géraniums vivaces, alors introuvables à l’époque. Elle propage également des plantes couvre-sols et des plantes médicinales, des hydrangeas, des roses anciennes, avant de s’intéresser aux plantes d’ombre, fougères et hostas, ainsi qu’aux plantes des lieux humides et aux graminées, bien avant que celles-ci ne soient à la mode.

Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon

Huit jardins clos poétiques

L’ébauche d’un nouveau jardin voit le jour en 1985. Installé sur une pente douce orientée au nord, le jardin est bordé d’une allée carrossable qui monte de la maison vers la pépinière. Il se scinde en huit jardins clos ceinturés de haies d’ifs qui possèdent chacun une atmosphère personnelle. C’est sous les innombrables petites fleurs rose-gris de la clématite montana ‘Marjorie’, drapant une gloriette en bois, que l’on accède dans les lieux. Le jardin d’eau, première «chambre», s’orne d’un vaste bassin rectangulaire, refuge de nymphéas. Il est entouré d’une jungle de végétaux de terrains humides, rodgersia, phragmite doré, darméra, saule marsault. Une haie d’ifs taillée au cordeau masque le clos suivant avec un miroir d’eau octogonal où pullulent les carpes koï. Dans cette chambre verte, le blanc des agapanthes en pot ressort en début d’été, d’autant plus qu’il s’agit des seules fleurs, exception faite des nénuphars.

Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon

Une allée fleurie de plantes vivaces

Sur un gazon moelleux couleur émeraude, la promenade se poursuit dans une allée fleurie de plantes vivaces. Ici, c’est l’opulence des jardins anglais, avec des fleurs qui s’assemblent dans une gamme chromatique qui part des tons pastels, bleus et roses et évolue vers le milieu dans les teintes blanches et jaune citron pour finir dans la partie supérieure du parterre vers des tonalités plus fortes, orange et rouge feu. Une pergola croulant sous les glycines, chèvrefeuilles, rosiers lianes et clématites sépare une petite clairière d’un jardin oriental orné d’une pagode. Ici, de superbes conifères, dont un majestueux Juniperus façonné en nuage, surplombent un océan d’azalées persistantes taillées en vague, exacerbant l’esprit japonisant des lieux. Dans la chambre suivante, miniature et plus intime, Colette a choisi des plantes toutes simples qui lui rappellent sa Bretagne natale, hydrangea, magnolia, fougère, bruyère. Puis, le jardin de senteurs décline maintes plantes officinales en une merveilleuse symphonie de couleurs et de parfums, rythmé par des rosiers ‘Fée des neiges’ menés sur tige et un grand poirier d’ornement à la somptueuse robe pleureuse gris argent, le Pyrus salicifolia.

Jardins de Castillon

Symétrie et fantaisie

Quinze ans après cette réussite, Colette ne peut en rester là. Elle rêve d’un nouvel endroit qui serait nourri de son expérience, qui serait en accord avec ses aspirations du moment. Sur un espace occupant la même superficie que les jardins thématiques, elle créé un nouveau jardin avec la complicité du paysagiste et artiste graveur parisien François Houtin. Tirant parti de la configuration naturelle des lieux, ils ont imaginé une succession de trois terrasses magistralement dessinées et plantées. D’une épure absolue, le plan revêt une géométrie et une symétrie tirée au cordeau. Ici, les plantes vivaces et les graminées s’assemblent en toute modernité, encadrées d’arbustes persistants rigoureusement taillés, avec une grande fantaisie. Chaque étage est entouré de haies d’ifs et ponctué de topiaires d’if, de buis ou de laurier du Portugal créés par François Houtin.

 

Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon

Les trois terrasses

La terrasse supérieure accueille des graminées, miscanthus, panicum, molinia, stipa, subtilement mises en scène dans une atmosphère très zen, avec rochers, pins miniatures et vivaces imposantes. Dévolue au jardin bleu et argent, avec des céanothus, solanum, clématite, lavande, népéta et stachys en couvre-sol, le palier intermédiaire est rythmé par des topiaires d’if et de genévrier et quatre Cornus controversa ‘Variegata’ au feuillage panaché de crème. Ambiance tout autre au niveau inférieur avec ses hémérocalles, iris de Sibérie et hostas qui encadrent un bassin peuplé de joncs blancs et nénuphars jaunes. Des dalles à fleur d’eau enjambent le bassin, donnant l’impression de déambuler à la surface de l’eau. Les trois jardins sont reliés par des escaliers mais une allée qui en fait le tour permet l’accès aux personnes à mobilité réduite.

Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon
Jardins de Castillon

Arboretum et labyrinthe

En bas de ces trois étages opulents, un quatrième palier mène à un petit arboretum où les Sainte-Beuve ont pu donner libre cours à leur passion pour les ligneux. L’axe central est un tapis vert bordé de volutes de buis. On y découvre différentes variétés de magnolia, hydrangea paniculata, viorne, parrotia et gléditsia au feuillage doré. Un labyrinthe de buis offre une façon ludique de clore la promenade. La visite s’achève par la pépinière où le visiteur peut retrouver et acquérir une bonne partie de cette collection de plantes vivaces. L’étonnante profusion végétale pourrait tout naturellement laisser penser que ce jardin bénéficie de conditions de culture idéales. Pourtant il n’en est rien, car la terre est argileuse, lourde et collante et le travail est immense. Mais comme le souligne Colette Sainte-Beuve, quand la passion vous habite et qu’on peut la partager, tout n’est que bonheur.

Jardins de Castillon

Jardins Remarquables

Les Jardins de Castillon ont reçu en 2004 le label «Jardin remarquable» par le Conseil national des parcs et jardins et ont été élus «Jardin de l’année», en 2009 par l’association des journalistes du jardin et de l’horticulture en France. Petite pépinière et tea room dans la maison ou le jardin.

A lire: «Les Jardins de Castillon», Marianne Lavillonnière, Jérôme Goutier et Philippe Loison.

Jardins de Castillon-Plantbessin, 14490 Castillon, France. www.jardinscastillonplantbessin.com

D’autres visites de jardins en Normandie, Château de Canon, Château de Miromesnil, Bois des Moutiers, Château de Brécy, à découvrir dans la rubrique Jardins, France Ouest.

Reportage publié en 2012 dans Nest (http://www.nest.be/)

 

 

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